Culture

Lionel Darie: "On peut gagner sa vie en créant des jeux vidéo à La Réunion"

Avis à tous les amateurs de jeux de course sur mobile : le jeu 100% local, Speed Intense Island, a reçu dernièrement une mise à jour offrant plus de voitures, de circuits et de dancehall aux accrocs - virtuels - du bitume. L’occasion pour Zinfos974 d’aller à la rencontre de son créateur, Lionel Darie, autoentrepreneur de 29 ans et développeur de jeux vidéo sur tablettes et smartphones.


Lionel Darie: "On peut gagner sa vie en créant des jeux vidéo à La Réunion"
Zinfos 974 : Bonjour Lionel, alors premièrement, d’où venez-vous, et quel est votre parcours ?

Lionel Darie : J’ai 29 ans et je viens de La Possession. Depuis tout petit, mon rêve a toujours été de créer des jeux vidéo. Après mon baccalauréat au lycée Léon de Lépervanche au Port, j’ai décidé de poursuivre mes études à l’Institut de l’image de l’Océan Indien (ILOI) pour me consacrer à ma passion. Mais je ne voulais pas être une personne qui modélise uniquement des décors, car dans le jeu vidéo, il y a plusieurs métiers, entre celui qui modélise, celui qui conceptualise ou encore celui qui crée les décors. Je voulais être polyvalent pour un jour ouvrir mon entreprise et créer mes propres jeux.  

Quand est-ce que le projet "Speed Intense Island" a germé et surtout pourquoi vous y avez pris part ? Comment vous en êtes arrivé à imaginer ce concept ?

La sortie de Speed Intense Island, gratuit sur Android et iOS, date de début 2015. J’ai pris six mois en 2014 pour faire ce jeu, ce qui est avant tout un plaisir personnel. Comme je gagnais déjà ma vie avec mes précédents jeux vidéo, de différents gameplay, j’ai décidé de créer un jeu spécialement sur La Réunion. Ce que le public doit savoir, c'est qu'il me faut environ trois mois pour créer un stage de Speed Intense Island. Il faut que je fasse plus de 1000 photos pour une course dans le jeu, sans compter la modélisation de toutes les routes, les façades des rues. Sans le travail de codage.

J’ai choisi un jeu de voiture pour Speed Intense Island car pas mal de monde adore les voitures dans notre île, en particulier les jeunes, en y intégrant des paysages de La Réunion pour la mettre en valeur comme la route du Littoral, un champ de canne à sucre, la route des Tamarins, le centre-ville de Saint-Denis ou encore les docks au Port.

De nombreux proverbes créoles comme ‘zenfan i plèr pa i gayn pa tété’ parsèment également les écrans de chargement du jeu et de nombreux artistes de dancehall péï comme Kaf Malbar, Malkijah ou encore Zorro Chang ont prêté leurs voix sur la bande originale de Speed Intense Island. J’ai même modélisé Thierry Gauliris en 3D en train de jouer à la guitare (rires). Pour l’anecdote, j’ai été contacté par des Américains sur ma page Facebook qui cherchaient à se procurer du dancehall péï.

J’ai fait également le choix assumé de ne proposer que deux choix de langues : l’anglais et le créole. J’ai déjà eu des remarques sur le fait de ne pas proposer le français, mais c’est délibéré car j’ai vraiment envie que les joueurs s’intéressent à la culture de l’île. De plus, on retrouve pas mal de mots français dans le créole.

Dans la nouvelle mise à jour du jeu, en plus des voitures existantes, les joueurs ont droit à d’autres challenges et de plus peuvent s’éclater sur des quads, une voiture hypersportive de type Lamborghini et même les fameux Booster MBK (rires). De nouvelles musiques sont également disponibles.

Speed Intense Island a déjà été téléchargé plus de 80.000 fois, dont plus de 22.000 à La Réunion. Après les joueurs réunionnais, ce sont les joueurs brésiliens qui ont le plus téléchargé le jeu. Je pense que ces derniers se retrouvent dans le paysage, la culture ou encore la musique de notre île. Comme quoi dans un jeu vidéo, on peut rassembler différentes cultures.

