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Les requins de La Réunion : ma réponse à une polémique.
La forme utilisée pour la communication d'une ONG revêt une importance capitale. Cependant, c'est le fond du problème à traiter qui reste ma priorité.
Si la forme employée pour traiter la situation relative aux requins de La Réunion a exacerbé bien des sensibilités, le fond de la situation, en revanche, n'a pas l'air d'inquiéter grand monde. Une étude est en cours, qui vise à mieux connaître les requins croisant le long des côtes réunionnaises, mais des plages sont toujours fermées, des gens toujours en colère, et les débats n'apportent aucune solution durable.
Alors, pendant que d'aucuns appliquent le fameux "diviser pour mieux régner", et si le débat doit ainsi tourner autour des sensibilités humaines, peut-être devrais-je moi aussi m'indigner, taper du pied, demander que des "mesures" soient prises, réclamer réparation et dédommagement au nom de mon ego mortifié suite à de récentes publications de la part de personnes se présentant comme "un groupe de citoyens concernés par la protection de la biodiversité" à La Réunion: les "Irreverseables".
Il y a quelques jours, je découvre un nouveau groupe Facebook dont l'objectif affiché est d'insulter Lamya Essemlali, la présidente de l'antenne française de l'ONG Sea Shepherd. Quel n'est pas mon étonnement lorsque j'y vois une publication me concernant.
Nous voilà toutes les deux faisant l'objet d'un "bachelor", ou il est question d'en "prendre" une et de choisir ce qu'on fait de l'autre. Je suis agréablement surprise : des gens que je ne connais pas et qui n'ont jamais manifesté l'envie de me connaître souhaitent soudain nous "prendre" à grand renfort de sextoys, et j'ai l'immense honneur d'apprendre que l'on désire m'emmener dans un chalet au fond des bois pour me "plier et replier". Tant de popularité et de poésie m'émoustillent. Je ne sais si les réflexions racistes et obscènes dirigées vers Lamya lui plaisent autant, elle qui ne se définit pas spontanément comme une "Beurette [qui] se fait un gros porc". J'ignorais que notre objectif commun de préservation des océans et des requins impliquait que nous devions "soucer le même ours" pour ce faire (une subtile évocation de Paul Watson?). Loin de moi l'intention de brider cette imagination dégoulinante mais non, je ne suis pas prête à passer ce cap.
Certaines personnes, abritées derrière un clavier, ont fait une habitude de ce type de propos sexistes et insultants, qui m'exaspèrent en tant que femme. Que les auteurs de ces commentaires pathétiques se prétendent représentatifs de la communauté réunionnaise et pertinents sur la question requin me laisse perplexe en tant que présidente d'une association de protection des requins : j'ai du mal à croire que cela puisse servir utilement une quelconque cause.
Ce "groupe de citoyens concernés par la biodiversité" m'a dernièrement demandé de clarifier officiellement mon point de vue quant à l'intervention de Sea Shepherd au début de la crise requin. La principale critique formulée à l'intention de l'ONG portait sur la manière dont elle a communiqué, ce qui me paraît ironique de la part d'individus s'abaissant à de tels comportements.
Je leur réponds en réorientant le débat, afin de pouvoir enfin parler de biodiversité.
J'ai cofondé Shark Angels France avec l'envie et l'objectif de travailler main dans la main avec les personnes et organisations qui ont le même but que moi, or Lamya Essemlali fait partie de ces personnes.
Ce choix reflète une évidence : aujourd'hui le travail à accomplir afin de protéger les requins est titanesque. Ils sont victimes d'une image désastreuse et leur massacre est plus qu'ignoré dans la majeure partie du monde. Ils sont méconnus, détruits par ignorance, et les écosystèmes marins qu'ils entretiennent depuis plus de 430 millions d'années s'effondrent localement avec eux. Nous-mêmes sommes le fruit d'une évolution qui a été conditionnée en partie par l'existence de ces super-prédateurs depuis quelques centaines de millions d'années. Aujourd'hui le finning, la pollution, le développement du marché de la viande de requin, les pêches punitives parfois menées suite à des accidents impliquant l'humain sont autant de faits surréalistes à l'heure où il est urgent de prendre conscience de leur disparition ! Les protéger passe par un changement du regard qui est porté sur eux, et par un engagement réel de la part des politiques, engagement qui ne peut se passer d'études et de recherches, et qui doit être soutenu par un front d'associations, d'entreprises et d'individus unis.
Tout ceci ne peut se passer d'une collaboration forte entre organisations, et toutes les personnes travaillant avec conviction pour la sauvegarde des océans le savent : ce ne serait qu'une perte de temps condamnable au vu de la situation.
