Politique

Les explications du conflit en Guadeloupe, selon une sociologue


Photo d'une manifestation en Guadeloupe de 20minutes.fr
Photo d'une manifestation en Guadeloupe de 20minutes.fr
Le site 20minutes.fr a publié hier un article intitulé "Beaucoup de Guadeloupéens ont fait le deuil de l'équité dans la République française " qui pose un certain nombre de problématiques essentielles dans les DOM.
Nous vous livrons l'interview ci-dessous...


Alors que la Guadeloupe est entrée dans sa quatrième semaine de grève générale, Patricia Braflan-Trobo, directrice d'ANPE et doctorante en sciences politiques, nous explique les dessous d’un conflit...

Point-à-Pitre, ville morte. Depuis sa résidence dans la sous-préfecture, Patricia Braflan-Trobo prépare le déjeuner. "Malgré la grève, on n’a pas de problème pour trouver des produits. Des marchés informels se sont créés un peu partout, les petits fermiers arrivent enfin à écouler leurs produits, pour le plus grand bonheur des consommateurs. Et puis on s’entraide entre voisins". Mais la mère de famille de 42 ans laisse rapidement la place à ses deux casquettes professionnelles (directrice ANPE et chercheuse en sciences politiques). Et pour 20minutes.fr, cette observatrice de premier rang de la vie sociale locale explique les dessous d’un conflit.

Vous êtes surpris de la longueur de ce conflit?
Oui, vraiment. Personne ne s’attendait à ça quand une journée de grève générale a été fixée au 20 janvier dernier. On a l’impression aujourd’hui que l’Etat et les élus locaux ont laissé une mauvaise herbe grandir pendant des années, et qu’ils ne peuvent plus en venir à bout.

C’est-à-dire?
Ce conflit a vu remonter une plate-forme de revendications comprenant près de 150 points. Et beaucoup de ces problèmes sont dénoncés depuis une bonne quinzaine d’années par les syndicats, groupes politiques, associations. L’Etat a fait la sourde oreille. Et l’alchimie est finalement apparue entre tous ces mouvements, qui se sont coalisés. On peut ainsi constater combien les frontières de l’idéologie syndicale se sont effacées: la CFTC, la FSU sont aux côtés de l’UGTG, le principal syndicat avec 6.000 adhérents et 51% des voix aux dernières élections prud’homales, d’obédience nationaliste. On retrouve les Verts, la Centrale des Travailleurs Unis (CTU) qui maîtrise parfaitement les rouages des marges abyssales du patronat et sort de nombreux dossiers depuis le 20 janvier. Il y a aussi des associations culturelles parmi ces 46 organisations. C’est une véritable alchimie.

Quel est le socle de cette coalition?
Le profond sentiment d’injustice de la population d’origine africaine et indienne. Majoritairement touché par le chômage, et par la faiblesse des minimas sociaux. Il faut savoir que le RMI, les versements de la CAF sont les mêmes qu’en métropole. Alors que le coût de la vie est deux fois plus élevé. De plus la formation des jeunes est dramatique.

Et les problèmes entre patronat et salariés?
La détention des moyens de production est le second volet de la protestation. Une caste, les Blancs créoles, descendants des propriétaires de l’époque coloniale, détient 90% de l’économie guadeloupéenne. Alors attention, ce n’est pas en premier lieu une opposition de races, de nombreux Blancs pauvres font partie des protestataires. C’est d’abord une opposition de classes, mais elle se double de problèmes de discrimination hérités de l’époque esclavagiste.

De la discrimination comme pour les jeunes des banlieues en métropole.
En quelque sorte. On le voit dans le recrutement et l’embauche. Une sorte de communautarisme blanc se forme dans les entreprises phares du pays. Et l’Etat ne donne pas l’exemple. Tous les services sont dirigés par des Blancs. Regardez l’équipe du préfet de Guadeloupe, vous ne verrez que des Blancs.

Cette situation est visible dans votre ANPE?
C’est une constante. Le chômage frise les 30% de la population. Mais ce qui est le plus frappant, c’est de voir tous ces jeunes noirs très diplômés qui n’arrive pas à trouver un emploi, c’est mon lot quotidien. Alors on les oriente vers des petits boulots, le McDo, les cours à domicile, en espérant qu’ils auront la chance d’être détectés. Mais on ne peut pas compter sur le réseau des chefs d’entreprise.

