Faits-divers

Robin Vermeer : Faux avocat ou vrai conseiller ?


Robin Vermeer : Faux avocat ou vrai conseiller ?
Il y avait presque plus de "robes noires" que de public dans la salle correctionnelle de Saint-Pierre, ce matin. C’est que l’affaire était d’importance : Robin Vermeer a-t-il réellement usurpé le titre et la fonction d’avocat, trois années durant, au nez et à la barbe du barreau sudiste et des autorités ?
Disons tout de suite que les débats, passionnants, n’ont guère permis de se forger réellement une conviction.

Le passé de Robin Vermeer, d’entrée, ne plaide guère en sa faveur. Ce quadragénaire natif des Alpes-de-Haute-Provence a en effet un CV judiciaire métropolitain passablement copieux : obtention de faux documents administratifs, faux en écriture, escroqueries, violences, faux et usage de faux… Son défenseur, un Me Jorelle surprenant de concision et d’efficacité, a curieusement insisté pour que son client dise pourquoi il a eu recours à ces pratiques coupables. Réponse récurrente : pour échapper à une situation financière catastrophique.

Une activité de gagne-petit

La manœuvre était une subtile façon d’amener Robin Vermeer a raconter comment, pour échapper au cycle infernal de la délinquance en col blanc, il a foncé dans des études (brillantes) afin de se qualifier vraiment. Et ça a marché puisque le prévenu a atteint le grade de chef comptable et possède un Bac+5 en droit.

Suite à ces acquisitions estudiantines de haut niveau, Robin Vermeer a co-fondé un Groupement d’employeurs de comptables et juristes, et créé un syndicat pluri-professionnel. Ce qui l’a conduit à représenter ses adhérents devant des instances comme les tribunaux de Prud’hommes ou des instances disciplinaires professionnelles.

Précisons tout de suite que ces diverses activités n’ont guère enrichi le bonhomme : ce père de deux enfants (qu’il élève apparemment seul) ne se prévaut que d’un revenu annuel de quelque 8000 euros, moins de 700 euros mensuels. Le goût du lucre n’est donc pas de mise ici et personne ne l’a soulevé.

"Maître Vermeer"

Ce qui lui est reproché est de s’être comporté "comme" un avocat. D’ailleurs ses cartes de visite portent la mention "Maître Vermeer", ce qui lui est formellement interdit.

Mais à sa décharge, son défenseur fait valoir que son client ne s’est jamais prévalu de ce titre honorable et, témoignages à l’appui, que Vermeer a plusieurs fois conseillé à ses "clients" (en réalité ses adhérents) de faire appel aux services d’un avocat inscrit au barreau chaque fois que ses réelles connaissances juridiques étaient prises en défaut.

Un fait est assez troublant pour semer le doute dans les esprits : alors qu’il intervenait à titre de conseiller, missionné par son Groupement ou son Syndicat, les arrangements entre lui et ses "clients" précisaient que la rémunération était adressée à lui personnellement et non à ces deux organismes comme cela aurait dû être le cas.

L’éloquence de haut de gamme

En fin de compte, les trois seuls plaignants qui se sont déclarés n’étaient même pas présents à l’audience. On le comprend mieux quand on sait que les interventions de leur "conseiller juridique et comptable" leur ont été plutôt profitables devant les diverses instances professionnelles et disciplinaires.

Face à lui, Robin Vermeer avait trois parties civiles de poids : l’Ordre national, le Barreau saint-pierrois, et l’Union des jeunes avocats du Sud. Cela nous a valu des morceaux d’éloquence qui se posent un peu là.

Il est revenu à Me Thierry Gangate de tirer le premier au nom des deux premières instances. L’avocat saint-pierrois a débuté très fort en évoquant sa propre famille, qui s’est saignée aux quatre veines pour lui permettre de poursuivre les études longues et coûteuses qui l’ont mené là où il excelle.

Moment d’intense émotion… Pour en arriver "aux avocats marrons", référence éminemment botanique pour dire que l’accusé bafouait les "16 principes de base" qui fondent le métier de défenseur ; et aux lourdes obligations financières que cela induit. Puis une incursion très cynégétique pour fustiger "un braconnier" qui n’acquitte aucun frais professionnel, aucune assurance, ce qui est préjudiciable aux requérants.

