Courrier des lecteurs

​Lettre ouverte au divin Jupiter de la Préfecture

Mercredi 29 Janvier 2020 - 15:00

Divin Jupiter de la Préfecture,

Je suis ravi de vous savoir doté d'un bon salaire, un salaire qui, il est vrai, fait pâlir les vraies élites de notre bonne république : professeur de médecine, chercheur du CNRS, professeur au Collège de France. Ces brillantes élites gagnent en fin de carrière 6000 euros par mois, et vous, vous gagnez la même somme au beau milieu de votre propre carrière. Dieu le sait : ces vraies élites ont passé de beaux concours lors de dix années d'études et même plus. Et pourquoi cette mirifique dotation financière vous concernant, alors que vous êtes à un échelon bien en-dessous, une célèbre élite de bas étage ? Je pense ne rien vous apprendre. Les énarques  sont partout dans l'appareil de l'Etat. Bons conseillers, ils préparent décrets, lois, arrêtés ... Ils ont fait de leur mieux pour bien servir leurs grands amis : les députés, les sénateurs, les ambassadeurs, les préfets, les sous-préfets, les élus qui, en plus de leur mandat, recueillent parfois la présidence d'une SPL Je vous laisse trouver d'autres amis; ma maigre liste est loin d'être exhaustive. A propos justement d'une SPL, Dame Couapel-Sauret, avocate, vice-présidente de la région Réunion en a hérité une; au total, elle fait, elle aussi, pâlir nos vraies élites : plus de 8000 euros par mois sans faire le moindre effet de manche. Et la dame a clamé que c'était légal. Je ne la contredis pas : elle connaît bien le Dalloz, son bréviaire; ce n'est pas le mien, Dieu merci; je me frotte plus volontiers aux œuvres de nos anciens grands maîtres, par exemple, celles de Platon, de Cicéron et de César qui a eu l'audace de franchir le Rubicon...

Seulement, revêtu virtuellement de mon gilet bien bien jaune, je clame haut et fort qu'il y a un légal bien arrangé, comme on trouve le bon rhum arrangé dans les bonnes caves des cocotiers. Ce légal si bien arrangé est illégitime et - osons le dire - profondément immoral.  Oui, ce légal arrangé dérange horriblement le légitime, la loi du simple bon sens. Entre les deux, il y a comme un abyme. Sans en mesurer toutes les conséquences, avec leur légal bien à eux, les énarques ont mis en place la France d'en Haut et la France d'en Bas; oui, la France est scindée en deux : on y trouve, d'une part, les seigneurs de notre république, d'autre part, la plèbe avec ses gilets jaunes. L'Ancien Régime fait de la résistance. Et nos valeureux énarques sont sortis d'une prétendue prestigieuse école, l'ENA - l'Ecole Nationale de l'Administration - où l'on a, de toute évidence, comme devise : "Servir l'Etat, c'est bien, se servir soi-même, c'est mieux". Mais aux yeux des gilets jaunes et donc à mes propres yeux, l'ENA, c'est l'Ecole Nationale de l'Arnaque. A bien réfléchir, on peut affirmer que nos malicieux énarques sont les vrais responsables de la révolte des gilets jaunes. La France d'en Haut tire, à hue et à dia, de toutes ses forces, la grande couverture à elle; et par voie de conséquence, la plèbe tousse, elle grelotte, elle se meurt. La France d'en Haut se gave, tandis que la plèbe, taillable et corvéable à merci, croule sous les taxes et vit misérablement; elle ne connaît plus la poule au pot hebdomadaire de Henri IV. La France d'en Haut a presque toute la cagnotte de Bercy, la France d'en Bas une toute petite part, une part toute menue, toute chétive. "Liberté, égalité, fraternité", belle devise qui fait rêver et qui se réalisera quand mes colombes auront des dents. 

