Société

Les ex-salariés de la ferme aquacole rétablissent leur vérité face à leur dirigeant

Les anciens employés de la ferme aquacole ancrée en baie de Saint-Paul ont très peu apprécié l'interview donnée en juillet* dernier par Patrick Hoareau, ancien président de la SAS Société Aquacole des Mascareignes (SAM). Les trois ex-salariés parlent d'un dirigeant fantôme, qui n'a pas livré toute la vérité sur ce qu'était réellement l'activité d'aquaculture.


Les ex-salariés de la ferme aquacole rétablissent leur vérité face à leur dirigeant
Pour quelle raison souhaitez-vous vous exprimer publiquement ?
Nous n'avons pris connaissance que tardivement, de retour de métropole, de l'article concernant M. Hoareau. Nous devions y répondre car la quasi totalité de ce qui est dit est faux. Ce n'est pas étonnant quelque part puisque M. Hoareau a été dans cette lignée durant toute la vie de la société. Les informations qu'il laisse apparaître dans cet article sont mensongères. Il faut savoir que Patrick Hoareau n'a jamais été notre dirigeant. Pendant cinq ans, nous ne savions même pas qui était Patrick Hoareau. C'était officiellement le président de la SAS SAM et malheureusement, c'est une personne avec laquelle nous n'avons jamais, jamais, jamais eu de contact.

A qui aviez-vous affaire alors ?
La personne décisionnaire dans l'entreprise pendant les six années de vie de la société, était un des actionnaires de la société, pour ne pas le citer : M. Pierre Bosc, le directeur général de l'Association Réunionnaise de Développement de l'Aquaculture (ARDA). Ce n'est que fin 2012, lorsqu'il a fallu présenter un responsable légal, que M. Hoareau est sorti de son trou.

Il y a une information importante que vous souhaitez révéler ?
Oui, c'est un courrier que nous a transmis en copie M. Hoareau, daté du 22 mars 2013, dans lequel il demande aux actionnaires "de bien vouloir accepter (ma) démission". Ce courrier a fait bondir l'administrateur de l'époque qui a rattrapé M. Hoareau. Il avait donc l'intention, avant la liquidation de la SAM, de quitter le navire.

Vous souhaitez apporter un éclairage sur le sabotage des cages évoqué dans cet article ?
Selon M. Hoareau, il y a eu un sabotage des cages en 2011, chose totalement fausse. Il n'y a jamais eu d'attaches sectionnées. Par contre, ce que nous pouvons dire, c'est qu'il y a effectivement eu des incidents cette année-là. Deux incidents graves. Le premier a été la découverte d'un vol par un des salariés de la SAM qui a été licencié par la suite. Je précise qu'il s'agissait d'un vol en espèces, officiellement de 10.000 euros puisqu'une reconnaissance de dette a été signée. Mais officieusement, on était plus proche des 20.000 que des 10.000. Et ce que nous avons découvert à l'issue de ce vol c'est que cet employé, qui était avec nous depuis 2007, avait déjà volé pendant sa période d'essai une somme en espèces de 600 euros. Et malheureusement, ce sont des informations qui nous ont été cachées. Ce salarié a quand même été embauché et laissé sans surveillance particulière, ce qui lui a permis de s'accaparer une partie des recettes. Il avait en charge la commercialisation des produits de la ferme et la distribution.

Le second incident est arrivé en mer alors qu'un salarié travaillait seul, en 2011. Deux cages ont été coulées et nous avons perdu la quasi totalité du poisson qui était présent dans ces cages. Les conditions en mer étaient très mauvaises. Le salarié n'a pas eu le réflexe de fermer les couvercles de fermeture des cages, comme on le fait en cas de cyclone. Nous avons appris par la suite, en nous documentant pour le projet de reprise, que le règlement qui régit ce type d'activité interdit formellement toute sortie en mer d'une personne seule. Voilà de grosses négligences qui émanent aussi de nos dirigeants. Enfin, on a également perdu du poisson car certains filets étaient arrivés à bout de souffle. Etant donné que nous n'avons jamais réussi à dégager d'argent dans cette société, elle n'a jamais eu les moyens d'entretenir son matériel, ni même d'investir dans du nouveau.

Ce n'est donc pas en 2011 que des pêcheurs à la ligne ont profité de la perte de deux cages ?
Ca, c'est une image qui date du tout début de l'aquaculture, pendant la phase pilote, en 2002-2003. C'était avec les installations du premier éleveur privé qui était la société Aquamarine de Bourbon. Effectivement, à cette époque là, de nombreux poissons qui appartenaient à l'ARDA s'étaient échappés et avaient fait le bonheur des pêcheurs à la ligne, du Cap Marianne jusqu'au Port. Finalement, ça a été le premier coup de publicité involontaire pour l'ombrine (rires).

