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Courrier des lecteurs

1979, Inhibition de l’action - 2020, Inhibition créatrice 2030, Rénovation radicale des sciences et pratiques médicales


Notre santé au risque du coronavirus et l’émergence de cancers

Par Frédéric Paulus, CEVOI, (Centre d’Etudes du Vivant de l’Océan Indien) - Publié le Mercredi 13 Mai 2020 à 10:38 | Lu 521 fois

1979, Inhibition de l’action - 2020, Inhibition créatrice 2030, Rénovation radicale des sciences et pratiques médicales
Ce courrier annonce d’inévitables réformes qui renouvelleront les pratiques médicales. Celles-ci sont mises à l’épreuve conjoncturellement avec la pandémie du coronavirus (1), alors que notre attention épidémiologique devra porter, structurellement, sur le risque émergeant de nouveaux cancers (2) pouvant être liés au confinement qui, lui, engendre une inhibition comportementale dans un contexte anxiogène différemment vécu. 
 
De toute façon, dans la décennie à venir, les pratiques médicales seront bousculées frontalement, ou, d’une manière plus douce, déductivement. Elles seront en outre accompagnées politiquement du fait de récentes découvertes en génétique et de la face demeurée trop longtemps dissimulée, l’épigénétique. De surcroît, après plusieurs siècles de dualisme, corps et esprit sont rassemblés en 2030 selon une vision unitaire, moniste, quand des certitudes dissociant corps et esprit sont devenues désormais plus qu’encombrantes. 
 
La vie émotionnelle revisitée
 
Ainsi, auparavant, l’étude des émotions était reléguée et enseignée, comme sous-spécialité, en faculté des lettres et sciences humaines. La biologie des émotions, enfin considérée comme une dimension essentielle de la biologie - avec cependant des difficultés à appréhender l’émotion au niveau d’une cellule - peut, de nos jours, s’évaluer par son comportement motile avec les technologies d’explorations visuelles. Celles-ci pénètrent l’intimité de ce qu’il est toujours convenu d’appeler l’unité fonctionnelle de base de tout organisme vivant, j’ai nommé la cellule.
 
Concernant l’étude des émotions, on citera l’incontournable chercheur Antonio Damasio, (3), qui, neurologue initialement, se qualifie de nos jours à la fois de neuroscientifique, philosophe et psychologue. Nous y associerons le neurologue français Lionel Naccache qui, sortant de sa spécialité, s’est différencié des chercheurs en neurosciences en ayant consacré un temps, certainement important, à l’exploration de l’intelligence des découvertes freudiennes pour essayer d’extraire le bon grain de l’ivraie (4). Notre société a besoin de chercheurs particulièrement indisciplinés, c’est à dire dont la posture peut les conduire à sortir de leur discipline. Nous souffrons en France d’une pensée hégémonique freudo-lacanienne qui aura contribué à occulter les travaux du psychanalyste suisse Carl Gustav Jung. Le parcours de Jung aura été plus qu’indiscipliné puisqu’il rencontra tant des physiciens que des anthropologues ou des chercheurs quant à l’exploration exégétique et anthropologique des religions… 
 
Edgar Morin, lui, nous aura mis en garde en évoquant les dérives obscurantistes liées à la dissociation des sciences de la vie et humaines. Les étudiants en médecine considéraient trop souvent l’enseignement de la psychologie comme une matière facultative. Et que penser alors de la sociologie ?
 
1979 fut l’année de publication de l’ouvrage « L’inhibition de l’action », (5), synthétisant les travaux d’Henri Laborit. Je me permets de renvoyer le lecteur vers ce lien, (6). Le Professeur déduisait que chez l’homme, une inhibition de son action prolongée qui se répercuterait aussi bien sur le corps que sur les projections imaginaires mènerait, tôt ou tard, à la pathologie d’ulcères, d’hypertension artérielle, d’AVC, etc., même peut-être au cancer et jusqu’aux maladies psychiatriques. Une sorte de déni que de telles conséquences pathologiques puissent s’établir chez l’humain du fait d’une inhibition de ses capacités d’agir fut « institutionnalisée », dirait Cornélius Castoriadis, (7). Les travaux de Laborit furent discrédités par une frange conservatrice de médecins parisiens et occultés au sein des amphithéâtres d’enseignement des jeunes médecins, tant ses travaux dérangeaient. Il faut bien reconnaître que les habitudes des pratiques médicales abordaient le corps souffrant sans trop se pencher sur l’histoire du malade et sa subjectivité. Le malade face à son médecin devenait ainsi extrait de son contexte historique, le corps soigné indépendamment de l’histoire du sujet qui l’incarnait. Cette dimension occultée en 1979 devint hérésie en 2020.
 
