La préfète n'aimait pas les rosiers
Vendredi 17 Septembre 2010Mon Blog
A Saint-Pierre, au 50 de la rue Désiré Barquisseau se dresse une belle maison créole qui fut construite dans les années 1830 par le Sieur Hyppolite Lebidan. Après bien de changements de propriétaires la maison fut acquise en 1998 par la Civis. Il se trouva qu’en l’an 2000 le siège administratif des TAAF (Terres Australes et Antarctiques Françaises) fut installé à Saint-Pierre de la Réunion et qu’un Préfet fut nommé avec résidence dans la capitale du Sud. Bien sûr les possessions où s’exerçait son autorité se trouvaient encore à quelques milliers de kilomètres de son lieu de résidence, mais on n’allait pas tout de même l’envoyer sur ces terres inhospitalières où règnent le plus clair de l’année les vents, la froidure et la pluie quand ce n’est pas la neige et la glace.
Des contacts furent pris et un accord trouvé : la Civis décida de faire un bail à location au Préfet des TAAF, qui se chargeait avec l’Etat de la rénovation de la maison. Ce qui fut dit fut fait et les Préfets des TAAF purent dorénavant bénéficier d’un logement de fonction digne de leur rang, dans un site inscrit en totalité au titre des Monuments historiques en 1998. Cette protection forte couvrait la maison, mais aussi le sol du jardin et ses aménagements, les murs de clôture, les portails et les grilles.
Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes quand un jour une préfète s’avisa que la maison était dépourvue de piscine. On remédia fort vite à cet inconvénient : les dépendances du XIXème siècle, encore intactes, furent détruites et la piscine fut construite…Mais, me direz vous, l’ensemble, dont les dépendances, n’était-il pas protégé au titre des Monuments historiques ? Si fait, mais vous n’allez quand même pas vous arrêter à ce détail ! Quand on est Préfet ou Préfète des TAAF on a un rang à tenir et l’on ne peut s’exposer à la promiscuité de la plage ou de la piscine de Casabona. C’est ce que se dirent également tous les responsables concernés, qui, DRAC en tête, fermèrent les yeux ou regardèrent ailleurs.
Etait-ce la même Préfète ou bien une autre qui lui succéda, je ne sais, toujours est-il qu’une Préfète s’avisa d’un fait choquant pour elle, d’une épine qu’elle ne pouvait supporter : le jardin était planté de rosiers ! Ma foi, tous les goûts sont dans la nature et elle décida, sur-le-champ, de les éradiquer. Elle ignorait sans doute que cette roseraie datait de près d’un siècle, que dans l’esprit réunionnais les roses sont le symbole de la beauté et du raffinement de la vieille Europe et que La Réunion a joué dans l’histoire de la rose un rôle important : n’est-ce pas, en effet, à Bourbon qu’un rosier venu de Chine se métissa avec un rosier venu d’Europe dans une haie de Sainte-Suzanne, donnant naissance à toute la famille des roses de Bourbon qui conquirent le monde? Elle ne le savait sans doute pas ou s’en moquait éperdument : les rosiers furent arrachés de ce jardin, inscrit, lui aussi au titre des Monuments historiques, avec l’assentiment général et Madame la Préfète chargea le Conservatoire Botanique de Mascarin de transformer le jardin saint-pierrois en forêt urbaine endémique… Car tel était son bon plaisir !
P.S. : A quoi tient le respect de notre culture et de notre architecture ? Il compte pour bien peu devant le caprice d’une Préfète, l’ignorance, chez les décideurs, de l’histoire réunionnaise et la compréhension bienveillante de ceux qui sont chargés de faire respecter les lois et règlements et qui s’accordent quelques libertés, car de toute façon ils ne sont « pa la èk sa » !
Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes quand un jour une préfète s’avisa que la maison était dépourvue de piscine. On remédia fort vite à cet inconvénient : les dépendances du XIXème siècle, encore intactes, furent détruites et la piscine fut construite…Mais, me direz vous, l’ensemble, dont les dépendances, n’était-il pas protégé au titre des Monuments historiques ? Si fait, mais vous n’allez quand même pas vous arrêter à ce détail ! Quand on est Préfet ou Préfète des TAAF on a un rang à tenir et l’on ne peut s’exposer à la promiscuité de la plage ou de la piscine de Casabona. C’est ce que se dirent également tous les responsables concernés, qui, DRAC en tête, fermèrent les yeux ou regardèrent ailleurs.
