Société

▶️ Surveillant pénitentiaire: Le dernier rempart

Jeudi 15 Novembre 2018 - 11:21

Le centre de détention du Port est l'unique établissement de l'île de La Réunion permettant d'accueillir les détenus pour les peines supérieures à 2 ans. Nous avons pu partager, le temps d'une journée, le quotidien de ces surveillants qui sont le dernier lien entre l'univers carcéral et la liberté.


Il apparait clairement qu'on devient surveillant pénitentiaire par choix et par vocation. Bien que méconnu, ce métier est de plus en plus sur le devant de la scène médiatique. Les événements de ces derniers mois sur le territoire national ont mis en exergue la problématique du vieillissement des établissements mais aussi du sous-effectif des personnels.

Le centre de détention du Port peut accueillir 475 détenus repartis sur deux quartiers ainsi que 32 places dans le quartier des arrivants pour un total de 507 places. Pour assurer sa mission, le centre emploie 270 surveillants qui fonctionnent sur trois cycles de travail afin d'assurer une continuité au sein de l'établissement. 

Travailler au plus près des détenus au quotidien, nécessite des qualités humaines hors du commun

Comme nous l'explique Fabrice*, il est impératif d'être présent sans pour autant entrer dans l'intimité des détenus. Les échanges se font dans la politesse et l'ambiance est bonne au sein de son quartier malgré les obligations de visites dans les cellules. Le but étant de créer des liens afin que la détention se passe dans le calme. 

Travailler au plus près des détenus au quotidien, nécessite des qualités humaines hors du commun. Être capable de faire abstraction des raisons de l'incarcération d'un homme, ne pas le juger quels que soient ces actes passés, n'est pas donné à tout le monde. 

Pour autant, Fabrice* n'occulte pas la misère qui se cache et se retrouve fatalement à l'intérieur de la prison. "C'est du concentré, tout ce que l'on peut imaginer à l'extérieur de tragique au niveau liens familiaux etc ... on le retrouve en détention", explique-t-il. 

L'univers carcéral peut être impitoyable

N'allez pas croire que la surveillance d'un établissement est un long fleuve tranquille. Chaque détenu qui arrive est placé dans le quartier des arrivants. Cela permet de déterminer avec minutie son comportement et ses affinités pour le placer dans le quartier qui lui convient le mieux. L'univers carcéral peut être impitoyable, l'adversité et l'animosité entre détenus sont présents. 

Une simple visite du conseiller d'insertion ou une activité commune peuvent vite devenir problématiques. Les surveillants sont dans l'obligation permanente de s'assurer que les compatibilités des uns et des autres sont respectées au risque de voir éclater des bagarres. "Je fais en sorte que tout se passe bien au sein de l'activité, qu'il n'y ait pas de débordements. Il y a des détenus qui ne peuvent pas se croiser, parce qu'il y a risque de bagarres", nous rapporte Jocelyne avant d'ajouter "c'est un métier très riche, on gère l'humain, on contribue beaucoup à la réinsertion et la prévention de la récidive, on fait du social ... c'est un métier complet, je me sens utile"

"On fait du social ... c'est un métier complet, je me sens utile"

"C'est un métier qui fait appel à des qualités humaines importantes. La fonction de surveillant nécessite du sang froid, beaucoup de patience mais également de la fermeté puisqu'il faut savoir en faire usage dans les bons moments pour pouvoir garder le contrôle", relève Lionel Grand, directeur adjoint du chef d'établissement du centre de détention du Port. Selon lui, chaque agent doit oeuvrer dans deux domaines précis, la sécurité et  l'aide à la réinsertion. Deux missions primordiales du métier de surveillant que l'administration pénitentiaire met en avant afin de recruter du personnel pour palier le sous-effectif global. Un manque de personnels lié à une importante vague de départs à la retraite.

Comprendre les situations de chacun tout en restant ferme dans l'accomplissement de la mission de sécurité au sein des établissements, tel est le challenge quotidien que doivent relever ces femmes et ces hommes qui ont fait le choix de servir au plus près de ceux qui sont, temporairement du moins, en marge de la société. 

* Prénom d'emprunt 

Regis Labrousse
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1.Posté par cap2022 le 15/11/2018 14:50

On salue le Deputé Ratenon qui s'est emparé de ce dossier avec expertise exactement comme Ruffin avec la psychiatrie et le handicap.

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