Faits-divers

Saint-Pierre : les casseurs de chez "Gros Louis" lourdement sanctionnés


Quelqu’un a-t-il réellement commandité la mise à sac et les nombreux vols perpétrés chez Gros Louis (restaurant La Détente), ce 5 juin 2014 à 4h15 du matin ? C’est en tout cas ce que prétend le principal accusé, meneur de l’opération commando, Teddy Epiphana, hyperconnu des services de justice et de police.

Ou est-ce une tentative pour se dédouaner de la part de ce vieux routier de la cambriole qui connaît apparemment toutes les ficelles du métier ? L’explication n’a convaincu personne mais elle reste en suspens car les victimes elles-mêmes ne rejettent pas la supposition.

L’affaire est simple et si les 4 voleurs et le receleur connaissent bien les méandres de la justice pour l’avoir souvent fréquentée, ils s’en tirent néanmoins comme des manches car régulièrement embastillés.

La vidéosurveillance enregistre les agissements de nos monte-en-l’air peu après 4 h du matin. Ils arrivent en scooter, même pas cagoulés, cassent le rideau du restaurant (situé en-dessous du marché couvert). Ils font main basse sur nombre de marchandises, caisses de whisky, champagne, et embarquent le coffre qui contient pas moins de 18 000 euros. Et mettent la salle principale à sac. Préjudice très important.

Pendant ce temps, sa compagne accouche !

Epiphana reçoit plusieurs coups de fil mais n’en tient aucun compte. Ce n’est guère important à ses yeux, juste sa compagne qui perd les eaux ! Il continue son trafic conscience en paix.

Là, constatant que des scooters, c’est un peu léger pour tout ce butin, le chef des voyous s’en va chercher une voiture. Qu’il trouve très vite. Tout ce qui est bon à prendre est embarqué, direction le Tampon, chez Gilbert Turpin, qui semble sincère en disant qu’il ne s’attendait à rien cette nuit-là. Il obtempère car l’un des cambrioleurs, Johan Casimir, porte un flingue soi-disant trouvé chez Gros Louis… qui n’a jamais eu d’arme dans son restaurant. Le butin est partagé en parts plus ou moins égales selon les témoignages, tout le monde s’en va, Epiphana se fait enchrister dès le lendemain, une partie du butin en liquide encore en sa possession.

Il apparaît au fil des discours décousus que l’affaire a été montée très vite, sans états d’âme. Epiphana : "In moune la dit à moin allé casse son restaurant". Qui ? Excellente question. Thomas Picardo : "Moin té fine boire deux trois ti coups". Johan Casimir, SDF : "Moin té su l’bord d’chemin, la appelle à moin, moin la suive. C’est moin la rouve le coff’".

Chasse nocturne…

Si ces "professionnels" de la cambriole ont presque tous des casiers judiciaires chargés comme des yaks, ils n’en ont jamais tiré la substantifique moelle car régulièrement pris sitôt libérés d’écrou.

Ainsi Epiphana : vols divers, effractions, détériorations multiples, dégradations diverses, usage de substances vénéneuses, violences avec armes, coups et blessures graves. Le CV des autres est un peu de la même farine. Casimir y ajoute des destructions dangereuses, une évasion, conduite sans assurance, port d’arme prohibée. Pour Thomas Picardo, conduite sans permis, fausses plaques, défaut d’assurance en sus du reste. Gilbert Turpin "Mickaël" fait dans l’originalité : outre les mêmes prouesses que ses comparses, il opère dans la chasse nocturne (bref, il reste en pays de connaissance), la conduite en état d’ivresse "solide" (2 fois) et l’usage ou le trafic de stupéfiants. Anthony Trajean est le seul à être blanc comme neige.

Comment reconstruire une telle débine ?

Parmi toutes ces figures du casse de chez Gros Louis, il en est une qui laisse un profond malaise. Le cas de Johan Casimir est spécial. Son défenseur, Me Ova, a mis en avant "le fatalisme de sa vie". Rejeté de tous dès son enfance, il a erré en foyers "car personne n’en voulait". Pourquoi ? On n’en saura rien. Après un séjour en France où il travaille ("là j’ai enfin été heureux"), il rentre au pays et tombe tout de suite dans l’errance. SDF, survivant de quelques bécages de clefs et de beaucoup de larcins.

Même si l’homme tente quelques facéties à la barre, vite remis à sa place par la présidente Ramage, on le sent désarmé. Mais comment se reconstruire, aussi, avec de tels antécédents familiaux, professionnels, sociaux ?

Un saccage consciencieux

Le bâtonnier Djalil Gangate, pour la partie civile, s’est élevé contre le fait que c’était la victime qui se retrouvait quasiment accusée : l’étendue des pertes subies a effectivement été mise en doute par les défenseurs.

Le substitut Genet a chargé la mule : importance du préjudice, des CV à rendre Prévert jaloux, la récidive, le mode opératoire, les dégradations et destructions graves… "Si le commanditaire leur a demandé de saccager, ils l’ont fait avec conscience en n’oubliant pas de se servir au passage".

Les défenseurs étaient mal barrés et ont insisté sur l’existence "possible" d’un commanditaire et le peu de fiabilité des créances présentées par la victime. Ils ne jouaient pas gagnants.

Teddy Epiphana, 4 ans fermes. Thomas Picardo, 2 ans dont un avec sursis et mise à l’épreuve. Johan Casimir, 2 ans dont 6 mois avec sursis. Gilbert Turpin (le receleur), 18 mois dont 6 avec sursis. Anthony Trajean, pour sa 1è fois devant la correctionnelle, 6 mois avec sursis.

Gros Louis se voit accorder 20 940 euros de dédommagements en attendant que l’instance civile statue sur le montant des dégâts matériels.
Vendredi 6 Mars 2015 - 10:34
Jules Bénard
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1.Posté par flavius josehe le 06/03/2015 14:26
bon style littéraire pour ce genre de faits divers !

2.Posté par la marraine''s le 12/03/2015 13:21 (depuis mobile)
pauvre compagne accoucher sans son homme et pauvre enfant,le jour ou on va lui presenté son pere...

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