Tensions en Afrique du Sud après le meurtre d'un leader blanc pro-apartheid
L'Afrique du Sud connait un regain de tension après le meurtre hier du leader d'extrême droite sud-africain Eugène Terre'Blanche, farouche partisan de l'apartheid, qui avait été condamné en 1997 à 6 ans de prison pour agression contre le pompiste noir d'une station essence et tentative de meurtre contre un garçon de ferme. A sa libération en 2004, il affirmait avoir abandonné ses convictions racistes.
Peu de temps après l'annonce du meurtre, le président Jacob Zuma a appelé les Sud-Africains "au calme" et a mis en garde dans un communiqué contre toute provocation qui attiserait "la haine raciale". Eugène Terre'Blanche, 69 ans, a été trouvé mort dans son lit, dans sa ferme, samedi en fin d'après-midi, "avec des blessures au visage et à la tête". Deux employés de la ferme, âgés de 15 et 21 ans, ont été arrêtés et inculpés de meurtre. Ils se seraient disputés avec leur patron pour un salaire non versé. Pendant plus de vingt ans, Eugène Terre'Blanche avait incarné la lutte pour la suprématie des Afrikaners, descendants des premiers colons néerlandais et huguenots, pour lesquels il réclamait le droit à l'autodétermination. A l'arrivée de l'ANC au pouvoir, il avait même réclamé la création d'enclaves blanches, dans lesquelles les noirs n'auraient le droit d'entrer que pour travailler. Le personnage reste cependant suffisamment symbolique pour que son meurtre puisse être utilisé par des extrémistes, dans un contexte social de plus en plus tendu à mesure que se creusent les inégalités entre les revenus, aux dépens des Noirs. Plus de 40% des 48 millions de Sud-Africains vivent toujours avec moins de deux dollars par jour. Les tensions sont exacerbées depuis un mois, depuis que Julius Malema, 29 ans, président de la Ligue des jeunes du Congrès national africain, ait entonné le 5 mars, devant une centaine d’étudiants de l’université de Johannesburg, un vieux chant de libération, invitant son auditoire à "tuer les fermiers blancs, car ce sont des violeurs". Un couplet plutôt malvenu, une centaine de fermiers blancs étant tués chaque année dans les campagnes sud-africaines. Depuis 1994, 1.600 personnes, en majorité afrikaners, ont été victimes de ce que Nelson Mandela a décrit comme "des actes de revanche raciale". La chanson a été déclarée anti-constitutionnelle et illégale par la Haute Cour de Johannesburg. Les frasques de Julius Malema sont connues, de même que les accusations portées contre lui d'être à la tête de dizaines de sociétés bénéficiant de contrats passés sans aucun appel d'offres avec le gouvernement dirigé par l'ANC. Ou encore pour le fait qu'il n'ait jamais payé d'impôts. Ou qu'il ait affirmé, en 2008, être "prêt à tuer" pour défendre le président sud-africain, Jacob Zuma, lors des déboires judiciaires de ce dernier. Julius Malema a reçu le soutien du président Jacob Zuma, et l'ANC a fait part de son intention de faire appel de la décision de la Haute Cour. On peut comprendre que le gouvernement et l'ANC soient dans l'embarras, après ce qui peut être interprété comme un "passage à l'acte" consécutif à l'appel lancé par Julius Malema. Le petit parti Freedom Front, qui représente les fermiers blancs au sein du gouvernement de M. Zuma, a évoqué cette nuit une "situation explosive". C'est dans ce contexte que, dans 67 jours, se déroulera le match d'ouverture de la Coupe du Monde de football... Dimanche 4 Avril 2010 - 10:15
Pierrot Dupuy
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