Société

Photographes professionnels et amateurs : Une dynamique locale, et une guerre aussi...

Aujourd'hui, la photographie est omniprésente dans notre quotidien. Dans nos téléphones, nos ordinateurs, nos appareils photos. La photo n'a jamais été aussi populaire. Pourtant, les professionnels ont de plus en plus de mal à en vivre. Ils subissent la crise et, parfois, la concurrence des amateurs. Pour en parler, nous avons rencontré Jean Noël Enilorac et Ronan Lechat, deux photographes à la Réunion. L'un est pro, l'autre amateur. Portrait croisé.


Photographes professionnels et amateurs : Une dynamique locale, et une guerre aussi...

"Il est de plus en plus difficile de vivre de la photo". Jean-Noël Enilorac, photographe depuis 20 ans, formé aux Beaux-Arts, n'y va pas par quatre chemins pour évoquer son métier qu'il considère "en voie de disparition". "On s'est pris de plein fouet l'arrivée du numérique", résume-t-il. Mais lui n'est pas nostalgique : "Il faut vivre avec son temps, prendre le train du numérique. Aujourd'hui, tout le monde fait de la photo. Il y a de moins en moins de photographes pros et de plus en plus de non photographes. A la Réunion comme ailleurs". 

 

Jean-Noël Enilorac connaît quatre ou cinq photographes professionnels qui ont raccroché ces dernières années, "ils étaient usés". Un phénomène qui n'existait pas il y a dix ans, pendant "l'âge d'or du photographe professionnel". 

 

Il y a dix ans débarquaient les premiers réflexes numériques grand public, des appareils autrefois réservés aux professionnels et à quelques mordus de la photo. Aujourd'hui, de nombreux amateurs vendent leurs photos. Et s'attirent parfois les foudres des pros, qui les accusent de casser le marché. Une concurrence amplifiée par la crise qui touche la profession : en période de restriction budgétaire, la photo n'est plus une priorité. 

BTP la semaine, photographe le week-end

 

Ronan Lechat fait partie de ces férus de l'image qui se professionnalisent.  La semaine, il travaille à plein temps dans le secteur du bâtiment. Le week-end, il "shoote". Depuis un peu plus de deux ans, il est auto-entrepreneur et vend ses photos. Ce statut ne fait pas de lui un pro mais plus non plus un débutant. "C'est un statut batard", résume-t-il. Autotdidacte, il a appris sur Internet, dans les livres et grâce aux conseils des autres. Mais surtout sur le tas. 

 

Il s'est fait connaître grâce à Facebook. "J'ai acquis plus de 4.000 contacts en trois ans", sourit-il. Pendant deux ans, il a donné ses photos gratuitement, une pratique qui a entraîné quelques accrochages avec les pros. "On sent parfois de la tension quand on est dans les mêmes évènements côte à côte. On sait qui est qui... J'ai reçu pas mal de coup de coudes", assure Ronan Lechat. 

 

Quelques fois, certains lui disent : "Des photographes comme toi, il y en a 50.000. Arrête de donner tes photos... Tant que tu ne les vendras pas, tu seras considéré comme un photographe de merde". 

Après avoir investi dans du matériel et un studio, il décide alors de passer de l'autre côté de la barrière. "C'est très dur de passer du gratuit au payant. Le plus dur, c'est quand tu annonces que tu vends tes photos à ceux à qui tu avais l'habitude de les donner", explique-t-il. Certains jouent le jeu, d'autres pas. Mais peu à peu, il décroche des commandes, des "marchés" dans le jargon du photographe.


"La photo de la semaine", expo hebdomadaire à Saint-Denis (Cette semaine là, J-N Enilorac)
"La photo de la semaine", expo hebdomadaire à Saint-Denis (Cette semaine là, J-N Enilorac)

La vidéo, l'avenir des photographes ? 

 

Pour Jean-Noël Enilorac, "les gens qui exercent déjà un métier sont probablement les plus dangereux pour la profession. Il pratiquent des tarifs cassés. Cela fausse la concurrence. Parfois, j'ai envie de leur dire... Tu penses être photographe ? Alors paies tes factures avec tes photos !"