Ne craigniez-vous pas les critiques de personnes qui pourraient vous accuser de surfer sur la vague des rodéos sauvages à La Réunion avec un jeu comme Speed Intense Island ?

C’est sûr qu’il y aura toujours une minorité de personnes qui ne fera jamais la différence entre la réalité et le virtuel…Prenons l’exemple de GTA : c’est un jeu où la violence est omniprésente et qui a fait de nombreuses polémiques. Nous ne serons jamais en sécurité là-dessus. En tant que développeur de jeux vidéo, j’estime que je dois sensibiliser dès que possible les joueurs avec des messages de prévention, peut-être des mini-jeux pour montrer qu’ils ne doivent pas faire ça dans la réalité et qu’il est mieux de faire ça virtuellement.

Je souhaiterais d’ailleurs me rapprocher des responsables de la sécurité routière afin de faciliter les messages de prévention dans mes jeux.

Que diriez vous de Speed Intense Island d’un point de vue ludique et personnel ?

Il est important pour moi dans un jeu vidéo d’y apporter, en plus du côté fun, de l’information. Dans Speed Intense Island par exemple, quand vous empruntez une direction, le nom de la rue s’affiche en bas de l’écran. Outre Speed Intense Island, je fais également des jeux sur le patrimoine de l’île, afin d’apprendre aux marmailles que dans le jeu vidéo, on peut également apprendre des choses sur le patrimoine de l’île.

Sur un plan plus personnel, j’ai créé ce jeu pour montrer aux gens à La Réunion qu’il ne faut pas laisser de côté le jeu vidéo, car c’est un secteur en constante évolution. Nous les créateurs, nous devrions avoir plus d’aides pour développer cette économie dans l’île. Avec l’association Bouftang, dont je suis un des membres fondateurs et qui réunit des professeurs de jeu vidéo de l’ILOI, des jeunes créateurs de jeux vidéo, nous souhaitons montrer aux autres que le jeu vidéo n’est pas un secteur à renier, car il y a du potentiel dans notre île…

Pendant longtemps, les passionnés de jeux vidéo qui voulaient vivre de leur passion n’avaient pas d’autre choix que de quitter l’île. Dans votre cas, qu’est-ce qui vous a permis de vivre de votre activité à La Réunion ?

Avec internet aujourd’hui, tout devient possible, cela a révolutionné le télétravail. On peut déjà apprendre sur la toile à faire des métiers liés au secteur numérique. On peut désormais facilement gagner sa vie, en devenant par exemple développeur Android ou iOS et être rémunéré par de la publicité. De plus, il n’y a plus besoin de payer une licence coûteuse ni des campagnes de publicité onéreuses, car on peut augmenter sa visibilité via les réseaux sociaux.

Quand j’ai débuté avec mon premier jeu de courses sur Android, Frantic Race 1, basé sur le tracé de la route du Littoral, je me suis aperçu, en regardant un jour les statistiques, qu’il était n°1 au top mondial. C’était en novembre 2012 il me semble…

Vous étiez fier j’imagine…

Ça c’est sûr ! (sourire). Le pti gars sur un petit caillou perdu au milieu de l’océan Indien a pu concurrencer au moins pendant quelque temps de grosses entreprises spécialisées du secteur. Cela prouve que tout est possible : juste en travaillant derrière son écran à La Réunion, on peut le faire ! À ce jour, Frantic Race 1 a été téléchargé plus d’un million de fois.

Est-ce pour vous un travail à plein temps ou une passion ?

C’est la passion qui m’anime aujourd’hui, mais c’est vrai que je n’ai pas d’heure pour travailler. C’est ce que je dis à tous les jeunes que je rencontre aujourd’hui : faites des choses que vous aimez car malheureusement, la vie est déjà difficile comme ça. Et s’ils n’ont pas la possibilité de faire ça tout de suite, ils pourront le faire tôt ou tard. Il faut donc vraiment avoir cette ambition là.

Est-ce que la création de jeux vidéo vous rapporte suffisamment pour gagner votre vie, ici, à La Réunion ?

