Faits-divers

Les bras-cassés du car jacking: Sept accusés, 6 inconscients et 1 meneur.


Les bras-cassés du car jacking: Sept accusés, 6 inconscients et 1 meneur.
On a les amis qu’on peut. On serre la main qu’on vous tend parce qu’il n’y en a pas d’autre à l’horizon. On se retrouve au sein d’une bande par peur de rester seul. Un peu de chaleur humaine, ça fait toujours du bien. Et comme on est peu regardant sur la moralité du gars d’en face, on ferme les yeux sur un tas de choses.

Le drame, c’est qu’à raisonner ainsi (ou ne pas raisonner, justement), on se retrouve vite entraîné sur des pentes bien savonneuses. C’est apparemment le cas pour cette bande de bras cassés, âgés de 18 à 25 ans, qui a suivi comme un seul homme (pardon, il y a deux femmes dans le tas) un voleur chevronné qui a déjà 15 condamnations à son actif.

Le 25 novembre 2013 à Saint-Pierre, le petit Nicolas, moins drôle que son homologue de BD, avise un sac à dos dans une voiture fermée. Il s’agit de la voiture d’une amie avec laquelle il a passé une partie de la nuit à boire et s’empiffrer mais qu’à cela ne tienne ! N’écoutant que son instinct professionnel, il brise les vitres et s’empare de l’objet de sa convoitise, lequel contient des chéquiers, des cartes de crédit et divers documents administratifs.

Aux enquêteurs puis à la barre, il nie avoir brisé les vitres du véhicule :

« Toute ça lété à terre, moin la trapé. Et quand moin la vu que c’était les zaffairs de cette madame-là, moin la donne les autres ! »

La présidente s’interrogera longtemps sur le fait de savoir pourquoi un car jacker aurait cambriolé une voiture pour abandonner le fruit de ses rapines.

« Mi conné pas, moin ! »

Ce que l’on sait en revanche, et que personne ne niera, c’est que notre ramasseur d’objets volés n’est pas avare et qu’il va distribuer les chèques et cartes comme des prospectus publicitaires à ses dalons. L’aubaine est inespérée et les têtes creuses vont aussitôt essayer de troquer ces chèques contre des marchandises diverses, whisky, champagne, cartouches de cigarettes, piles plates et toutes sortes de bonnes choses.

Si certains commerçants, plus avisés que la moyenne, refusent ces transactions douteuses, il s’en trouve certains pour accepter des chèques sortis du néant, estampillés au nom d’une femme qui n’est manifestement pas l’acheteur en jogging et passe-montagne passant à la caisse.

De quoi se poser une nuée de questions sur la fameuse « démarque inconnue » dont se plaignent tous les commerçants.

Certains des co-accusés n’avaient jamais eu de bisbilles avec la loi ; d’autres se prévalaient d’un CV judiciaire enviable. Le nouveau vice-procureur a donc modulé ses réquisitions selon les cas.

Me Lebras, avocat de l’une des accusées, a prouvé une fois encore qu’il ne manquait pas d’air : « Elle est accusée de recel, certes, mais elle n’a jamais été consciente de receler quoi que ce fût ! » Comme M. Jourdain faisait de la prose, en somme… car notre dame à l’ignorance candide a quand même acheté des robes à droite et à gauche avec des chèques qui n’étaient pas à son nom.

Me Osmane Omarjee avait la tâche délicate de défendre un co-accusé quelque peu arrogant, voire insolent à la barre, et ce n’est pas la première fois. Avec obstination, il s’attachera à démonter fil après fil le tissu d’accusations pesant sur les épaules du jeune homme. En mettant en avant quelques points positifs : il travaille, il a des diplômes (oui…mais alors, que venait-il faire dans cette galère ?), il soigne son addiction au Rivotril, certificats médicaux à l’appui.

Le petit Nicolas était le 3è à bénéficier de l’aide d’un avocat, Me Cazal, les autres étant non représentés ou absents.

« Il a un casier judiciaire bien chargé, donc on ne le croit pas. Il serait donc incapable de dire autre chose que des mensonges ? Qui plus est, il comparaît détenu dans une affaire à venir, ce qui le rend encore plus suspect ! Il est forcément incapable de faire autre chose que voler et mentir ? Or, quand il a appris qu’on le recherchait, il s’est présenté spontanément à la gendarmerie ». Et de mettre en avant que très jeune, l’accusé a été plongé dans un milieu marqué par une délinquance constante. D’où il est difficile de sortir, « ce qui ne signifie nullement qu’il n’a pas accompli de réels progrès dans son désir et sa démarche de réinsertion ! »

La Cour n’en a pas été convaincue, qui a rajouté un petit supplément de 8 mois au casier du principal accusé. Un comparse au casier plein comme une outre récolte la même addition ; les autres condamnations s’étalent entre 1 mois avec sursis à 3 mois fermes.

Sauf pour le client de Me Omarjee qui s’en repart avec juste avec 150 jours-amendes à 5 euros pièce. Bien joué !
Vendredi 5 Septembre 2014 - 07:19
Jules Bénard
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