Faits-divers

Oxygénothérapie: Des professionnels dénoncent des normes sanitaires non respectées

Tentative de débauchage d'employés accompagnée d'extorsion de fiches patients, manquement à la pratique de transvasement de produits médicaux: ce sont les méthodes dénoncées par des professionnels de l'oxygénothérapie à l'encontre d'un nouveau venu. Ce dernier se défend.


Les photos d'huissier sont sans concession : l'opération de transvasement de l'oxygène est faite en marron sur un terrain vague
Les photos d'huissier sont sans concession : l'opération de transvasement de l'oxygène est faite en marron sur un terrain vague
Créée début 2011, la société Isis Réunion est montrée du doigt par certains professionnels de l'oxygénothérapie. D'après les informations que nous avons pu obtenir, cette société use de pratiques sanitaires illicites complétées par des tentatives de débauchages d'employés de sociétés installées depuis quelques années dans le même secteur. Pour information, le milieu est concurrentiel, six entreprises sont recensées, tout le monde s'observe mais jusque-là les pratiques des sociétés de la place n'avaient jamais donné lieu à un tel constat. Pour comprendre les agissements supposés d'Isis Réunion, une explication sur la chaîne de distribution de l'oxygène liquide est nécessaire.

Très encadrée, l'oxygénothérapie est destinée aux patients en insuffisance respiratoire. En l'occurrence, l'oxygénothérapie liquide s'adresse à des patients de 7 (exemple : enfant atteint de mucoviscidose) à 77 ans.

Un cahier des charges scrupuleux pas respecté?

L'oxygénothérapie liquide consiste à ravitailler en oxygène liquide "à usage médical" et à leur domicile des particuliers dont la dépendance est totale à cette aide respiratoire. Chez lui, le patient possède donc une réserve d'O2 qui l'aide à mieux respirer. Mais tout le travail en amont de maniement de l'oxygène liquide jusqu'à sa livraison chez le patient doit respecter un cahier des charges scrupuleux.

Techniquement, le précieux chargement arrive d'un camion citerne spécial pour être transvasé dans une cuve de stockage aux normes bien précises, sorte de silo dans lequel l'oxygène liquide est entreposé en attendant d'être livré à domicile. Si cette procédure est en principe la norme, Isis Réunion ne l'applique pas, selon des concurrents qui s'estiment lésés.

"Leurs techniciens qui manipulent l'oxygène liquide n'ont pas les tenues sécuritaires comme il le faudrait, le passage du liquide au silo de stockage n'a pas eu lieu alors qu'il est obligatoire (voir les photos prises par un huissier). C'est comme si pour faire le plein d'essence de votre véhicule vous vous serviez directement au camion-citerne. Il faut que l'ARS fasse son boulot !", dénoncent des professionnels du secteur. Un boulot de contrôle mais aussi de traçabilité des lots d'oxygène. Pour compléter cette aseptisation de l'opération de maniement de l'oxygène, tout professionnel doit avoir un bâtiment agréé mais aussi se soumettre à un cahier des charges imparable intitulé B.P.D.O: "les bonnes pratiques de dispensation d'oxygène (à domicile)".

Sur ce premier volet de critiques, le gérant de la société Isis donne sa lecture des événements. "Notre confrère prestataire gazier a effectivement effectué ses transvasements sur un terrain vague, mais cela n'a duré que deux semaines. J'étais d'ailleurs absent à ce moment-là. C'est vrai que ça ne collait pas aux normes. La société qui nous distribue l'oxygène a rapidement trouvé un autre site répondant aux exigences à Saint-Louis", se défend Vincent David.

"La société Isis avait tenté de débaucher nos employés"

Le second volet des méthodes employées par Isis Réunion et montré du doigt par la concurrence concerne l'aspect commercial. "Fin 2011, nous avons commencé à avoir un retour de nos employés fidèles", expliquent les gérants de sociétés d'oxygénothérapie qui se disent lésées. "C'est en discutant avec eux que l'on a compris que la société Isis avait tenté de débaucher nos employés". Des employés aux compétences recherchées puisque le secteur est très ciblé. Plus grave, si les faits sont avérés, les employés débauchés doivent venir dans leur nouvelle société en ramenant 50 patients du carnet d'adresses de leur ancien employeur.

L'oxygène liquide doit se manipuler avec précaution. En voici le contre-exemple
L'oxygène liquide doit se manipuler avec précaution. En voici le contre-exemple
"Deux de nos employés sont effectivement partis à la concurrence en nous faisant croire au début qu'ils ouvraient leur propre affaire dans la restauration. Finalement, c'est bien chez Isis qu'ils partiront. Ma société est en péril. Deux de mes quatre techniciens sont passés chez ce concurrent", explique un gérant.