Voici donc ma position : l'égocentrisme, le mensonge, la recherche de profit personnel n'ont pas leur place au sein des ONG, et n'ont de place nulle part quand il s'agit de protéger ce dont nous avons besoin ou ce que nous aimons !
Quant au clivage "écolos-bobos" / "gens normaux" que cela peut entraîner, il est absurde et néfaste pour l'avenir des océans et des communautés qui en vivent. Ce clivage est archaïque et fictif, il est contre-productif et ceux qui l'utilisent dans un sens comme dans l'autre n'ont simplement pas compris le travail de fond qui est absolument nécessaire à toute évolution positive pour la préservation de notre environnement et de sa biodiversité.
La protection des océans et la préservation des espèces est aujourd'hui un sujet des plus graves et importants, et celui qui dit servir ce but et insulte ses voisins se ment à lui-même et ment à la société qui l'entoure. Nous ne pourrons rien protéger du tout, ni l'Homme ni le requin, tant que subsisteront ces guerres aussi stupides qu'énergivores.
Je me permet de citer ici Eliado Fernandez-Galiano, Chef de l’Unité de la Diversité biologique du Conseil de l'Europe: "Concernant le cas du Requin bouledogue à la Réunion, je me demande s'il ne serait pas judicieux d'examiner en détail d'autres cas similaires d'attaques excessives de requins qui ont eu lieu au Brésil et en Somalie. Dans ces cas, les solutions choisies (avec des résultats encourageants) ont été de supprimer des activités industrielles qui provoquaient des rejets de substances organiques à la mer. Le Conseil de l'Europe n'est pas en faveur -ou contre- l'utilisation des drumlines. Il appartient au Gouvernement français de choisir les solutions et méthodes qui lui semblent les plus appropriées".
Aujourd'hui à La Réunion, il reste un énorme travail autour des facteurs pollution, exploitation du littoral et prévention par la connaissance des requins. Toutes les parties prenantes doivent se réunir sous le signe de la positivité et de la complémentarité des compétences afin de pouvoir répondre au signal d'alarme de 2011, et elles doivent mettre de côté leurs différends en faisant table rase des erreurs passées pour qu'enfin il soit possible d'avancer.
Florentine Leloup-Meunier, présidente Shark Angels France.
La forme utilisée pour la communication d'une ONG revêt une importance capitale. Cependant, c'est le fond du problème à traiter qui reste ma priorité.
Si la forme employée pour traiter la situation relative aux requins de La Réunion a exacerbé bien des sensibilités, le fond de la situation, en revanche, n'a pas l'air d'inquiéter grand monde. Une étude est en cours, qui vise à mieux connaître les requins croisant le long des côtes réunionnaises, mais des plages sont toujours fermées, des gens toujours en colère, et les débats n'apportent aucune solution durable.
Alors, pendant que d'aucuns appliquent le fameux "diviser pour mieux régner", et si le débat doit ainsi tourner autour des sensibilités humaines, peut-être devrais-je moi aussi m'indigner, taper du pied, demander que des "mesures" soient prises, réclamer réparation et dédommagement au nom de mon ego mortifié suite à de récentes publications de la part de personnes se présentant comme "un groupe de citoyens concernés par la protection de la biodiversité" à La Réunion: les "Irreverseables".
Il y a quelques jours, je découvre un nouveau groupe Facebook dont l'objectif affiché est d'insulter Lamya Essemlali, la présidente de l'antenne française de l'ONG Sea Shepherd. Quel n'est pas mon étonnement lorsque j'y vois une publication me concernant.
Nous voilà toutes les deux faisant l'objet d'un "bachelor", ou il est question d'en "prendre" une et de choisir ce qu'on fait de l'autre. Je suis agréablement surprise : des gens que je ne connais pas et qui n'ont jamais manifesté l'envie de me connaître souhaitent soudain nous "prendre" à grand renfort de sextoys, et j'ai l'immense honneur d'apprendre que l'on désire m'emmener dans un chalet au fond des bois pour me "plier et replier". Tant de popularité et de poésie m'émoustillent. Je ne sais si les réflexions racistes et obscènes dirigées vers Lamya lui plaisent autant, elle qui ne se définit pas spontanément comme une "Beurette [qui] se fait un gros porc". J'ignorais que notre objectif commun de préservation des océans et des requins impliquait que nous devions "soucer le même ours" pour ce faire (une subtile évocation de Paul Watson?). Loin de moi l'intention de brider cette imagination dégoulinante mais non, je ne suis pas prête à passer ce cap.