Un vrai et un faux confrères !

Me Maillot, au nom des Jeunes avocats, en a surpris plus d’un en "saluant un vrai confrère qui en défend un faux", ajoutant que c’était précisément "la gloire et l’honneur de la profession que de défendre tout un chacun".

Le procureur Saunier a replacé toute l’affaire dans le cadre de la récidive en précisant que les statuts du Groupement et du Syndicat ne prévoyaient aucune assistance judiciaire. Le prévenu agissait donc à titre individuel, en fonction de quoi le défenseur de la société réclamait une peine de 4500 euros d’amende. Ce qui, toutes demandes confondues, conduisait à une somme de plus de 21000… pour quelqu’un qui survit avec environ 700 euros mensuels !

Qui vérifie les compétences ?

Me Jorelle intervenait au titre de l’aide juridictionnelle vu les faibles revenus de l’accusé. Sa plaidoirie a prouvé, si besoin était encore, que l’aide juridictionnelle n’est pas le fait d’avocats au rabais !

Il nous a livré une fabuleuse démonstration très précise, très technique, très "juridique" mais qui n’a pas été oiseuse la plus petite seconde. Et a ramené les faits à de justes proportions, à savoir "trois faits uniquement" reprochés à son client ; alors que d’autres ont des centaines d’interventions à leur actif dans ce même domaine.

Me Jorelle a lu les déclarations surprenantes des trois plaignants absents ; déclarations toutes en faveur de l’accusé, ce qui est curieux. Il y est même précisé, selon ces mêmes "plaignants" ( ?) que dans certaines affaires délicates, Robin Vermeer leur a conseillé de s’assurer "les services d’un avocat".
Cela signifie-t-il a contrario que lui-même ne se considère pas comme tel ?

Le délibéré sera rendu le 18 mars et souhaitons que la "lumière" d’un autre Vermeer éclaire la Cour dans cette affaire plus que bizarroïde. Car deux questions auraient mérité d’être posées : La première : des centaines d’affaires sont débattues par des conseillers non-avocats devant les diverses instances professionnelles ou disciplinaires. Pourquoi alors poursuivre cet homme-là pour trois affaires sans intérêt et pas les nombreux autres agissant au vu et au su de tous à longueur d’année ?

La seconde : devant les tribunaux correctionnels, le foisonnement d’avocats se connaissant tous ne permettrait pas à un imposteur d’opérer en douce. Mais dans les autres instances, personne ne vérifie donc les titres et compétences des intervenants ? Ceci pour le cas où Vermeer serait réellement un opérant clandestin, cela va de soi.
Mardi 18 Février 2014 - 18:21
Jules Bénard
Lu 1534 fois




1.Posté par Toby or not Toby le 19/02/2014 06:12
C'est toujours une délectation de lire les compte-rendus d'audience de Jules Bénard. Articles bien construits, pas de fautes d'orthographe ou de grammaire, un vocabulaire fleuri, des références culturelles variées, ...
C'est sûr que tous ses résumés d'audience laissent transparaître sa propre conviction sur l'importance de l'affaire ou sur sa vision de la culpabilité du prévenu, mais qu'il ne change rien.
Bref : j'adore

2.Posté par noe le 19/02/2014 09:18
J'ai tj dit que les corbeaux empoisonnent les barreaux de nos tribunaux ...ils doivent être derrière ces barreaux au lieu d'être devant !
Naguère un parti politique disait haut et fort "Justice macro" et il semble avoir raison que la raison ignore !

Je ne comprends pas : les diplômes ne sont pas vérifiés ? les CV ? on ne regarde que la "bobine" des gens ? leur bla bla bla ?

3.Posté par Nono le 19/02/2014 16:23
Sans aucun doute il s'agit d'un faux, le vrai Vermeer s'appelait Johannes ;)

4.Posté par Béa le 19/02/2014 23:29 (depuis mobile)
3 affaires 3 personnes qui n ont pas voulu se porter partie civile 3 personnes qui ont soutenu leur juriste..1 affaire gagnée haut la main face au bâtonnier .....cherchez l erreur .

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