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Dans le lieu où l’homme ne se sent pas à l’aise, il peut changer d’emplacement, devrait rentrer chez lui ou aller voir ailleurs. La plupart des gens reste, signe, persiste dans des endroits hostiles. Voilà pourquoi ils grimacent à longueur de temps, le soleil dans les yeux, se donnant une attitude ridicule face à l’autre, le cul assis entre deux chaises.
Je ne crains pas le labeur mais ce sont les mecs avec qui je travaille qui me font peur.
Je vais encore me faire des amis, mais sûrement pas dans la profession d’usinier, d’ouvriers spécialisés. J’ai évité 30, 40 ans de labeur pointant à l’usine. Je me suis épargné 4 décennies affecté à respirer du dissolvant, du trichloréthylène, des vapeurs de souffre ou bouffer des particules en suspension.
Difficile de se plaindre à l’usine. Un peu tout de même devant le syndicat corrompu. Dans les cartons de tracts contestataires un leurre, les colis contiennent des batteries 12 volts et des clés à molette destinées à réparer l’auto du militant. De l’outillage passé en douce devant le gardien engoncé dans son uniforme qui n’y voit que du feu.
Stupéfiant, l’ouvrier réussissant cet exploit magistral. Il fait preuve d’une capacité de résistance assez phénoménale. Il détourna toutes les pièces détachées voulues pour les remonter en kit chez lui dans le hangar de la ferme de son père afin de fabriquer un tracteur de semi-remorque. Dénoncé, le jour où il met le contact pour démarrer le camion. Licencié pour faute professionnelle grave, le parqueur d’autos est renvoyé dans ses foyers passant quelques semaines par la case prison. Il fit la Une de Ouest-France. Une chance pour lui de ne pas rester plus longtemps dans l’usine polluante à renifler quotidiennement des vapeurs nocives et mourir prématurément victime d’une maladie professionnelle avant l’âge de la retraite.
Regardez-les !
O.S., P1, P2, P3, chefs d’équipes, agents de méthodes usés par le travail à la chaîne. Ridés, pas rasés, bedonnants, fatigués, rompus par la clope et le Pastis. Il vaut mieux être un glandeur vivant qu’un courageux mort dans le domaine du travail.
La contestation vient trop tard. Ils font pitié ces prolos réclamant 30.000 euros de prime de départ. Et puis vous comprenez l’ouvrier :
- Il demande ça ! C’est la longueur de l’avant bras jusqu’au coude. Bon !
Le patron :
- Il lui donne ça ! C’est la longueur de la main jusqu’au poignet.
Mais il le prend ! Content le gars repart chez lui avec 11.500 euros en chantant.
- On a gagné ! On a gagné !
11 mois de galère, puis viennent les beaux jours. Passés le printemps, les violettes, les jonquilles dans le bois joli, les roses en boutons autour de la maison Phénix. Voici l'été. Le temps du repos, les jours de congés payés. Il y a le ciel, le soleil et la mer…
30 juin, 4 heures de l’après-midi. Vu de mes yeux vu. Bobonne, les bigoudis cachés d’un foulard sur la tête. Calée dans le au fond du vieux 4/4 qui fume grave. Visage crispé, les doigts agrippés au volant du bahut garé sur le parking de l’usine, moteur au ralenti. Les 2 marmailles sagement assises sur la banquette arrière, l’air dubitatif, elles se demandent :
- Quelle aventure nous attend avec papa ?
Sanglée sur la galerie la tente de camping. Le coffre est plein à craquer. Maman n’a rien oublié. Elle a tout préparé. Des fringues et des victuailles. Le maillot de bain, le saucisson, les cornichons, du pain du beurre, la confiture et…. l’apéro. Plus une seconde à perdre, direction Nationale 7.
Les galériens juilletistes, aoûtiens, prisonniers de 140 kilomètres de bouchons sur l’autoroute du soleil se la pète au bonheur affiché, la mine réjouie pour un instant d’interview sur l’aire de repos devant la caméra de télé. Le gogo prie le ciel pour que radiateur et alternateur tiennent le coup jusqu’au camping.
2 jours à peine, après l’installation du matériel, un malheur n’arrive jamais seul. L’estivant se consolera d’être toujours en vie à 5 heures du matin, accroupi au fond du gymnase de la commune, emmitouflé dans la couverture de survie. Le gobelet plastic à la main pour le café chaud. L’orage de grêle aura eu raison de la caravane détruite. Ensuite il lui faudra déguerpir à toute vitesse, laissant l’auto est tout le matos car la forêt de pins est en feu. 200 hectares de bois qui crame par la faute d’un abruti jetant sa clope dans la nature ne voulant pas salir le cendrier de sa décapotable. La journée s’annonce rouge avec un pic de 350 kilomètres de bouchons. Quand je vois la gueule de tous ces tarés au volant de leur saloperies de bagnoles ça me donne cette envie irrésistible pour la marche à pied.
Le pauvre type qui n’a pas les moyens financiers pour se payer des vacances dans le sud de la France n’a pas conscience de la chance qu’il a de garder ses congés à se reposer chez lui.
Si je n’avais pas le physique que j’ai, mes convictions aussi. Mon destin était tout tracé parmi ces braves gens avec pour tout bagage le CAP d’ajusteur-tourneur-fraiseur. Échappée belle. Les cimetières sont remplis de types courageux morts à l’ouvrage.
