Economie

Vinci et son "développement colonial" dans le collimateur de Narayanin

L'entrepreneur Théophane Narayanin est remonté et il l'a fait savoir ce matin. En conflit ouvert depuis plusieurs années avec le propriétaire de son terrain à Mayotte, Frédéric D'Achery, le PDG IBS Hold Invest - Entreprise spécialisée dans l'exploitation de carrière depuis 1996 à Mayotte - dénonce la volonté du géant du BTP Vinci de profiter de cette situation pour prendre le contrôle de cette carrière en la rachetant à son propriétaire. Mais Théophane Narayanin prévient : "C'est la guerre et je me battrai". Retour sur ce conflit judiciaire.


Vinci et son "développement colonial" dans le collimateur de Narayanin
"La situation est exécrable et on ne peut plus la tolérer. On ne veut plus de ce développement colonial qui prolifère dans tous les DOM", lâche Théophane Narayanin, PDG de la société IBS (Ingénérie Béton System) Hold Invest implantée à Mayotte depuis 1996.
L'entrepreneur réunionnais est remonté contre le groupe Vinci. Il l'accuse ouvertement de vouloir profiter du conflit judiciaire qui existe entre IBS, son entreprise spécialisée dans l'exploitation de carrière, et le propriétaire du terrain, Frédéric D'Achery, pour s'emparer de la carrière de Kangani. Un conflit qui remonte à 1997.

A peine installée, la société IBS se heurte à un premier couac judiciaire avec son propriétaire. Il faudra l'intervention du tribunal de Mamoudzou en 1997 pour qu'un bail emphytéotique d'une durée de 99 ans soit mis en place entre les deux parties (ndlr: Le bail emphytéotique est un bail immobilier de très longue durée, le plus souvent 99 ans. La situation des parties est assez particulière puisque le locataire se voit reconnaître un véritable droit réel sur le bien qui lui est donné à bail).

Procédure d'expulsion

Entre 2005 et aujourd'hui, les procédures judiciaires se multiplient jusqu'à arriver à une décision de la Cour de cassation en juin dernier, confirmant un arrêt du tribunal supérieur d'appel de Mamoudzou (ndlr: octobre 2010), résiliant judiciairement le bail emphytéotique pour un "retard de paiement de 18.000 euros de loyer" que reconnait parfaitement Théophane Narayanin.

Pis, la décision de la Cour de cassation demande l'expulsion de la société sous peine d'une astreinte de 1.000 euros par jour d'occupation au-delà de la date d'exécution du jugement. "Ce montant (ndlr:18.000 euros) correspondait à une année de redevances retenues en raison d'un litige avec le bailleur qui avait vendu ou "donné" au détriment de la société IBS des surfaces de terrains", explique Théophane Narayanin qui assure, depuis, avoir "régularisé" la somme. Trop tard le mal est fait.

La société IBS, implantée sur la carrière de Kangani
La société IBS, implantée sur la carrière de Kangani
Frédéric D'Achery va plus loin dans sa démarche après l'annulation du bail et demande au tribunal administratif l'expulsion "manu militari", via la force publique, de la société IBS du terrain. Mais rebondissement, le tribunal administratif de Mayotte va à l'encontre de cette demande en raison des "multiples zones d'ombre" du dossier et refuse de faire droit à cette demande. Si le recours à la force publique pour expulser la société IBS du terrain de Frédéric D'Achery est écarté, il ne reste pas moins que la procédure sur le fond court toujours. Aujourd'hui le montant total de l'astreinte a atteint 650.000 euros dont "250.000 ont été payés", souligne Théophane Narayanin.

Promesse de vente accompagnée d'une rente viagère

La demande de la société IBS de procéder au bornage du terrain (ndlr: Il s'agit de l'opération qui consiste à fixer définitivement la limite de 2 terrains contigus et à la marquer par des repères matériels appelés "bornes") a été refusée par le propriétaire. Frédéric D'Achery possède 250 hectares de terrain et IBS jouit de 13 hectares qu'il reste à délimiter. "Il veut nous virer mais d'où ? Il n'y pas eu de bornage. Le jugement n'est pas exécutable", ajoute-t-il.

Voyant les problèmes entre IBS et Frédéric D'Achery s'aggraver, le géant du BTP Vinci, via sa société Vinci Construction Dom-Tom dirigée par Bernard Lenfant (ndlr: ancien dirigeant de la SBTPC), a "flairé" la bonne affaire et a conclu une promesse de vente relative à la carrière de Kangani, accompagnée d'une rente viagère, au bénéfice de Monsieur d'Achery.
La vente en viager consiste à transférer son bien immobilier à un tiers, qui doit en compensation verser une rente viagère au vendeur jusqu'à son décès. Pour information, Frédéric D'Archery est âgé de 80 ans. "J'espère pour la société Vinci qu'elle n'est pas tombée sur la future Jeanne Calment", ironise-t-il.