La Guadeloupe a une grande culture du conflit social.
L’île s’est construit dans le conflit. Entre esclaves et esclavagistes, puis entre classes sociales, les questions de race et d’indépendance se superposant souvent par dessus. On peut se souvenir de la grève des ouvriers du bâtiment en mai 1967, qui réclamait 2% d’augmentation du salaire. Il y a eu 87 morts parmi eux, l’Etat a répliqué en subodorant le complot nationaliste. Ils ont finalement obtenu une hausse de salaire de 25% après une semaine de conflit. Un an avant mai 1968. En 2002, il y a eu de grosse grève, de l’association française des banques et de l’ANPE, cela a duré trois mois. La grève des salariés de Danone en 2005 a duré un an...

Pourtant, malgré 64.000 chômeurs, la situation a tardé à exploser...
L’économie informelle a jugulé cette crise. On se débrouille, beaucoup de particuliers ont un bœuf, un porc, un potager... Ici, les gens ont une grande facilité d’adaptation.

Que pensez-vous de la volonté du gouvernement sur la résolution de cette crise?
Ecoutez, beaucoup de Guadeloupéens ont fait le deuil de l’équité dans la République française, et ça fait longtemps. Alors la venue d’Yves Jégo au bout d’onze jours, cela n’a pas été ressenti trop douloureusement. Ce qui a été le plus surprenant, c’est l’attitude des élus locaux. Ils ont regardé le problème guadeloupéen à la manière de la métropole. Ils se sont dits: «ça va s’éteindre, comme ça s’éteint traditionnellement en métropole». Victorin Lurel, le président du conseil régional PS, a tardé à prendre au sérieux la grève.

Un secrétaire d’Etat qui se déplace, mais pas de Premier ministre ou de président de la République en vue. Qu’en pensent les Guadeloupéens?
Les gens savent pertinemment que les problèmes peuvent être réglés par visioconférence, ils ne sont pas forcément attachés à la présence physique. Ce qui a choqué, c’est le manque de courtoisie d’Yves Jégo qui repart de Guadeloupe sans prévenir, alors qu’il a des réunions prévues. Cela a remobilisé les protestataires. Il faut noter que c’est le président du conseil général qui a décrété l’état d’île morte après le départ de Jégo, alors que c’est vraiment un modéré.

Combien de temps cela va-t-il durer?
Il y aura des solutions à court terme, l’Etat s’est rendu compte qu’il fallait agir. Le gouvernement a livré un signe fort en répondant par la négative aux demandes du patronat. Il se sait désormais condamné à trouver un terrain d’entente, et met la pression sur les partenaires sociaux.

Recueilli par Mathieu Grégoire

Patricia Braflan-Trobo est l'auteur de «Conflits sociaux en Guadeloupe-Histoire, identité et culture dans les grèves en Guadeloupe» (éditions l'Harmattan), paru en 2007.
Jeudi 12 Février 2009 - 19:46
Pierrot Dupuy
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1.Posté par Ulysse le 12/02/2009 20:16
L'émission sur la Martinique rediffusée dans la nuit de lundi à mardi sur Canal+ contenait des déclarations scandaleusement racistes et incroyablement provocatrices de la part d'un entrepreneur béké.
De quoi mettre durablement de l'huile sur le feu !!! ...
Jego réagit aujourd'hui ... seulement. Il me parait vraiment très très mal entouré ...

http://fr.news.yahoo.com/4/20090212/tts-france-martinique-racisme-ca02f96.html

2.Posté par david le 12/02/2009 20:55
On ne va pas me faire croire que le racisme ne vient que d'un côté...Non ! Pas en martinique et en guadeloupe !

3.Posté par Broutille le 12/02/2009 21:14
L'arbre qui cache la forêt.

On peut tout justifier ou expliquer, le "politiquement correct" montre là ses limites.

On ne peut pas comparer les Antilles avec la Réunion. Le "racisme" ronge les Antilles car il n'a pas disparu depuis le révolution française et encore moins depuis l'abolition de l'esclavage.

Les uns ont fait semblant d'accepter "le fait accompli", pendant que les autres continuaient à vivre sous leur joug. Mépris et haines se sont amplifiés, la crise mondiale en accentue les effets et devient l'alibi d'une "révolte" sourde.

