Courrier des lecteurs

​Partager le temps de travail (II) : le pragmatisme économique

Vendredi 5 Janvier 2018 - 15:14

Mieux répartir le volume total de travail est la recette. Le volume annuel de travail est stable en France depuis 1950. Seule la baisse de la durée travaillée peut permettre de créer des emplois malgré la stagnation des heures travaillées. La clé de l’emploi se situe dans la répartition du travail entre actifs.

Le progrès technique a permis de travailler moins en produisant plus. Le chômage est moins dû à la mondialisation qu’aux gains de productivité. En 40 ans, l’économie française a doublé sa production avec 4% de travail en moins. Le chômage vient en partie de l’écart entre un moindre besoin de travail et la croissance de la population active. Si nous avions baissé notre temps de travail de 40%, le chômage serait resté au niveau de 1970. Les fruits de la productivité n'ont pas été partagés. La gestion des gains de productivité par le partage du travail est au cœur de la dynamique économique. L’autre raison du chômage est l’accumulation intensive du capital, au profit des actionnaires, au détriment des salariés.

La réduction du temps de travail (RTT) va dans le sens de l’histoire. En Occident, on travaille 2 fois moins qu’il y a 100 ans. Einstein avait raison.

Les 35 heures ont été la politique en faveur de l’emploi la plus efficace et la moins coûteuse. On a zappé les évaluations objectives des 35 heures, qui attestent qu’aucune mesure n’a fait mieux pour lutter contre le chômage. Elles ont contribué à faire baisser le chômage de 10,3 à 7,5 % en cinq ans (1997 – 2002). Elles ont été efficaces : 350 000 emplois pour un coût net de 8 000 € par emploi créé ou sauvegardé. L’objectif de 700 000 créations d’emplois n’a été atteint qu’à moitié parce que la RTT n’a été mise en œuvre que pour la moitié des salariés. Une étude de l’OFCE extrapole la création de 320 000 emplois entre 1998 et 2001. D’autres études confirment la création de 350 000 emplois. Le recul du chômage a été important malgré la hausse de la population active.

Les arguments avancés contre la réussite des 35 heures sont fallacieux. Elles n’ont pas été responsables de la perte de compétitivité de notre économie dans les années 2000 ni de la désindustrialisation. La croissance de 2,7% n’explique pas la progression de l’emploi entre 1998 et 2002. Elles n’ont pas altéré la compétitivité des entreprises, par les gains de productivité et de flexibilité qu’elles ont permis. L’appréciation de l’euro est la vraie raison de la perte de compétitivité de la France et des pays ayant cette monnaie, sauf l’Allemagne. Les comptes des entreprises n’ont pas été dégradés par les 35 heures. Une baisse des charges sans partage du travail aurait créé 124 000 emplois, pour un même coût pour les finances publiques.

Rétablissons la vérité sur les bénéfices des lois Aubry. Leur mise en œuvre a permis le dialogue social : 350 accords de branche et 62 000 accords d’entreprise ont été signés. Les 35 heures ont amélioré la productivité horaire et accru la durée des équipements. Les salariés ont constaté une amélioration de leur vie quotidienne. La RTT a dégagé du temps libre. La conciliation vie professionnelle-vie familiale constitue sans doute la principale avancée sociale des 35 heures.

La RTT peut être poursuivie en tirant les leçons du passé. Prenons acte que les améliorations sociétales permises par la RTT dépendent très largement des conditions de mise en œuvre dans les entreprises. Pour éviter une nouvelle intensification du travail il faut davantage réguler la modulation salariale et mieux définir les activités relevant ou non du temps de travail. Par exemple, on créera, pour 32 heures, davantage d’emplois en ramenant le temps de travail effectif à 8h/j pendant 4 j plutôt que 6h 24/j pendant 5 j. La question du TT doit s’intégrer dans une logique d’amélioration des conditions de travail et de santé des travailleurs.

http://aid97400.lautre.net
D’après le Collectif Roosevelt
Dr Bruno Bourgeon, président d’AID
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1.Posté par Antiflic le 05/01/2018 16:40

Docteur Bruno ...
ça veut tout dire
Ce mec il n'a jamais vu une entreprise mais c'est un théoricien !
Bravo

2.Posté par PATRICK CEVENNES le 05/01/2018 17:15

fukcd473
Allez, le Dr es-économie, expérimentez déjà votre première théorie fumeuse.
Embauchez des salariés à 28h/hebdo et payez-les 35h/hebdo. Revenez-nous voir dans 6 mois avec une photographie du patrimoine de votre entreprise. Mdr !
Je parie qu'il n'a jamais été chef d'entreprise le Grand théoricien.
Avec des SI on ferait voler des cons.

3.Posté par Elle le 05/01/2018 17:21

Mais oui, vous avez d'autres bonnes idées !
Docteur ET éminent économiste et probablement brillant sociologue tendance déconnologie !
Vous êtes sponsorisé ?

4.Posté par Bravo le 05/01/2018 17:56

Une idée tellement brillante qu'elle n'a été reprise par aucun autre pays dans le monde.

