Unique au monde : un herbier de plantes africaines au Cirad
Pas moins de 70.000 spécimens pour 5.500 espèces, 60 types et des plantes qui approchent le siècle… C’est l’herbier de graminées de pâturages et fleurs d’Afrique tropicale sèche du Cirad de Montpellier ! Créé au Mali en 1963 et après avoir séjourné à Maisons-Alfort, il a été délocalisé en 1995 à Montpellier. Une présentation de cet herbier sera proposée aux visiteurs montpelliérains, lors de la Journée Portes Ouvertes du 18 novembre à la Maison de la Technologie du Cirad, dans le cadre de la Fête de la Science (voir le communiqué).
"En complément de l’herbier, il y avait de nombreux cartons de plantes conservées dans des feuilles de journaux. Heureusement l’herbier bénéficie à Baillarguet, d’un bâtiment climatisé, au juste degré hygrométrique et tous les spécimens sont en parfait état", raconte Pierre Poilecot* rentré du Tchad en 2006 et qui a redonné vie à l’herbier. Un informaticien et un technicien participent aussi à l’opération, l’un pour créer une base de données de l’herbier et gérer l’étiquetage des échantillons (concernant les 70 000 spécimens), l’autre pour effectuer le montage et coudre les spécimens botaniques sur les feuillets-planches. Répertorié dans l'index international des herbiers (code ALF) dans Index Herbariorum (New York Botanical Garden, Bronx, New York 10458-5126, U.S.A.), l’herbier du Cirad a été récemment expertisé par Tela Botanica et déclaré comme "le plus beau de la région". Sa spécificité géographique le rend unique. Plus de 300 collecteurs (chercheurs du Nord et du Sud), ont permis sa réalisation jusqu’à maintenant. Un double de l’herbier du Cirad est conservé dans de bonnes conditions au Laboratoire de Farcha à N’djaména, au Tchad. Des échanges initiés par le premier conservateur Jean-Pierre Lebrun se font encore avec l’Afrique ainsi qu’avec Le Muséum National d’Histoire Naturelle, l’Université de Wageningen aux Pays-Bas, les Conservatoire et Jardin Botaniques de la Ville de Genève et l’Université de Montpellier 2 (Institut de Botanique). Mémoire de la biodiversité L’Herbier ALF du Cirad qui est ouvert au public et souvent visité par des étudiants est également une référence chez les botanistes et pour les stages de formation dans les pays du Sud. Des reconnaissances de plantes et expertises diverses sont demandées à Pierre Poilecot. Tout récemment, une unité de recherche du Centre Européen de Recherche et d’Enseignement des Géosciences de l’Environnement (Cerege) (CNRS/Université d’Aix-Marseille), qui travaille sur "la reconstitution des paléo-environnements des hommes préhistoriques au Tchad et en Afrique de l’Est", a souhaité consulter l’herbier. Ce laboratoire analyse et compare des micro-fossiles végétaux (pollens et phytolithes) entre des fragments de végétaux contenus dans des sédiments remontés des puits de forage et les spécimens actuels de l’herbier du Cirad. "Les guerres et les conflits ont ralenti, voire stoppé, les collectes qui se pratiquaient régulièrement en Afrique", raconte Pierre Poilecot, "il reste des terres inexplorées pour les animaux comme pour les plantes. En 2008, des botanistes d’Afrique australe ont découvert des dizaines d’espèces nouvelles sur une colline du Mozambique". Des projets ! L’Herbier Alf est directement lié à la base de données Flotrop qui répertorie près de 30 000 relevés botaniques réalisés en Afrique tropicale sèche, tous géoréférencés. L’équipe de l’herbier du Cirad, qui foisonne de projets, prépare par ailleurs sa propre base de données, à partir d’un support transmis par l’UMR (Unité mixte de recherche) Amap (Botanique et bio-informatique de l'architecture des plantes) et également une iconothèque. Une base de données "Fleurs d’Afrique" est actuellement en ligne et un site concernant les Poaceae (graminées) et Cyperaceae d’Afrique tropicale ("Cypoa") est en cours de réalisation. Ce dernier présentera environ 500 espèces de ces deux familles sous forme de photos, dessins et textes. Un manuel illustré présentant l’Herbier Alf sera également édité dès la mise en ligne de la base de données. Pierre Poilecot * Ecologue, botaniste à l’UPR (Unité propre de recherche) AGIRs (Animal et Gestion Intégrée des Risques) Lundi 9 Novembre 2009 - 16:26
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