 

Une critique que Ronan Lechat accepte : "Je les comprends, leurs arguments sont bons. C'est pareil dans le bâtiment. On est dégoûtés quand une entreprise casse les prix". 


"Internet et les banques d'images ont fait du mal à la photo", assure de son côté Jean-Noël Enilorac. Il constate également que les institutions et les décideurs sont plus frileux, moins demandeurs. Et déplore que la Réunion, "un super spot, un pur plaisir photographique, n'ait pas de circuit de diffusion". 

 

Lui arrive à vivre de ses photos, malgré la crise et la concurrence. Il a "morcelé" son activité, afin de ne pas se retrouver dans le rouge s'il perd un marché. Il voit également d'un bon oeil l'arrivée d'appareils photos avec une qualité de vidéo époustouflante, qui pourraient bien remplacer peu à peu les caméras. "Il est en train d'arriver à la vidéo ce qui nous est arrivés il y a dix ans", prédit-il. 

 

Quant à Ronan Lechat, ce passionné de l'Inde conserve le doux rêve de devenir un vrai pro un jour. Mais ne peut pas se permettre d'abandonner son premier métier, le BTP : "Si je ne fais que de la photo, je crève".

Mardi 7 Août 2012 - 17:47
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1.Posté par photographe le 07/08/2012 18:49
n'importe qui peut être photographe aujourd'hui:

2.Posté par @Parlons en des phtotographes le 07/08/2012 19:41
Quand tu achètes une photo chère tres chère tu peux rien en faire ... il faut mettre le nom du photographe, payer si tu souhaite le réutiliser après ...

Moralité tu investies d'un un tres bon appareil , un super objectif quelques accessoire tu te formes pour le post traitement et à la photo elle meme et aux moins t'es plus ennuyes ... voila pourqoui votre metier se meurt ... imaginez que vous acheter une voiture et qu'on vous demande de payer a chque fois que vous l'utiliser ...

A oui et surtout ils sont (pour bcp) juste insupportable d'auto suffisance comme ci le fait de posséder un appareil le donner un status de demi dieu ... Des photographes doué il y en a peu à la réunion , des marketeurs deja un peu plus ... c'est dommage parceque certain dont les deux de l'article font vraiment un bon boulot ... Et oui apres Kodak c'est le photographe pro qui disparait au profit du photographe tout court bien plus sympa et passionné

A bon entendeur ...

3.Posté par nrj le 08/08/2012 07:03
On préfère prendre les photos sur internet sans se déplacer à l'étranger ... ça coûte moins cher !

4.Posté par comique le 08/08/2012 11:07
@post 2
c'est vrai mais déjà débourse la thune pour le matos ça calme direct, et puis la photographie d'un amateur et pro (en expérience je parle) y'a pas photos tiens !
Se former pour le post-traitement ? même pas, les logiciels sont de plus en plus assistés.
Ceux qui se prennent pour des demi-dieu oui ils en manquent pas ici malheureusement mais comme partout.

5.Posté par Fraysse Sébastien le 08/08/2012 20:18
Ah enfin un article réaliste et objectif sur le métier de photographe, merci Jean Noël et Ronan aussi pour assumer.
Il faut savoir faire la différence entre le savoir-faire d'un artisan photographe et un amateur passionné. La différence est là...le prix bien sur car il faut payer ses charges, mais la qualité surtout à un prix. Le numérique à banaliser la photo et n'importe quel amateur peut prétendre au titre de photographe et arrondir ses fin de mois. Là ou Jean Noël à raison de pousser son coup de gueule, c'est le nbre de travailleur marrons qui sont vendeurs la semaine et Photographes le week-end pour mariages et autres, concurrence et tarifs déloyales pour de l'argent de poche au black. Alors pour être solidaire il faudrait un peu plus de cohésion entre les photographes, Le GNPP (Groupement National de la Photographie), le principal regroupement national compte ici à la Réunion seulement une vingtaine de membres, alors que le nbre de photographes déclarés est de env 200, l'union fait la force et là c'est pas le cas. Amis amateurs et Pro bonnes photos car:
b[
la mémoire ne filme pas, la mémoire photographie.
]b

