Pierrefonds historiqueL’usine sucrière de Pierrefonds dont les vestiges se trouvent sur la rive Sud de la Rivière Saint-Etienne, a été construite en 1860. Elle succède à une première fabrique à sucre installée au même endroit par MM. Richard Lebidan et Félix Guert vers 1830 sur le domaine de « La Savane ». Située sur le territoire communal de Saint-Pierre. Pierrefonds concentre à cette époque, une part importante de la production de canne à sucre au sud de l’île.
Sur cet espace aride du Sud Ouest de l’île, initialement occupé par des pâturages, aucune concession n’avait été attribuée. Dès la construction du canal Saint-Etienne livré en 1827, vers 1830, Richard Lebidan, associé à Félix Guert, y installe une première fabrique de sucre sur une partie de son habitation nommée « Savanes ». Une déviation est installée pour alimenter une roue à eau et une machine à vapeur de l’usine. Au milieu du XIXe siècle, le domaine de La savane et son usine sont rachetés par Théodore Deshayes nommés cette fois : Pierrefonds. Toute l’architecture est repensée. En 1860, se dresse la nouvelle configuration des bâtiments qui est celle que nous retrouvons aujourd’hui. Évoluant au rythme des découvertes mécaniques et des nouvelles techniques de fabrication du sucre, les bâtiments sont adaptés. Le canal St-Etienne devient aussi source d’irrigation des terres du domaine.
Il n’est pas aisé de décrire l’implantation de Pierrefonds. En revanche, si on s’imagine être un oiseau perché sur le chapiteau de basalte de la cheminée, on remarque à sa base le T que forment les bâtiments de l’usine. On se rend compte que l’usine, les logements du personnel et les dépendances se regroupent presque en cercle, autour de cette cheminée aux angles en pierres de taille. Trois axes mènent à cet établissement. Le premier venant de la RN1 a été supprimé, le second arrive de l’Est, des plantations de cannes à sucre, du canal Saint-Etienne, et, le dernier arrive par le Sud accédant directement à la cour de l’usine. En effet, lorsqu’on arrive sur l’ancienne habitation de Pierrefonds, on se trouve dans une petite cour intérieure à l’arrière de l’usine, la "cour des échanges". Pendant les campagnes sucrières, c’est à cet endroit qu’au lever du soleil, se donnaient les consignes aux chefs de quart et que se répartissaient les tâches aux journaliers.
A droite se présente un long bâtiment rectangulaire à un seul niveau, anciennement couvert de bardeaux, peint à la chaux. Une partie est occupée par une petite chapelle, une autre par une infirmerie. Cette construction existante en 1867, abritait des anciennes écuries (photo) d’une centaine de compartiments. De là, on ne peut apercevoir sur l’autre façade la cour intérieure de 27 sur 15 mètres. Chevaux, mulets et ânes étaient nombreux sur cette exploitation au début de l’industrialisation bourbonnaise où les productions étaient transportées par des charrettes et des animaux de trait. A gauche, un bâtiment précédé d’une terrasse avec des colonnes de pierres taillées est occupé par une troupe de théâtre. Ce « Dépôt de rhum » n’en n’a jamais été un. Autrefois divisé en plusieurs salles, il comportait une mezzanine et servait de bureau, de magasin pour le sucre ou les vivres ou encore de chambre pour le gardien. Les pierres des murs en moellons sont apparentes. Le pan arrière de l’usine arbore trois grosses cuves à mélasse sur lesquelles les robinets qui servaient à remplir les camions citernes, sont encore visibles.
Contournant les hauts bâtiments par l’Est, laissant derrière soi les écuries, on se trouve face à une vieille bâtisse abritant l’ancienne distillerie. On imagine que l’espace qui le précède devait être pavé. En avançant encore un peu vers le Nord, un chemin poussiéreux entouré de savane et de chocas bleus (photo), mène à quelques maisons de personnels précédées de « baros » aux gros murs blanchis. Ici ou là un cabri passe tremblant sur ses pattes frêles. Là, à gauche, au pied de la cheminée, se trouve la plateforme de réception des cannes à sucre sur laquelle deux vieux grappins rouillés, encore retenus par des câbles, rappellent le bruit assourdissant des machines et l’odeur des cannes broyées. Les souvenirs estompés du promeneur le ramènent à une époque lointaine. Face à la mer vers la RN1, l’allée menant à la longue façade Sud (58 m) a disparu. Quelques flamboyants effeuillés attendent l’été pour fleurir de nouveau. Un atelier de réparation de machines, érigé au XXe siècle se dresse sur la droite.
Lorsqu’on se met dos à la mer, une vision apocalyptique vous apparait. Une immense structure de maçonnerie et de métal (photo) se dresse. L’usine de Pierrefonds dans toute sa splendeur passée se jette à votre visage. Cette majesté architecturale, témoin d’un passé révolu est impressionnante. Les murs initiaux, ont été rehaussés en 1930. Les nombreuses fenêtres arrondies ou rectangulaires du niveau supérieur permettaient un éclairage et une aération plus adéquate. Les vestiges des larges fenêtres béantes, autrefois vitrées et ornées de rosaces de bois, sont percées à faible distance les unes des autres. Cette présentation rectangulaire à petits carreaux n'est pas sans rappeler des constructions industrielles européennes de la même époque. Les portes ont été murées pour cause de présence d’amiante mais les parois s’effritent et l’accès aux curieux et aux pillards, est malgré tout possible. Il faut noter le crépissage à la chaux de couleur ocre qui recouvre les angles des bâtiments et le contour des fenêtres et que l’on retrouve dans certaines constructions de l’époque comme au Lazaret de la Grande Chaloupe.
Sur cette grande cour Sud, où se trouvait l’abreuvoir, sont maintenant installées les balances. A sa gauche, se dressent la cheminée et les grappins. A sa droite la maison de maître détruite par un incendie puis reconstruite, est devenue celle du directeur. Un long escalier en pierres de taille permet l’accès de la maison surélevée. "Cette maison abrite désormais le Pays d'art et d'histoire les Portes du Sud". Le baro (photo) d'origine en fer forgé a résisté au temps et à la rouille. D’autres dépendances, parcs à bœufs et bureaux étaient disséminés sur le domaine.
Devenue propriété du Crédit Foncier Colonial en 1880, Pierrefonds ne fonctionne plus. Mais en 1907, lorsque l’usine du Gol est en panne, elle reprend ses activités et en 1914 Léonus Bénard s’en porte acquéreur. En 1939, il devient l’unique et dernier propriétaire de Pierrefonds. La concentration des unités de production de sucre pousse Maxime Peyret-Forcade, le dernier directeur, à organiser sa fermeture en 1970, la fabrication sucrière se déplace alors vers l’usine du Gol.
Propriété de la commune de Saint-Pierre, l’ensemble des bâtiments de l’usine et les 5 ha qu’ils occupent sont inscrits depuis 1998 au rang de monuments historiques. Le site s’oriente vers une réhabilitation culturelle. Il est possible de visiter cet endroit magique, notamment pendant les journées du patrimoine. Sources : -Le Patrimoine Des Communes De La Réunion-Auteur:Collectif - Editeur : Flohic-2000 -Petite histoire de l’architecture réunionnaise - Bernard Leveneur- Editions 4 épices -Olivier Brabant, architecte chargé de la réhabilitation du bâtiment « Dépôt de Rhum » et Bertrand Suzanne.Visite de Pierrefonds 2004. -Maison Gorce - Pierrefonds Saint-Pierre -le Pays d'art et d'histoire les Portes du Sud. Samedi 17 Octobre 2009 - 08:00
Sabine Thirel
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