Divin Jupiter de la Préfecture, revenons à nos moutons. J'ose, à regret, charger encore votre barque déjà bien pesante - mais Charon en a vu d'autres. Vous ne parlez jamais de votre restaurant personnel, votre Foucquets pour lequel vous avez recruté un excellent cuisinier, un maître queux étoilé ou en devenir. Qui paie ?  Le maître de Bercy vous a dit : "Tak out bouce, c'est un dessous de table". Et, soumis, vous ne dites rien, vous respectez, à merveille, le devoir de réserve. Lequel devoir peut se contourner en ayant recours à la plume d'une tierce personne. Je vole donc à votre secours. Je suis votre aimable sujet, tout disposé à faire votre panégyrique, comme mon ami Pline le Jeune en a fait un pour son adorable empereur Trajan et donc me voici tout disposé à faire au meilleur d'entre nous de solennelles actions de grâce : "bene ac sapienter ...". J'ose pourtant dire ce qui me vient à l'esprit. Dans ce restaurant prestigieux, on ne sert pas de sardines, non, elles ont trop d'arêtes, mais plutôt un beau homard; les sardines, c'est pour la plèbe, le décapode, c'est de préférence pour ceux de la France d'en Haut, et oui, je le répète, pour les seigneurs de notre misérable république. François de Rugis, grand gourmet, naguère 3ème personnage de l'Etat, peut témoigner et abonder en mon sens. A l'heure du repas, divin Jupiter, d'une voix théâtrale, celle de Feydeau, vous clamez : "Madame est servie"; Et madame arrive, frétillante, sautillante, toute guillerette.  Qui paie ? Les gilets jaunes, vos bienfaiteurs. Et vous mettez beaucoup d'ardeur à les combattre, ces vilains gilets jaunes, oublieux que vous êtes de l'horrible serpent de mon bon La Fontaine, qui, Dieu merci, n'a pas connu l'ENA. Vous savez, le patron d'entreprise a parfois son restaurant d'entreprise : c'est lui qui paie et accorde un petit prix pour ses ouvriers. Alors, divin Jupiter de la Préfecture, ayez, pour une fois, l'état d'esprit d'un patron d'entreprise, mettez la main dans le cambouis, payez le personnel de votre restaurant et, si vous le voulez, accordez un petit prix à vos compagnons de table, vos commensaux, qui suivent le même régime que vous, un si merveilleux régime. Bannissons à tout jamais les dessous de table voulus par le patron de Bercy. Bannissons les privilèges qui perdurent sous la Vème république. Embellissons dame Démocratie, la pauvresse, actuellement toute déguenillée à cause de nos prétendues têtes pensantes.

Divin Jupiter de la Préfecture, vous me susurrez à l'oreille : "Il y a d'autres dessous de table payés par les gilets jaunes". C'est bien vrai et je suis ravi de vous savoir clairvoyant, pour une fois. Et, prenant la balle au bond, j'ajouterai que beaucoup d'élus se promènent avec leurs tickets-restaurant, des frais de représentation, payés là encore par les gilets jaunes, lesquels sont tout heureux de savoir, enfin, qu'ils n'ont rien à payer pour le réveillon de ces élus nantis. Dame Couapel-Sauret, susnommée, revêtue de sa robe d'avocat, apte à réciter son Dalloz, peut-elle, d'un heureux effet de manche, nous dévoiler quelque chose à ce sujet, faire toute la clarté sur ce problème obscur ? "On ne nous dit pas tout", crie ma soeur Anne.

Alors, divin Jupiter, descendez de votre Olympe et venez piétiner le plateau des vaches. C'est là que j'ai imaginé la seconde Révolution qui donnera naissance à la VIème République. Lors de la première, on a écourté d'une tête le roi. La seconde Révolution va consister à rogner les bourses de la France d'en Haut, à supprimer tous les privilèges, à rétablir plus équitablement la manne financière de l'Etat. Une redistribution des deniers publics qui va permettre de recruter des infirmières, des policiers, et l'on va redorer la situation des Ehpad. Les gilets jaunes vont enfin trouver un emploi décent et n'auront plus à tourner en rond aux ronds-points. Nos pompiers auront des bombardiers d'eau tout neufs pour remplacer ceux qui sentent la ferraille. L'armée pourra avoir du matériel en meilleur état pour le bonheur du Général de Villiers que Macron a renvoyé lamentablement dans ses foyers.

