Faits-divers

Question d’appréciation: Le "monstre" n’était pas si monstrueux

Correctionnelle Sud – Mardi 24/05/2016


Un môme de 7 ans, son propre neveu, a eu le front de lui mettre l’index sous le nez. Jean ne l’a pas supporté et lui a collé une de ces baffes qui comptent dans une vie. Pas une petite tape pour corriger, non, une bonne grosse gifle comme de celles que l’on administre à un adulte.

Qui plus est, il était complètement pété. Tout ça parce que le chemin menant chez lui était encombré de voitures.

Pour corser son cocktail judiciaire, il plante du zamal, en consomme, en fait le commerce ; il rentre régulièrement beurré comme un coin, ce qui le pousse à se disputer avec ses voisins, dont la maman du gosse insolent, sa propre sœur. " Qui ne le considère même plus comme un frère ", dira Me Nathalie Pothin, son avocate.

Son canard lé noir !

A partir de là, on entend déjà bouillir le chaudron dans lequel la sorcière Justice va faire bouillir le monstre.
Tout ça pourquoi ? Pour une gifle qui a peut-être existé, peut-être pas.

Il est vrai que lorsque Jean rentre chez lui, ce soir du 20 décembre dernier, il est plein comme une outre et ne le nie pas.

Sa sœur, sa pire ennemie depuis des lustres, a organisé une petite fête et le chemin commun à toutes les maisons du coin (une famille entière) est encombré de bagnoles garées n’importe comment. A partir de là, les versions divergent.

Lui : " Je suis sorti de mon véhicule pour demander qu’on déplace les voitures encombrantes ".
Elle : " Non ! Il est venu chercher la bagarre ".
Le petit garçon, son neveu, vient lui dire que " ça y est, le chemin est dégagé ".
Lui : " Il m’a mis l’index sous le nez. Je l’ai repoussé mais sans frapper ".
Elle : " Il a cogné et pas pour faire semblant ".

"Tout le monde s’est caché"

Une petite explication s’impose à l’intention de ceux (de plus en plus nombreux) qui ignorent ou méprisent nos coutumes créoles.

Ici, i amonte pas le doigt in moune ! L’insulte se lave dans le sang. Alors, qu’un enfant brandisse l’index sous le nez d’un quinquagénaire, pensez… Quant à l’origine de cette coutume, si vous la connaissez, je prends.

Sa sœur prétend qu’il a insulté tout le monde en entrant de force dans la case. Au point que tous sont allés s’enfermer dans les chambres de peur de se faire égorger par un Jean surexcité.

Un seul des convives s’avisera de témoigner mais sa lettre pose de sérieux doutes, n’étant pas signée.

Autre grief à l’encontre de Jean, c’est sa sœur qui le rapporte :
"Il m’a insultée grave. Il m’a dit que j’étais une merde, une moins que rien (sic !)"

On apprend dans la foulée que Jean possédait une dizaine de beaux plants de zamal de 2 mètres de haut, charnus à souhait, de vrais péchés de gourmandise. Quelques jours après le 20 décembre, un pote l’avertit que les gendarmes s’apprêtent à perquisitionner chez lui. Ni une ni deux, il coupe tout et y flanque le feu mais pas de quoi tromper notre maréchaussée qui a l’odorat des braques-pointers.

C’était un 20-décembre

Buveur, drogué, violent, cogneur d’enfant, les galères lui ouvrent déjà les bras. Me Nathalie Pothin ne l’entend pas de cette oreille. Point par point, elle va démolir l’accusation avec la hargne de Richelieu devant La Rochelle.

Alcoolisé ? Il ne le nie pas mais les autres aussi car on  ne connaît pas de 20-décembre à l’eau de Cilaos !

Le zamal ? Il ne nie pas une addiction mais qu’est-ce que ça vient faire là ? Sa sœur a trouvé une bonne occasion pour charger la mule : l’alcool, la gifle, le zamal, une construction sans permis… Avec patience, l’avocate se met en devoir de semer un gros doute dans l’esprit du tribunal.

" Jean ne nie pas son addiction au zamal. Il est demandeur de soins pour ça. Pour le reste, la gifle que personne n’a vue sauf la maman et son fils ; le certificat médical où ne figurent pas les hématomes tant brandis par la maman ; sans compter une soi-disant lettre écrite par quelqu’un qui est sans doute le père de ses enfants, rien ne tient la route ". En fonction de quoi Me Pothin exige la relaxe pure et simple.

Ce que le tribunal lui accorde bien volontiers. A charge pour Jean de se faire soigner pour son addiction à l’herbe bleue.
 
Mardi 24 Mai 2016 - 14:33
Jules Bénard
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