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Courrier des lecteurs

​L’Hôpital Public aux abois


Par Bruno Bourgeon, AID - Publié le Lundi 27 Avril 2020 à 19:39 | Lu 486 fois

​L’Hôpital Public aux abois

La pandémie du coronavirus a pointé l’insuffisance des moyens hospitaliers en France. A trop vouloir amputer, on finit par toucher les organes vitaux.

Sur plus de 3000 établissements de santé, 1376 sont publics, soit 45 %, mais disposent de 61 % des lits en hospitalisation complète, et 55 % en hospitalisation courte (moins de 24 heures). Depuis plusieurs décennies, nos hôpitaux publics sont la cible d’une guerre sans merci : la guerre des finances. L’Hôpital pèserait trop lourd dans les dépenses publiques.

En 2002, nous avions 314000 places en hospitalisation complète, en 2018, 243000 : - 71000. En hospitalisation courte, on est passé de 31000 à 43000 lits : + 12000. On est loin de l’équilibre, et surtout, l’un ne remplace pas l’autre. Les lits en hospitalisation complète offrent un stock de places disponibles, histoire de parer aux imprévus, comme… une épidémie fulgurante, par exemple. Pourquoi cette double évolution ?

En 1982, Jack Ralite, du PCF, propose ce virage ambulatoire. Il nomme comme DGS (directeur général de la Santé) Jean de Kervasdoué, ancien ingénieur des Eaux et Forêts : celui-ci découvre aux USA, à l’Université de Cornell, le « Diagnosis Related Groups »,une ingénieuse façon de classer les malades hospitalisés. Le but ? Identifier précisément le coût de chaque séjour hospitalier. L’outil rêvé pour maîtriser les dépenses des hôpitaux. Naît donc le PMSI, ou programme de médicalisation des systèmes d’information, pour mesurer la « production » de soins dans chaque unité médicale. Il est peu utilisé jusqu’en 1996. 

Alain Juppé met alors en place son plan pour contenir les dépenses de Sécurité Sociale (SS). Au menu, on y décèle l’ONDAM, objectif national des dépenses de l’assurance-maladie. L’ONDAM est une limite budgétaire annuelle votée par le Parlement. Le PMSI est d’un grand secours dans l’allocation budgétaire des hôpitaux : comment injecter, dans les habitudes de soins, la notion de rentabilité d’un séjour hospitalier.

En 2002, le plan hôpital 2007 propose la T2A, ou tarification à l’activité. Désormais chaque hôpital devra classer sa patientèle dans l’un des 800 GHM (Groupe Homogène de Malades) mis à sa disposition. La SS paye ensuite l’hôpital pour chaque acte médical selon les barèmes de la T2A, révisé chaque année.

Tout est désormais en place :
- l’ONDAM définit un budget inférieur aux besoins prévus. Par exemple en 2019, la croissance de l’ONDAM était de 2,4 % quand les besoins en santé devaient augmenter, selon la commission des comptes de la SS, de 4,4 %;
- la T2A repère le plus rentable pour optimiser le management de l’entreprise hôpital ;
- cadeau-bonus : les directeurs hospitaliers, sans même devoir en référer à leur directoire, peuvent emprunter : «  si l’Etat ne vous aide pas, demandez aux banques ».

En pleine épidémie d’emprunts toxiques, ce n’est pas le meilleur geste barrière qui soit. Entre 2002 et 2013, l’endettement des hôpitaux passe de 2 à 30 milliards d’€. Nombre d’établissements sont au bord de l’asphyxie, et la meilleure variable d’ajustement sera le personnel : entre 2010 et 2017, la productivité hospitalière bondit de 15 %, les effectifs en personnel de 2 %. De quoi briser plus d’un soignant : les arrêts-maladies sont à 10,2 j/an, 7,9 j/an dans les autres secteurs,et les salaires moyens sont inférieurs de 10% aux salaires moyens des autres secteurs dans l’hexagone.

La France passe au 28ème rang sur 32 dans l’OCDE, pour ses dépenses de santé. Les outils ONDAM, PMSI et T2A ont installé, au  prétexte d’optimisation financière, la rengaine : « si l’hôpital est déficitaire, c’est de sa faute ».  Mais alors : quid des facteurs externes contribuant à l’augmentation des dépenses en santé : vieillissement de la population, équipements médicaux de plus en plus coûteux, augmentation du niveau de vie ?

Dans toute démarche diagnostique, le contexte est essentiel. Il est temps de repenser collectivement nos priorités. Encore faudrait-il disposer d’une société où le dialogue et la prise de décision soient réellement démocratiques. Plutôt que d’amputer, si nous tentions autre chose, que l’on pourrait puiser dans les notions de service public, de démocratie, d’intérêt général ?

