Blog de Pierrot

Nassimah va t'elle se coucher devant Simonetti ?

Samedi 2 Août 2008 - 15:34

L'article de Jacky Ferrère dans le JIR d'hier sur l'"ultimatum de Simonetti à Nassimah Dindar", selon lequel elle a jusqu'à fin septembre pour recomposer sa majorité au conseil général autour des élus de Droite et du PCR en excluant les conseillers généraux socialistes, vient confirmer des infos qui circulaient depuis quelques jours dans le milieu UMP de la Réunion.

Je suis assez sceptique sur le fait que Nassimah accepte de céder, mais avant d'en arriver là, faisons le tour des forces en présence.

Jean Simonetti ne pouvait imaginer, en acceptant la tâche de remettre de l'ordre dans l'UMP locale, dans quel "nid guêpes" il mettait les pieds.

L'UMP est partagée en clans, souvent bâties autour de maires de grosses communes, voire de parlementaires, qui sont la plupart du temps en guerre les uns contre les autres, et qui ne signent des armistices provisoires que le temps de faire la peau à celui (ou celle) de l'UMP d'en face.

Aujourd'hui, l'UMP Réunion est partagée en deux groupes : le plus important autour de Didier Robert, qui reste sur une ligne pure et dure de non compromission avec la Gauche, et l'autre autour de Nassimah Dindar qui, pour sauver son siège de présidente du Conseil général (et les pouvoirs et indemnités qui vont avec...) s'est alliée avec le PCR et le PS au Département.

Dit, comme ça, les choses ne sont déjà pas simples.

Mais rajoutez y que le groupe de Didier Robert comprend la quasi totalité des maires de Droite de la Réunion, dont on connaît le poids (et les moyens des mairies) dans chaque élection, et que la prochaine échéance d'importance sera les sénatoriales, où les maires sont incontournables. Vous avez compris qu'il est impossible de se séparer d'eux!

Rajoutez, pour compliquer encore la tâche, qu'il faut aussi ménager les parlementaires dont on a vu, à l'occasion de la révision de la Constitution, que chaque voix compte. Sur les quatre parlementaires de Droite de l'ile, seul Jean-Paul Virapoullé soutient Nassimah Dindar. Je vous entend déjà vous dire, dans vos petites têtes : "Mais que pèsent encore des René-Paul Victoria et des Jean-Paul Virapoullé, battus aux dernières élections, et une Anne-Marie Payet, dont on sait qu'elle ne représente qu'elle même et une partie de sa famille...?" Vous avez raison, mais c'est compter sans la vision parisienne des états-majors. Pour Paris, il n'y a que deux élections qui comptent vraiment : d'abord et avant tout les présidentielles, et dans une moindre mesure les législatives. Donc, pour eux, un député (battu ou non...) reste l'interlocuteur privilégié. D'où les sourires et les salamalecs faits à René-Paul Victoria, même si chacun à Paris est conscient qu'il appartient au passé.

Autre élément à prendre en compte, le "clan Didier Robert" compte beaucoup de Chiraquiens qui ne sont devenus Sarkozistes que lorsque tout était joué. Alors que Nassimah et Ibrahim Dindar ont su, fort opportunément, "prendre la roue" de Jean-Jacques Morel quand celui-ci s'est, le premier, engagé en faveur du futur Président de la République. On n'en a pas conscience à la Réunion, mais la guerre Sarkozistes/Chiraquiens continue à Paris, même si on en parle peu, et ça doit faire mal au ventre des apparatchiks de l'UMP de soutenir d'anciens Chiraquiens contre des Sarkozistes de la première (ou deuxième...) heure!

Enfin, il semble que Nicolas Sarkozy en soit un peu revenu de Nassimah Dindar. D'abord parce qu'il est conscient que Didier Robert est l'avenir de la Droite à la Réunion (c'est un jeune député intelligent qui peut en outre s'appuyer sur le bastion du Tampon), alors que Nassimah ne peut compter que sur son canton, dont tout le monde sait qu'il est acquis à la Droite. Elle ou un autre, ça aurait été pareil...

Mais surtout, il semblerait qu'on commence à prendre conscience de sa vraie personnalité. Yves Jego n'a apparemment pas encore digéré qu'elle ait pu affirmer que c'était à sa demande qu'elle avait trahi son camp et il m'est revenu que, récemment, au cours d'une réunion avec des élus du Sud consacrée à l'incinérateur, Yves Jego n'a pas hésité à la traiter de "menteuse" en public. On connait le franc-parler du Secrétaire d'État à l'Outre-Mer. Ça ne m'étonne donc pas de lui, et ça prouverait qu'elle commencerait à indisposer en haut lieu!

