Société

Michel Latchoumanin préfère parler de "littératie" plutôt que d'"illettrisme"

Selon Michel Latchoumanin, directeur du Circi, (Centre interdisciplinaire de Recherche sur la construction identitaire), il faut revoir le vocabulaire employé pour parler de ceux qui ne savent pas écrire ni lire, et préférer le terme de littératie, qui invite à l'apprentissage, plutôt qu'illettrisme, qui stigmatise et place en situation d'exclusion.


L'intervention de Michel Latchoumanin, directeur du Circi, (Centre interdisciplinaire de Recherche sur la construction identitaire) hier soir lors d'une conférence à l'ancien Hôtel de ville de Saint-Denis, apporte une autre approche de ce qui est communément appelé "l'illettrisme"... Il était accompagné de Serge Payet, qui collabore à ses travaux, et Ericka Bareigts, qui a ouvert la séance en évoquant "la situation humainement inacceptable", liée au nombre d'illettrés à La Réunion en 2010.

Taux d'illettrisme stable depuis 20 ans

Serge Payet a fait référence au rapport rendu par Jean-Marie Marx, directeur général d'Agefaforia (OPCA des industries agro-alimentaires pour la formation), concernant le nombre d'illettrés en France, évalué à 3.100.000, dont seul 180.000 ont bénéficié des ateliers pédagogiques permanents. Ces ateliers ont touché 1.400 personnes à La Réunion, sur 100.000 illettrés recensés par l'Insee en 2007, soit environ 22% de la population. "Un taux qui n'a pas varié depuis 20 ans, c'est ce qui est inquiétant", ajoute Michel Latchoumanin.

La "récence" du système éducatif est une fausse cause

Selon le rapport, en métropole, "57% des illettrés travaillent, pour la plupart dans le secteur agro-alimentaire, et 11% sont au chômage". A La Réunion, l'enquête de l'Insee, qui a porté sur 513.000 Réunionnais, recensent 7.000 personnes qui n'auraient jamais fréquenté l'école. "Il faut arrêter de faire la confusion entre les relations statistiques et les relations de causalités", indique Michel Latchoumanin après que son homologue ait rappelé ces chiffres, qui démontrent selon lui que la faute n'est pas simplement due au système éducatif. Certes, c'est "politiquement correct" de remettre en cause le système éducatif, prétextant "sa récence", alors que le système scolaire est présent sur l'île depuis bien longtemps.
"L"illettrisme existe depuis le début de l'écriture", insiste-t-il. "Ce n'est pas l'absence du système scolaire qui explique l'illettrisme de nos anciens, mais le fait qu'ils ont dû quitter tôt l'école pour aider leurs parents aux pâturages".

"Littératie", c'est mieux qu'"illettrisme"

Michel Latchoumanin, qui est également docteur en psychologie, indique ne pas hésiter à faire dans "la provocation", lorsqu'il le juge nécessaire. A l'heure où "l'illettrisme" est de plus en plus considéré comme "un handicap" pour s'insérer dans la société, il est important selon lui de revoir la considération que la société porte sur cette catégorie de personnes, qui sont parfois appelées "des autistes sociaux", et revoir le vocabulaire employé à leur égard. "Le terme d'illettrisme, comme celui d'analphabétisation, est connoté négativement" et contribue à la "marginalisation et entretient l'exclusion". Selon le chercheur, il vaut mieux employer le terme de littératie (ndlr : de l'anglais literacy), qui signifie "l'accompagnement de l'individu vers le savoir qu'il juge nécessaire d'acquérir pour réaliser son projet".

Écriture et reconnaissance identitaire

Cette reconsidération signifiée à travers l'emploi d'un terme moins péjoratif serait importante dans la "construction identitaire de l'individu". Michel Latcoumanin reprend un exemple cité par Serge Payet : Un couple qui ne se sentait plus stigmatisé au moment de retirer de l'argent à la banque après avoir appris à écrire leur nom et à signer, au lieu d'imposer l'emprunte du pouce sur une feuille. "La personne est amenée à l'existence sur le plan identitaire par le simple fait de pouvoir écrire son nom".
Jeudi 29 Avril 2010 - 11:10
Karine Maillot
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1.Posté par Logique le 29/04/2010 11:41

Parfois on a l'impression que le Français évolue à grand pas !

Je veux bien que le terme "illettré" soit remplacé par un autre lorsque la personne n'est pas passive mais est en train de s'en sortir, mais remplacer le terme "illettrisme" pour tout le monde, c'est simplement se mettre à dire le contraire de la réalité.