L’année 2020, mars 2020 précisément, Alain Berthoz, neurophysiologiste, Professeur au Collège de France, publie un ouvrage de synthèse sur la biologie de « L’inhibition créatrice » (8). Il lui consacre 382 pages qui viennent étayer les découvertes irréfutables, désorganisantes physiologiquement, démontrées par Laborit (5) sur des mammifères de laboratoire, rats ou souris. 
 
Dans cet ouvrage l’auteur scrute les moindres espaces où s’exercent l’inhibition et sa désinhibition. Cela révèle en pleine conscience au médecin qu’il ne peut plus exercer la médecine en continuant d’occulter la mémoire autobiographique du corps du patient sujet à des inhibitions pathologiques qu’il est supposé soigner.  
 
Sans boule de cristal nous avançons la date de 2030, en l’espérant comme date butoir pour voir les pratiques médicales commencer à se métamorphoser.
 
L’expérimentation auprès d’animaux consistait à les soumettre à une palette de stress ou d’incitations assimilés à des punitions ou des récompenses. Laborit en explorait scrupuleusement la traduction somatique, jugée comme non transposable chez l’humain. L’«humanisation » en quelque sorte des animaux, confirmée avec la découverte des « neurones miroirs » - un mouvement de rapprochement empathique qu’Alain Berthoz contribua à amplifier avec son ouvrage sur « L’empathie » en 2009 – nous toucha, nous humains. Cela nous amena à ressentir-comprendre le sort de ces animaux par un « renversement empathique » à notre égard. Nous nous ouvrions à une autre réalité en nous-mêmes. Les investigations sur l’animal et l’humain d’Alain Berthoz parurent pour beaucoup dans ce changement qui s’opéra intuitivement en nous. 
 
Énumérons quelques points de repère éclairants sur son œuvre éditoriale. En 1997, le Professeur publie « Le sens du mouvement » dans lequel il soutient que « le cerveau n’est pas un calculateur prudent qui nous adapte au monde ; c’est un simulateur prodige qui invente des hypothèses, modélise et trouve des solutions qu’il projette dehors ». Cette intuition digne d’un philosophe se présenterait, selon Berthoz, « comme une propriété physiologique ». En 2003, Berthoz publie « La décision ». Il y soulève la question : « Comment prend-on une décision ? ». En 2004, avant la découverte des neurones miroir chez les grands singes et la transposition de cette découverte chez nous humains, il ne se prononçait pas pour envisager les conséquences sur l’humain de l’empathie. Ce pas est désormais franchi. En 2009, il publie « La simplexité » qu’il qualifie d’ensemble des solutions trouvées par les organismes vivants pour que, malgré la complexité des processus naturels, le cerveau puisse préparer l'acte et en projeter les conséquences. Nous confirmons que pour Berthoz l’action occupe une place centrale. En 2013, il publie « La vicariance » avec comme sous-titre « Le cerveau créateur de mondes ». Il qualifie par-là cette capacité qu’ont nos sens d’en remplacer un autre qui fait défaut : lorsque nous tâtonnons dans le noir, ou lorsque nous devons, suite à un accident, suppléer un organe défaillant ; lorsque nous utilisons plusieurs stratégies pour parvenir à un même but ; lorsque nous multiplions nos identités pour naviguer dans le monde virtuel d'Internet ou de jeux vidéo. Chaque fois nous nous en remettons à des processus vicariants mis en place au cours de l'évolution. Cette vicariance, possibilité de remplacer une fonction par une autre, ou de déléguer une fonction ou une action à un avatar virtuel, est bien une stratégie essentielle. Elle permet à notre cerveau d'appréhender le monde extérieur et de nous y adapter en permanence ».  On remarque que l’étude de l’action comme fil conducteur de ces recherches en fait une valeur existentielle et fondatrice du vivant.  
 
