Trottoirs longtemps

Mercredi 26 Janvier 2011

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Le texte ci-dessous est dû à la plume d’un de nos lecteurs G. Lebreton, amoureux de sa ville de Saint-Denis et de son histoire.
Il plaide ici pour la restauration de la rue Poivre, derrière le Jardin de l’Etat et de ses trottoirs en galets qui font son originalité. Nombreuses étaient autrefois les rues de Saint-Denis qui présentaient ces caractéristiques. La rue Poivre a jusqu’à présent échappé aux effaceurs de l’histoire ; elle mériterait d’être sauvegardée. ( dpr974).


Trottoirs longtemps
Dans un poème intitulé « Rue Malartic« , Jean-Claude Legros fait état de trottoirs « en galets » :

Sa la rue Malartic

La pas la rue le flic

Sa la rue lé en terre

Na nid de poule na zornière

Trottoir lé en galet

Sa la rue Madoré (1)



De nos jours dans la rue Malartic proprement dite il n’y a plus de trottoirs « en galets ». En fait les derniers vestiges de trottoirs en galets se trouvent juste à côté, tout au long de la rue Poivre, des deux côtés de la chaussée, dans la portion comprise entre la rue de la Source et la rue Malartic, c’est-à-dire la voie qui borde le mur arrière du Jardin de l’Etat (récemment refait et repeint).

Dans les années 50, les rues qui se situaient entre le Jardin de l’Etat et les premières pentes du Brûlé étaient encore en terre : quartier de la Source, de l’Assomption, rue du Ruisseau des Noirs, boutique « Etoile des Neiges » (à l’angle de la rue Decaen), toute cette zone constituait encore la périphérie de St-Denis. Le centre ville bitumé s’arrêtait à la rue Dauphine (actuellement rue du Général de Gaulle) et au Rond Point du Jardin de l’Etat (qui n’aurait jamais dû changer de nom).

Ces rues en terre étaient donc bordées de chaque côté par un caniveau, qui collectait les eaux des habitations et les évacuait jusqu’à la mer par un réseau de canaux qui quadrillaient la ville. Ces caniveaux « coulaient » tout au long de l’année : les enfants y faisaient naviguer des petits bateaux en papier. C’était souvent le repaire des crapauds, qui donnaient la sérénade tous les soirs. Et sur ces caniveaux, des petits ponts dénommés ponceaux, permettaient l’accès des piétons et des voitures au traditionnel barreau. C’était la civilisation du ponceau, du barreau, de la varangue et de la terrasse (rebaptisée guétali quelques années plus tard).

Trottoirs longtemps
Pour la sauvegarde de notre patrimoine, si humble soit-il, ne serait-il pas possible de « sanctuariser » ce dernier tronçon existant de « trottoirs en galets » et de remettre ainsi en état le trottoir et le caniveau de la rue Poivre, qui longent le mur arrière du Jardin de l’Etat ? On y gagnerait en esthétique, en attrait touristique, en émotion du souvenir.

Gabriel Lebreton.

(1) Cette strophe d’un poème de Jean-Claude Legros évoque la personnalité attachante d’Henri Madoré, notre dernier chanteur de rues qui habitait rue Malartic. On peut retrouver sur Internet une rapide biographie du musicien et quelques enregistrements dont le fameux « Moin la pa zanfan bâtard ». Il est dommage qu’on n’ait pas fait plus de cas de cette figure réunionnaise.

(2) La biographie de Madoré par Nathalie Legros intitulée « Pa besoin croire moin lé mort » Ed Réunion, Saint-Denis 1990 est épuisée.

Robert Gauvin
Rédigé par Robert Gauvin le Mercredi 26 Janvier 2011 à 11:09 | Commentaires (2)

Profil
Robert Gauvin
Robert Gauvin
A passé son enfance et sa jeunesse dans un petit village des hauts de Saint-Denis, où, à l’époque, tout le monde parlait créole et la plupart du temps seulement créole… Après un cursus classique au lycée Leconte de Lisle (français, latin, anglais, allemand) il se décide pour des études de langue et littérature allemandes à Aix-en-Provence, Tübingen et Bâle, ce qui l’amène à l’agrégation d’allemand et à une carrière de professeur de langue étrangère dans son pays natal. Sa curiosité et son goût pour les langues du Monde sont toujours allés de pair avec le combat pour la défense et l’illustration de la langue créole réunionnaise.


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