Un pauvre peut certes être décrit comme "une personne en situation de pauvreté" mais dire qu'un pauvre est un "riche moyennant un accompagnement vers l'obtention de la fortune qu'il juge nécessaire d'acquérir pour réaliser son projet", n'est-ce pas légèrement excessif?

Combien de "pays en voie de développement" se sont réellement développés au cours des dernières décennies?

A force de pratiquer la langue de bois et le politiquement correct on finit par débiter des conneries en ayant l'impression d'être intelligent.

2.Posté par fiuman le 29/04/2010 12:33

cela me rappelle la façon technocratique de désigner un parent d'élève dans l'éducation nationale :

des géniteurs d'apprenant......


dire qu'il y a des gens dans ce ministère payés à longueur d'année pour inventer des expressions nouvelles!

3.Posté par orange mekanik ta mére le 29/04/2010 12:34

on connait ce baratin gaucho, la novlangue...on dit pas femme de ménage mais technicienne de surface, sourd devient malentendant, vieux devient senior, patois donne langue régionale, coco autiste pistoléro devient grand visionnaire, délinquant financier en fuite ça donne maronnage, chômeur devient personne en recherche d'emploi, délinquant devient jeune discriminé....Bla bla bla !

4.Posté par Jesus was a rolling stoned le 29/04/2010 13:21

C'est pas en changeant de terme que l'on va donner envie à ceux qui refusent, d'apprendre le Français (sous la fallacieuse excuse que c'est la langue du Zoreil ou du colonialiste..).
C'est en effet bien plus facile de baragouiner son bon vieux créol et se recentrer sur sa petite personne que de s'ouvrir aux autres sans faire AUCUN EFFORT...

Car le fond du problème est là........"LA MEGA FLEMME PËI" ne cherchez pas plus loin....faire des efforts? pourquoi faire????

5.Posté par mwa la pa dim le 29/04/2010 14:15

Changer de mot pour désigner la même chose est sans effet. C'est tout juste pour se faire mousser, mais ne change rien au problème ni à la situation alarmante de notre département. Surtout que depuis des lustres des sommes considérables (comme dirait notre ami Paul) ont été engagées. Pour qui ses sommes ? pour les intervenants et les salariés, apparemment pas pour pour les illettrés dont le nombre ne va pas en réduction. Bref Monsieur Michel Latchoumanin, tout Docteur qu'il soit n'apporte pas de réponse au problème. Mais cela fait bien dans le monde du paraître auquel appartient pas mal d'universitaires. L'illettrisme n'est qu'un indicateur du niveau de difficultés que notre société rencontre comme le chômage, la délinquance et autre. Tant que ce problème ne sera pas pris par l'ensemble des instances et acteurs de notre société comme un une priorité pour toute la Réunion, alors nous continuerons à avoir de l'argent dans des projets sans résultats convaincants.

6.Posté par Ded le 29/04/2010 16:37

à Fiuman:
et vous oubliez le ballon: le référentiel bondissant!!
Changer le nom , changer le sens , faire croire que...On sait lire , bien , mal, à peu près ...ou pas!
de toute façon , les gens "victimes" de l'illétrisme ne liront pas plus ce néologisme que l'ancien nom.
Cela ne donne toujours pas de réponse à la question "pourquoi un tel pourcentage d'illétrés à la Réunion ?" donc cela ne permettra pas de résoudre le problème.
Mais on en a parlé, on peut se rendormir.

7.Posté par pimanzoizo le 29/04/2010 16:49

à Ded :et vous oubliez le suppositoire:bonbon la fesse ! Et ça n'est meme pas enseigné à la fac.......de pharmacie .

8.Posté par Garou le 29/04/2010 18:57

"Centre interdisciplinaire de recherche sur la construction identitaire"
C'est pas une blague ? Ça existe vraiment ?.. Et ça coûte du pognon ?
Mouarfff ...

9.Posté par outrée le 29/04/2010 19:00

Mr Latchoumanin ne fait que prêcher pour sa paroisse .En un mot , il semble craindre que le master qu'il anime ne disparaisse .Il n'apporte aucune réponse à ce scandaleux échec de notre enseignement . De plus , il parle d'un plan de carrière de cinq ou dix ans pour tous les formateurs . Et après ? mr Latchoumanin prendra sa retraite et ne s'inquiètera pas si ses élèves vivent dans dix ans une situation identique à celle des employés de l'ARAST , car ils n'appartiendront à aucun corps de l'état et si toute lutte s'arrête faute d'argent , que deviendront-ils ?

10.Posté par Choupette le 29/04/2010 19:50

Revoir le vocabulaire ? Qu'est-ce que ça va changer ?
La personne apprendra plus vite à lire et à écrire ?
Toujours à caresser dans le sens du poil...

Voilà un salaire qui devrait être revu à la baisse.