Enfin en 2020, avec la publication de l'ouvrage « L’inhibition créatrice », (8), Berthoz considère que l'inhibition est une des plus importantes découvertes de l'évolution. « Elle est présente avec sa compagne la désinhibition à tous les niveaux du vivant - moléculaire, cellulaire, social, culturel. Sans l'inhibition, nous ne pourrions ni agir, choisir, décider, apprendre, mémoriser ni oublier pour laisser la place à des mémoires nouvelles. Sans les multiples formes d'inhibition que notre cerveau utilise, nous ne pourrions pas être empathiques, tolérants, innovants ou créateurs. De même, la méditation est impossible sans l'inhibition. Les perturbations du délicat équilibre entre excitation et inhibition sont à l'origine de maladies comme Parkinson, l'épilepsie, les troubles de l'attention, l'impulsivité, etc. »
 
On retrouve l'enthousiasme qui distingue ce chercheur neurophysiologiste, bien que le chercheur n’évoque que quelques pathologies, sans exploration clinique. Cette retenue, nous l’interpréterons du fait de ses qualités de chercheur non médecin contrairement au chirurgien Laborit qui se lassa « d’agresser des estomacs » pour chercher les causes des ulcères en abandonnant son bistouri…  C'est la seule critique mineure que je formulerai à cet ouvrage qui cherche à révéler la face positive de l'inhibition alors que Laborit aura relevé une multitude de pathologies liées à l’inhibition de l'action lorsque celle-ci est prolongée, pire lorsqu’elle se chronicise en se banalisant. 
 
Voici donc deux ouvrages complémentaires, celui de Laborit et ce dernier de Berthoz, dont il est impensable qu'ils ne figurent pas en tête de liste de ceux que les étudiants en médecine devront explorer. Inéluctablement la pratique de la médecine s'en trouvera renouvelée au plus grand profit des patients.
 
Garder une fraîcheur de chercheur et faire un pas de côté pour aborder une question différemment
 
Lionel Naccache qui se dit « intermédiaire » entre le chercheur qui explore des années une même question et celui qui « papillonne » (selon l’expression du médecin - chercheur) « en recherchant le changement qui permet de garder une fraîcheur, une capacité à se surprendre, à faire un pas de côté pour aborder une question différemment », in (¬9) pourrait-il nous aider à promouvoir une nouvelle médecine ? Ce pas de côté, le Professeur, en s’extrayant quelque peu des pathologies neurologiques lésionnelles explorées dans son laboratoire à la Salpêtrière - qui l’aident à découvrir fondamentalement les arcanes du cerveau « normal » - semble l’avoir réalisé. Il élargit, en effet, ses investigations dans la sphère des traumatismes psychologiques sans lésions organiques. Il cite par exemple une psychologue des USA (10), Naomi Eisenberger, Professeur en psychologie sociale à l’université de Californie, quand elle aborde le ressenti subjectif d’une « humiliation sociale » (non liée à une lésion somatique). L’humiliation sociale, on la retrouve entravant le développement des enfants dans les familles qui dysfonctionnent, à l’école qui récompense les bons élèves et stigmatise les « mauvais » avec des notes, chez l’employé qui ne peut se résoudre à agresser son patron en réponse aux agressions qu’il subit lui-même, de peur d’être licencié…
 
La subjectivité rentrerait-elle dans l’univers des sciences médicales ?  L’ouvrage de Berthoz souligne les prodigieuses prouesses du vivant sélectionnées par l’évolution, alors que l’ouvrage de Laborit est opérant pour comprendre qu’une multitude de stress qui peuvent passer inaperçus se traduise en physiopathologies dont les symptômes ne sont que la face visible cachant un mal existentiel diffus. Edgar Morin a bien raison de dire (11) que « cette crise (du coronavirus) devrait ouvrir nos esprits depuis longtemps confinés sur l’immédiat ».  
 