Justement c'est ce Général qui devrait se présenter aux présidentielles prochaines et proposer la constitution de la VI ème République par référendum populaire. Il va être notre sauveur.

Je vis d'espoir.

Divin  Jupiter de la préfecture, divinement vôtre.
 
Gérard Jeanneau, ex gardeur de vaches sous l'occupation allemande.
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1.Posté par République le 29/01/2020 16:46

Ce ne sont pas les énarques et autres hauts cadres administratifs qui décident, mais les politiques ; à tous les niveaux, les responsables sont les élus, et si révolution il y a, elle passe obligatoirement par la mise en place du non-cumul des mandats dans le temps – deux mandats, et l’on va reprendre son travail habituel en se disant qu’il faut continuer à se perfectionner. Car « le moyen, ce n’est pas le médiocre, c’est l’égale potentialité à l’excellence ».
C’est plus la surveillance de tous les pouvoirs politiques, y compris dans les collectivités locales qui ronronnent dans leurs coins avec des profiteurs en embuscade. D’où le 2e niveau pour éviter que la République ne prenne un chemin qui ne mène à rien, l’Histoire continue à le montrer partout pour ce qui est la soi-disant Révolution (y compris celle des « Gilets Jaunes ») : la mise en pratique d’une loi sur l’évaluation citoyenne régulière de l’utilisation de l’argent public, l’argent du peuple (de tout le monde, y compris de ceux qui sont en difficulté) – la participation de citoyens se faisant après tirage au sort des candidats.

2.Posté par Gérard Jeanneau le 29/01/2020 19:55

Je paie 7 euros mon repas à la résidence Meffreys pour personne âgée. L'heureux préfet a son restaurant de luxe; ce n'est pas pour une barquette à 8 euros. Le repas doit être estimé à ,son vrai coût. On doit approcher des 100 euros par jour - évaluation bien généreuse - et donc mensuellement pour lui et madame : 200*30 : 6000 euros. Ce privilège compte pour du beurre; c'est un revenu déguisé, non déclaré aux impôts, légalement.

Il faut abolir tous les privilèges. Il faut mettre fin à la République bâtarde.

3.Posté par Gérard Jeanneau le 29/01/2020 22:50

Et Virgile, dans sa tombe, peut clamer :
O fortunatos nimium, sua si bona norint ! Praefectos ! Heureux les préfets s’ils connaissaient leur félicité !

4.Posté par Janus le 30/01/2020 07:26

VIRGILE disait aussi : " Ergo multo audacior dolore quid potest intrare animam deorum? " ☺☺☺

5.Posté par Gérard Jeanneau le 30/01/2020 12:50

A propos de la citation de Virgile, j'ai remplacé agricolas par praefectos, en respectant la syntaxe. Celle de Janus est purement fantaisiste (4).

6.Posté par Janus le 31/01/2020 08:18

Mon cher Monsieur JEANNEAU, c'est vrai que cela fait sérieux de citer VIRGILE ☺☺☺ Encore faut-il ne pas changer le sens de ses citations ☺☺☺

Quant à ma "fantaisie" sur VIRGILE, je vous invite à lire " l'Enéide ", I, 11 ... Et vous constaterez que je cite cet auteur sans rien déformer de ses textes ...

La culture ne se décrète pas Monsieur JEANNEAU, elle s'acquiert avec le temps et du travail ☺☺☺

7.Posté par Gérard Jeanneau le 31/01/2020 11:21

La fantaisie de Janus continue à faire son bonhomme de chemin. Voici le vers 1, 11 de l'Eneïde :
impulerit. Tantaene animis caelestibus irae?

