Social

Tribune de Paul Junot: De l'hypocrisie à la misère en politique

Tribune libre de Paul Junot, secrétaire général de la CFTC:


Tribune de Paul Junot: De l'hypocrisie à la misère en politique
Depuis quelques jours une grande agitation règne dans le milieu politique. Les uns et les autres de tout bord veulent se faire voir au coté du représentant autoproclamé des indignés pour montrer à la population qu’ils soutiennent ce combat, mais surtout en espérant que lors des prochaines élections municipales la population s’en souviendra.

Parce que ces hommes politiques n'ont pas été capables de présenter depuis des décennies un projet crédible, cohérent et réaliste pour la Réunion qu'ils en sont réduits aujourd’hui à se raccrocher à la première remorque pour assurer leur réélection.

Alors quelle crédibilité accorder à cette classe politique ?
Parce qu'aucun homme politique, n'a su depuis des décennies réunir les conditions permettant de créer une activité économique soutenue, la Réunion connaît un chômage structurel de plus de 30%.
Parce que nos élus en partie responsable du chômage structurel massif sont les acteurs et auteurs de cette situation de pauvreté qui permet leur réélection par le joug des petits contrats maintenus sur une clientèle électorale à la main du pouvoir politique en quête de popularité à la veille de chaque élection.
Il apparaît ainsi que leur manœuvre consiste dans un premier temps à créer les conditions de la pauvreté et dans un deuxième temps instrumentaliser les pauvres comme tremplin assurant leur réélection en donnant l’illusion de soutenir ceux qui s’indignent de cette pauvreté.
Nous avons encore tous en mémoire, l’histoire en 2009 du plus grand naufrage social de toute l’histoire de la Réunion. Où d’un coup, d’un seul, madame Dindar assistée de sa majorité au Conseil Général dont fait partie le législateur agitateur, jetait plus de 1000 familles dans la pauvreté et prés de 8000 personnes abandonnées à elles mêmes.
Nous avons tous en mémoire la promesse faite par madame Dindar le 29 novembre 2009 sur les ondes des toutes les radios et télés, d’embaucher les 1000 salariés Arast.
Et nous savons tous que cette promesse n’a jamais été tenue.
Il n’est pas inutile de rappeler que pas un seul élu de la majorité du Conseil Général n’est venu soutenir les grévistes de la faim. Bien au contraire, pour certains c’était l’indifférence totale, pour d’autres la diffusion d’une propagande pour casser le mouvement qui prenait de plus en plus d’ampleur.

A PROPOS DU RSTA
Pour le RSTA il n’est pas inutile de rappeler que ce revenu supplémentaire d’activité a été mis en place dans les DOM suite aux mouvements sociaux du COSPAR et du LKP début 2009. Par l’action des forces syndicales en première ligne, certains salariés ont bénéficié d’une augmentation de leur pouvoir d’achat d’environ 150 à 160 € en cumulant bonus Cospar et RSTA. Cet essai réussi par les forces syndicales leaders du mouvement Cospar, aucun élu n’a été capable de le transformer depuis mai 2009. Bien au contraire dans son rapport remis en 2010 au gouvernement l’ancien député M René Paul Victoria écrivait en page 15 : « Il y a aujourd’hui unanimité de la part des élus que j’ai rencontrés pour demander la mise en œuvre du RSA dans les DOM au 1er janvier 2011. Certains avaient d’ailleurs souhaité, lors de l’élaboration de la loi de décembre 2008, son application à la même date en outre-mer qu’en métropole. » Quelle est donc la crédibilité de ces mêmes hommes politiques qui hier étaient unanimement favorables au Rsa et qui à l’approche des échéances municipales sont dans une direction totalement opposée ? Selon Aroon Purie, rédacteur en chef du magazine India Today, « le recours au jeûne et à la grève de la faim s'explique par la baisse de la crédibilité de la classe politique au pouvoir ». Pour l'analyste politique Parsa Venkateshwar Rao, "ces dissidents ostensibles apparaissent alors que les partis politiques sont marginalisés", estime-il.
Enfin, la faible participation de ce dimanche 28 juillet 2013, des quelques centaines de manifestants présents, dont la plupart réquisitionnés par les élus des communes, signe l’échec de cette mobilisation et démontre que la population ne s’est pas laissée abusée par cette manœuvre préélectorale qui consiste à se servir de la pauvreté comme tremplin électoral. Cet échec accentue un peu plus la décrédibilisation des élus qui ne rassemblent plus une population qui a su discerner au delà des apparences les vrais mobiles de cet appel et ne confond pas action et agitation. Faute de véritable action politique, les élus par l’agitation des foules croient éviter leur marginalisation et assurer par ce moyen leur réélection. Leur présence ce matin, jouant sur le registre de l’émotion, est aussi révélatrice d’une certaine irresponsabilité qui consiste à croire et à faire croire que l’Etat serait le seul responsable de tous les maux de la Réunion. Cette posture empreinte d’immaturité est le premier frein au développement du territoire et donc la première cause de la pauvreté. Tout développement nécessite d’avoir une vision, un projet cohérent et crédible du territoire, vision qui doit être partagée par le plus nombre d’acteurs du monde économique, social, culturel et politique. La voie de la facilité, qui consiste à agiter les foules et à jouer sur l’émotionnel, ne permettra pas à la population de s’élever, ni au territoire de se développer. L’échec de la manifestation de ce matin est peut être le premier signal d’une rupture de fond entre les élus et une population de plus en plus consciente des véritables enjeux et défis de demain et qui ne veut plus se laisser instrumentaliser par des élus en mal d’inspiration. L’avenir nous le dira….
Et l'opinion publique de plus en plus éclairée ne se range pas toujours aux cotés des grévistes car elle s'interroge toujours avec raison sur les motifs et les stratégies des grévistes.
 Ainsi, nous comprenons mieux l’absence des 40 000 bénéficiaires du Rsta dans ce mouvement.