Copinage et réseaux

"L'intérêt pour Vinci est de constituer avec Colas (ndlr : autre géant du BTP installé à Mayotte) un "duopole" permettant les ententes (…). Des ententes dont les artisans, petites entreprises ne sortiront pas vainqueurs (…).", lâche Théophane Narayanin.

"En 1996, il n'y avait rien. On a investi près de 30 millions d'euros. Aujourd'hui on nous demande de rentrer à la maison et Vinci entend profiter de cet investissement pour un euro symbolique (…). Dans cette affaire le copinage et les réseaux ont joué un rôle important. Mais nous ne sommes pas découragés et nous allons continuer à nous battre", précise Théophane Narayanin. En plus des investissements réalisés, IBS estime à 12 millions d'euros la valeur du gisement sur les 50 prochaines années. Mayotte attire les convoitises, nouveau département français, l'île va bénéficier de fonds structurels européens d'un montant de plus de 500 millions d'euros lors de son passage en RUP (Région ultrapériphérique européenne) l'année prochaine.

Le PDG d'IBS insiste une dernière fois sur les dégâts occasionnés par la reprise de la carrière de Kangani par le groupe Vinci. "Vinci refuse de s'engager à reprendre les salariés du groupe", souligne-t-il. En tout ce sont 150 salariés et 2.000 personnes qui seraient indirectement touchées par l'expulsion de la société IBS. Reste que Théophane Narayanin a encore une carte à jouer. "On peut toujours déménager sur une parcelle de 6 hectares où nous sommes propriétaires. Un vrai manque à gagner auquel il faut ajouter le temps d'installation dont le coût est estimé à 3 ou 4 millions d'euros", ajoute-t-il.

Des assignations en révision des arrêts d'octobre 2010 du tribunal supérieur d'appel de Mamoudzou ont été délivrées suite à la "découverte de fraudes justifiant la révision des arrêts attaqués", conclut-il. Théophane Narayanin n'abandonnera pas la "guerre".
Lundi 22 Octobre 2012 - 15:49
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1.Posté par Philippe le 22/10/2012 16:38
On ne veut plus de ce développement colonial qui prolifère dans tous les DOM", Frédéric D'Achery possède 250 hectares de terrain, à MAYOTTE], "rien que ça", comment un individu peut -il posséder un tel patrimoine si lui loin de chez lui , Mr NARAYANIN, il y a aussi l'exploitation coloniale, qui existe depuis belle lurette à la Réunion, et que personne, ni aucun Homme ou Femme politique n'a osé dénoncer jusqu'à présent, et je les mets au défi de le faire, par exemple "la spoliation des propriétaires de terres au profit de l'état avec la complicité de certains notaires de l'ile".

2.Posté par Philippe le 22/10/2012 16:40
Amène à nous la bas na mette l'ordre pou ou.

3.Posté par Simplet le 22/10/2012 16:42
"On ne veut plus de ce développement colonial qui prolifère dans tous les DOM" ...

On croit rêver ... quand on connaît Mr NARAYANIN ... lui qui n'a jamais eu de scrupules avec certaines entreprises réunionnaises ... se plaint aujourd'hui de ce que lui fait subir une entreprise métropolitaine, en invoquant le "colonialisme".

Il faut être gonflé quand même ... C'est juste le monde des affaires, Mr NARAYANIN ... Un monde que vous ne connaissez que trop bien ...

4.Posté par .PEî FOUTU!!! le 22/10/2012 18:10
c'est pas boug la la privatise ti parking etang salé les bains avec son reseau ti copains copines ,,,??.

5.Posté par Le Taliban. le 22/10/2012 19:05
Guito à la mémoire courte.
Que sont devenu les sociétés SOBEX et OUEST-CONCASSAGE.
Vendu à HOLCIM et LAFARGE;mais le personnel est plus loti .
Avant c'était pire que l'esclavage,c'est vrai le personnel avait faim.
A ce jour ils sont payés selon la convention Collective et plus.
Mais il était pire qu'un Colonialiste.
Mais c'est dans le sang,car nous sommes tous pareil .Commandeur!!!

6.Posté par Simplement l''application du droit ? le 22/10/2012 19:13
Dès lors que le bail a été résilié judiciairement, M. Narayannin est un occupant sans droit ni titre. L'expulsion est dès lors logique : elle est attachée nécessairement à la résiliation.

Dans ces conditions, le bailleur emphytéotique a parfaitement le droit de céder SA propriété, c'est son droit le plus absolu : article 17 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, droit fondamental de valeur constitutionnelle.