Certaines personnes, abritées derrière un clavier, ont fait une habitude de ce type de propos sexistes et insultants, qui m'exaspèrent en tant que femme. Que les auteurs de ces commentaires pathétiques se prétendent représentatifs de la communauté réunionnaise et pertinents sur la question requin me laisse perplexe en tant que présidente d'une association de protection des requins : j'ai du mal à croire que cela puisse servir utilement une quelconque cause.
Ce "groupe de citoyens concernés par la biodiversité" m'a dernièrement demandé de clarifier officiellement mon point de vue quant à l'intervention de Sea Shepherd au début de la crise requin. La principale critique formulée à l'intention de l'ONG portait sur la manière dont elle a communiqué, ce qui me paraît ironique de la part d'individus s'abaissant à de tels comportements.
Je leur réponds en réorientant le débat, afin de pouvoir enfin parler de biodiversité.
J'ai cofondé Shark Angels France avec l'envie et l'objectif de travailler main dans la main avec les personnes et organisations qui ont le même but que moi, or Lamya Essemlali fait partie de ces personnes.
Ce choix reflète une évidence : aujourd'hui le travail à accomplir afin de protéger les requins est titanesque. Ils sont victimes d'une image désastreuse et leur massacre est plus qu'ignoré dans la majeure partie du monde. Ils sont méconnus, détruits par ignorance, et les écosystèmes marins qu'ils entretiennent depuis plus de 430 millions d'années s'effondrent localement avec eux. Nous-mêmes sommes le fruit d'une évolution qui a été conditionnée en partie par l'existence de ces super-prédateurs depuis quelques centaines de millions d'années. Aujourd'hui le finning, la pollution, le développement du marché de la viande de requin, les pêches punitives parfois menées suite à des accidents impliquant l'humain sont autant de faits surréalistes à l'heure où il est urgent de prendre conscience de leur disparition ! Les protéger passe par un changement du regard qui est porté sur eux, et par un engagement réel de la part des politiques, engagement qui ne peut se passer d'études et de recherches, et qui doit être soutenu par un front d'associations, d'entreprises et d'individus unis.
Tout ceci ne peut se passer d'une collaboration forte entre organisations, et toutes les personnes travaillant avec conviction pour la sauvegarde des océans le savent : ce ne serait qu'une perte de temps condamnable au vu de la situation.
Voici donc ma position : l'égocentrisme, le mensonge, la recherche de profit personnel n'ont pas leur place au sein des ONG, et n'ont de place nulle part quand il s'agit de protéger ce dont nous avons besoin ou ce que nous aimons !
Quant au clivage "écolos-bobos" / "gens normaux" que cela peut entraîner, il est absurde et néfaste pour l'avenir des océans et des communautés qui en vivent. Ce clivage est archaïque et fictif, il est contre-productif et ceux qui l'utilisent dans un sens comme dans l'autre n'ont simplement pas compris le travail de fond qui est absolument nécessaire à toute évolution positive pour la préservation de notre environnement et de sa biodiversité.
La protection des océans et la préservation des espèces est aujourd'hui un sujet des plus graves et importants, et celui qui dit servir ce but et insulte ses voisins se ment à lui-même et ment à la société qui l'entoure. Nous ne pourrons rien protéger du tout, ni l'Homme ni le requin, tant que subsisteront ces guerres aussi stupides qu'énergivores.
Je me permet de citer ici Eliado Fernandez-Galiano, Chef de l’Unité de la Diversité biologique du Conseil de l'Europe: "Concernant le cas du Requin bouledogue à la Réunion, je me demande s'il ne serait pas judicieux d'examiner en détail d'autres cas similaires d'attaques excessives de requins qui ont eu lieu au Brésil et en Somalie. Dans ces cas, les solutions choisies (avec des résultats encourageants) ont été de supprimer des activités industrielles qui provoquaient des rejets de substances organiques à la mer. Le Conseil de l'Europe n'est pas en faveur -ou contre- l'utilisation des drumlines. Il appartient au Gouvernement français de choisir les solutions et méthodes qui lui semblent les plus appropriées".
Aujourd'hui à La Réunion, il reste un énorme travail autour des facteurs pollution, exploitation du littoral et prévention par la connaissance des requins. Toutes les parties prenantes doivent se réunir sous le signe de la positivité et de la complémentarité des compétences afin de pouvoir répondre au signal d'alarme de 2011, et elles doivent mettre de côté leurs différends en faisant table rase des erreurs passées pour qu'enfin il soit possible d'avancer.
Florentine Leloup-Meunier, présidente Shark Angels France.
















