Usine à sucre des Trois FrèresEn plein centre ville de Sainte-Suzanne, à quelques centaines de mètres de l’église et de la Mairie, une fabrique à sucre et une distillerie ont fonctionné à la fin du XVIIIe et au XIXe siècle. Quelques vestiges ont résisté à l’épreuve du temps.
Pendant la Révolution de 1789 à Bourbon, la fabrication de l’arack par la distillation du vesou se développe. Les guildiveries (distilleries) se multiplient. Cette pratique ne durera pas longtemps parce que le Gouverneur Decaen constate que cette pratique empêche l’écoulement de la production d’Arack de l’Ile de France (Maurice). Il donne l’ordre de limiter cette production, en interdisant l’usage des alambics à Bourbon et met en place un impôt excessif que seuls (Fery d’Esclands, Savariau, Houbert, Lemarchand et Azéma Dutilleul, propriétaires de distillerie payeront.
En cette fin de siècle, Bois court - Sainte Marie était le domaine de Charles Fery d’Esclamps d’après Dureau Reydellet, mais il dit pas si ce dernier était déjà propriétaire de Trois Frères alors planté de caféiers.
Les avalasses et les cyclones des 1806 et 1807, l’occupation anglaise de 1810 à 1815 et enfin la perte pour la France, des iles productrices de sucre (Ile de France et Saint-Domingue) poussent les colons bourbonnais à se lancer dans la production de sucre. Les planteurs remplacent le café par la canne. Les dernières productions anéanties, souvent endettés, ils se trouvent dans l’obligation d’emprunter pour relancer leurs exploitations.
Les charges d’exploitation sont lourdes mais celles liées au transport et à l’acheminement jusqu’en France ne le sont pas moins. Il faut compter les frais pour la récolte, la fabrication du sucre, la mise en sac, l’acheminement jusqu’à la Marine, le paiement de la taxe de la Marine, l’affrètement du navire jusqu’à destination. Nombreux sont ceux qui ne peuvent plus assurer les dépenses excessives auquelles s'ajoutent les frais de main-d'oeuvre. Les propriétés sont morcellées et vendues. La première vague de Petits Blancs pauvres apparait dans l’ile à cette époque. Ne voulant pas travailler pour d'autres Blancs, ils ne resteront pas sur le littoral. Les terres sont achetées par des gros propriétaires qui regroupent leurs productions et centralisent les usines.
L'abolition de l'esclavage survient en 1848. La production sucrière ne s'arrête pas malgré le manque de main doeuvre. Dès 1860, la canne est atteinte de la maladie du Borer. A la crise du sucre s’ajoute de graves épidémies de choléra et de paludisme. Ces maladies arrivent avec les contingents d'engagés indiens, africains et malgaches. Les capitaux deviennent rares. Cette fois se sont les sucriers qui sont touchés. En échange d'une modeste indemnité, les propriétaires revendent leurs usines. Vers 1870, la Société du Crédit Foncier qui deviendra le crédit Foncier Colonial devient propriétaire des usines sucrières et les terres environnantes, suite à la faillite de leur propriétaires. Avant les premières centralisations des moyens de fabrication. « En 1873, il dispose de 11 usines réparties sur les 12 domaines dont il assure la gestion : Vue-Belle, Flacourt, Moka, Bras-Madeleine, Beauvallon, Harmonie, Trois Frères, Renaissance, Baril, Bagatelle et Ravine Creuse ».
Le Crédit Foncier Colonial souhaite restructurer ses nouvelles sucreries, mais n’envisage pas de grosses dépenses. Mais l’usine des Trois frères est rééquipée en machines d'occasion, sans doute récupérées dans des fabriques fermées.
En 1875, Denis-André le Coat de Kerveguen ouvre la première « usine centrale » moderne à Quartier Français sur les bords de la Rivière Saint-Jean. Aussi, presque toutes les petites fabriques à sucre de la région dont celles des Deux Rives et de Trois Frères de Fery d’Esclands arrêtent leurs activités. (il y en avait 10 à une époque à Sainte-Suzanne et 104 dans toute l’ile en 1848.) Alors que la départementalisation prend effet le 19 mars 1946, l’application les mesures nationales s'opèrent localement. Prosper Eve : « En février 1949, la (première) retenue de ces cotisations sociales entraine des incidents graves aux Trois Frères, propriété des Sucreries Coloniales. » Ainsi, les Trois Frères n’est plus qu’une exploitation de cannes mais l’usine n’a pas rouvert ses portes.
Aujourd’hui, un long bâtiment en pierres de basalte taillées et en moellons, transpercé de portes à voûte et de petites aérations en demi-lune semble avoir abrité des machines. Cependant, la mémoire populaire dit qu’il s’agissait des écuries, les ateliers étaient en contrebas comme nous montre la lithographie de Roussin. En descendant le chemin des Trois Frères en direction de l’église, une haute maison de pierres taillées résiste aux intempéries. Elle correspond au style des maisons de maîtres du XIXe siècle.
Sources :
-Quartier Français, une histoire réunionnaise de 1923 à aujourd'hui par FélixTorres.Océan Editions -LAVAUX (Catherine), La Réunion, Du battant des lames au sommet des Montagnes. Ed.Cormorans -Le Patrimoine Des Communes De La Réunion. Auteur:Collectif- Editeur : Flohic- Collection:Le Patrimoine Des Communes De France- 2000 -Un Quartier du bon Pays de 1546 à nos jours – Prosper Eve Samedi 30 Janvier 2010 - 08:00
Sabine Thirel
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