ZinfosBlog

Lieux coquins et sulfureux des sixties [2ème partie]

Chez Paula, au Gouffre, dans un boxon tenu par un flic, dans la forêt d’Etang-Salé... Lieux coquins et sulfureux des sixties [2ème partie]


Après avoir écumé les endroits malicieux du chef-lieu, faisons un petit tour de l’île, de façon moins conventionnellement touristique… mais touristique quand même.

Je n’ai pas eu la chance de connaître "Chez Paula", je l’avoue à ma grande honte. Mais faut dire qu’avant, le Port était un lieu de passage et chez mamzelle Paula (hein Michou ?), c’était plein à ras-bord de marins en goguette et de Créoles qui n’avaient pas peur de faire le coup de poing. Nous, on était trop timorés pour nous frotter à cette faune interlope plus que musclée. Mais on avait de quoi compenser, je vous rassure. Vous me suivez ?...

Autour du Port

Nous n’osions donc pas trop nous approcher de "chez Paula" mais la ville du Port ne se limitait pas qu’à ce coin entre tous délicieux. Autour de l’enceinte portuaire et pas loin de la gare du CPR, plein de petits bistrots qui fermaient très tard, avaient un sens inné de l’accueil.

Depuis très tôt, les portes étaient ouvertes par de fort affriolantes jeunes femmes de toutes les couleurs, plus belles les unes que les autres. En général, ces "boîtes" étaient plurifonctionnelles. C’étaient des boutiques servant aussi des repas le midi, à boire toute la journée, et disposant de deux ou trois pièces discrètes, à l’arrière. On s’était demandé, au début, pourquoi tant de jolies serveuses pour trois tables ! Puis on a fini par deviner, dessalés par des potes originaires de cette ville que j’ai toujours adorée : l’odeur inimitable de l’océan, des bateaux, du mazout… et des compagnes d’un moment !

Quand nous étions encore puceaux boutonneux, nous passions et repassions devant. Quand on s’est mis à bosser, en 66 après le bac, on a franchi le seuil. Ben tiens !

Cari le thon èk rougail la peau

La première prise de contact s’est faite, je m’en souviens comme si c’était hier, par l’entremise d’un cari le thon. Surgelé té que navé point dans c’temps-là, c’était du frais pêché et, croyez-moi sur parole, j’en conserve le goût sur mes papilles, l’un des meilleurs caris de thon de mon existence, laquelle en a pourtant connu d’autres.

Les serveuses vrombissaient en riant autour de notre table et arriva ce qui devait arriver, cari le thon la été suivi èk in rougail la peau accompagné de batailles la langue… et plus car affinités il y avait.

Ce fut la première expérience de la « capote militaire », exigée et fournie car ces demoiselles qui,  "pratiquant" le marin venu d’on-ne-sait-où, tenaient "à reste prop’".

Capitale du Sud, Saint-Pierre n’a jamais rien fait comme tout le monde. Ainsi les jetées du port : elles ont été bâties une fois pour toutes alors que s’il y en eut 5 à Saint-Denis, ils passaient par pertes et profits pour cause de cyclone (je ne fais aucune allusion à la NRL, cela va de soi).

Un flic proxénète, vous croyez ça ?

Saint-Pierre, tenez-vous bien, peut s’enorgueillir d’avoir eu le seul claque créé et tenu par un flic ! Tous les anciens pourront vous le confirmer.

Monsieur F… était le plus méchant des flics, cognant sur tout ce qui bougeait, engueulant les usagers de la route ayant le front de ne pas lui céder le passage eu égard à sa position. Mais le fric, il connaissait et aimait.

Bénéficiant d’indulgences très peu plénières et pas du tout liturgiques, et d’autorisations tacites qui rendaient bien service à tout le monde, il avait bâti une petite case de forme arrondie surplombant la plage. Les Jardins du même nom ne rêvaient même pas d’exister. Il y avait donc la plage, la casemate à F… et un vague gazon-pelé-tondu-jaunâtre.

A l’intérieur, cinq jeunes femmes très souriantes servaient l’Orangina… et autres. Clientèle très diverse, allant du simple passant ayant un quart d’heure à passer, à l’édile municipal (dont le patron direct de ce policier ) en passant par tel pharmacien… 250 francs CFA la combine. Cela a fonctionné quelques années, jusqu’à ce qu’un maire plus pointilleux que les autres, ne fasse fermer définitivement cet inestimable atout touristique du Sud.