Chers paresseux, je revendique avec ardeur le droit à la fainéantise ma qualité première. Allergique au travail, partisane du moindre effort serre-moi fort.
Gilles Bayet
Je ne crains pas le labeur mais ce sont les mecs avec qui je travaille qui me font peur.
Je vais encore me faire des amis, mais sûrement pas dans la profession d’usinier, d’ouvriers spécialisés. J’ai évité 30, 40 ans de labeur pointant à l’usine. Je me suis épargné 4 décennies affecté à respirer du dissolvant, du trichloréthylène, des vapeurs de souffre ou bouffer des particules en suspension.
Difficile de se plaindre à l’usine. Un peu tout de même devant le syndicat corrompu. Dans les cartons de tracts contestataires un leurre, les colis contiennent des batteries 12 volts et des clés à molette destinées à réparer l’auto du militant. De l’outillage passé en douce devant le gardien engoncé dans son uniforme qui n’y voit que du feu.
Stupéfiant, l’ouvrier réussissant cet exploit magistral. Il fait preuve d’une capacité de résistance assez phénoménale. Il détourna toutes les pièces détachées voulues pour les remonter en kit chez lui dans le hangar de la ferme de son père afin de fabriquer un tracteur de semi-remorque. Dénoncé, le jour où il met le contact pour démarrer le camion. Licencié pour faute professionnelle grave, le parqueur d’autos est renvoyé dans ses foyers passant quelques semaines par la case prison. Il fit la Une de Ouest-France. Une chance pour lui de ne pas rester plus longtemps dans l’usine polluante à renifler quotidiennement des vapeurs nocives et mourir prématurément victime d’une maladie professionnelle avant l’âge de la retraite.
Regardez-les !
O.S., P1, P2, P3, chefs d’équipes, agents de méthodes usés par le travail à la chaîne. Ridés, pas rasés, bedonnants, fatigués, rompus par la clope et le Pastis. Il vaut mieux être un glandeur vivant qu’un courageux mort dans le domaine du travail.
La contestation vient trop tard. Ils font pitié ces prolos réclamant 30.000 euros de prime de départ. Et puis vous comprenez l’ouvrier :
- Il demande ça ! C’est la longueur de l’avant bras jusqu’au coude. Bon !
Le patron :
- Il lui donne ça ! C’est la longueur de la main jusqu’au poignet.
Mais il le prend ! Content le gars repart chez lui avec 11.500 euros en chantant.
- On a gagné ! On a gagné !
11 mois de galère, puis viennent les beaux jours. Passés le printemps, les violettes, les jonquilles dans le bois joli, les roses en boutons autour de la maison Phénix. Voici l'été. Le temps du repos, les jours de congés payés. Il y a le ciel, le soleil et la mer…
30 juin, 4 heures de l’après-midi. Vu de mes yeux vu. Bobonne, les bigoudis cachés d’un foulard sur la tête. Calée dans le au fond du vieux 4/4 qui fume grave. Visage crispé, les doigts agrippés au volant du bahut garé sur le parking de l’usine, moteur au ralenti. Les 2 marmailles sagement assises sur la banquette arrière, l’air dubitatif, elles se demandent :
- Quelle aventure nous attend avec papa ?
Sanglée sur la galerie la tente de camping. Le coffre est plein à craquer. Maman n’a rien oublié. Elle a tout préparé. Des fringues et des victuailles. Le maillot de bain, le saucisson, les cornichons, du pain du beurre, la confiture et…. l’apéro. Plus une seconde à perdre, direction Nationale 7.
Les galériens juilletistes, aoûtiens, prisonniers de 140 kilomètres de bouchons sur l’autoroute du soleil se la pète au bonheur affiché, la mine réjouie pour un instant d’interview sur l’aire de repos devant la caméra de télé. Le gogo prie le ciel pour que radiateur et alternateur tiennent le coup jusqu’au camping.
2 jours à peine, après l’installation du matériel, un malheur n’arrive jamais seul. L’estivant se consolera d’être toujours en vie à 5 heures du matin, accroupi au fond du gymnase de la commune, emmitouflé dans la couverture de survie. Le gobelet plastic à la main pour le café chaud. L’orage de grêle aura eu raison de la caravane détruite. Ensuite il lui faudra déguerpir à toute vitesse, laissant l’auto est tout le matos car la forêt de pins est en feu. 200 hectares de bois qui crame par la faute d’un abruti jetant sa clope dans la nature ne voulant pas salir le cendrier de sa décapotable. La journée s’annonce rouge avec un pic de 350 kilomètres de bouchons. Quand je vois la gueule de tous ces tarés au volant de leur saloperies de bagnoles ça me donne cette envie irrésistible pour la marche à pied.
Le pauvre type qui n’a pas les moyens financiers pour se payer des vacances dans le sud de la France n’a pas conscience de la chance qu’il a de garder ses congés à se reposer chez lui.
Si je n’avais pas le physique que j’ai, mes convictions aussi. Mon destin était tout tracé parmi ces braves gens avec pour tout bagage le CAP d’ajusteur-tourneur-fraiseur. Échappée belle. Les cimetières sont remplis de types courageux morts à l’ouvrage.
Chers paresseux, je revendique avec ardeur le droit à la fainéantise ma qualité première. Allergique au travail, partisane du moindre effort serre-moi fort.
Gilles Bayet

