6.Posté par photographe amateur le 08/08/2012 22:01
amusant de lire les vieux clichés(sans jeux de mot lol) dans les tentatives pour expliquer la difference entre "amateur" et "pro". La realité est differente:

aujourd'hui n'importe qui peut faire un bon cliché: il suffit d'appuyer sur le bouton, la technologie fait le reste. Ce qui différencie aujourd'hui un pro d'un amateur éclairé c'est 2 choses:

1- (principalement) le réseau de relation pour pouvoir vendre, diffuser
2- la possibilité d'etre au bon moment à l'endroit ou il faut, chose qui n'est pas toujours possible pour l'amateur non accrédité

apres le reste, sur le délire artistique, c'est du blabla. C'est qu'on appelle pompeusement la "postproduction" c'est pas de la photo. De l'infographie, de la retouche, mais pas de la photo.

7.Posté par Gvar le 09/08/2012 08:59
C'est triste pour la profession mais c'est comme ça.
Peut-on devenir médecin "sur le tas" ? Mécanicien ? Pilote d'avion ? Réponse : NON.
Par contre avec un investissement maîtrisé, beaucoup de travail, internet, et un peu de jugeote, on peut aspirer à devenir photographe "pro", et ça beaucoup d'actuels pros ont encore trop de mauvaise foi pour se l'avouer...
Loin de moi l'idée de penser que le travail de n'importe qui vaut celui d'un pro. J'ai eu maintes fois l'occasion de voir des jeunots apposer "Blabla, Photographe" en bas de leurs photos, à peine quelques semaines après s'être offert leur 1er réflex. Nombreux sont les photographes du dimanche que j'ai vu choper un melon gros comme ça, croyant que le matériel fait le photographe.
Cependant, devenir pro c'est possible aujourd'hui, et ça sans avoir fait les beaux arts ou autre établissement du même genre qui en général aime se regarder le nombril en s'auto-félicitant. Et ça ça finit par se savoir...

8.Posté par Hervé Douris le 09/08/2012 14:14
Dans les années 1920 l'invention du Leica a révolutionné la pratique photo ; en gros on passait de la chambre grand format obligatoirement sur pied au boitier compact utilisable à main levée ; quelle gifle pour les hommes habitués à leur studio. Mais pour autant la profession n'a pas disparu, seulement de nouveaux domaînes d'application sont apparus. Nous revivons une telle mutation et pour un vieux pro c'est difficile de se maintenir à flot étant donné la vitesse d'évolution du matériel, de la technique et des pratiques. Néanmoins au delà de la technique pure ce seront toujours l'œîl, la personnalité, le message qui feront la différence entre l'amateur intéréssé par un fantasme qu'il croit rémunérateur et l'authentique photographe. En effet la photo n'est pas un métier où l'on s'enrichit, contrairement à ce que croit le public enivré par la « people-isation » dûe aux médias à sensation.
Est-ce qu'un achetant un Traitement de texte on devient écrivain ?

9.Posté par Euh faut peut etre pas oublier l'essentiel ... le 11/08/2012 11:08
C'est quoi une belle photos ???? le fait qu'elle soit faite par un photographe pro !!! quand on lit certain com ce serait cela .... NON NON NON et NON

La seule différence entre le pro et l'amateur c'est tout simplement de se faire payer C' EST TOUT ...

Tout le reste c'est du bla bla si la compétence se généralise c'st que le savoir faire (et le materiel) se démocratise et donc le coté professionnel se meurt , c'est triste peut etre mais c'est juste une question de temps... d'autres metiers ont disparu avant , d'autre disparaitront apres

10.Posté par confrere le 12/08/2012 17:57
d'accord avec le post9. Dans le Jir d'aujourd'hui une photo publiée sur l'article historique du cap Lahoussaye interpelle sur le "professionnalisme":

non seulement le capteur n'est pas nettoyé des poussières, mais le "professionnel" n'a même pas pris la peine de nettoyer avec son logiciel. On lui souhaite d’être quand même payé au juste prix. Au passage on remarque que le JIr n'a pas d'infographiste....

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