A la Réunion, nous avons la chance de la mixité (de couleur) économique et politique, l'intégration n'est pas un vain mot. quelque soit la couleur les "arrivistes" ont pris la destinée de notre île, peut-on s'en plaindre, on vit sans haine. Les "grandes" familles ne possédent pas ou plus la Réunion, à part quelques exceptions qui ont encore des miettes.

Ce n'est pas l'intelligence qui a pris la place de cette pseudo élite mais l'arrivisme : faire des "tunes" et avoir le pouvoir est leur obsession, peut importe qui paye et qui vote.

Mais nous restons un exemple mondial de tolérance.

4.Posté par boyer le 12/02/2009 22:13
ici une tres bonne interview de Romain Bolzinger

http://www.guadeloupe.franceantilles.fr/actualite/culture-et-patrimoine/les-bekes-a-la-tele-06-02-2009-23127.php

D'ailleurs le problème de la vie chère n'est pas un problème béké, il concerne tout l'outre-mer. C'est une question macro-économique qui concerne tous les entrepreneurs, mulâtres, noirs, chabins, békés et métros, ou même chinois!

5.Posté par anonyme le 13/02/2009 06:37
Coincidence : Le leader de LKP, Emile Domota, est un directeur-adjoint de l'ANPE.

6.Posté par svp1789 le 13/02/2009 10:20
Selon Monseigneur LEBVRE, celui du gouvernement, "il ne peut y avoir 2 politiques en France "(voir article paru sur internet) alors qu'attend le gouvernement pour mettre l'outre-mer en adéquation avec la métropole : le RSA dès 2009, les prix comme là-bas etc.....

7.Posté par Cambronne le 13/02/2009 11:12
3. Posté par Broutille le 12/02/2009 21:14
L'arbre qui cache la forêt.

On peut tout justifier ou expliquer, le "politiquement correct" montre là ses limites.

On ne peut pas comparer les Antilles avec la Réunion. Le "racisme" ronge les Antilles car il n'a pas disparu depuis le révolution française et encore moins depuis l'abolition de l'esclavage.

Les uns ont fait semblant d'accepter "le fait accompli", pendant que les autres continuaient à vivre sous leur joug. Mépris et haines se sont amplifiés, la crise mondiale en accentue les effets et devient l'alibi d'une "révolte" sourde.

A la Réunion, nous avons la chance de la mixité (de couleur) économique et politique, l'intégration n'est pas un vain mot. quelque soit la couleur les "arrivistes" ont pris la destinée de notre île, peut-on s'en plaindre, on vit sans haine. Les "grandes" familles ne possédent pas ou plus la Réunion, à part quelques exceptions qui ont encore des miettes.

Ce n'est pas l'intelligence qui a pris la place de cette pseudo élite mais l'arrivisme : faire des "tunes" et avoir le pouvoir est leur obsession, peut importe qui paye et qui vote.

Mais nous restons un exemple mondial de tolérance.

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Entièrement d'accord avec vous , d'ailleurs en voilà un qui comme moi dit les choses comme il le pense , pour mémoire de l'histoire Louis XVI voulait rendre libre tous les esclaves il voulait redonner une dignité à ces gens, qui a réintroduit l'esclavage si ce n'est pas Napoléon D'ailleurs à votre avis , pourquoi la dictature Jacobine de la République Napoléon Bonaparte a-t-il réintroduit l’esclavage en 1802? ...

Pour l'histoire le bon roi Louis que les Francs Maçons et les Jacobins n'ont eu cesse de critiquer de le rabaisser comme un ignorant serrurier horloger c'est pourtant Louis XVI qui fut le premier à parler de suppression de traite des noirs et c'est bien l'usurpateur Danton qui reprendra à son profit les volontés de Louis XVI

8.Posté par nicolas de launay de la perriere le 13/02/2009 12:54
http://www.youtube.com/watch?v=5ggCWMTBXH8&feature=related

une grande claque... et dire que l'on a la même chose à la Réunion, mais dans toutes les déclinaisons des composantes de la société réunionnaise.. au final, tu possèdes ou tu ne possèdes rien, la loi du plus puissant demeure...

9.Posté par nicolas de launay de la perriere le 13/02/2009 12:59
faudrait payer combien pour avoir la même analyse de la Réunion par le même reporter pour faire des comparaisons réunion / antilles...?

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