La décision de Refonder l’Université de La Réunion de ne pas participer à la mascarade électorale organisée par un président invalidé, candidat à sa propre succession, et soutenue et blanchie par l’administration gouvernementale étonne, suscitant interrogations, voire critiques. L’éditorial du Rédacteur en chef du Jir, du samedi 27 octobre traduit cette incompréhension.
"Tout ça pour ça !" titrait samedi l’éditorialiste du Jir, notre réponse est sans hésitation : OUI !
Rappelons d’abord, ce qui fait le "Tout ça"
C’est une violence institutionnelle et une violence sociale qui ne datent pas d’aujourd’hui mais qui, sous-estimées par les autorités de tutelle, quand elles n’ont été pas tout simplement niées ou pire couvertes, ont continué à se propager et à gangréner toute l’institution.
Les plaintes des administrateurs injuriés régulièrement en séance, qui s’en est soucié ? La haute administration décapitée parce que refusant de préparer, puis de couvrir des décisions qu’elle estimait incompatible avec le Droit, qui s’en est ému ? L’explosion ces dernières années des arrêts de maladie chez les personnels ne pouvant obtenir leur mutation, qui s’en est préoccupé ? Les alertes multiples et répétées des organisations syndicales auprès des autorités gouvernementales sur la décomposition du fonctionnement de cette université, qui y a donné suite ? La démission du président du Conseil d’administration de l’Ecole d’Ingénieurs, estimant que la situation dans cet établissement n’était plus supportable, qui en a tiré les conséquences ? Les représailles exercées au lendemain des élections sur des responsables syndicaux, de surcroit élus, donc doublement protégés, qui les a condamnées ? Les torchons anonymes et diffamants, nuitamment déposés dans les bureaux de l’administration centrale et de certains responsables ciblés, pour créer un climat à minima de déstabilisation, mais vraisemblablement de peur panique afin que chacun comprenne qu’il n’y a pas de zone infranchissable dans cette université, qui les a dénoncés ?
C’est ce climat qui a préparé le 7 juin et qui a également permis le développement de quelques autres pratiques afin de bien garantir à cette équipe son succès électoral. Et dire qu’il s’est trouvé de beaux esprits, non pour dénoncer toute cette chaine de violations, mais au contraire pour dans un premier temps ironiser sur les chances de faire aboutir le recours que nous avons déposé, puis dans un second temps les magistrats ayant rendu le droit, pour s’offusquer du retard que nous faisons courir à l’Etablissement. A croire que la gangrène dans cette université est si généralisée que notre vision et notre ouïe en sont profondément affectées et du coup notre capacité d’analyse profondément diminuée.
Abordons maintenant le "ça"
C’est parce que nous sommes comptables devant l’opinion réunionnaise de l’université, "de La Réunion", il n’est pas inutile de le rappeler, et que nous sommes respectueux du Droit, que nous avons saisi la Justice. Réunionnais en poste à l’université de La Réunion, engagés dans le développement de ce territoire qui est le nôtre, notre métier, dénommé "enseignant-chercheur" est de produire du savoir, de le transmettre et de le diffuser, au service de la connaissance certes mais également, et ceci n’est pas contradictoire, de notre Ile. Il appartient à notre génération de s’inscrire dans le sillage de nos aînés et d’apporter notre contribution au développement de ce territoire en préparant nos cadets à poursuivre cette voie. C’est cela qui depuis 8 ans est mis à mal.
Quels Réunionnais serions-nous, si pour une "accolade ou une bise à Momo", une promotion express, une charge de mission, nous faisions le choix de fermer les yeux et de boucher les oreilles sur ce qui se passe dans cette université et qui va à l’encontre de ses missions premières et de ses obligations intellectuelles, scientifiques et sociales ? Quels démocrates serions-nous, si pour satisfaire un besoin de notabilité, une participation à une manifestation institutionnelle ou une présidence de commission voire de conseil d’Ecole, nous renoncions à tous nos principes qui fondent toute vie sociale ? Des principes pour lesquels nos aïeux, dans des situations bien pires que les nôtres, se sont levés pour les défendre ? Il est de notre devoir de nous engager et de nous inscrire dans leurs pas. La Réunion est ce qu’elle est parce qu’ils nous ont tracé la voie, La Réunion s’en sortira parce que nous devons apporter et assumer la responsabilité de notre génération.
Il n’est point ici question de pouvoir, "d’égos" ni de "batailles coqs". Ce qui est en jeu, c’est l’avenir de cette université et du droit au sein de cette université. Le droit ny ’a plus sa place et cela la met en péril, les plus pessimistes d’entre-nous estimant qu’elle est déjà morte.