Bruno Bourgeon, porte-parole d’AID
D’après #DataGueule, 23 avril 2020




1.Posté par C.J. le 28/04/2020 15:41

Bjr,
Sans trop entrer dans les détails, juste un ressenti personnel à propos de l'hospitalisation publique et qui n'est pas du tout négatif loin s'en faut. Mais...
Sans l'avoir fréquenté autrement que comme administrateur de l'Hôpital Bellepierre avant qu'il ne devienne CHU, quand le financement est passé au prix de journée plutôt qu'au lit occupé. Ou alors pendant la période de transition, je représentais l'Assurance Maladie en tant qu'administrateur de la CGSS.
L'hôpital public donc puisque c'est de ça qu'il s'agit est très performant pour assurer les soins pour tous au quotidien. Pas pour essuyer un coup de feu comme une épidémie comme celle que nous connaissons, c'est ça le drame,Souhaitons que le Politique en tire les conséquences.
L'hôpital public est très fonctionnarisé avec une structure administrative lourde à gérer et qui coûte d'ailleurs très cher avec le nombre de sous-directeurs à chaque branche ou département de fonctionnement et qui n'attendent qu'une chose d'est de devenir chef à la place du chef .L'Ecole de Rennes, accessible à tous en interne, produit de ces sous-chefs , faut bien alors les les mettre en poste.
Ce sont des fonctionnaires toutes catégories de personnels en poste, à part entière même si de la Fonction publique hospitalière. Des fonctionnaires c'est toujours lourd à faire bouger. J'ai 40 années de vie professionnelle dans la fonction publique d'Etat , je sais ce que c'est . C'est le statut qui le veut et qui crée les mentalités.
Pour les soins techniques assurés en ce milieu, ils sont sous doute aussi performants qu'ailleurs . Au moins , on ne réclame pas de rallonge de prix, pour obtenir l'excellence, comme c'est dans la plupart des établissements du privé..les actes sont accomplis à prix coûtant comme remboursé par l'A.M..
Sinon ça faut-il accorder des moyens supplémentaires ou faire en sorte que ceux existants soient utilisés à meilleur escient, je n'en sais que dire, ça fait trop longtemps que je n'y suis plus.

2.Posté par yabos le 28/04/2020 19:01

Post 1 . Vous dites avoir était administrateur au chd de Belle Pierre (actuellement chu) et dans la foulée vous affirmez, certainement au regard de votre grande expérience, que tout le monde peut accéder facilement à l'ENSP ( le nom à changé maintenant)école de formation des directeurs d'hôpital. Rien que par ces propos, vous démontrez par l'absurde, votre niveau intellectuel et vos capacités de réflexion.

3.Posté par C.J le 28/04/2020 20:27

@2...tout ce que je dis est de fait quitte à actualiser...je dis seulement que par promotion interne c' est possible, je ne sous-entends pas que c facile..si vs en êtes un de ce cru que j' ai vexé..je ne me sens pas gêné.

4.Posté par C.J le 28/04/2020 22:05

@2 Je livre mon ressenti né de mon expérience d' administrateur entre 1984 -1990 en gros.
Les éléments peuvent être actualisés,je le conçois. Ceci dît, je viens pas présenter un cv..auprès de quiconque.

5.Posté par Pierre Balcon le 01/05/2020 09:38

Toujours cette manie de mettre en cause les structures , les organisations , les institutions , les systèmes . Jamais les hommes

Pour moi cette crise signe la faillite des cerveaux ! Et c'est particulièrement vrai pour ceux qui auraient du se porter en première ligne.

Hors le corps médical dans sa grande majorité a déserté : impossible de trouver un dentiste , un ORL , un ophtalmo , un pneumologue , un cardiologue , un dermatologue , un neurologue , un cancérologue et que sais je encore . Et les quelques généralistes joignables se sont "bunkérisé".
Où sont les Bernard Rieux, le docteur de La Peste de Camus, médecin qui s’acharne à soigner les malades alors qu’une épidémie de peste frappe la ville d’Oran en Algérie.

Il y a eu quelques exceptions évidemment et quelques uns sont morts , comme meurent chaque année des chauffeurs routiers qui ne font que leur métier.
.
Oh ils avaient un alibi : on ne leur avait pas donné de masques ! Les pauvres !
Mais fichtre ! quand on est médecin on est prévoyant et on dispose quand même d'un petit stock personnel de masques et de blouses. Quand on est en contact permanent avec des malades on doit en permanence prendre ses précautions

Qu'est ce qu'on dirait d'un peintre en automobile , d'un ouvrier dans une scierie , d'un meunier qui n'aurait pas de masques !!!

Quand aux hôpitaux et cliniques laissez moi rire : ils étaient vides.

A part le service de réanimation du CHU et son laboratoire , les autres services étaient en mode week end prolongé .

Et le CHU lui même n'a jamais s compté plus de 20 patients Covid , dont jamais plus de 10 en réanimation ( aujourd'hui 2 !!) .