Très peu de Réunionnais semblent connaître ce poisson ?
Il était écoulé dans le marché de la grande distribution, en restauration, auprès des particuliers. Encore une fois, c'est faute de moyens pour mettre en place des campagnes de communication que sa consommation ne s'est pas développée.

L'ombrine était-elle présentée sous cette appellation ?
Ce qui a brouillé les consommateurs c'est que le poisson a été commercialisé consécutivement sous l'appellation d'ombrine, puis de courbine, puis de nouveau ombrine, puis ombrine ocelée et enfin ombrine mascarine. On a eu aussi un beau succès avec le sargue doré (équivalent de la dorade de Méditerranée). On l'a commercialisé pendant deux ans et c'est un poisson qui a suscité un intérêt fort auprès des consommateurs.

L'ombrine évolue dans les 6 cages de la ferme en mer
L'ombrine évolue dans les 6 cages de la ferme en mer
Avec une activité qui n'a jamais décollé, quelles pouvaient être vos chances de faire mieux ?
En travaillant toutes ces années dans la difficulté, ce que nous voulions c'était justement monter un plan qui nous permette de travailler correctement. Nous savions que ce n'était pas une activité très lucrative mais voilà, nous sommes passionnés, aussi bien de la faune marine que d'aquaculture, que du poisson en général. Et pour nous l'aquaculture reste aujourd'hui une activité complémentaire à la pêche et ce poisson avait toutes ses chances pour réussir à percer sur le marché. Malheureusement, n'ayant jamais eu de moyens pour communiquer sérieusement sur l'ombrine et le sargue doré, les résultats n'ont jamais été atteints. Nous avions pourtant des avis très favorables de tous nos clients pendant toutes ces années.

Qu'est-ce qui a fait avorter votre projet de reprise ?
Ce qui nous a freiné, c'est que le projet de convention entre l'ARDA et la SAM qui nous a été présenté le 21 mars 2013 par le directeur de l'ARDA, Pierre Bosc, laissait apparaître trop d'incertitudes sur l'approvisionnement en juvéniles. Chose que nous réclamions impérativement pour la reprise. Et ce malgré le fait que cette association, dont c'est coeur de métier, ait touché beaucoup, beaucoup, beaucoup de subventions pour travailler sur cet approvisionnement, - et là on peut sans doute réellement parler de pompe à fric - puisqu'il y eu énormément d'argent qui a été donné à l'ARDA dans le cadre de la recherche et du développement de l'aquaculture. Et malheureusement aujourd'hui, qu'il s'agisse de l'aquaculture marine comme de l'aquaculture continentale : c'est une catastrophe.

Enfin, M. Hoareau n'a jamais déposé le bilan puisqu'on est resté en procédure de sauvegarde. Ils ont tout fait pour éviter le redressement judiciaire. Nous l'avions abordé avec le tribunal de commerce car nous souhaitions cette mise en redressement pour pouvoir travailler plus en profondeur avec l'administrateur à la reprise et surtout connaître les causes réelles qui ont amenées l'entreprise à dégringoler comme cela. Et donc c'est quelque chose qui n'a jamais été fait. Nous sommes donc passé directement de la procédure de sauvegarde à la liquidation, tout simplement parce que les actionnaires, M. Hoareau et l'ARDA, avaient certainement peur que le tribunal de commerce s'aperçoive de leur grosse faute de gestion.

La SAM était-elle réellement une entreprise qui ne vivait que de sa production ? Il vous collait à la peau l'image d'entreprise hyper subventionnée…
On peut dire que nous n'avons pas vécu que de notre production parce que durant des années, nous avons commercialisé également le filet de tilapia à destination des restaurateurs, des grandes surfaces. Mais la commercialisation de ce produit s'est faite au détriment de la coopérative aquacole qui s'appelait Aquacoop. Ce rapprochement nous a permis de mutualiser les moyens sur la livraison mais cet outil coopératif a été volontairement saboté car notre société a accaparé le produit phare de cette coopérative. Ce qui a permis à la SAM d'équilibrer ses comptes et accessoirement, a évité notre dépôt de bilan trop rapidement. Non, nous ne vivions pas que de notre production car il y avait aussi un négoce de l'import et de la revente sur le marché local qui était fort intéressant pour cette coopérative qui a fait naufrage. Mais la SAM a donc été obligée d'investir dans du matériel pour effectuer sa distribution (comme ce camion frigorifique), d'élargir sa masse salariale par l'embauche d'un chauffeur livreur et d'un commercial. Tout ceci a fragilisé notre entreprise.

