Courrier des lecteurs

​Des mots sur les maux de l’Hôpital

Jeudi 13 Février 2020 - 10:10

Ce courrier révélant un constat de « L’illusoire perfection du soin », (2014), (1), est redevable au neurochirurgien Stéphane Velot, praticien au CHU de Tours. Les différentes « méprises » du monde médical ainsi décrites y dénoncent « un système de soins » où « le corps soignant s’épuise ». « Les crises se succèdent avec leurs ordonnances de vains remèdes. Le malade que nous sommes ou serons presque tous un jour a tout lieu de s’inquiéter. Le mal est profond ». Les causes de ce mal sont diagnostiquées par ce chirurgien – « sociologue » chercheur impliqué dont on aurait tort de minimiser la pertinence ou de pointer la subjectivité du fait de son implication. Tout au contraire c’est cette implication subjective – objective, au lecteur d’en juger, qui renforce selon nous la pertinence des analyses.

À nouveau soulevées, elles touchent plus généralement l’univers du soin à « L’hôpital, une nouvelle industrie » (2), deuxième essai de ce même auteur, (2020). L’on pourrait considérer ces deux opuscules, 54 pages le premier et 35 le second, comme la suite des travaux à la fois du Professeur Henri Laborit et du neuroscientifique (non médecin) Antonio Damasio. On se souvient que le chirurgien militaire Laborit disait aux patients dont il avait « mutilé » l’estomac pour en extraire un ulcère : « Vous devriez m’agresser, je vous ai enlevé une partie de vous-même ! ». On aura compris par la suite que Laborit, en précurseur, aura cherché les causes multifactorielles des ulcères, notamment. Sur le plan de la recherche fondamentale, les deux opuscules de Stéphane Velut, dans leurs prolongements appliqués, nous font également penser au chercheur neuroscientifique, psychologue et philosophe Antonio Damasio. On se souvient que celui-ci fut l’auteur d’un premier ouvrage qui fera date en 1995 : « L’erreur de Descartes ». Il y dénonce la dualité corps – esprit dont nous avons hérité dans l’approche occidentale qui dissocie le vivant, d’un côté le corps soigné à l’Hôpital, de l’autre l’esprit. C’est à se demander vers quels praticiens se tourner pour soigner nos pensées ?   
La démarche de Stéphane Velut constitue un prolongement des critiques de ces deux premiers auteurs précurseurs. Et ce, par suite des contradictions qui touchent l’hôpital, plus largement la médecine générale certainement ; en fait, pour nous, la recherche sur le vivant dans son intelligente complexité. L’organisme humain n’est pas une agglomération de composants et de fonctions. Il est intimement lié à l’histoire de la personne, incarnée biologiquement, dans un environnement donné, depuis sa conception pour le meilleur comme pour le pire…

À l’hôpital, Stéphane Velut évoque les « conflits frontaliers » entre chirurgies qui se sont découpé l’organisme à travers les spécialités ; où les médecines, quant à elles, interviennent « par fonctions ». Restait le sujet, un territoire dont s’est emparé un autre malentendu : « une science dite humaine » … p. 22, (2014). Or on sait aussi de cette Science(s) qu’elle s’est dissociée des sciences médicales, enseignée en facultés de lettres et sciences humaines.

La singularité humaine est abordée séparément par la biologie d’un côté et la philosophie de l’autre, dans un contexte de biologie « mécanisée ». Stéphane Velut, non pour conclure mais bien pour introduire un débat salutaire, soulève la question : Lorsque le mal est reconnus « diffus, inaccessible à l'acte minimal » et lorsque « l'acteur incapable de saisir l'être entier » se déchargerait alors, toujours selon Velut, « de ce poids en le partageant avec d'autres acteurs, en parcelles ; lorsque tout des images a été exploité, que l'écran est tombé, c'est dans la parcellisation et le partage que l'acteur dissout son incompétence avérée », p. 48, (1). 

La réforme de l’Hôpital devra émerger d’un constat courageux et scientifiquement éclairé, sans crainte des réflexes corporatistes conservateurs, l’hôpital s’Humanisera.

Réf :
1)      Stéphane Velut, « L’illusoire perfection du soin », L’Harmattan, 2014.
2)      Stéphane Velut, « L’hôpital, une nouvelle industrie, le langage comme symptôme », Tracts Gallimard, N° 12, 2020.
Frédéric Paulus, CEVOI (Centre d’Études du Vivant de l’Océan Indien)
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1.Posté par A mon avis le 13/02/2020 13:44

L'hyperspécialisation de la médecine a découpé l'humain en morceaux. C'est très juste. Chaque spécialiste s'occupe d'un organe ou même d'une partie d'organe (par exemple dans le système circulatoire, ou bien le "tube digestif") et ignore royalement le reste du corps.
Seul le médecin généraliste fait la synthèse et c'est le plus mal payé.