Les véritables héros (oines ) ce sont les caissières des grandes surfaces qui modestement , sans faire parler d'elles , sans se faire ridiculement applaudir à 20 heures, ont tenu leur rôle , pour une rémunération ridicule. Et tu peux me croire j'en sais quelque chose sur le sujet.

Cette crise pour moi ce sera le naufrage de notre pays .
Quant à La Réunion , elle naviguait déjà comme un bateau fou . La dérive continue jusqu'à ce que le piètre navire s'échoue sur le rivage.

6.Posté par Bruno Bourgeon le 04/05/2020 08:56

Pierre le provocateur!

Où as-tu vu que je te parlais de Covid dans le courrier? Je te parle simplement de la désaffection budgétaire envers le système hospitalier public depuis trois décennies, par les gouvernements successifs.

Je veux bien louer le courage ou la bravoure des caissières de supermarché, mais je peux te chiffrer le bilan des personnels soignants auprès des personnes âgées ou dans les hôpitaux : par exemple, 8% des personnes décédées du Covid en Italie font partie des soignants. Peux-tu me dire combien de caissières de supermarché ou équivalent(e)s sont décédées du Covid?

Tu fustiges les personnels médicaux qui n'ouvrent pas leur cabinet : mais c'est simplement parce qu'on le leur a interdit! Tu dénigres le personnel hospitalier en prétextant que les hôpitaux sont vides : c'est une conséquence du confinement! Cela prouve peut-être que beaucoup de nos soins "indispensables" sont en fait inutiles... Nous vivons dans une société de "luxe" qui nous permet de garder hospitalisé une semaine un patient qui souffre d'un traumatisme de rate, alors que dans tout autre pays ne disposant pas de nos structures de soins une simple surveillance à domicile eût été prescrite.

Alors oui, dans ces conditions, nous vivons au-dessus de nos moyens et pourrions décélérer rapidement dans nos exigences de soins. Va demander cela à quelqu'un qui souffre de quoi que ce soit de ne pas aller aux urgences pour savoir ce qu'il a et le traiter en conséquence. Oui on a le scanner facile, parce que nous pouvons nous le permettre.

En attendant, ce que décrit ce papier est la pure et simple stricte réalité de nos gouvernants depuis 30 ans, et tu ne peux le nier. C'est pour cela que tu n'y réponds pas en détournant le propos sur le Covid.

7.Posté par Pierre Balcon le 05/05/2020 09:30

Provocateur ???

Je dis la stricte vérité et tu le sais .

Cela gène évidemment la "corporation".
L'aristocratie médicale tient sa revanche dans cette épidémie. , non pas par ses mérites mais par les vertus des médias auprès desquels elle a table ouverte .

C'est fou le nombre de "professeurs " qui viennent chaque soir nous faire la leçon .
On se demande d'ailleurs comment ils peuvent exercer et tenir leur permanence médiatique.

La France est vraiment un grand corps malade .

Elle était hypocondriaque , elle va sombrer dans la nosophobie .
Freud avait raison : dans les névroses , disait il , on ne guérit pas on change simplement de symptômes

Pour des raisons personnelles, je connais assez bien le fonctionnement du CHU ( ex CHD) .
Et je puis te dire que c'est un grand foutoir .
Si le peuple savait effectivement ce qui s'y passe , je pense qu'il y aurait un peu moins de monde au clap du 20 h .

Je crois que tu le sais d'ailleurs aussi et tu as payé assez cher de vouloir remettre un peu d'ordre , à ta mesure .

Sur la situation italienne elle est confuse : les organisations professionnelles parlent de plus de 100 décès chez les personnels soignants.

Ce chiffre est à rapporter aux 30 000 décès enregistrés dans la péninsule , soit donc 0, 33 %.

Hécatombe en effet !

Et il est difficile de déterminer la part qui est imputable à l'exercice du métier de celle qui se rapporte aux contacts sociaux extérieurs à l’hôpital .

L'importance relative de cette "performance " est essentiellement liée à des facteurs qui auraient du être maîtrisés par de vrais professionnels : manque d'expérience des intervenants , protections insuffisantes , méconnaissance du statut des personnes prises en charge .
Bref le bazar à l’italienne.

En France nous ne connaissons pas les chiffres .
Mais le professeur D Raoult dans son interview illustre à BFM indique que dans son service , qui a traité plus de 3 000 malades, le taux d'infection des personnels soignants est équivalent à celui constaté dans la population générale. ,

Et rappelle toi ce chiffre : on comptabilise en France plus de 800 décès par accident du travail.
Les chauffeurs routiers paient le plus lourd tribut.
Ils ont répondu présents tout au long de la crise pour assurer l’approvisionnement de nos concitoyens .
Et on ne les a pas entendu se plaindre , sauf contre les policiers qui les enquiquinaient .

Quel mépris de classe tu affiches envers les caissières !
Quand on fera le bilan ( par sérologie ) des personnes infectées on verra bien où sont les vrais héros.

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