M. Hoareau a minimisé selon vous le passif de la société à son dépôt de bilan ?
Nous avions les rapports des comptes des derniers exercices de la SAM en vue de notre projet de reprise et quand on lit qu'il n'y aucun passif (hormis les 15.000 euros consentis dans l'achat d'un camion frigorifique, ndlr), on sait que ce n'était pas totalement le cas.  Il y avait quand même 125.000 euros de compte courant d'associés à honorer et des dettes pour certains fournisseurs à hauteur de 15 à 20.000 euros. Avec bien sûr un gros investissement à faire dans la structure pour pouvoir repartir. Nous envisagions d'injecter 100.000 euros sur les deux premières années d'exercice. Effectivement, dans le projet de reprise, les actionnaires nous ont concédé l'abandon de leur compte courant, même s'il a fallu insister et que cette décision est arrivée tardivement, peu de temps avant la liquidation. Oui, ils étaient prêts à nous céder l'entreprise à l'euro symbolique. Mais il nous restait à honorer un compte courant d'associé, celui de notre ancien secrétaire exécutif. Ce monsieur s'est fortement investi pendant un an avec nous, sans salaire. Il avait mis de l'argent sur un compte courant, s'est retiré, et lorsqu'il a demandé à être remboursé, personne ne l'a fait. Vraisemblablement, il risque de perdre 25.000 euros qu'il a injectés dans la société. C'est d'autant plus dommageable qu'il y avait un pacte d'accord entre associés où les actionnaires s'engageaient à rembourser.

Que reste-t-il des six cages en mer ?
Nous, on a laissé la concession en l'état. A la sortie du tribunal de commerce, on nous a dit : "voilà, demain ne venez pas travailler". Donc tout est resté en plan sans aucun démontage (la décision de liquidation par le tribunal de commerce a été prononcée le 14 avril 2013). Notre dernière semaine de travail, puisque nous avions quand même obtenu un sursis, a été de vider les cages des derniers poissons sur zone, le temps d'écouler le stock.

Si vous ne serez pas les futurs repreneurs, en avez-vous malgré tout des échos ?
Nous restons en contact avec le liquidateur financier que nous devons revoir. Le jour de la liquidation au tribunal de commerce, le nom de certaines sociétés a été cité mais à ce jour nous ne savons pas si cette structure (ils regardent la ferme au large) va accueillir un nouvel exploitant. Quoiqu'il en soit, ça s'annonce difficile de se lancer dans une aventure comme celle-ci sans être du métier…

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Un prochain article abordera leur vécu face à la présence de requins en baie de Saint-Paul
* Patrick Hoareau, ex-président de la ferme aquacole, livre son écoeurement
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De gauche à droite :
Arnaud Bettes : Embauché en 2002 par l'ARDA où il travaillera pendant 5 ans sur le projet pilote de cages en mer et sur le conditionnement des géniteurs à terre. Il est basculé vers la SAM en 2007 mais continue de travailler pour les deux structures quelques mois.
Alain Labonne : il a travaillé près d'un an à la station marine du Port de l'ARDA, deux ans à la station continentale de l'Etang-Salé puis deux ans à la SAM à partir de 2011.
Pascal Parisse : il est entré à la constitution de la société SAM en janvier 2007 jusqu'à la liquidation mais avait travaillé dès 2003 pour l'ancien exploitant Aquamarine de Bourbon.
Vendredi 27 Septembre 2013 - 10:33
ludovic.grondin@zinfos974.com
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1.Posté par noe le 27/09/2013 11:07
Un poisson de dernière catégorie , pas goûteux en carri ...la chair se décharne trop vite à la cuisson et le piment ne rentre pas bien dans la chair !

2.Posté par résidente de la baie indignée le 27/09/2013 11:43
Quand est-ce que la mairie de Saint-Paul dont c'est la compétence et son équipe de bras cassés d'EELV va faire enlever cette abominable structure attire requins ???

Faut-il une autre tragédie ???

3.Posté par iliade 974 le 27/09/2013 12:09
En attendant traine dans la baie de St Paul une verrue ..... totalement a l'abandon........
Belle image que la reunion patrimoine de mes deux

4.Posté par élevage de makros le 27/09/2013 12:23
On aime quand zinfos nous sort de vrais informations comme ça. Bravo.

5.Posté par operation gros lavement le 27/09/2013 12:28
2.Posté par résidente de la baie indignée le 27/09/2013

la mairie de Saint-Paul dont c'est la compétence


c'est quoi cette mentalité de toujours demander au contribuable de payer?
en 1996 il y avait 11 DCP posés par le comité des peches
ce meme comité des peches touches de subventions d'EDF pour deposer des dechets dans son projet corail

et il faudrait qu'a nouveau les contribuables payent pour sortir toutes ces merdes deja subventionnées??