Les "sciences de l'esprit" (psychologie, psychanalyse) dites sciences humaines, issues de la philosophie sont bien souvent déconnectées le la "médecine scientifique" de la biologie, Seule, la psychiatrie a un cursus universitaire scientifique.

Les progrès des neurosciences vont certainement bouleverser l'approche "psychologique" de l'humain en considérant la pensée, la conscience, comme la simple manifestation du fonctionnement très complexe du cerveau. En un mot en ne séparant plus l'esprit et le corps. L'esprit n'est que la manifestation du fonctionnent du cerveau, ou plus exactement du système nerveux, de nos neurones.

De quoi rapprocher sciences humaines et sciences dites "dures". Les professionnels des sciences humaines son-ils prêts à ce rapprochement ?

2.Posté par Dr anonyme le 13/02/2020 16:20

Ce qui est nouveau à la suite du constat du Pr VELUT de TOURS, c'est que la lutte vient de commencer entre les médecins hospitaliers en sous-effectifs et les sous-directeurs en sur-effectifs.

A Paris par exemple mais ps que plus de 600 chefs de service viennent de décider de ne plus se rendre aux réunions exigées par ces sous-directeurs. Il s'agit de récupérer quelques heures perdues pour les reverser en temps médical pour les trois missions que portent des hospitaliers: soins, enseignements, recherche.

La contre-attaque des administrations vient d'être connue : plus de médicaments dans vos services !

3.Posté par Paulus f le 15/02/2020 13:03 (depuis mobile)

Le diagnostic est profondément ancré selon trois meprises : 1) la dissociation entre corps et esprit
2) la croyance que la technique supplantera absolument la subjectivité
3) la subjectivité délaissée aux sciences dites molles qui se sont fourvoy

4.Posté par Dr anonyme le 16/02/2020 09:06

Ben quoi PAULUS : Et l'actualité ?

5.Posté par Dr anonyme le 17/02/2020 08:45

Ne pas oublier la crise, elle n'est pas de nature psychologique.

En France, les résultats d’une étude de la Drees (Direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques) mettent en avant une augmentation de 6%, entre 2015 et 2018, du nombre des personnes vivant dans “un territoire en sous-densité médicale, soit ayant accès à moins de 2,5 consultations par an”, une hausse des inégalités d’accès aux soins, une diminution du nombre de médecins, mais aussi une géographie des déserts médicaux”.

6.Posté par A mon avis le 17/02/2020 13:53

@ 5.Posté par Dr anonyme
On change de ministre !
Tout va s'arranger ! 😊😊😊

(cette permutation de candidats et de ministres à la manière d'un rubicube, en dit long sur l'autonomie, l'implication et la responsabilité des ministres à la tête de leur ministère)

7.Posté par Paulus f le 17/02/2020 14:11 (depuis mobile)

Merci docteur pour vos apportsmais mes critiques portent plus sur la dépossession implicite du patient à s''autoguérir lui-même avec la participation bien sûr du médecin si les infos 974 publier mon prochain courrier il portera sur le patient et son

8.Posté par A mon avis le 17/02/2020 16:47

@ 7.Posté par Paulus:
Le médecin homéopathe très à l'écoute de son patient, et qui considère l'ensemble de l'organisme en réponse à un symptôme local, participe au soutien et à ,l'aide du malade notamment dans le cas du cancer, dans ce processus que vous qualifiez d'autoguérison.

La levée de bouclier contre ce mode de traitement, ne va-t-elle pas à l'encontre du rapprochement "corps et esprit" que vous semblez revendiquer, surtout au moment où on reconnaît l'efficacité des traitements placébos !

9.Posté par Dr anonyme le 18/02/2020 06:58

Lisez ce qui est au premier plan aujourd'hui: "Je suis médecin généraliste libérale. Aujourd’hui j’ai repris le travail, après 8 mois d’arrêt de travail pour burn-out, à 35 ans, comme nombre de mes collègues, libéraux ou hospitaliers, en souffrance, en silence, au travail. Le sens de cette tribune n’est pas de me plaindre, car, malgré tout, j’adore mon métier, et je reste convaincue de faire le plus beau métier du monde, mais je veux vous faire part de mon inquiétude et de ma désolation."

https://www.huffingtonpost.fr/entry/medecin-generaliste-je-sors-dun-burn-out-a-35-ans-car-ce-metier-me-consume_fr_5e4a7124c5b64d860fcd6d47

10.Posté par A mon avis le 18/02/2020 16:49

@ 9 Libération d'aujourd'hui (18/02) présente un dossier intéressant sur la situation des médecins en France
Qui va dans le même sens que l'article dont vous donnez le lien.

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