5.Posté par JORI le 05/01/2018 17:57

C'est comme quand on me dit que le sénat est un contre pouvoir à l’assemblée, dés lors on se demande pourquoi ne pas créer d'autres assemblées pour faire contre pouvoir au contre pouvoir et ainsi de suite. Dans le cas présent, vu tous les effets bénéfiques énoncés pour ces 35h00, je ne comprends pas pourquoi aucun pays ne les ont adoptées, voire a fait encore mieux. Hamon voulait un salaire pour tous à ne rien faire, on se demande juste qui allait encore travailler pour financer ces salaires??. MDR

6.Posté par Moi président le 05/01/2018 18:51

P Cévennes (post 2) a dit l'essentiel.

J'ajouterais qu'un salarié représente un risque d'exploitation pour l'entreprise. Un employeur préfèrera faire travailler 3 bons salariés à 37 h par semaine (111 h au total), plutôt que d'en embaucher un autre et mettre les 4 à 28 h par semaine (112 h au total).
On sait se ce qu'on perd, mais on ne sait jamais ce qu'on gagne.

Le partage du temps de travail pour réduire le chômage est une forme d'abdication politique. Avec des conditions plus favorables, les entreprises peuvent relocaliser et réduire le chômage. Et on aura toujours besoin d'un minimum de chômage, pour remplacer ceux qui disparaissent du circuit prématurément.

Enfin, on a du mal à comprendre cette volonté de toujours charger encore plus les entreprises françaises, quand celles des pays émergents font ce qu'elles veulent pour avoir les coûts les plus bas.
A part pour des raisons bassement électoralistes ou parce qu'on rêve de voir son pays réduit à la ruine et/ou à l'isolement et au repli sur soi, je vois pas ce qui peut motiver cette volonté.

Les gauchistes de France devraient plutôt concevoir des plans pour introduire le socialisme (dans le sens "solidaire", pas dans le sens marxiste) et l'écologie dans les pays qui méprisent l'environnement et leur peuple et nous font de la concurrence déloyale.

7.Posté par PATRICK CEVENNES le 05/01/2018 21:39

fukcd473
"... Les arguments avancés contre la réussite des 35 heures sont fallacieux ..." Même les rapports des Commissions du Sénat ? Mdr, le manichéen de mes deuzes !

J'avais oublié. L'illustre Docteur es-économie pourrait-il nous indiquer le nombre d'emplois détruits sur la même période ? Si vous n'avez pas les chiffres, je vous propose d'aller chercher et lire les rapports de la banque de France.

8.Posté par Fredo974 le 06/01/2018 10:42

PARTAGER LE TEMPS DE TRAVAIL ( III ) : LE FIASCO ANNONCÉ
Tiens Bruno , je te fais la suite .

9.Posté par Mové langue le 06/01/2018 11:46

Cela m'a toujours sidéré de rencontrer des personnes qui utilisent leur titre de docteur en médecine (oui, vous avez bien lu, docteur en médecine) pour prétendre tout savoir sur l'économie et /ou les sciences politiques. C'est vrai qu'en néphrologie on nous apprend qu'on peut vivre avec un seul rein... Est-ce ce principe qui a poussé notre Dr BOURGEON à s’intéresser à l'économie ? Je veux bien croire que l'éducation est une affaire bien trop sérieuse pour qu'on la laisse seulement aux enseignants, mais je suis aussi intimement convaincu que l'économie est une chose beaucoup trop précieuse pour qu'on la laisse aux mains des médecins... MDR

10.Posté par A mon avis le 08/01/2018 16:38

Malgré les critiques des contradicteurs réac., il faut bien reconnaître que les 35 heures ont marqué une avancée sociale très importante.
La preuve que c'est une avancée incontournable, c'est qu'aucun gouvernement de droite n'a osé revenir en arrière.
Et actuellement, les syndicats allemands revendiquent les 28 heures !

11.Posté par A mon avis le 08/01/2018 16:40

@ 7 PATRICK CEVENNES : et vous, vous pouvez présenter des chiffres ? (autres que vos pseudo références)

12.Posté par A mon avis le 08/01/2018 16:52

Les articles de Bruno Bourgeon sont toujours bien construits, argumentés, et apportent réellement des informations. (même s'ils sont parfois un peu longs)

Les commentateurs qui s'attachent à dénigrer la personne de Monsieur Bourgeon, montreraient un peu d'intelligence s'ils argumentaient sur le fond des articles présentés !

13.Posté par A mon avis le 08/01/2018 17:06

@6 Moi président l Vous écrivez sans honte :
"Enfin, on a du mal à comprendre cette volonté de toujours charger encore plus les entreprises françaises, quand celles des pays émergents font ce qu'elles veulent pour avoir les coûts les plus bas."

Bien sûr vous cautionnez les salaires de misère, les horaires sans limites, les congés minimas ou absents, le travail des enfants ... en un mot l'absence de toute législation !

Votre affirmation est une insulte à tous les hommes et femmes qui ont lutté parfois au péril de leur vie pour obtenir les progrès sociaux dont nous bénéficions aujourd'hui !

Par ailleurs, les entreprises françaises ne se portent pas si mal que vous semblez le dire. Consultez un journal financier, et vous pourrez constater leurs bénéfices, et les dividendes qui en découlent !

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