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Les Zorro de la presse ont eu la peau de l'Attorney General


Vous êtes abonné à Netflix ? Oubliez tout ! Sur le caillou mauricien depuis une semaine, la presse dévoile une série à succès. Une parodie d'enquête d'investigation montée en mayonnaise avec le mélange du genre Made in Mauritius. Un escroc transformé en héros et des journalistes qui sont devenus leur propre caricature.

Un bon film de journalistes, comme un bon film de héros de guerre ou un bon film de cricket, doit obéir à certaines règles. L'Express sous la plume de son rédacteur en chef a noirci des pages pour nous offrir le meilleur scenario possible digne d'un polar. 

Le ton est donné : "En un peu moins d’un quart de siècle de carrière au sein de la presse, c’est l’une des plus grosses affaires sur lesquelles j’ai travaillé."

C'est sans nous rappeler "Spotlight" le film tiré d'une histoire vraie qui a remporté la statuette du meilleur film aux Oscars en 2016 basé sur une enquête journalistique difficile dans un milieu très fermé et secret : la pédophilie au coeur de l'Eglise catholique de Boston.  

On découvre le monde du journalisme d'investigation. Au nom de l'information ces journalistes iront au bout de leur enquête, malgré les efforts de certains pour cacher la vérité. Ils se font rares mais ces vaillants justiciers de la vérité et dans l'ombre existent. C'est en substance le message d'espoir du film. Sauf qu'au final ils seront sous les feux des projecteurs et des paillettes d'Hoolywood. 

Si le monde du journalisme paraît inaccessible pour la plupart des personnes, ce thriller montre la réalité d'une enquête d'investigation. C'est à quelques degrés près ce que l'Express nous a vendu en "exclusivité" et "Breaking News" avec en toile de fond le nouveau scandale concernant Ravi Yeerigaddoo, Attorney General de fonction. Celui-ci est implicitement impliqué dans une affaire de paris en ligne et d'allégations de blanchiment d'argent. Le sujet est devenu presque invisible tant les héros du jour sont encensés. 

"Certes, nous ne sommes pas une instance judiciaire, mais ce que l’on peut vous dire : heureusement qu’il existe à Maurice des contre-pouvoirs, surtout quand l’opposition chôme". Nad Sivaramen. La messe est dite. Amen.

La "genèse" de l'enquête où la culture du "triomphe" est "modeste". Un scénario à vous siffler les tympans à défaut de couper le souffle tant ça suinte d'égocentrisme. L'intrigue commence par un teasing. Un de plus. Rien de mieux pour lancer le feuilleton. S'ensuivent des scènes prenantes et à suspense, des discussions tendues. On se sent au cœur de l'enquête. On parvient à se mettre dans la peau des acteurs, on croit pouvoir aider, tout en se sentant inutile. Le mélange est parfait. Tout y est. 

On veut y voir des gens intelligents, en bras de chemise, bosser jusque tard dans la nuit en se nourrissant de pizzas froides et de bières tièdes. Nous ne sommes pas déçus. Rien de mieux qu'un petit coup de mou au milieu de la nuit et une descente dans un snack connu de la capitale pour faire grimper le taux de glucides. Tout est minutieusement scénarisé. On se régale au propre comme au figuré. 

Il faut un personnage de rédac chef sévère mais juste. On y apprend que le rédac chef décide d'héberger sa fine équipe chez lui. C'est pleins de bonnes intentions et de bienveillance. La larme à l'oeil face au cliché du dur à cuire devenu bisounours.

On s'y croit presque. Des deadlines incompressibles, des vies privées qui foutent le camp, des téléphones qui crépitent sans cesse, le cliquetis ininterrompu des claviers en surchauffe, puis ces moments où l’enquête piétine avant qu’un témoin décisif, genre Gorge profonde, ne surgisse de nulle part et donne le tuyau essentiel qu’on n’attendait plus. Tout ça sous la houlette de "journalistes passionnés et raisonnés" qui "Break the Story". Le Prix Pulitzer est à portée de main, le Award CNN Africa quasi dans la poche. Il suffit que la Walt Disney Compagny ou la Warner achètent les droits et produisent le film. 

Et aussi, tant qu’à faire, pour corser les choses, une bonne scène d’intimidation, où l'escroc corrompu jusqu'à la moelle affiche sur son Facebook qu'il sent sa vie menacée et sa "tête mise à prix". 
Le Candide n'ayant trouvé mieux pour défendre ses droits que l'avocat Roshi Badhain. L'homme qui avait pour habitude de retrouver des journalistes tard le soir lorsqu'il était au pouvoir pour des séances de papotage. Le même qui ne cesse d'arroser les rédactions de révélations fracassantes sur ses anciens amis devenus ennemis politiques. Cette bonne source fiable et efficace dont les journalistes adorent. 

Une fois que ces éléments sont réunis, c’est encore mieux si la quête fiévreuse de la vérité ressemble à un thriller. L'Attorney General a du "step down" le temps de l'enquête. La conscience des uns et des autres est sauve.

Il faut bien que de temps en temps les journalistes œuvrent pour une cause noble, une cause juste – faire tomber un dirigeant qui a menti au peuple. On n’est pas là pour regarder des types remplir la rubrique des chiens écrasés ou écrire des jeux de mots pourris dans leur gazette. Non ici c'est du sérieux. Le "quatrième  pouvoir" a des choses à dire. Ils ont même fait appel à leur caricaturiste maison pour immortaliser le "storytelling". Une BD crayonnée grossièrement avec comme particularité beaucoup de texte. Histoire que si quelque chose nous échappe encore...

Conscient qu’il n’a pas besoin de frimer pour sonner juste. Notre rédac chef dans une une ode à la presse papier qui procure la même ivresse qu’un article bien troussé clame : "On m’a souvent posé cette question : «Pourquoi faites-vous cela ?» La réponse, pour nous, est évidente : nous le faisons pour nos lecteurs qui sont nos seuls juges ! Et tant que vous, lecteurs, ne serez pas «dégoûtés» par nous, on continuera avec toute notre énergie". 

Ce qui fait dire à la Mauricienne que certains éditorialistes "sont à la déontologie ce que l'Abbé Pierre est aux stups". 



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Dimanche 17 Septembre 2017 - 11:48
La Mauricienne
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