Faits-divers

Pour avoir dénoncé une bavure médicale, le chirurgien devient un "pestiféré"

Parce qu'il voulait dénoncer une bavure médicale, un chirurgien du CHGM a été écarté du bloc opératoire, interdit (illégalement) d'exercer dans l'ouest par un directeur zélé et lâché par une administration publique complice. Il a porté plainte pour harcèlement.


Pour avoir dénoncé une bavure médicale, le chirurgien devient un "pestiféré"
Pendant les six premières années qu'il a passées dans le bloc opératoire du centre hospitalier Gabriel-Martin, à Saint-Paul, tout s'est bien passé, pour le Dr Christian Loth, chirurgien spécialiste des viscères. Et puis, en 2002, au retour de ses congés, il découvre une patiente dans un état critique. Elle vient de subir une seconde intervention pratiquée par un de ses confrères, pour récupérer le champ opératoire - ce morceau de tissu médical de 50 cm sur 50 -, oublié dans l'abdomen de la mère de famille de 49 ans. Elle n'a pas survécu à cette bavure médicale. Tandis que  le Dr Loth dénonçait officiellement ces dysfonctionnements à sa hiérarchie, une véritable cabale se liguait contre lui. D'ailleurs, 11 ans après les faits, le praticien n'est toujours pas réhabilité, lorsqu'il se présente à la barre du tribunal correctionnel pour le procès qu'il intente, pour harcèlement moral, au CHGM et à son directeur en 2005, Gérard Kerbidi.
 
Pire, puisque, à l'audience de mardi, l'avocat de l'établissement hospitalier, Me Pierre Crégut, n'hésite pas à fustiger le praticien. "En dénonçant ces dysfonctionnements, le Dr Loth a voulu jouer le grand justicier, le chevalier blanc . Il n'a pas respecté la solidarité du corps médical". Comme l'a montré l'instruction judiciaire détaillée par le bâtonnier Djalil Gangate, avocat du chirurgien, l'administration publique, préfecture comprise, a couvert l'erreur médicale qu'un procureur aurait très bien pu qualifier d'homicide involontaire. Le monde médical  soigne bien son omerta et la justice ne fût pas informée de ces faits en 2002. Mieux, à l'époque, la Drass a signé un accord avec le chirurgien fautif qui a quitté le CHGM et La Réunion en 48 heures, sans être inquiété. "Je ne suis pas sûr qu'aujourd'hui encore, la famille et les ayant-droits de la patiente savent pourquoi est décédée leur proche", déplore le Dr Loth, à la barre.
 
Privé de traitement
 
A partir de 2002, le chirurgien de Saint-Paul a vu ses conditions de travail se dégrader. Une véritable coalition s'est soudée contre lui. Les anesthésistes refusaient d'endormir ses patients, le personnel hospitalier l'isolait, jusqu'à ce que le directeur de l'époque, M. Abodel le désinscrive du tableau des gardes. Une véritable interdiction de travailler initiée par le directeur du CHGM contre "l'homme qui ne couvre pas les erreurs des autres", selon son avocat.
 
Le Dr Loth a été profondément affecté, psychiquement, par cette mise à l'index. Il a été placé en arrêt de maladie, privé de bureau et son ordinateur a été reformaté. Interdit de prendre le bistouri, il a cependant continué de percevoir son traitement. Un scandale qu'il a, de sa propre initiative, dénoncé à la Chambre régional des comptes. Deux jours après le directeur du CHGM faisait suspendre son salaire. Mais jamais le Dr Loth n'a été entendu par les commissions prévues dans les textes pour juger de son comportement. "Jamais sanctionné, jamais suspendu réglementairement, quand la Drass et l'Igas finiront par admettre officiellement le dysfonctionnement fatal de 2002, et la falsification du rapport opératoire, plaide Me Gangate. Et ce directeur qui l'a écarté dira, dans une enquête administrative, qu'il n'a rien à reprocher au Dr Loth"
Lorsque le praticien hospitalier est de retour à son service, après une mise en demeure signée du directeur, c'est pour s'entendre dire qu'il est en congé d'office, alors même qu'il a déjà épuisé ses droits. "Il était le pestiféré!", dénonce Me Gangate. 
 
"Mon client était interdit d'exercer à Saint-Paul, mais il pouvait opérer n'importe où ailleurs. Le directeur de l'hôpital considérait, sans qu'il soit habilité à le faire, qu'il représentait un danger pour les patients. Mais seulement pour la population de l'ouest. Ailleurs, il pouvait s'occuper des malades!", dénonce l'avocat du plaignant.
Le Dr Loth a repris du service au sein de la fondation Père Favron. "J'étais dans la plus parfaite illégalité, mais ce n'était pas de ma responsabilité", raconte-t-il. D'un point de vue professionnel, la cour administrative d'appel de Bordeaux a rétabli le Dr Loth dans ses droits. Mais sur le papier seulement. "La réintégration ordonnée par la justice administrative n'a jamais été effective, constate la vice-procureure Véronique Maugendre. Dans ce dossier, il y a une véritable atteinte à la dignité du plaignant, à sa vie, à ses conditions de travail. L'infraction est constituée, et je requiers contre le centre hospitalier Gabriel-Martin, une amende à l'appréciation du tribunal".