Gros-Martha et Ti-Paris

Là où se situe actuellement une très grande surface proche du grand large (oups !), non loin du fameux Ti-Paris, se croisaient tous les soirs des voitures qui, à l’arrêt, étaient animés de soubresauts n’ayant rien à voir avec les caresses de l’alizé. Les caresses y étaient d’un autre ordre. Même en plein jour.

Nous demandions aux parents de nous déposer à la plage et, dès qu’ils avaient le dos tourné, nous nous glissions à pas pressés vers cet antre du plaisir, tarifé ou pas, c’était selon. Ils étaient si occupés là-dedans qu’ils ne se rendaient pas compte du nombre de museaux émoustillés zyeutant d’abondance par-dessus les vitres des bagnoles.

Eh ! on s’instruit comme on peu, non ? Pour nous rincer l’œil ou autre chose, il y avait "la case gros Martha", rue des Bons-Enfants, non loin de l’actuel stade Volnay.

Martha était une forte femme d’un tempérament aussi généreux que ses courbes voluptueuses et empesées. Nous, ça ne nous rebutait pas. Car Martha avait la délicieuse coutume d’ouvrir à tous c’eux qui sonnaient à sa porte juste vêtue de sa seule probité charnelle. J’en connais plus d’un qui a jeté sa gourme sur le trottoir d’en face rien qu’à la vue de Martha à loilpé comme dirait San Antonio.

Déièr la touffe galabert l’école La Rivir’…

Monsieur F… avait pour habitude d’aller dans les bals-la-poussière chaque samedi, accompagné de quelques-unes de ses "serveuses". Il s’installait avec elles à une table, commandait ; des limonades pour elles, du bourbognac pour lui. Et attendait. Oh ! pas longtemps. Les hommes se pressaient pour les inviter à crase in séga. La seule différence d’avec les danseurs habituels, c’est que là, il fallait casquer. Les billets s’échangeaient sous la table, l’homme emmenait sa compagne sur la piste. D’où ils disparaissaient très vite.

La forêt d'Etang-Salé
La forêt d'Etang-Salé
Au bal de l’école des garçons de La Rivière, par exemple, ils filaient derrière le préau où après la touffe galabert, un vaste espace chiendent attendait les amoureux d’un coup. Mauvais jeu de mot qui me vient comme ça : après la touffe galabert s’écrasaient d’autres touffes. Oui, oui, je sais, elle est nulle à ch… !

Un soir, notre cuisinier Max, m’avait emmené au bal de M. Bébé, le directeur. Il poussa la gentillesse jusqu’à payer M. F… pour moi. Je n’eus pas le temps d’en profiter bien longtemps : sur l’estrade, Guy Taquet péta une corde de guitare, j’éclatais de rire, « ma » compagne me plaqua là sans autre forme de procès.

S’ensuivit une belle castagne car Max voulut récupérer son pognon. Ce à quoi M. F… opposa une farouche résistance et Max prit fort mal la chose, traitant M. F… de "sale voleur de la loi !". D’où gnons et horions divers, bagarre générale très jouissive ; M. F… et ses belles furent chassés de la salle de bal à coups de tatanes plus quelques mains s’égarant au passage dans les soutifs et sur des fesses bien rebondies.

Qui était "Vivi" ?

Les bals de La Rivière, outre les meetings électoraux si agités, n’étaient pas les seuls recoins animés de la future commune.

Qui se souvient encore de Vivi d’Cadin ? Non loin de l’ancienne école des garçons Hégésippe-Hoareau, actuelle mairie, cette dame avait une réputation à faire fuir le commun des mortels… sauf les mâles en quête de consolations payantes. Chaque soir, ils y faisaient pratiquement la queue, si je peux me permettre.

Là, nous les plus jeunes n’osions pas aller y faire un tour. Parce que les mouvements masculins autour de sa case se voyaient de loin. Et si les parents apprenaient ça, mon Dieu seigneur, ouaille-aïe-aïe branche pêche et coups d’blouc ceinturons !

Vivi d’Cadin avait l’agréable réputation d’être peu regardante sur ses tarifs. 250 francs CFA, un poulet bien vivant, un litre de rouge, une bouteille rhum Le Gol… Les mâles n’y allaient pas en journée parce que, dit-on, elle ronflait jusqu’à quinze heures, plus rompue par les libations que par les prouesses amoureuses vite faites de ses amants de passage.

