La revue de presse National / International

Un politologue américain au cœur de l’affaire Karachi

Mercredi 4 Juillet 2012 - 17:48

Un politologue américain au cœur de l’affaire Karachi
Un grand pas. Pour la première fois, le juge Van Ruymbeke est en mesure de faire le lien entre les gigantesques commissions de l’affaire Karachi et le financement de la campagne présidentielle d’Edouard Balladur en 1995. C’est au travers de Paul Manafort, un consultant politique américain, que l’affaire pourrait prendre un virage décisif. Inconnu en France, Manafort est un conseiller réputé aux Etats-Unis. Républicain, ce "spin doctor" a participé aux campagnes de Reagan, Bush père ou McCain. Il a aussi conseillé des personnages sulfureux, comme le dictateur philippin Ferdinand Marcos ou Jonas Savimbi, le chef des rebelles en Angola. Son dernier fait d’armes : la victoire de Viktor Ianoukovitch lors de la dernière présidentielle en Ukraine.

Mais il semble que Paul Manafort, de manière très discrète, ait aussi monnayé ses services à Edouard Balladur lors de sa campagne de 1995. C’est l’ex-épouse de Ziad Takieddine, l’Anglaise Nicola Johnson, qui, en décembre 2011, a vendu la mèche aux enquêteurs. "Ziad m’avait dit que Paul Manafort donnait des conseils par rapport à la campagne de M. Balladur". A la question "qui aurait embauché Paul Manafort ?", l’ancienne Mme Takieddine a répondu : "J’imagine El-Assir et Ziad. Je pense qu’ils l’ont payé". Ziad Takkiedine et Abdul Rahman El-Assir sont les deux intermédiaires libanais par lesquels auraient transité les dizaines de millions d’euros de commissions illégales liées aux contrats d’armement signés par le gouvernement Balladur. Commissions dont une partie, selon les soupçons de la justice, aurait financé la campagne du même Balladur.

Paul Manafort a reçu 400 000 dollars d’un intermédiaire en armement. Il aurait conseillé la campagne de Balladur.

Après deux ans d’enquête, le juge Van Ruymbeke a identifié en Suisse plusieurs comptes bancaires ayant servi à ­"réceptionner" ces commissions. Au moins deux de ces comptes appartiennent à Abdul Rahman El-Assir. Or, leur examen a permis aux enquêteurs d’y trouver la trace de nombreux paiements en faveur de Paul Manafort, confirmant les déclarations de l’ex-femme de Takieddine. Ainsi, le 22 septembre 1994, ­El-Assir verse 35 000 dollars à BMSK (Black, Manafort, Stone and Kelly), la société du consultant américain. Le 7 novembre 1994, il vire 43 016 dollars sur le compte de l’épouse de Manafort. Le 16 novem­bre 1994, ­nouveau versement de 17 000 dollars à BMSK. Le 22 mai 1995, El-Assir règle 52 000 dollars au Tarrance Group, une société proche de Manafort. Le 2 août 1995, ce sont 125 017 dollars qui alimentent BMSK. Enfin, le 15 août 1995, El-Assir paie 125 016 dollars à Paul Manafort.

Au total, entre septembre 1994 et août 1995, le consultant et ses proches ont donc empoché près de 400 000 dollars provenant des fameux comptes où El-Assir a encaissé les commissions de l’affaire Karachi. Un lien est enfin établi entre ces commissions et la campagne Balladur.

La suite de l'article sur Paris Match.
Pierrot Dupuy
Lu 395 fois


Nouveau commentaire :
Facebook Twitter


Dans la même rubrique :
< >

Samedi 28 Juillet 2012 - 10:05 Laetitia Payet, "paupiette" à l’anglaise