Aujourd'hui, le Dr Loth a intégré, de facto,  le groupe hospitalier Est-Réunion, né de la fusion entre l'établissement Père Favron et la clinique de Saint-Benoît. Et c'est le CHGM de Saint-Paul qui assure sa rémunération...
 
Le tribunal dira le 6 décembre, si le Dr Loth a été victime d'un harcèlement moral.
 
Jean-Noël Fortier
Mercredi 6 Novembre 2013 - 10:24
Lu 5417 fois




1.Posté par Poucette le 06/11/2013 10:30 (depuis mobile)
il lui reste un recours ! la politique pour faire changer les choses et les lois ! ça prends du temps mais c'est plus efficace quand on se bat pour quelques chose et pas pour un strapontin ! enfin ! ça devrait !

2.Posté par Pitoyable le 06/11/2013 10:32
Ce genre d'histoire il y en a tout les jours mais le public n'est pas au courant car c'est souvent étouffé par la direction ou les medecins ripoux.
La santé à la Réunion c'est avant tout le fric ! rien a battre de votre santé.
malheureusement parfois se réveille un medecin "chevalier blanc" qui se fait museler vite fait bien fait par ses supérieurs ou sa direction...
Bon courage à ce medecin car il en aura bien besoin (mais il est pas seul dans ce cas).

3.Posté par Ded le 06/11/2013 10:45
En dénonçant ces dysfonctionnements, le Dr Loth a voulu jouer le grand justicier, le chevalier blanc . Il n'a pas respecté la solidarité du corps médical"
Parole d'avocat...au moins c'est clair quand un médecin ou un chirurgien fait une connerie , ses collègues doivent être solidaires , le couvrir et même mentir...
Bon, d'un autre côté pas étonnant pour une profession dont le conseil de l'ordre couvre quasiment tous le temps ses brebis galeuses ( il y en a comme dans toute profession mais là il s'agit de la vie des gens) et qui , rappelons le a été créé par ce "brave" Pétain, aux heures sombres pendant lesquelles par exemple , les médecins juifs- comme d'autres professions - se sont vu interdits d'exercer sans que ça soulève beaucoup de problème de conscience chez les chers collègues.
le temps passe et rien ne change.
D'accord , m'objecterez vous , le corporatisme existe dans tous les métiers , pas faux , mais quand il s'agit de la santé , voire de la vie , ne serait-il pas bon de changer cette mentalité nauséabonde?

4.Posté par ZembroKaf le 06/11/2013 11:53
b[
Il n'a pas respecté la solidarité du corps médical".
]b
malheureusement c'est le cas !!!

5.Posté par C triste ... le 06/11/2013 13:28
Comme d hab débat entre personnes au nombrils surdimensionné , que du bla bla et jamais de résultats , comme tout les gros problèmes sur cette ile, tourisme , requin ,vie social !!!!!

6.Posté par Papapio, ni macro ni géniteur payeur le 06/11/2013 17:28
grand justicier, le chevalier blanc . Il n'a pas respecté la solidarité du corps médical"...
Ca c'est franchement dégueulasse, y'a pas d'autres mots pour qualifier ces propos....

Le monde médical soigne bien son omerta... C'est exactement çà, idem pour la "Justice" ....

Y'en a vraiment marre de ces conneries subventionnées et très largement couvertes par les plus hauts niveaux.... Il n'y a qu'a connaitre la constitution des conseils d'administration pour comprendre.....
Franchement le Peuple réunionnais est donc si réservé qu'il soit incapable de se révolter ?
Ou l’appât du gain facile par connivence, qui flatte les égos de ceux qui auraient pu réussir ainsi ?

Vous n'en avez pas marre vous de constater que ces propos ne soient pas condamnables ?

7.Posté par électrice Saint-Pauloise le 06/11/2013 19:25
Le Conseil d'Administration de l'hôpital de Saint-Paul n'est-il pas présidé par la Députée-Maire madame Huguette Bello ???

Comment peut-elle couvrir des faits aussi scandaleux ???

8.Posté par Parents habitants La Possession le 06/11/2013 20:01
En 2001, notre fille âgée de 10 ans a été opérée en urgence un dimanche soir d'une appendicite aigue par le docteur Lhote, j'ai le souvenir d'un praticien très professionnel qui a su nous rassurer avant l'intervention en nous expliquant ce qu'il allait faire et après, pour nous dire que tout s'était parfaitement déroulé.

Nous ignorions ce qui est arrivé au docteur Lhote que nous pensions reparti en métropole,... la lecture de cet article nous scandalise et espérons que Justice lui sera rendu et qu'il sera indemnisé à la hauteur du préjudice subi et surtout réintégré dans son honneur vis à vis de ses pairs .