Comme si les femmes de La Rivir n’avaient pas assez avec les "bals Séchoir" ou "Deschamps", beaucoup allaient, souvent "bal Mavèl ". Entendez "bal à Mahavel", autrement dit aux confins de La Ravine. Fallait pour cela traverser la rivière Saint-Etienne. On chuchote que c’est au retour, à trois heures du matin, que "cela" se passait. Dans le fond de la ravine. Les bruits du torrent étaient souvent surpassés par des cris  et chuchotements qui n’auraient pas déplu à Bergmann…

Ces dames du « Gouffre »

Il y a fort longtemps, tous les copains dispersés entre La Rivière, Saint-Pierre, le Tampon ou Piton, se retrouvaient en vacances à "Village", à savoir Etang-Salé-les-Bains. Bon Dieu de bois !

On passait notre temps entre les surboums (où régnaient en maîtres"Sleepwalk" et "La mer" par Cliff Richard et les Shadows) la pêche randiks le soir, les bagarres contre les vagues sur "le banc" (au passage, les seules grosses bébêtes en mer étaient les marsouins ou une raie en vadrouille) et des séances de mate interminables. C’est que les recoins à amourettes ne manquaient pas.

Il y avait des dames de petite vertu, disait-on alors, qui installaient leurs pénates de la journée près du Gouffre. Nous rampions dans les herbes à nous en écorcher coudes et genoux, pour nous approcher des lieux où, sur une saisie ("une natte" pour ceux qui ne savent plus cause kréol comm’ qui faut), ces dames épongeaient les amateurs, venus de Saint-Louis la plupart du temps. On bandait à n’en plus pouvoir à "lookater" (terme bien passé de mode) les ébats, et ouïr les râles balancés avec force décibels de ces dames. Fallait que le client reparte avec le sentiment profond d’être un amant calibre olympique. Pas rien qu’in’ fois nous la été chaboulés coups d’galets…

"Aïe-aïe-aïe mon coco… "

Quand ce farceur de Narmine créa pour Michou sa chanson "aïe-aïe-aïe mon coco", il n’y manquait que le sourire complice. La forêt d’Etang-Salé a été de tous temps réputée pour être accueillante et discrète. Discrète, tu parles ! Tous les garnements en vacances savaient qu’il s’y passait des choses pas très catholiques et effectivement… Chaque après-midi, des voitures venaient là. Et vas-y que j’remue ; et vas-y que je crie…

Après, dans les surprise-parties, nous, les mateurs de l’instant précédent, on se faisait enguirlander par nos danseuses : "Akoz out’ zaffair lé excité comme ça, hein ? Où ça ou sorte encor ou là ?"

Un autre bosquet de filaos était très fréquenté par nuit noire. C’était devant la maison d’un avocat dont la petite bonne (je vous en ai déjà touché quelques mots, je crois) se chargeait de déniaiser les jeunes adolescents, mis au courant par ce quitte sa mèr de J.B.

Je fus le premier à y passer. Mes copains mis au courant de l’aubaine par je-ne-sais-qui (hypocrite va !), y allèrent se faire retrousser la chemise. Cette adorable petite Cafrine, belle comme un cœur, n’exerçait pas en professionnelle monnayée. Non ! Avec elle, c’était gratuit : elle aimait ça.

Comme toutes les Noires, elle avait cette qualité de peau qui capte la lumière et la renvoie en mille reflets. Nous en étions tous fous amoureux et elle acceptait avec une charité toute chrétienne de parfaire l’éducation sentimentale (très peu rousseauiste) de ceux qui n’auraient pas bien compris la première fois. "Cent fois sur le métier…", elle tissait l’ouvrage.

Je suppose que mon ami Jack doit voir de qui je parle. Tout comme Jean-Yves et cent autres copains avec qui nos routes se sont croisées dans des endroits insoupçonnables.

Une évidente tendresse…

Des contrecoups cuisants, nous en avons connus, forcément. Cela se traitait aisément, deux-trois piqûres de pénicilline et quelques bières pour faire évacuer tout ce liquide, la goutte militaire s’en allait aussi sec. Comme chante à peu près Brassens (pardon Jojo) : "Si ça fait du tort aux attributs virils/ça met rarement l’existence en péril".

Vous allez dire que j’éprouve une certaine tendresse envers ces compagnes de passage, beaucoup de nostalgie pour ces femmes qui n’ont fait que traverser mon existence et celle de mes amis en turpitudes charnelles ? C’est vrai mais ne l’ébruitons pas.

Ces femmes, nous les trouvions belles mais il y a plus : elles étaient gentilles envers les apprentis amoureux que nous étions, envers ces adolescents avides de jouer au docteur "pour de vrai". JAMAIS l’une d’elles ne s’est moquée de notre gaucherie.