A PROPOS DE LA GREVE DE LA FAIM.
Ces derniers jours j’ai été interpellé par des militants associatifs pour rejoindre les grévistes de la faim du Rsta. Il est vrai que je suis à la Réunion celui qui a initié cette modalité de revendication qui consiste à jeuner sous une tente jusqu’à obtenir gain de cause. Il convient de rappeler que la grève de la faim juste ne doit pas être un chantage à la mort, mais d’abord et avant tout un moyen d’accéder à une plus grande conscience de la vie mais qui peut avoir pour conséquence la mort. Mais à moins d’être en grande confusion mentale, la démarche du gréviste n’est en aucun cas une démarche suicidaire, car le respect du sacré passe par le respect de la vie.
Si et seulement si la grève de la faim et inspirée par des valeurs de justice de vérité de fraternité et de liberté on accède à une plus grande conscience et nous faisons alors corps avec la cause que nous défendons.
Toute grève de la faim juste est fondée sur ces valeurs et principes. Faisant corps avec sa cause, il découvre en lui des ressources insoupçonnées ainsi que toutes les forces nécessaires pour mener à bien son combat jusqu’à la victoire, la tête haute, sans tomber dans le misérabilisme qui manipule les émotions de la population.
A contrario, si les motifs sont déguisés sous des apparences trompeuses, il y aura alors un conflit entre le gréviste et sa propre conscience. Ce conflit intérieur absorbant une grande partie des forces du gréviste, il sera alors au bout de quelques jours fatigué et défaillant, car n’étant plus relié aux profondeurs de sa conscience, source de toute énergie.
Sur cette grève de la faim, les salariés et les adhérents que je représente ne sont pas persuadés que l’ensemble de ces valeurs soit présent.
Ainsi s’explique mon absence dans ce combat. La mise en scène et les déclarations suicidaires du représentant auto proclamé et l’incohérence de son combat divergeaient radicalement de nos principes valeurs et aspirations. De par ses soutiens qui pour une majorité d’entrepreneurs aux méthodes plus que douteuses et des élus acteurs du maintien de la pauvreté, se dégage un manque de lisibilité et une totale incohérence. En effet comment peut-on penser défendre les travailleurs pauvres, quand en même temps on soutient et on se fait soutenir par des acteurs dont les agissements sont les facteurs générateurs de la pauvreté des travailleurs et de la population en générale ? Quelle crédibilité des élus qui en 2010 étaient pour la mise en place rapide du Rsa et aujourd’hui veulent le contraire ?
Autant de contradictions qui permettent de douter de la sincérité des motifs et qui par conséquent décrédibilise la démarche.
Dimanche 28 Juillet 2013 - 15:13
Paul JUNOT
Lu 288 fois



Nouveau commentaire :
Twitter

4, cité Fontaine
97400 Saint-Denis

06 93 010 810
contact@zinfos974.com


- Contact

- Signaler un abus

- Mentions légales