Honnêtement oui, on peut gagner sa vie en créant des jeux vidéo, même à La Réunion. Mais comme toute chose, il faut travailler dur, transpirer et ne jamais lâcher. J’ai fait le choix de rendre tous mes jeux gratuits sur Android et iOS afin de permettre au plus grand nombre d’y accéder. Prenons l’exemple de Speed Intense Island : une barre de publicité s’affiche en haut du jeu, et plus il est téléchargé, plus je suis rémunéré par Google et Apple. Pour donner un ordre d’idée, 400.000 personnes qui jouent à un de mes jeux ne me rapportent pas grand chose. C’est vraiment la masse qui est importante et elle se mesure en millions, comme pour les YouTubers. Mes différents jeux (une quarantaine, ndlr) ont déjà été téléchargés plus de 8 millions de fois à travers le monde, avec deux principaux marchés : les Amériques et l’Asie. Tout ça en étant basé sur notre petite île (il sourit).

Quels sont vos projets dans les prochains mois ?

Je compte sortir au mois de novembre la suite de mon jeu de course d’auto-tamponneuses qui a pas mal marché. C’était à l’époque le seul jeu d’auto-tamponneuses sur Android. Il y aura dans cette version plus de courses et de voitures. Sans oublier bien évidemment plus de mises à jour pour Speed Intense Island, qui reste ma fierté en tant que développeur.

Est-ce que les créateurs de jeux vidéo dans l’île sont-ils bien accompagnés (organismes, collectivités, entreprises) ?

Malheureusement pas assez, en raison peut-être de la mauvaise image qui colle aux jeux vidéo. Mais j’ai néanmoins la conviction que cela s’est amélioré par rapport à avant dans la tête des gens, surtout en matière de communication. Aujourd’hui, grâce aux jeux vidéo, on peut, par exemple, communiquer avec un enfant sur le patrimoine de l’île.

Un mot à passer aux joueurs qui lisent notre interview ?

Déjà merci à tous et à toutes de jouer à mes jeux car cela me donne de la motivation pour la suite. Mi néna l’ambition de réalise le rêve de beaucoup de joueurs réunionnais c’est-à-dire un GTA 974, un GTA* ou i peu bat’karé su la plage Boucan ou Saint-Pierre !

*le célèbre jeu vidéo Grand Theft Auto

Samedi 6 Août 2016 - 07:17
SI
Lu 18247 fois




1.Posté par simon le 06/08/2016 06:46
bravo pour ton dynamisme et ta passion ! ca fais plaisir de voir des articles comme ça qui mettent en avant le dynamisme ey l'esprit d'entreprenariat ... ca manque ! :)

2.Posté par Grangaga le 06/08/2016 10:53
J’ai fait également le choix assumé de ne proposer que deux choix de langues : l’anglais et le créole. J’ai déjà eu des remarques sur le fait de ne pas proposer le français, mais c’est délibéré car j’ai vraiment envie que les joueurs s’intéressent à la culture de l’île.

Défann' sa po nou monn' ti ki d'ta mouètt'
Kraz' a li kozé là konm' lanpang' dann' kré noutt' tètt'
Alé di partou mètt' si l'intèrnètt'
Ou sa lé né don lozicyièl' noutt' z'andètt'
Ou sa lé né don lozicyèl' noutt' z'andètt'.........................

3.Posté par Zarin le 06/08/2016 11:01
" faites des choses que vous aimez "...

Une clé ?

4.Posté par Janus le 06/08/2016 12:15
Bravo ... Et continuez ...

5.Posté par palaxsa le 06/08/2016 11:39
bravo mec et j'attend gta 974 avec impatience

6.Posté par Eon le 07/08/2016 09:07
"Nou lé bon mêm "

Cela s'applique à tous ceux et celles qui veulent s'en sortir vraiment de leur train-train quotidien pour passer à de vraies créations intellectuelles !
Je les encourage et les félicite !

7.Posté par Kaya le 07/08/2016 12:07
Tras' out' rout' mounwar. Y trouv' lo bon dan' kréol y don'n a zot la peine é y vé réisi. 👍

Nouveau commentaire :
Twitter

4, cité Fontaine
97400 Saint-Denis

06 93 010 810
contact@zinfos974.com


- Contact

- Signaler un abus

- Mentions légales