11.Posté par citoyen le 29/04/2010 20:32

"Taux d'illettrisme stable depuis 20 ans"

"Serge Payet a fait référence au rapport rendu par Jean-Marie Marx, directeur général d'Agefaforia (OPCA des industries agro-alimentaires pour la formation), concernant le nombre d'illettrés en France, évalué à 3.100.000..."

1 - Moi, ça me rappelle le chiffre de 110 000 illettrés qu'il y aurait à la Réunion, et j'ai une question bête à poser: d'où vient ce chiffre? Qui a sorti ce chiffre ou plutôt cette estimation à la louche ?

Ce n'est qu'une évaluation: et sur le site de l'Agence nationale de lutte contre l'illétrisme, article datant de 2008 (http://www.anlci.gouv.fr/index.php?id=reunion), il est indiqué que:

"A La Réunion, on estime aujourd’hui entre 100 000 et 120 000 le nombre d’adultes en situation d’illettrisme. Rappelons cependant que ce chiffre est une extrapolation d’une enquête menée en 1996-97 (CARIF-OREF - INSEE ) d’où il ressortait, après des tests en lecture-écriture-calcul, que 23% de la population des plus de 15 ans étaient concernés par ce phénomène."

Autrement dit, on extrapole à partir d'une enquête portant déjà sur un échantillon, à partir de chiffres vieux de 10 ans! Bonjour la précision des chiffres...

Donc en réalité, et comme il n'existe pas de recensement précis et général des illettrés, on ne sait pas vraiment, et on estime, on estime....

Donc le chiffre de 110 000 illettrés est problématique....très problématique.....

Mais peut-être que quelqu'un a des chiffres et des sources plus précis?


2 - Ensuite, il y a plusieurs degrés d'illétrisme, entre ceux qui ne savent rien lire du tout (analphabètes), et ceux qui connaissent un peu lire et font pleins de fautes, ceux qui ont oublié... etc

Alors, dire qu'il y a 100 000 ou 120 000 illetrés à la Réunion ne repose sur aucune bas solide.....


3 - Tout à fait d'accord avec le post 4 de Jesus was a rolling stoned: combien de prétendus illettrés qui sont atteints de fermeture d'esprit et de non désir d'apprendre?

Avec tous les moyens actuels existants (cours d'association, internet, aides diverses...) celui qui veut peut lire en quelques mois...

Mais c'est aussi plus facile pour certains de rester dans ses habitudes, son parler créole, de demander à tantine ou aux enfants de faire les choses à sa place .....


4 - "A La Réunion, l'enquête de l'Insee, qui a porté sur 513.000 Réunionnais, recense 7.000 personnes qui n'auraient jamais fréquenté l'école. "

Ca confirme que ce n'est pas un problème de moyens, mais de méthodes mais aussi de comportements individuels (voir point 3).


5 - C''est vrai que l'EN est très très "forte" en matière de néologismes, et le vocabulaire employé ahurissant! Genre "géniteur d'apprenant"! Mdr

Mais le sieur Latchoumanin, c'est pas mal non plus avec sa "récence" et sa "littératie"!

Allez, moi je vais me faire un ti coup de somnie ou "accompagnement de l'individu vers le savoir qu'il juge nécessaire d'acquérir pour dormir" ou de "télévisie" ou "l'accompagnement de l'individu vers le savoir qu'il juge nécessaire d'acquérir pour regarder la TV"....

Et demain, quand je verrai quelqu'un je ferai dans le "bonjie" ou "accompagnement de l'individu vers le savoir qu'il juge nécessaire dire bonjour"!

:-))

12.Posté par La chatte le 30/04/2010 09:35

BRAVO au post 3. Il faut appeler un chat un chat ....Marre de ces agités du bocal ...

13.Posté par Pierre Frédéric Dupuy le 30/04/2010 12:42

11. Sauf que d'après l'article, dont vous avez manifestement sauté quelques passages, il y a eu une enquête en 2007 qui en était arrivée au même chiffre (une enquête INSEE).

Quant à monsieur Latchoumanin, il sera surpris de constater à quelle vitesse un mot qui n'a aucun sens péjoratif en acquiert quand on l'applique à une situation percue négativement. Ce ne sont pas les mots qui font changer les situations mais l'inverse: les situations font changer le sens des mots.

14.Posté par MOMLA Roukaya le 01/05/2010 17:15

Moi j'ai assisté à la conférence et je l'ai trouvé très bien faite...Mr LATCHOUMANIN n'est pas là pour solutionner le problème mais pour dresser un état des lieux ...Il réfléchit à une éventuelle méthode qui pourrait marcher pour diminuer ce chiffre alarmant de 11O OOO illéttrés...

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