Et dés lors, on voudrait que nous participions à cette parodie de démocratie qui s’organise avec la complicité d’un pouvoir, qui dit-on, se réclame des idéaux des Lumières et de La Révolution, de Jaurès et de Blum ? Ou on voudrait au nom des "spécificités de l’Homme réunionnais", dont certains ont fait leur "Maison", que nous servions de caution à ce qui n’est que mascarade ? Car il s’agit bien d’une mascarade cautionnée par les autorités. Rappelons qu’un tribunal de la République a annulé les élections du 7 juin. Nous demandions alors que le nouveau scrutin soit organisé dans un cadre parfaitement neutre. Mais les autorités en choisissant la date décidée par le président auto-proclamé, ont cautionné le son processus et de facto ont mis à mal leur neutralité. Ce maquillage est d’autant plus flagrant que l’évocation du cas antillais avec une date bien plus tardive a mis les autorités dans l’embarras et rendu caduque tous les fondements avancés pour nous conduire à accepter la date du président auto-proclamé. Mais elles persistent et signent. Nous ne pouvions participer à ce blanchiment.
Les uns et les autres auraient-ils oublié les odes à la démocratie tunisienne du grand démocrate Ben Ali, que leurs collègues ou responsables ont célébré des années durant, avant que la rue ne s’en mêle ? Auraient-ils oublié que les honneurs, les décorations, les invitations octroyés par le grand démocrate Ben Ali, s’ils ont alimenté des déclarations nombreuses et des participations exceptionnelles lors de consultations "démocratiques" ont amené les conséquences que l’on sait ?
Le moment viendra, il nous faudra écrire avec quels soutiens, quelles complicités, quelles duplicités, quels reniements, quelles trahisons, cette gangrène s’est développée à l’Université de La Réunion, à Paris et à Saint-Denis.
Aujourd’hui notre responsabilité est engagée. Nous ne cautionnons pas ce qui se met en place. Que le gouvernement prenne ses responsabilités. Que les élus réunionnais prennent leurs responsabilités. Nous avons pris les nôtres. Donc "rien d’ubuesque, de ridicule", point de "faiblesse". Au contraire la décision que nous avons prise est la plus belle des forces : le courage d’être libre, de pouvoir dire non à l’arbitraire, non aux sirènes machiavéliques, non à l’outrage et oui à la République et à ses valeurs.
Philippe JEAN-PIERRE, Refonder l’Université de La Réunion.
"Tout ça pour ça !" titrait samedi l’éditorialiste du Jir, notre réponse est sans hésitation : OUI !
Rappelons d’abord, ce qui fait le "Tout ça"
C’est une violence institutionnelle et une violence sociale qui ne datent pas d’aujourd’hui mais qui, sous-estimées par les autorités de tutelle, quand elles n’ont été pas tout simplement niées ou pire couvertes, ont continué à se propager et à gangréner toute l’institution.
Les plaintes des administrateurs injuriés régulièrement en séance, qui s’en est soucié ? La haute administration décapitée parce que refusant de préparer, puis de couvrir des décisions qu’elle estimait incompatible avec le Droit, qui s’en est ému ? L’explosion ces dernières années des arrêts de maladie chez les personnels ne pouvant obtenir leur mutation, qui s’en est préoccupé ? Les alertes multiples et répétées des organisations syndicales auprès des autorités gouvernementales sur la décomposition du fonctionnement de cette université, qui y a donné suite ? La démission du président du Conseil d’administration de l’Ecole d’Ingénieurs, estimant que la situation dans cet établissement n’était plus supportable, qui en a tiré les conséquences ? Les représailles exercées au lendemain des élections sur des responsables syndicaux, de surcroit élus, donc doublement protégés, qui les a condamnées ? Les torchons anonymes et diffamants, nuitamment déposés dans les bureaux de l’administration centrale et de certains responsables ciblés, pour créer un climat à minima de déstabilisation, mais vraisemblablement de peur panique afin que chacun comprenne qu’il n’y a pas de zone infranchissable dans cette université, qui les a dénoncés ?
C’est ce climat qui a préparé le 7 juin et qui a également permis le développement de quelques autres pratiques afin de bien garantir à cette équipe son succès électoral. Et dire qu’il s’est trouvé de beaux esprits, non pour dénoncer toute cette chaine de violations, mais au contraire pour dans un premier temps ironiser sur les chances de faire aboutir le recours que nous avons déposé, puis dans un second temps les magistrats ayant rendu le droit, pour s’offusquer du retard que nous faisons courir à l’Etablissement. A croire que la gangrène dans cette université est si généralisée que notre vision et notre ouïe en sont profondément affectées et du coup notre capacité d’analyse profondément diminuée.