Elles étaient plutôt soucieuses de nous perfectionner dans nos études du coquage bien compris. Nous leur en étions reconnaissantes. Elles étaient d’une gentillesse folle ; nous les aimions. Toute femme mérite de l’être.

Suivez le ZinfosBlog de Jules Bénard
Samedi 6 Mai 2017 - 07:50
Jules Bénard
Lu 31696 fois




1.Posté par Choupette le 06/05/2017 13:34

Bof.

Nous étions des filles très bien tenues et ignorions l'existence de ces lupanars à cette époque.

Aucun regret.

2.Posté par Bebetecoco le 06/05/2017 15:47 (depuis mobile)

Oh oui!!!c''était le début ..C''était le printemps.. Merci mister Jules..

3.Posté par Jules Bénard le 06/05/2017 17:28

à posté 1 "Choupette" :

C'est précisément parce que vous étiez des filles trop sages que nous errions aux abords de ces lieux qui étaient moins de perdition que vous ne semblez le croire.
En toute cordialité, JULOT.

4.Posté par L'Ardéchoise le 06/05/2017 18:18

Je ne commenterai que la forme, pas le fond (de culotte)...
Toujours aussi agréable à lire, quoique tu "parles d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître." (C. Aznavour)
Entre autres, à cause de l'Ami 6 ou de la 2CV, qui pour remuer, remuaient...

5.Posté par Choupette le 06/05/2017 19:49

3.Posté par Jules Bénard

Nous rêvions, grâce à Frédéric François, C. Jérôme, Mike Brand, Pierre Rosely, etc. ... .

C'était le bonheur !

Les filles étaient très romantiques à cette époque; pendant que les garçons étaient titillés par leurs hormones.

Et ça, ça laisse de merveilleux souvenirs ... .

Arrivées vierges au mariage, c'était le challenge des jeunes filles "bien".

6.Posté par L'Ardéchoise le 06/05/2017 23:18

Choupette, moi, Mike Brand, je rêvais...de lui sauter dessus ! mdr

7.Posté par CALOU le 07/05/2017 10:40

Hé oui, Jules ! J’admire ta façon de relater les évènements de cette merveilleuse époque où la Réunion se réveillait :

C’étaient les boums avec Sidney Bechet (Petite Fleur), Les Shadows (Tico Tico), Le jazz des îles, Les Jokaris, Les Chats noirs, Les Super-jets, les bals la poussière dans les jardins de la Préfecture à Saint-Denis où le premier magistrat de la ville écrasait moult ségas accompagné de ses nombreuses cantinières, ségas bien balancés par notre Loulou Pitou.

Nous n’étions pas honteux de traîner parmi tous ces « zoizeaux de nuit ».

Nous prenions des risques en « faisant le mur » : l’attraction étant tellement grande.

Nos parents nous croyaient bien au chaud dans nos lits ; le lendemain, dès 7h30, il fallait être au Lycée devant notre Professeur de Mathématiques prêts à engranger ses cours.

C’était aussi l’époque de notre Mme Paula nationale. Là, au Lycée, il ne fallait surtout pas laisser entendre qu’on était allé au Port ; notre bonne réputation avant tout !

Jules, Je pense qu’un jour, tu publieras tes savoureux récits, car on voit qu’à travers eux tu es un bon créole qui sait observer et restituer les évènements à la manière d’un Poète.

8.Posté par AB le 07/05/2017 20:47

Et maintenant vous allez où monsieur Bénard ? on veut connaitre les bonnes adresses actuelles ! lol

9.Posté par patrick le 07/05/2017 23:17

Éclairage fort instructif du passé de la colonie.
Beaucoup de choses se comprenne mieux pour St-Pierre, "Sodome & Gomorrhe du 97-4" depuis toujours et qui a retrouvé sa belle vocation d'antan depuis une quinzaine d'année.

10.Posté par rito le 09/05/2017 14:15

Monsieur Bénard, mi décerné à ou in DEA coquage avec les félifesscochons du jury. Bravo!!
A ton âge, tu fais penser à un roc haut si frais, dis!!

11.Posté par Jules Bénard le 10/05/2017 07:08

à posté 10 "rito" :
euh !... n'exagérons rien tout de même, l'ami.
Tant qu'à faire, je préfère "Rocco et ses frères".

12.Posté par JC le 10/05/2017 11:46

pour info au gouffre le lieu est encore sulfureux.. mais entre mec...

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter