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Courrier des lecteurs

​La lettre de Bruny Payet


Par Ary YEE-CHONG-TCHI-KAN - Publié le Mardi 15 Septembre 2020 à 13:58 | Lu 589 fois

La mort de Bruny Payet fait beaucoup réagir. Bien sûr, c’est un être hors norme. Mais pour l’étude et la connaissance, peut-être faut-il relire la lettre qu’il a publiée le 5 mai 2004, comme contribution au 60e anniversaire du journal qu’il a dirigé et qui a été saisi plus de 40 fois. 

« Mon passage à “Témoignages” aura été une étape exaltante, suite à un engagement sans retour au marxisme lié à une adhésion raisonnée, et tout aussi sans retour à une philosophie : le matérialisme dialectique. Ce sont là de grands, sinon de gros mots, mais ils sont assumés !

De notre participation concrète aux 60 ans de “Témoignages”, reviennent en mémoire des instants privilégiés, sans doute fonction des luttes menées sous la direction du Parti communiste réunionnais, et qui ont marqué la vie de ce journal, à l’origine porte-parole des “sans défense”.

Pour ne citer que quelques-uns de ces instants inoubliables : 

o En 1953, le soutien à la lutte mémorable des fonctionnaires réunionnais pour l’égalité des droits avec les fonctionnaires métropolitains. Cette action d’une durée de 64 jours a été couronnée de succès. Mais, en fin de compte, on peut se demander si, en définitive, ce succès catégoriel n’a pas été négatif au regard de l’avenir de ce pays.

o En 1955, la bataille exemplaire des ouvriers et des planteurs de Quartier Français pour sauver ce qu’ils considéraient comme leur usine, menacée par la rapacité des usiniers concurrents qui l’avaient d’ailleurs déjà dépecée. 
Comment oublier cette entrevue d’un soir, à Cambuston, entre la direction de l’usine et celle de ce qui deviendra ultérieurement le Parti communiste réunionnais, et à laquelle l’usinier René Payet mit fin par la formule qui lui allait comme un gant : "Tope là ! Vous êtes les hommes qu’il me faut". 

Ce fut alors une bataille jalonnée de réunions et de manifestations avec délégations quotidiennes auprès des autorités et qui, au bout de 15 jours, s’est terminée - un véritable Austerlitz - par la déroute des usiniers concurrents et a consacré la survie de Quartier Français. 

Il n’appartenait pas à la direction de l’usine d’occulter ce passage de l’Histoire, de même qu’il n’appartenait pas à quelque pseudo-intellectuel de galvauder cet instant de l’Histoire de notre pays. 

Et “Témoignages” grandissait à mesure de ces batailles qu’il assumait quotidiennement : 

- En 1957, la dure bataille pour tenter de sauver la municipalité démocratique de Saint-André, suite à la mort prématurée de son maire, le Docteur Raymond Vergès. Ce fut alors une véritable débauche de violences, de nervis, de fraudes avec la complicité des forces de l’ordre de l’époque et de l’Administration, avec à sa tête le légendaire préfet Jean Perreau-Pradier. 
Ce fut d’ailleurs le signal de départ de tous les scandales électoraux qui s’ensuivirent, avec comme résultat la liquidation des municipalités de Bras-Panon, de Sainte-Marie, de Saint-Paul, de Saint-Leu, pour terminer avec celle du Port le 25 mars 1962. 

- En 1959, l’inoubliable première fête de “Témoignages” dans la Cour du “Rio” à Saint-Denis, qui connut un succès populaire extraordinaire, malgré les fraudes et les pressions multiples. 

- En 1959, la naissance du Parti communiste réunionnais, dont “Témoignages” devient le porte-parole officiel.

- En 1959 encore, le souvenir de la grande bataille pour la municipalité de Saint-Denis avec le soutien actif du gouverneur Vincent-Dolor. Bataille qui aurait été victorieuse sans le bourrage des urnes, la falsification grossière des procès-verbaux électoraux, suivie de la lâche agression par les CRS contre le camarade secrétaire général de notre parti, devant l’Hôtel de Ville de Saint-Denis, et de l’assassinat par les nervis de notre jeune compatriote Éliard Laude, à Sainte-Clotilde. 

- En 1967, la houleuse élection de Marcel Cerneau dans la 3ème circonscription, après la longue lutte des planteurs de géranium ruinés avec la baisse brutale, en 1965, de l’essence de géranium. 

- En 1964 - 1966, la clandestinité du camarade secrétaire général de notre parti, grâce au soutien de toute une population. Clandestinité qui prit fin avec son extradition de notre pays vers la métropole, marquée par un rassemblement des travailleurs et de tous les démocrates à Gillot, sans doute unique dans l’Histoire de notre pays.

Mais ces “pics” de lutte ne peuvent avoir de sens que si nos pensées vont vers ceux qui ont payé de leur vie nos luttes communes, pour la dignité et les libertés dans notre pays : le jeune Éliard Laude, Thomas Soundarom et les autres. 
Nos pensées doivent aller aujourd’hui à tous nos camarades militants - les Alice Péverelly, Isnelle Amelin, Marie Gamel, Léonce Panon, Louis Abner et tous les autres qu’on ne finira pas de citer - qui ont consacré des années de leur vie aux luttes menées au nom de “Témoignages”. 

Nos pensées doivent aller aussi aux centaines et centaines de travailleurs et planteurs qui ont connu la prison pour avoir combattu pour les droits et les libertés, sous le drapeau de notre journal. 

Toutes ces luttes ne peuvent être séparées de celles menées quotidiennement avec obstination - malgré la répression multiforme - par tous les diffuseurs de “Témoignages” pour faire de nouveaux abonnés, de nouveaux lecteurs de notre journal. 

L’Histoire est encore à écrire de tous ces combats, menés souvent dans l’ombre mais toujours avec, au cœur, l’idéal fortifié par nos rêves...

La reconnaissance par le gouvernement Maurois du “20 Décembre”, date anniversaire de l’abolition de l’esclavage dans notre pays, jour férié et chômé, était sans doute un aboutissement, mais aussi l’espoir vers cette “Fête réunionnaise de la Liberté”. 
Mais l’arbre de la liberté planté ce jour-là au pied de l’entrée de la préfecture à Saint-Denis est mort ; mort, aussi, celui planté par la suite dans l’enceinte du Conseil général. Bruny Payet» 

Cela n’empêchera pas pour autant La Réunion de devenir dans un avenir que nous souhaitons proche, une terre de liberté, de dignité et de progrès.

Bruny Payet

Cela fait déjà 16 ans. Une raison supplémentaire pour enseigner l’histoire de La Réunion. 



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