9.Posté par un électeur futur malade qui a besoin d''''être rassuré ... le 06/11/2013 20:15
Je trouve proprement scandaleux le comportement de la direction du Centre Hospitalier Gabriel Martin de Saint-Paul à l'égard d'un chirurgien honnête envers ses malades ...

Pourquoi madame Bello en sa qualité de présidente du conseil de surveillance ne se saisit-elle-pas de ce dossier qui n'a que trop duré, pour le régler UNE FOIS POUR TOUTE avant les élections municipales qui approchent ???

10.Posté par Anonyme le 06/11/2013 21:00
L'avocat de l'établissement hospitalier, Me Pierre Crégut, maîtrise parfaitement les valeurs qui ont force de loi au tribunal de Saint-Denis. Cette citation fait partie des moments d'anthologie de la justice réunionnaise : "En dénonçant ces dysfonctionnements, le Dr Loth a voulu jouer le grand justicier, le chevalier blanc . Il n'a pas respecté la solidarité du corps médical".
Le procureur Müller saura à quoi s'en tenir.

11.Posté par Juliette CARANTA-PAVARD le 07/11/2013 07:17
*Où étiez-vous, Jean-Noël FORTIER, en 2008, lorsque en qualité de "pestiférée" N° 1 du département, j'étais aux griffes des pouvoirs publics et particulièrement de la Justice (15 comparutions au pénal, étalées sur les 12 mois...), où étiez-vous, VOUS, le présent "courageux" ?

*C'est vrai qu'il aurait fallu d'autres " coucougnettes" - comme dit mon ami Expédit - pour dénoncer tous ces gentils politiques et fonctionnaires, je vous le concède. Mais, vraiment, c'est pas la peine de la ramener, non ! vraiment pas !

12.Posté par maman veuve indignée le 07/11/2013 08:33
J'ai ma fille actuellement en 4ème année de médecine à Montpellier qui ambitionne à l'issue de très longues études, de devenir chirurgien et de partir ensuite aux USA ou exerce l'un de ses oncles pour y parfaire sa formation ...

Je n' imagine pas un seul instant alors que je l'ai élevé dans la droiture et le respect de certaines valeurs et qu'elle aura prêté le serment d'Hyppocrate, vivre la situation dénoncée par le docteur Lhote .

J'ai toute confiance en notre Justice pour sanctionner d'une manière exemplaire
ce harcèlement honteux dont est victime un membre du corps de l'élite médicale de la part de ses confrères hypocrites !!!

13.Posté par docteurs X le 07/11/2013 08:37
Courage Hubert, tu sais que nous sommes nombreux à te soutenir dans ton combat ...

14.Posté par DR ANONYME le 07/11/2013 09:38
Cette question de la sécurité des blocs opératoires est au centre des préoccupations des directeurs des établissements comme de celles des praticiens, le Dr LOTH se montrant ici un précurseur, son Directeur, ici, allant au contraire du bon sens.

Il s'agit de la sécurité des blocs opératoires en général. Ici c’est sous le seul angle du comptage des compresses puisque l’origine des préoccupations du Dr LOTH n’est pas de dénoncer son collègue qui a fait une erreur, mais de se prémunir lui-même d’une récidive dont il sera un jour responsable à son tour si des mesures de précautions ne sont pas prises dans son bloc opératoire. Cette opinion fera l’objet d’un complot contre lui au lieu d’être acceptée comme une mesure de bon sens.

Une formation vient de se tenir à ce sujet. Tout événement indésirable doit être signalé, non pas pour punir les erreurs, les erreurs sont humaines, mais pour améliorer le fonctionnement en trouvant des modalités permettant de les éviter. Perseverare diabolicum !

Comment un bloc de refus peut-il se constituer contre le chirurgien ? Le Dr GATELMAND expliquait très bien que les anesthésistes sont devenus, à compter de 1970, les véritables patrons, non seulement des salles d'opérations dont ils possèdent le trousseau des clefs, mais même des indications opératoires pourtant posées bien avant eux dans les locaux des consultations chirurgicales. Ce sont eux, désormais, qui fixent le tableau des interventions avec leur ordre, les horaires, le timing attendu, et ceci dans les établissements publics souvent et même parfois dans les établissements privés. Les anesthésistes qui n’ont aucun souci de clientèle ont pris l’habitude de récuser certaines interventions difficiles sans même écrire une lettre de réponse et de refus au courrier de leur correspondants chirurgiens une lettre très attendue expliquant le refus d’endormir et surtout donnant une alternative au chirurgien restant désemparé devant les familles de leur patientèle.

15.Posté par Anonyme le 07/11/2013 18:17
Me Crégut, où irez-vous vous faire opérer si cela était nécessaire ?

16.Posté par Papapio, ni macro ni géniteur payeur le 07/11/2013 18:51
Pour être réaliste, si le Corps Médicale dans son ensemble était a la hauteur de l'honneur auquel il prétend, au delà des intérêts personnels et purement économique, rien de tout ça n'aurait lieux...
Et tout le monde aurait a y gagner... Tous...

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