Etait-ce la même Préfète ou bien une autre qui lui succéda, je ne sais, toujours est-il qu’une Préfète s’avisa d’un fait choquant pour elle, d’une épine qu’elle ne pouvait supporter : le jardin était planté de rosiers ! Ma foi, tous les goûts sont dans la nature et elle décida, sur-le-champ, de les éradiquer. Elle ignorait sans doute que cette roseraie datait de près d’un siècle, que dans l’esprit réunionnais les roses sont le symbole de la beauté et du raffinement de la vieille Europe et que La Réunion a joué dans l’histoire de la rose un rôle important : n’est-ce pas, en effet, à Bourbon qu’un rosier venu de Chine se métissa avec un rosier venu d’Europe dans une haie de Sainte-Suzanne, donnant naissance à toute la famille des roses de Bourbon qui conquirent le monde? Elle ne le savait sans doute pas ou s’en moquait éperdument : les rosiers furent arrachés de ce jardin, inscrit, lui aussi au titre des Monuments historiques, avec l’assentiment général et Madame la Préfète chargea le Conservatoire Botanique de Mascarin de transformer le jardin saint-pierrois en forêt urbaine endémique… Car tel était son bon plaisir !
P.S. : A quoi tient le respect de notre culture et de notre architecture ? Il compte pour bien peu devant le caprice d’une Préfète, l’ignorance, chez les décideurs, de l’histoire réunionnaise et la compréhension bienveillante de ceux qui sont chargés de faire respecter les lois et règlements et qui s’accordent quelques libertés, car de toute façon ils ne sont « pa la èk sa » !
Robert Gauvin
Rédigé par Robert Gauvin le Vendredi 17 Septembre 2010 à 09:41
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Restauration de la Grand Case de Boisvilliers
Vendredi 17 Septembre 2010Mon Blog
Quel dionysien, amoureux de sa ville, ne se serait point réjoui de voir commencer les travaux de restauration de la Grand Case de Boisvilliers, sise au 39 rue de Paris ? Des années durant on l’avait vue lentement se décrépir dans son jardin aux plantes exubérantes, se cariater et aller sûrement vers sa ruine.
Aussi fut-ce un soulagement lorsqu’en 1996 la maison fut inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques : elle était enfin protégée et allait pouvoir renaître dans tout son éclat, transfigurée et pourtant identique à elle-même.
Certes nous apprîmes en 2009 qu’elle devait devenir un hôtel, certes la loi autorisait quelques modifications ; sans doute des améliorations étaient-elles nécessaires, mais nous pensions que l’essentiel serait sauvegardé !…Monument historique, sa reconstruction respecterait l’histoire …
Hélas ! Force nous est de constater que les dites modifications tolérées par la loi sont rapidement devenues des transformations radicales
Hélas ! Force nous est de constater que les dites modifications tolérées par la loi sont rapidement devenues des transformations radicales
Robert Gauvin
Cela nous aurait bien plu que le P.L.U soit respecté....
Mercredi 15 Septembre 2010Mon Blog
Comme vous le savez, le Tribunal administratif a prononcé la suspension des travaux au 157 de la rue Juliette Dodu (Maison De Palmas) ; c’est une première étape. Dans quelque temps viendra le jugement sur le fond et dans ce cadre différents éléments sont à prendre en considération, en particulier le non respect du P.LU en matière de protection des constructions à valeur patrimoniale. Mais d’abord un bref rappel
Le P.L.U. est le Plan Local d’Urbanisme. Saint-Denis en possède un. Ce P.L.U. détermine en particulier où l’on peut construire et ce que l’on peut construire. Il délimite en outre différentes zones avec des règlements qui peuvent varier de l’une à l’autre ; il est évident que les règles ne sont pas les mêmes dans une zone à urbaniser, une zone verte d’espaces de loisirs ou une zone à caractère patrimonial.
Robert Gauvin
Profil
Robert Gauvin
A passé son enfance et sa jeunesse dans un petit village des hauts de Saint-Denis, où, à l’époque, tout le monde parlait créole et la plupart du temps seulement créole… Après un cursus classique au lycée Leconte de Lisle (français, latin, anglais, allemand) il se décide pour des études de langue et littérature allemandes à Aix-en-Provence, Tübingen et Bâle, ce qui l’amène à l’agrégation d’allemand et à une carrière de professeur de langue étrangère dans son pays natal. Sa curiosité et son goût pour les langues du Monde sont toujours allés de pair avec le combat pour la défense et l’illustration de la langue créole réunionnaise.
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