Tu étais le meilleur.
Je t’en voudrais presque, Jean-Hugues, si je ne t’aimais tant, de partir ainsi sans crier gare. Avec toi, c’est une part (une des plus souriantes, des plus enthousiasmantes, certainement) de notre jeunesse, de notre adolescence et de nos débuts dans la vie active, qui s’en va.
Que de souvenirs en commun… Te souviens-tu de ces folles journées sur le sable chaud d’Etant-Salé, des feux de camp, des guitares dont nous jouions si mal mais qui nous réjouissaient tant, des boums enfiévrées, des premières amours… ? Tu as toujours été le plus beau, le plus souriant de nous tous. Tu avais un succès fou auprès de nos copines mais, au lieu de nous rendre jaloux, tes bonnes fortunes nous comblaient d’aise. Car tu étais aimé de tous et la rancœur n’y avait aucune place.
Nous nous sommes retrouvés, un jour de 1970, sur le tarmac de l’aéroport d’Ivato, où tu étais venu m’attendre. Ce furent alors ces trop courtes années à La Sakay, les plus belles de ma vie certainement. Nous avions des élèves adorables, créoles ou malgaches. Leur désir d’apprendre nous forçait (gentiment) à donner le meilleur de nous-mêmes. Il y avait l’orchestre et toi qui chantais « Mon beau chapeau ». Les parties de chasse, les soirées entre amis, les invitations pour des journées qui commençaient à 10 heures et finissaient à plus d’heure, les virées sulfureuses à Tana…
Il y a dans ma mémoire, comme si c’était hier, ce fabuleux concert de Nougaro au Centre Albert-Camus de Tana. Tu nous avais obtenu des places au premier rang, toi, Alain et moi. Tu scandais les vers du Toulousain de tes pieds en tressautant dans ton fauteuil…
Les chemins de nos vies se sont ensuite séparés mais pas les sentiments. Voici une quinzaine d’années, nous nous croisâmes par hasard devant le Jardin de l’Etat. Autour de quelques cafés, tu me racontais ta vie aux Marquises avec d’immenses nuages bleus plein tes grands yeux.
Tu aurais pu, comme Brel, « mourir aux Marquises » mais tu es rentré au pays. Et, fidèle à tes élans, à ton cœur, tu partageais ta vie entre notre île et la Grande-Ile. Voici trois ans, toujours par le fait du hasard, nous nous sommes revus dans une rue de Saint-Pierre. Tu m’avais entretenu (un peu, pas trop) de tes ennuis de santé. Tu en parlais peu, préférant donner que recevoir.
« Le corps s’en va, l’esprit reste ». Le tien ne risque pas de s’éteindre de sitôt, mon ami. Heureuse route à toi et à un de ces quatre, quelque part au paradis des poètes : il n’y a que des amis là-bas !
Jules Bénard
Je t’en voudrais presque, Jean-Hugues, si je ne t’aimais tant, de partir ainsi sans crier gare. Avec toi, c’est une part (une des plus souriantes, des plus enthousiasmantes, certainement) de notre jeunesse, de notre adolescence et de nos débuts dans la vie active, qui s’en va.
Que de souvenirs en commun… Te souviens-tu de ces folles journées sur le sable chaud d’Etant-Salé, des feux de camp, des guitares dont nous jouions si mal mais qui nous réjouissaient tant, des boums enfiévrées, des premières amours… ? Tu as toujours été le plus beau, le plus souriant de nous tous. Tu avais un succès fou auprès de nos copines mais, au lieu de nous rendre jaloux, tes bonnes fortunes nous comblaient d’aise. Car tu étais aimé de tous et la rancœur n’y avait aucune place.
Nous nous sommes retrouvés, un jour de 1970, sur le tarmac de l’aéroport d’Ivato, où tu étais venu m’attendre. Ce furent alors ces trop courtes années à La Sakay, les plus belles de ma vie certainement. Nous avions des élèves adorables, créoles ou malgaches. Leur désir d’apprendre nous forçait (gentiment) à donner le meilleur de nous-mêmes. Il y avait l’orchestre et toi qui chantais « Mon beau chapeau ». Les parties de chasse, les soirées entre amis, les invitations pour des journées qui commençaient à 10 heures et finissaient à plus d’heure, les virées sulfureuses à Tana…
Il y a dans ma mémoire, comme si c’était hier, ce fabuleux concert de Nougaro au Centre Albert-Camus de Tana. Tu nous avais obtenu des places au premier rang, toi, Alain et moi. Tu scandais les vers du Toulousain de tes pieds en tressautant dans ton fauteuil…
Les chemins de nos vies se sont ensuite séparés mais pas les sentiments. Voici une quinzaine d’années, nous nous croisâmes par hasard devant le Jardin de l’Etat. Autour de quelques cafés, tu me racontais ta vie aux Marquises avec d’immenses nuages bleus plein tes grands yeux.
Tu aurais pu, comme Brel, « mourir aux Marquises » mais tu es rentré au pays. Et, fidèle à tes élans, à ton cœur, tu partageais ta vie entre notre île et la Grande-Ile. Voici trois ans, toujours par le fait du hasard, nous nous sommes revus dans une rue de Saint-Pierre. Tu m’avais entretenu (un peu, pas trop) de tes ennuis de santé. Tu en parlais peu, préférant donner que recevoir.
« Le corps s’en va, l’esprit reste ». Le tien ne risque pas de s’éteindre de sitôt, mon ami. Heureuse route à toi et à un de ces quatre, quelque part au paradis des poètes : il n’y a que des amis là-bas !
Jules Bénard

