Face à tout celà, il nous faut donc saluer le courage d'un Jean Simonetti à qui on a confié la tâche de mettre de l'ordre dans tout celà, et de trouver une solution qui fasse le moins de casse possible.

Pour y arriver, le nouveau chargé de mission part de quelques constats simples :

1) D'abord, les militants, dans leur grande majorité (il a pu s'en rendre compte lors de ses réunions sur le terrain) sont contre l'alliance "manger cochon" avec le PS et le PCR au Conseil général. Or, Nicolas Sarkozy a promis de redonner le pouvoir aux militants. Difficile de faire comme si on ne les entendait pas.

2) Vient ensuite l'exigence de l'état-major de l'UMP qui souhaite exclure le PS de la majorité du Conseil général. On peut le comprendre, sachant que la Droite est normalement majoritaire à elle seule.

L'étonnement peut venir du fait que Paris exige le départ du PS, mais ne pose pas la même exigence pour le PCR. En fait, il n'y a rien d'étonnant là dedans. Je vous l'ai dit tout à l'heure, seules les élections présidentielles et législatives comptent pour la direction nationale. Le PCR, en premier lieu, n'étant pas un parti national, n'est donc pas dangereux pour Paris.

Ensuite, l'UMP et avant lui le RPR ont toujours gardé le contact avec lui discrètement, et Paul Vergès a toujours su négocier avec les gouvernements de Droite au mieux de ses intérêts et de ceux de son clan. Et parfois de ceux de la Réunion. Le soutien étonnant d'un Paul Vergès à Marie-Georges Buffet aux dernières élections présidentielles, une candidate qui n'avait aucune chance d'être élue, n'a bien sûr rien à voir avec la protection dont bénéficient la famille Vergès dans différents dossiers et les centaines de millions d'euros généreusement versés sur la Réunion pour les projets du tram-train, de la route du Littoral, de la route des Tamarins, de la Maison des Civilisations, etc..., si chers au président Vergès pour les raisons que je vous laisse deviner.

Pour Paris donc, le PCR n'est pas (plus?) dangereux, à la différence d'un PS qui mène la vie dure au Président de la République au niveau national. Pas sûr que les Réunionnais soient bien d'accord avec cette vision, mais on ne leur demande pas leur avis. Et ne comptez pas sur les élus de Droite de la Réunion pour protester : ils sont prêts à avaler des couleuvres bien plus grosses pour récupérer la majorité au Département, et les avantages qui y sont liés...

Jean Simonetti a donc demandé aux élus de l'opposition de créer un groupe "UMP" au Département, et Nassimah a jusqu'à fin septembre pour y adhérer. Dans le cas contraire, elle risque l'exclusion.

Va t'elle le faire? Encore une fois, pesons le pour et le contre.

Pour : 1) Elle reste dans les "petits papiers" du Président de la République
2) Elle se positionne royalement pour les prochaines sénatoriales
3) L'alliance avec le PCR ne devrait pas trop la déranger, elle qui a toujours été la "chouchou" de Paul Vergès.

Contre : 1) Elle n'a aucune garantie que sa nouvelle majorité ne lui mène pas une vie plus dure que ce qu'elle vit aujourd'hui en compagnie du PS et du PCR
2) Elle donnerait l'impression de s'être "allongée" devant Paris, ce qui n'est jamais bien perçu par les Réunionnais.
3) Enfin, et ce n'est pas le moins important, on sait que Nassimah s'est à nouveau rapprochée d'Ibrahim Dindar. Or, apparemment, Gino et Ibrahim ne font pas partie des plans de l'UMP au Département. Ibrahim, dont on connait l'influence sur Nassimah, perdrait donc son poste de vice-président, et les indemnités et avantages qui y sont liés. Pas sûr qu'il apprécie...

Alors? Que va faire Nassimah? Personnellement, pour toutes les raisons que je viens d'évoquer, je ne la vois pas céder à l'"ultimatum" de Jean Simonetti. Par contre, elle peut parfaitement soit se mettre d'elle même pour un temps en congé du parti, soit accepter d'en être exclue pour un certain temps, avant de tenter d'y revenir quelques mois avant les sénatoriales...

Nous verrons bien si je me trompe....
Pierrot Dupuy
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