Maintenant si des fraudes au jugement ont été commises et qu'en conséquence la procédure engagée à Mayotte est annulée, M. Narayannin est dans son droit. Encore faut-il pouvoir le prouver.

Peut-être ce monsieur aurait-il dû s'entourer de juristes compétents et "blinder" tout ça (par exemple, le bornage, la délimitation de la parcelle objet du bail, devait être un préalable à sa conclusion). Il vaut mieux prévenir que guérir... voire périr... Ça ressemble à une gestion "en freestyle" tout ça... avec les conséquences qui vont avec.

7.Posté par Raymond ROBERT le 22/10/2012 20:36
ce cher monsieur narayanin il ferai mieux d'arréter de parler la bouche pleine et le cul bien rempli avec ces millions d'euros qu'il a eut par son imposante carrure qu'il utilise pour effrayer les petits tel que le president de la ccir et heureusement que ce president Patel a su s'entouré de personne tel que monsieur mongin et qui lui ne se laisse pas impressionné par qui que ce soit et tant mieux pour notre ile .. quand il parle de colonialisme demandez lui quand un responsable de la societe civile envoyé par l'état en milieu d'année 2012 pour remettre de l'ordre dans la société aeroportuaire et qui voulait licencié 45 employés reunionnais qui s'occupé de l'entretien des pistes de l'aeroport soi disant pour des raisons budgétaire qui semblait flou , ce cher narayanin a tout de suite pris position favorablement disant si il touché a un seul de ces emplois c'est a lui qu'il aurai eut a faire et connaissant l'engagement de ce mongin pour les petits et les reunionnais , ils ont vite changé de position et aussi ce bounty de narayanin ..

8.Posté par Le disciple de Noé le 22/10/2012 20:54
Le colonialisme est un fléau du aux colonies .Dans tout pays qui ne relève pas de colonies,pas de colonialisme .Mais cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de colonel,ne pas se tromper .Je suis passé dans la carrierre ,elle est bien entretenue et nécessite une juste nouvelle colonies de travailleurs motivés par un bon coup de shabouk pour devenir une vraie carrière d'hommes libres décolonisés.

9.Posté par Cafre Malbar le 22/10/2012 20:57 (depuis mobile)
Il ne suffit pas d 'être Blanc pour être considéré comme un colonialiste. Le Malbar Narayanin l 'est aussi à Mayotte....

10.Posté par trou de memoire le 23/10/2012 06:23
c'est quoi encore les affaires pour lesquelles mr Narayanin a eut de demelé avec la justice?

le marché de la securité a l'aeroport de gillot mais aussi une autre histoire avant cela.... malversation ou terrain.

11.Posté par John Galt le 23/10/2012 10:39
ils me font marrer les Narayanin surtout lorsqu'ils utilisent le mot colonial... car comme esclavagistes ils sont fort

12.Posté par charles atant le 23/10/2012 11:09
Peu de personnes pour reconnaitre le courage d'un entrepreneur réunionnais qui a eu l'audace de partir et réussir à l'exterieur, tout en contennant sur place les prix des matériaux pendant plus de 17 ans .... permettant juste au passage au mahorais d'accèder à un logement ... maisà priori ca n'éclaire pas vos pensées gratuites et basses,

13.Posté par ALEXANDRA le 24/10/2012 16:47
Post 10: vous avez raison et il faut compléter par d'autres choses peu reluisantes

Post 12: Vous ne connaissez pas ce qui s'est passé, ni les prix qui ont été pratiqués

Moralité très douteuse ....et affaire ....,,,???

14.Posté par charles atant le 27/10/2012 08:16
heu post 13 ... si je sais un peu de quoi je parle ... donc des prix en 1996 à 200 Francs la tonne de granulat soit 30 Euros en euros constants, descendu à 20 Euros ce jour; des enrobés à 380 Euros la tonne descendus à 200 Euros la tonne en 6 mois ... ca vous suffit ou vous voulez plus de détails ? Sur les fantasmes de 10 ... aucun demelé uniquement une audition qui n'a jamais débouché sur une instruction car il n'y avait pas lieu et aucun demelé avec des histoires de malversation et/ou terrains même si certains souhaiteraient ... donc la justice est hors son droit dans cette affaire 200 emplois directs menacés, toute la stabilité des prix de construction à Mayotte remise en cause et accessoirement l'avenir des mahorais dans leur pays au profit des parisiens du siège des multinational ... mais bon...pour reprendre vos terme ... moralité, on refait ce que les pays devellopés ont fait en Afrique, pays arabes ?? on viole le pays ? et ca vous dérange pas ...

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