Réf :
1) Il va nous falloir du temps pour comprendre ce cataclysme planétaire : https://www.temoignages.re/chroniques/di-sak-na-pou-di/covid-19-il-va-nous-falloir-prendre-du-recul-pour-tenter-de-comprendre-ce-cataclysme-planetaire,97982
2) Nouveaux regards sur le cancer, 06/03/2018 :
https://fr.slideshare.net/FarzadFelezzi/nouveaux-regards-sur-le-cancer
3) Antonio Damasio, L’Ordre étrange des choses, O. Jacob, 2017.
4) Lionel Naccache, Le nouvel inconscient : Freud, Christophe Colomb  des neurosciences, O. Jacob, 2006.
5) Henri Laborit, L’inhibition de l’action, biologie, psychologie et sociologie des comportements humains, Masson, 1979.
6) « La seule raison d‘être d’un être, c’est d’être, c’est de maintenir sa structure… » selon le Professeur Henri Laborit et l’énigme du cancer, 12/11/2019  : https://www.temoignages.re/chroniques/di-sak-na-pou-di/la-seule-raison-d-etre-d-un-etre-c-est-d-etre-c-est-de-maintenir-sa-structure-selon-le-professeur-henri-laborit-et-l-enigme-du-cancer,96604 
7) Cornélius Castoriadis, L’institution imaginaire de la société, Seuil, 1975.
8) Alain Berthoz, L’inhibition créatrice, O. Jacob, 2020.
9) Lionel Naccache, « Exercer sa lucidité », pp. 239-263, in Savoir, penser, rêver, Flammarion, 2018.  
10) Lionel Naccache, « Des limites à la connaissance ?», pp. 42-47, in L’homme peut-il s’adapter à lui-même, sous la dir de Jean-François Toussaint, Bernard Swynghedauw et Gilles Bœuf, Ed Quae, 2012.
11) Edgar Morin, « Le Monde » du 19-20 avril 2020




1.Posté par Apax le 13/05/2020 18:54

J'ai comme une difficulté à vous suivre, en fait à suivre les chercheurs en neuroscience quant à l'étude de notre cerveau. En faire un objet d'étude comme un autre, alors qu'il en est la condition et présupposer ce qu'il s'agissait d'expliquer à tout le moins d'interpréter. Le Cerveau, est le support matériel de la Conscience. Aussi, affirmer que la pensée est "dans" le Cerveau, c'est nécessairement considérer que les concepts, les images, la beauté, la vérité ne sont que des sécrétions cérébrales. Vos propos ne font qu'acter le dualisme qui mis à la porte revient illico par la fenêtre : "le cerveau est un simulateur", "il prépare l'acte et en projette les conséquences", etc... Quid de la conscience ? et de l'intentionnalité de l'acteur ? mystère, mystère...

2.Posté par Paulus le 13/05/2020 23:38

Le but de ce courrier était d'articuler les deux ouvrages et non d'évoquer la part de conscience et d'inconscience dans nos prises de décisions et nos perceptions tant exogènes qu' endogènes, Et tout ce qui résulte du sentiment de nous-mêmes... FP il aurait fallu aussi évoquer les rêves dans la prise de décision ...

3.Posté par A mon avis le 14/05/2020 12:02

@ 1.Posté par Apax
"Quid de la conscience ? et de l'intentionnalité de l'acteur ? mystère, mystère... " dites vous.

Le mystère disparaît petit à petit, au fur et à mesure des découvertes en neurosciences sur le fonctionnement du cerveau, et du système nerveux en général.
Les théories de Freud et consorts sur le conscient, l'inconscient etc. sont de plus en plus mises à mal, au grand désespoir de certains psy. qui restent accrochés aux écrits de leurs maîtres à penser d'un autre âge maintenant.

" affirmer que la pensée est "dans" le Cerveau, c'est nécessairement considérer que les concepts, les images, la beauté, la vérité ne sont que des sécrétions cérébrales. " écrivez vous.

C'est exact. Sauf le terme "secrétions cérébrales" : la pensée n'est pas une sécrétion qui coulerait de cerveau, mais la pensée est bien élaborée par l'ensemble des neurones qui communiquent entre eux, à partir de notre mémoire, fantastique "base de données" que nous emmagasinons dans certaines parties du cerveau.

