Doit-on augmenter le SMIC ?

Lundi 26 Mars 2012

Lorsque l'on évoque l'augmentation du SMIC, il ne faut pas raisonner uniquement sur son montant mais tenir compte de l’ensemble des dépenses contraintes des ménages. Les questions du coût des loyers, des carburants, des produits de première nécessité sont elles aussi au coeur du débat.


Le SMIC (salaire minimum interprofessionnel de croissance) est actuellement d’environ 1365 euros brut, pour 35 heures hebdomadaires, soit aux alentours de 1073 euros nets. Jean-Luc Mélenchon propose de le porter à 1 700 euros bruts soit une hausse de 21%. Cette proposition est devenue la nouvelle polémique du moment, comme certains ont pu l'entendre sur les média locaux. Le Smic à ce niveau serait insupportable pour les entreprises locales donc provoquerait des faillites et du chômage.

Notons au passage que Jean-Luc Mélanchon n'a fait que rappeler à La Réunion un des points de son programme. Cette augmentation du SMIC à 1700 € n'est donc pas un « cadeau » fait aux réunionnais mais la stricte application localement de son programme économique. Ceci étant dit, on peut s'interroger sur la signification de ce chiffre pour les entreprises.

Le coût total du travail d’un smicard comprend, outre le salaire brut, les charges patronales. Celles-ci s’élevaient au départ à 30% environ du salaire brut, mais on a diminué fortement ces charges, d’environ 26 points. Mais cette baisse ne concerne pas les cotisations des régimes complémentaires, ni celles de l’assurance chômage. De ce fait pour un salarié payé au SMIC, les charges patronales sont encore en moyenne de 19% du salaire brut. Avec un SMIC brut à 1 700 euros, cela veut dire un coût salarial de l’ordre de 2000 euros.

Lorsque l’entreprise embauche, elle fait nécessairement la comparaison entre ce que lui coûtera et ce que lui rapportera un emploi supplémentaire. Elle prendra la décision d'embaucher si la valeur ajoutée apportée par le nouvel embauché est strictement positive. A un coût salarial porté à 2000 €, la productivité du travail du salarié doit être supérieure à ce montant. Une telle productivité correspond généralement à un niveau de qualification élevé. Ce qui veut dire que tous les demandeurs d'emploi dont la qualification ne permettrait pas d'atteindre ce niveau de productivité n'aurait aucune chance d'être embauché. Ce qui n'arrangerait pas la situation du chômage dans l'île.

 

A cet argument on pourrait répliquer qu'il y a beaucoup de chômeurs qualifiés ici. Au moins ceux-là y trouveraient leur compte. Pas vraiment en fait, cette analyse fait peu de cas de la dimension humaine et sociale du travail : comment tolérer des salaires « de misère » lorsque que l'on est diplômé de l'enseignement supérieur par exemple.? La motivation de ces salariés en prendrait un coup et leur productivité également. Dans ce contexte, ni l'entreprise, ni le salarié ne serait satisfait.

 

Le problème est de faire en sorte que quelque soit le niveau du SMIC, la valeur ajoutée dégagée par le salarié soit positive. De nombreux théoriciens de l'économie se sont penchés sur ce problème.

Pour y parvenir on peut par exemple moduler les charges sociales en les diminuant proportionnellement à l'augmentation du salaire. On peut aussi utiliser la fiscalité sur les bénéfices industriels et commerciaux en la réduisant en fonction du nombre d'emplois qui seraient créés... Des solutions existent donc, il faut mener sur ce sujet, comme sur d'autres, une politique volontariste dans ce domaine. Il ne faut pas avoir peur du débat sur cette question. Ce n'est pas en se bouchant les oreilles que l'on fera avancer le pouvoir d'achat des réunionnais.

 

La vrai question n'est pas que le salaire minimum soit trop élevé. Nous n’avons pas à La Réunion un problème de coût du travail, mais un réel problème de niveau des prix. Ces derniers ne sont pas en rapport avec la grande majorité des revenus perçus par nos compatriotes. La grande erreur est d'avoir focalisé les débats de ces derniers jours sur les prix alors que la véritable question est celle des revenus. L’augmentation du Smic demeure un levier fort de l’intervention publique afin d’améliorer les conditions de vie des salariés les plus modestes. Malheureusement ce levier n'est pas suffisant pour éliminer la pauvreté. Nous avons nous aussi nos travailleurs pauvres. La pauvreté, c’est aussi vivre avec le Smic quand tout augmente. Lorsque l'on a intégré cette idée, tout débat sur le montant du SMIC a-t'il encore un sens ?


Maximin ASSOUNE