Abordons maintenant le "ça"
C’est parce que nous sommes comptables devant l’opinion réunionnaise de l’université, "de La Réunion", il n’est pas inutile de le rappeler, et que nous sommes respectueux du Droit, que nous avons saisi la Justice. Réunionnais en poste à l’université de La Réunion, engagés dans le développement de ce territoire qui est le nôtre, notre métier, dénommé "enseignant-chercheur" est de produire du savoir, de le transmettre et de le diffuser, au service de la connaissance certes mais également, et ceci n’est pas contradictoire, de notre Ile. Il appartient à notre génération de s’inscrire dans le sillage de nos aînés et d’apporter notre contribution au développement de ce territoire en préparant nos cadets à poursuivre cette voie. C’est cela qui depuis 8 ans est mis à mal.
Quels Réunionnais serions-nous, si pour une "accolade ou une bise à Momo", une promotion express, une charge de mission, nous faisions le choix de fermer les yeux et de boucher les oreilles sur ce qui se passe dans cette université et qui va à l’encontre de ses missions premières et de ses obligations intellectuelles, scientifiques et sociales ? Quels démocrates serions-nous, si pour satisfaire un besoin de notabilité, une participation à une manifestation institutionnelle ou une présidence de commission voire de conseil d’Ecole, nous renoncions à tous nos principes qui fondent toute vie sociale ? Des principes pour lesquels nos aïeux, dans des situations bien pires que les nôtres, se sont levés pour les défendre ? Il est de notre devoir de nous engager et de nous inscrire dans leurs pas. La Réunion est ce qu’elle est parce qu’ils nous ont tracé la voie, La Réunion s’en sortira parce que nous devons apporter et assumer la responsabilité de notre génération.
Il n’est point ici question de pouvoir, "d’égos" ni de "batailles coqs". Ce qui est en jeu, c’est l’avenir de cette université et du droit au sein de cette université. Le droit ny ’a plus sa place et cela la met en péril, les plus pessimistes d’entre-nous estimant qu’elle est déjà morte.
Et dés lors, on voudrait que nous participions à cette parodie de démocratie qui s’organise avec la complicité d’un pouvoir, qui dit-on, se réclame des idéaux des Lumières et de La Révolution, de Jaurès et de Blum ? Ou on voudrait au nom des "spécificités de l’Homme réunionnais", dont certains ont fait leur "Maison", que nous servions de caution à ce qui n’est que mascarade ? Car il s’agit bien d’une mascarade cautionnée par les autorités. Rappelons qu’un tribunal de la République a annulé les élections du 7 juin. Nous demandions alors que le nouveau scrutin soit organisé dans un cadre parfaitement neutre. Mais les autorités en choisissant la date décidée par le président auto-proclamé, ont cautionné le son processus et de facto ont mis à mal leur neutralité. Ce maquillage est d’autant plus flagrant que l’évocation du cas antillais avec une date bien plus tardive a mis les autorités dans l’embarras et rendu caduque tous les fondements avancés pour nous conduire à accepter la date du président auto-proclamé. Mais elles persistent et signent. Nous ne pouvions participer à ce blanchiment.
Les uns et les autres auraient-ils oublié les odes à la démocratie tunisienne du grand démocrate Ben Ali, que leurs collègues ou responsables ont célébré des années durant, avant que la rue ne s’en mêle ? Auraient-ils oublié que les honneurs, les décorations, les invitations octroyés par le grand démocrate Ben Ali, s’ils ont alimenté des déclarations nombreuses et des participations exceptionnelles lors de consultations "démocratiques" ont amené les conséquences que l’on sait ?
Le moment viendra, il nous faudra écrire avec quels soutiens, quelles complicités, quelles duplicités, quels reniements, quelles trahisons, cette gangrène s’est développée à l’Université de La Réunion, à Paris et à Saint-Denis.
Aujourd’hui notre responsabilité est engagée. Nous ne cautionnons pas ce qui se met en place. Que le gouvernement prenne ses responsabilités. Que les élus réunionnais prennent leurs responsabilités. Nous avons pris les nôtres. Donc "rien d’ubuesque, de ridicule", point de "faiblesse". Au contraire la décision que nous avons prise est la plus belle des forces : le courage d’être libre, de pouvoir dire non à l’arbitraire, non aux sirènes machiavéliques, non à l’outrage et oui à la République et à ses valeurs.
Philippe JEAN-PIERRE, Refonder l’Université de La Réunion.
