Rien à voir avec la citation de Janus. Et Virgile n'a jamais employé la forme audacior..

Et comme je pense avoir fait assez de latin, avec l'appui de J. C. Woitrain, j'introduis du néolatin. Un exemple : follis : ballon de football.

Atalleur, Janus.

8.Posté par Gérard Jeanneau le 31/01/2020 11:47

A mon Auguste Janus

ἕν οἶδα ὅτι οὐδὲν οἶδα : il y a une chose que je sais, c'est que je ne sais rien. Voilà ce que dit Platon, j'y souscris.

Seulement, quand je viens d'apprendre quelque chose, je le fais savoir. Et, c'est vrai, je continue à apprendre !

La colère furibonde de Janus ne vient-elle pas de ce que je mets plus bas que terre les énarques ? Notre Janus ne serait-il pas l'envoyé du Préfet, qui se tait et qui déroute le fond de l'article : le préfet est bel et bien un reste de l'Ancien Régime avec privilèges.

9.Posté par Fredo974 le 31/01/2020 21:15 (depuis mobile)

Pas lu , trop long..

10.Posté par Gérard Jeanneau le 31/01/2020 22:35

Finalement mon aimable Janus a jeté l'éponge. Je pense l'avoir démasqué. Il se tait, il se terre.

Et pour en venir au bon préfet en poste actuellement, il n'est pas énarque, mais il profite des avantages que lui ont préparés les énarques. Et notamment le bel avantage du prestigieux Foucquets, beau restaurant à la charge des gilets jaunes. Peut-être verse-t-il un ti moné, mi gagne pas savoir. Qu'il parle un ti coup ! Et madame ? On ne nous dit pas tout !

Une lettre ouverte, ce n'est pas une lettre sous le boisseau !



.

11.Posté par Gérard Jeanneau le 01/02/2020 19:45

Un comble ! Le préfet, avec la bienveillance du patron de Bercy, a son restaurant personnel avec ses commensaux. Tout est à la charge des gilets jaunes. Un dessous de table fastueux. Le voilà pilleur d'Etat légalement. L'Ancien Régime a la vie dure sous la V ème république.

12.Posté par Janus le 03/02/2020 07:43

Mon cher Monsieur JEANNEAU,

C'est beaucoup d'honneur que vous me faites en me traitant de " Auguste ", si nous considérons que vous me comparez à Auguste César ☺☺☺

A moins que ce ne soit le clown Auguste ☺☺☺ Ce que je prends aussi comme un compliment ☺☺☺

Quant à cette phrase de VIRGILE sur laquelle nous "débattons", vous pouvez la présenter en latin, en grec ou dans n'importe quelle autre langue, en français elle aura toujours le même sens : " Tant de ressentiment peut-il entrer dans l'âme des dieux ? "

Je vous laisse, je vais me terrer chez moi, en attendant vos futures lumières ☺☺☺

13.Posté par Gérard Jeanneau le 03/02/2020 12:50

A mon regret, je ne retrouve pas votre citation. J'aimerais la retrouver dans son contexte. Aucune trace avec google. Eclairez-moi. J'attends … vos lumières.

Un seul regret : notre échange de courriers échappe au problème que je pose. Le préfet est pourtant un pilleur d'Etat … légalement, mais illégitimement, aux yeux des gilets jaunes, à mes propres yeux également.

14.Posté par Gérard Jeanneau le 05/02/2020 12:24

Mon auguste Janus (4) ne donne pas d'éclairage sur sa citation latine, sortie de sa propre cuisine.


Auguste Janus est évidemment ironique tout comme mon divin Jupiter qui désigne le préfet.

Notre distingué préfet ne nous dit rien au sujet de son beau restaurant. Les gilets jaunes aimeraient savoir puisqu'ils paient l'addition. Le Janus, quant à lui, s'est contenté de noyer le poisson !

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