6.Posté par contribuables!!!!!. le 27/09/2013 13:23
maintenant ces mêmes escrocs veulent un musée des eaux douces a L'ETANG SALE salé avec la benediction de la REGION ..!! l'argent coule a flot dans ce pays pour certains copains coquins.??

7.Posté par les copains coquins parlons-en!!! le 27/09/2013 14:48
et le pire de tout, l'argent continuer de couler à flot. Avec encore plus de 215 000 euros attribué récemment à cette association il y a peu par la commission permanente région.
C'est tout simplement incroyable mais vrai car nous sommes à la Réunion.
D'ailleurs à ce sujet, Pierrot a fait un très bon article concernant un de ces messieurs. Il serait bon de faire le ménage dans ce panier à crabes pour le bien de tous.

8.Posté par romain le 27/09/2013 15:08
Post 5.
Si personne ne le fait qui d autres ?? Merci de nous éclairer

9.Posté par La conscience le 27/09/2013 15:11
Bravo les gars. Bonne continuation. J'ai déjà mangé votre poisson, il est très agréable en bouche avec une chaire fine.
ti jaune, cabor de fond et autres poisson local de nos fonds marin qu'ont trouve en mer c'est dangeureux en carry et vos poissons sont bien adaptés en papillotes.
Très bon produit. Batter vous les gars je suis déjà un acheteur très motivé. En plus vu le pris au kilo, c'est mieux que de manger des poissons congelés qui sortent dehors.
POST 1, ou mette trop de lo dans ton carry. Moins d'eau et cuisson a petit feu, car c'est un poisson fragile. Tu verras, la chaire est tendre et le piment i rentre bien dans le poisson et la sauce. La cuisine c'est un art.
POST. 6, d'accord avec vous sur le plan magouille.

10.Posté par TI bondié le 27/09/2013 16:38
ARDA,ARDA,ARDA? MAIS QUE FOND LES CONTROLEURS FISCAUX ,SONT-ILS AUSSI DES AMIS? L'ARDA EST DANS LA MERDE.

11.Posté par lecteur normal le 27/09/2013 17:18
5.Posté par operation gros lavement

Faut vous laver les yeux avant d'écrire n'importe quoi,....

La mairie de Saint-Paul en particulier ses élu-e-s verts de gris étrangement muets sur ce dossier levé depuis près d'un an par Zinfos qui avait relayé un très bon article du JIR, à le pouvoir de police d'EXIGER sur tout son territoire et sa bande maritime des 300 mètres le nettoyage et le ramassage de toutes matières polluantes pour son environnement.... elle peut après mise en demeure rester sans réponse effectuer ou faire effectuer ces prestations par toute entreprise choisie par elle et les facturer aux contrevenants..... encore faut-il qu'il y aie eu ce travail de relever et de contrôler ces infractions.... ce qui démontre soit le laxisme voir le j'en foutisme de nos élu-e-s cumulards ou pire,ce qui apparaît évident, LEUR INCOMPETENCE !!!

12.Posté par indigné le 27/09/2013 18:15
Les requins d'eau douce sévissent en eaux salées aussi apparemment .Les Makros sont ils appelés à disparaitre ?Ils commencent à être repérés c'est déja ça!

13.Posté par Centurion le 27/09/2013 20:04
Pourquoi ces ex employés ne reprennent'ils pas cette entreprise bordel ?
Montrer que vous etes capable de diriger au lieu de ladilaferer comme vous le faites !!!!
SI MOINS TE ZOT MOIN TE SAUTE SU L'OCCASION !!!!

14.Posté par timagnol le 27/09/2013 20:48
Que la cour des comptes fasse son boulot et que les voyous de la gestion de fait (les donneurs et les receveurs de fonds publics) soient amenés du côté de Champ Fleuri !

15.Posté par Nono le 02/10/2013 13:14
"Un prochain article abordera leur vécu face à la présence de requins en baie de Saint-Paul "

J'attends cet article avec impatience...

16.Posté par Nono le 02/10/2013 13:27
Qu'en pense l'association "Nou lé kapab" ???

17.Posté par électeur attentif le 02/10/2013 17:09
16.Posté par Nono

En réalité leur véritable appellation c'est :

" Nou lé pa Kapab " d' ozer créer des emplois.... on préfère nout' petite vie tranquille à vivre des aides en tous genres ke nos zélu-e-s kumulards versent à nou parce ki zon peur de pas être réélus !!!!

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