"En plus, avec les bons rapports qu'ils entretenaient avec nos patients, ils n'ont pas hésité à jouer la carte de la proximité et de la confiance. Il y a certains de nos patients à qui ils ont proposé de signer un contrat disant qu'ils voulaient désormais être fournis par Isis. Devant des visages qui leur étaient familiers, certains ont signé tandis que d'autres ont demandé, sagement, un délai de réflexion, avant de nous demander des explications sur le devenir de nos sociétés. Tous croyaient qu'Isis nous avait demandé l'autorisation pour qu'un transfert de fichiers patients se fasse. Evidemment, nous n'avons jamais cessé notre activité mais celle-ci est menacée par ces pratiques déloyales", poursuit-il. Le démarchage à domicile pour une activité médicale est de toute façon proscrit, insiste les professionnels.

Face à cette deuxième salve d'attaques, Vincent David (Isis) sort les griffes. "Leur société va très mal et va fermer dans deux mois. Ils m'ont même demandé il y a quelque temps si je voulais embaucher du monde. Je leur ai répondu que "oui" car mon activité est en hausse. Les trois employés qui sont venus chez nous : je ne leur ai pas mis le couteau sous la gorge. Ils sont venus chez nous car ils ont bien vu qu'ils travaillaient avec du matériel obsolète dans leur ancien emploi. Concernant les patients : il faut dire que le patient a le libre choix de son prestataire. Je n'ai pas exigé que leurs patients viennent chez nous". Au total, le gérant d'Isis concède la venue de seulement trois ou quatre patients. Pas plus.

Encore plus offensif, il explique le contexte du milieu de l'oxygénothérapie. "On est arrivé il y a un an et demi à la Réunion. Nous, on a fait notre boulot. On est allé voir les médecins. Le problème c'est que ça ne plaît pas à ces gens-là qui ne s'étaient jamais remis en cause jusqu'à notre arrivée. On dérange beaucoup. D'ailleurs, je suis en train de préparer un dossier pour me pourvoir en justice car ils sont en train de faire de la diffamation".

ISIS France a déjà fait parler de lui

Devant toutes ces charges, les professionnels du secteur viennent verser au dossier des constats d'huissier quant aux transvasements "camion citerne"/"réservoir patient" effectués en dehors de toute sécurité et tout agrément, photos à l'appui.

Autre élément qui ne plaide pas en faveur d'Isis Réunion, qui est une agence d'ISIS France : "ISIS France a été viré du syndicat des prestataires de santé il y a quelques années mais au niveau national", explique un professionnel du secteur. "Ça me donne l'impression qu'ils sont venus exercer à la Réunion en pensant qu'ils allaient y trouver une république bananière, sans contrôle, ajoute un autre gérant excédé. Sur un plan éthique et moral, c'est aussi zéro ! La majorité de nos patients sont des personnes de plus de 50 ans fatiguées et malades".

La suite de l'offensive des professionnels lésés sera donc médiatique et judiciaire. Un dossier complet avec éléments à charges a été transmis au tribunal. Objectif de la manœuvre à court terme : obtenir un référé suspension pour arrêter la casse. Suivra, dans la configuration la plus favorable pour ces derniers, une réelle décision judiciaire sur les pratiques de cette société, mais cette fois-ci sur le fond.

Dossier contre dossier, arguments contre arguments : la suite de cette concurrence exacerbée est bien partie pour se dénouer devant les tribunaux.
Mercredi 21 Mars 2012 - 16:45
ludovic.grondin@zinfos974.com
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1.Posté par noe le 21/03/2012 17:10
Accusations graves , il y va de la vie des gens !!!

2.Posté par Scuba le 21/03/2012 17:25
Pendant des années j'ai plongé en faisant mes paliers avec de l’oxygène industriel au lieu de l'oxygene medical.

A la place du joint special qui coutait 10 francs et rouillait entre 2 plongée hebdomadaire, j'utilisais un détendeur a air (sans graisse) avec sortie din, et je faisais mes joints en decoupant des morceau de chambre à air.

Pareil pour la bouteille d'oxygene medical que la soar tiquait a prendre en gonflage alors que j'avais payé plein pot pour une peinture antirouille qualité "marine": je louais une bouteille de 4 m3 que je rendais completement rouillée au bout de qq mois. ils tiquaient un peu, mais se posait pas de question et tout le monde etait content.

3.Posté par Monopole le 21/03/2012 17:47
La SOAR a été pendant de nombreuse années en situation de monopole pour tous les gaz commercialisés. Ils ont pratiqué des prix abusifs.
Normal qu'ils ne voient pas d'un bon oeil s'installer la concurence

4.Posté par Arrete un peu le 22/03/2012 10:11
Noe ou voit si toute oute bonne commentaire pierrot té fait paye aou ? bougue la n'oré était riche aujourd'hui ....

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