Les friches dont les candidats ne parlent pasPaul Hoarau analyse à nouveau la situation en regard des exigences du mouvement citoyen974 auquel il participe
A la veille de la clôture du dépôt des candidatures, deux événements occupent l’actualité politique : l’explosion de l’union de la droite, et la visite de Madame Martine Aubry, première secrétaire nationale du PS.
Les causes de l’explosion de l’union de la droite sont diverses. Il y en a de toutes petites, mesquines et inattendues, qui n’ont parfois rien à voir avec la politique, et d’autres, plus profondes, qui pèseront sur l’avenir. La cause principale qu’il faut retenir, c’est l’intervention intempestive de dirigeants nationaux dans les affaires réunionnaises, non pas pour arbitrer un conflit local sans issue, mais pour le provoquer en vue d’imposer une stratégie de la défaite organisée. La liberté et la responsabilité des Réunionnais sont bridées ; la confiance des électeurs dans les valeurs auxquelles ils adhèrent, n’est pas respectée. C’est comme cela que les choses sont perçues ici. Si cette perception est erronée, une mise au point de Paris s’impose pour lever de façon convaincante, toutes les ambiguïtés. Il ne reste même plus vingt-quatre heures pour que les responsables de l’union rompue se ressaisissent et se rassemblent sur les bases qu’ils avaient posées entre eux, avant les interférences extérieures. On peut toujours croire aux miracles. Les socialistes n’ont pas ce problème. Ils ont mis fin aux divisions qui ont déchiré leur famille. Ils l’ont fait entre eux, sans intervention parisienne. Et ils ont pu constituer une liste d’union et lui donner une tête. Aujourd’hui ils reçoivent leur première secrétaire nationale. Il est normal qu’un responsable de ce niveau apporte son soutien à ses troupes et rappelle, à cette occasion, les enjeux nationaux. Mais ici, ce sont les Réunionnais qui la reçoivent, et il leur appartient de l’informer sur les réalités locales de la prochaine consultation. Certains mots d’ordre qui sont clairs en France n’ont pas de sens ici. "L’union de la gauche", par exemple, doit être expliquée aux Réunionnais. Si cela veut dire l’union avec le parti communiste, ce dernier a clairement fait savoir aux socialistes qu’il n’était pas preneur. Et la direction nationale de la droite laisse à croire sans le dire clairement (sauf mise au point convaincante du contraire), que la défaite du parti communiste, leader de l’Alliance, n’est pas souhaitée. Avec l’explosion de l’union de la droite, et la fin de non-recevoir du PCR de le compter dans l’Alliance, le PS pourrait avoir la responsabilité de porter les espoirs des Réunionnais qui aspirent au changement. L’Alliance n’a pas réussi à promouvoir une politique de logement satisfaisante pour les milliers de foyers mal logés, à promouvoir une politique économique offrant à des milliers de compatriotes la possibilité de sortir du chômage, du RMI, des "emplois aidés" ; à promouvoir une politique d’encadrement de la grande distribution pour qu’elle s’adapte à l’échelle de l’économie réunionnaise et participe au développement durable de la production locale ; à promouvoir une politique qui protège des absorptions, des ventes, des braderies, des liquidations injustifiées, les entreprises, parfois emblématiques, du pays, qui appartiennent au patrimoine de la région ; à promouvoir une politique de recul de l’échec scolaire, de formation efficace pour répondre à la demande de compétences, de promotion des Réunionnais aux postes de cadres ; à promouvoir une politique culturelle d’accompagnement, respectueuse de la liberté et de la responsabilité des chercheurs, des créateurs, des éducateurs pour qu’ils puissent révéler aux pays sa culture authentique et vraie, condition radicale de son développement. C’est sur ces friches laissées par le pouvoir régional sortant que des milliers de Réunionnais attendent les candidats et ne les ont pas trouvés. L’Alliance et les autres candidats vont-ils ouvrir ce chantier ? Des dizaines de milliers d’électeurs attendent. L’Alliance assume la responsabilité de ce qu’elle a réalisé. Il faut lui rendre cette justice. Mais le président Vergès s’est défaussé sur l’Etat, concernant les compétences de la Région en matière de logement : cette défausse n’est pas recevable. Il faudrait que les candidats s’engagent et engagent leur responsabilité sur ce qu’ils comptent faire de ces friches. Journal de Paul Hoarau - 14 février 2010 Dimanche 14 Février 2010 - 02:15
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