Je vous conseille vivement la lecture de l'ouvrage de vulgarisation scientifique de Lionel NACCACHE, neuroscientifique et excellent pédagogue, qui explique avec des mots simples le fonctionnement complexe du cerveau, à la lumière des dernières découvertes en neurosciences :
"Parlez-vous cerveau" Lionel NACCACHE Karine NACCACHE éditions Odile Jacob

4.Posté par Apax le 14/05/2020 15:49

Je vous remercie de m’apporter vos lumières et également le ton courtois par lequel vous avez choisi de vous exprimer ici.
Attention, Freud n’a pas, loin s’en faut, le monopole de la définition du concept de Conscience, lequel se réduit à un épiphénomène puisque seul importe à ses yeux celui d’Inconscient, qu’il se propose de mettre au jour chez les hystériques et les névrosés de tous bords. Non, non, en ce qui me concerne je ne parle que de la conscience réfléchie qui est le propre de l’Homme (homme-femme). Le cerveau ne pense pas, mais il est le support de la pensée, comprenez-vous ? Il ne contient que des cellules nerveuses et des influx nerveux ; rien d’autre. Nous avons un défaut propre à notre langage : c’est la métonymie qui consiste à désigner le contenant pour parler du contenu. Quand un neurologue parle de zone corticale de la vision, c’est pour ne pas allonger les dénominations à l’infini en disant par ex : zone des supports matériels permettant à la « conscience » de voir. Aussi suis-je dubitatif lorsqu’on me dit que le cerveau est le siège de la pensée. Par métonymie interposée, on parle en fait de ce qu’il est comme « instrument » confondant ainsi, l’instrument et l’instrumentiste. C’est comme dire, par métaphore, que le piano serait le siège de la musique, encore que le pianiste se voit et donc ne permet pas de les confondre. Sans cerveau pas de pensée, sans piano pas de musique, mais ce n’est pas le piano qui joue et ce n’est pas le cerveau « qui » pense. Il y aurait toute une réflexion philosophique à déployer et ce n’est pas le propos ici. Juste une piste de réflexion personnelle. Attention le travail des neuroscientifiques est très important sur le plan notamment thérapeutique et donc loin de moi de critiquer la science. Ce qui m’importe c’est le plan philosophique uniquement.

5.Posté par Paulus le 14/05/2020 16:35

Pardon de m'immiscer dans votre échange . Le cerveau a cette capacité de créer des mots comme des images inédites en puisant, effectivement dans sa mémoire, pour créer toujours de la nouveauté (voir ce qui est appele "rêves") en fonction d'une logique évolutionniste et moniste corps et esprit ne feraient (ne font) qu'un ! FP

6.Posté par Paulus le 15/05/2020 13:40

Pour relancer le débat, je citerai Marie-Christine MAUREL biologiste qui publie un ouvrage avec un physicien Michel CASSE : Xénobiologie, vers d’autres vies, (2018) sortant des chemins battus et disciplinés.
Elle dit : "Nous savons aujourd'hui que l'activité d'un système biologique, au niveau de l'organisme comme au niveau moléculaire, dépend de ses envies de ses mouvements et non de sa seule structure ou de sa seule séquence. Autrement dit, au cœur de la matière vivante, une dynamique - c'est-à-dire force et mouvement - est à l'œuvre à une température donnée, à telle pression, dans tel environnement, etc., à toutes les échelles. La dynamique est en effet quantifiable par une constante de force, la "résilience" qui informe sur la flexibilité, la rigidité du système, et donc sur ses mouvements et sur l'ensemble des interactions qui en découle. L'hypothèse de travail à partir de laquelle nous pouvons travailler, biologistes et physiciens est qu'au cours des milliards d'années passées, l'évolution a sélectionné des structures dynamiques capables de maintenir le vivant dans les limites étroites requises pour l'activité biologique". Marie-Christine Maurel, in, De l'inertie au vivant, 2013. F. Paulus


7.Posté par A mon avis le 15/05/2020 16:22

@ 4.Posté par Apax :
Votre réflexion est très intéressante.
Quand vous dites :
"Aussi suis-je dubitatif lorsqu’on me dit que le cerveau est le siège de la pensée".
vous êtes dans l'idée que "l'esprit" et le corps sont deux entités séparées. Idée qui est largement véhiculée par les religions (l'âme distincte du corps pour les religions chrétiennes). Souvent aussi, les religions ont prôné la supériorité de l'homme possédant une âme, sur les animaux qui en seraient dépourvus (Dans le même ordre d'idée, voir la célèbre controverse de Valladolid)

Les neurosciences bouleversent cette vision de la nature humaine.

La pensée, l'esprit, la conscience, ne sont que l'expression, le résultat de l'activité cérébrale, ou plus largement de l'activité du système nerveux.
Les posts @ 5 et @6 de Monsieur PAULUS confortent mes propos. Et il est remarquable de voir actuellement la collaboration de plus en plus fréquentes des biologistes avec les physiciens, (et autres mathématiciens ou informaticiens) les psychologues et les philosophes. Le post 6 est aussi intéressant en ce sens qu'il montre une direction de recherche vers l'unicité de la matière, et qu'en fin de compte, tout n'est qu'une affaire d'énergie.

Apax vous écrivez encore :
Sans cerveau pas de pensée, sans piano pas de musique, mais ce n’est pas le piano qui joue et ce n’est pas le cerveau « qui » pense.
Votre comparaison n'est pas logique. Sans piano, la musique existe : dans la tête de son compositeur, ou dans la mémoire d'un auditeur, ou sur le papier de la partition, ou dans la clé USB ou dans l'ordinateur. Le piano n'est que l'instrument qui exprime la musique, tout comme le stylo qui a écrit la musique sur le papier.

Mais c'est bien le cerveau qui pense, qui a élaboré cette musique. Le cerveau constitué de ses 100 milliards de neurones qui communiquent entre eux aux niveau des synapses : environ 10 à 20 000 liaisons synaptiques entre deux neurones. C'est toute cette "chimie neuronale" qui régit nos actes inconscients et conscients, qui élabore nos pensées, qui prévoie et commande l'exécution de nos actes.
C'est bien le cerveau, cet ensemble de neurones qui a créé la musique, puis qui a commandé à la main de la transcrire sur le papier ou de la jouer sur le piano.

Les pensées seront ensuite exprimées par la parole, l'écriture et l'utilisation de tout autre outil.

Toutes les réponses à vos questions sur l'esprit et la conscience, la créativité, se trouvent dans le petit livre dont je vous ai donné la référence précédemment.

8.Posté par Paulus le 15/05/2020 17:41

Le piano et le pianiste ne font qu'un ! Il faut s'y habituer. FP

9.Posté par A mon avis le 16/05/2020 11:47

@ 8 Posté par Paulus
exact. Le piano n'est que le prolongement de la main du pianiste, comme n'importe quel outil.
Et c'est bien le cerveau qui commande les doigts de l'artiste (ou du débutant inculte ...). le résultat ne sera pas le même !

6.Posté par Paulus:
Vous donnez la référence d'un ouvrage qui traite "de l'inertie au vivant". Sujet très intéressant. Enigme pas encore résolue. Mais, comme en témoigne le titre de cet ouvrage, (que je ne connais pas), les recherches progressent depuis les expériences de Miller au début des années 50 et sa théorie de "soupe primitive".

Vaste question de savoir comment "la nature" est passée de l'inerte au vivant. Et qui soulève d'autres questions :
1°) qu'est-ce qu'un être vivant ? Quelles sont ses caractéristiques ?
2°) a partir de quelle structure peut-on appliquer le qualificatif de vivant ? Un virus est-il une cellule vivante ?

10.Posté par Paulus F le 16/05/2020 17:00

Réponse à"A mon avis" : Les virus sont-ils des êtres vivants. ? Pour François Jacob : "ils ne peuvent pas être qualifiés d'être vivant puisqu'ils ne sont que des associations de molécules biologiques". Il est possible, vu l'autorité de François Jacob, que ce point de vue ait été un obstacle épistémologiques empêchant d'autres points de vues. Patrick Forterre, Professer en biologie moléculaire, suggère que les virus furent les premiers organismes ADN un : "Au commencement était le virus", 2005. "La première forme apparue de l'acide nucléique aurait été l'ARN qui, outre sa capacité d'autoreproduction résultant de sa structure en double hélice, présentait des propriétés enzymatiques capables de catalyser sa propre duplication. Il développe ainsi une idée d'une vision d'un monde à ARN initial. La grande variabilité des formes virales existantes remet en question le dogme de la "non vie" des virus et suggère que la vie cellulaire a peut-être émergé à partir des formes de vie prè-cellulaires plus diversifiées qu'on ne le pensait", notamment François Jacob, en ne référant à Nicole le Douarin. FP

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