Société

Les Français ont-ils moins de chances de gagner à l'Euro Millions ?


Les Français ont-ils moins de chances de gagner à l'Euro Millions ?
 
Les Français ont-ils moins de chances de gagner à l'Euro Millions que d'autres joueurs européens ? Une question à première vue saugrenue mais qui mérite malgré tout d'être posée. C'est du moins ce que pense Laure Meilheureux, une joueuse à la grande loterie européenne qui vient de déposer une plainte auprès de la Commission européenne pour "non-respect du droit communautaire", révèle le Parisien dans ses colonnes.

L'objet du courroux de Laure Meilheureux : Alors qu'un Français peut jouer au maximum, sur une grille, trois étoiles et neuf numéros soit 378 combinaisons pour un montant de 756 euros, un Espagnol peut lui jouer 10 numéros et cinq étoiles soit 2.520 combinaisons pour 5.040 euros. Ainsi, l'équité entre les joueurs ne serait pas assurée.

Des arguments que réfutent la Française des jeux. Pour l'entreprise, qui réaffirme sa volonté de protéger les joueurs en limitant le montant maximum des mises, l'équité entre les joueurs est respectée car le montant de la mise est le même dans chaque pays (2 euros) et rien n’interdit les joueurs français de jouer 1.260 grilles simples à 2 euros chacune pour avoir autant de chances qu’un Espagnol. Un dernier argument qui ne convainc par l'avocate de la plaignante, Me Daphné Pugliesi, citée par le Parisien: "cocher 1.260 combinaisons différentes sur des grilles simples peut prendre de très longues heures. Et trouver un buraliste qui veuille bien enregistrer 1.260 bulletins relève de l’exploit".

Même sans avoir touché le jackpot à l'Euro Millions, Laure Meilheureux pourrait bien recevoir un chèque de la Française des jeux. Mais la chance n'y serait alors pour rien...
Lundi 18 Juillet 2011 - 16:58
Lu 9012 fois




1.Posté par okemvele stephane le 18/07/2011 17:46
on dit le casino ne perd jamais.
quelque soit le nom loto quebec , la francaise des jeux etc .
la vie n est pas fruit du hazard tout a une raison .
on dit aussi tu mangera a la sueur de ton front .
Personne ne gagne a ces jeux .
enfin je n ai jamais gagner .
madame et messieur on se paie une chateau en ecosse avec vos reves legitimes .

stop la gratto mani, la loto mani et autre escroquerie

2.Posté par TEGO le 18/07/2011 17:53
Les Reunionnais ont-ils moins de chances de gagner à l'Euro Millions ? je réponds oui la FDJ a toujours truqué ce jeu depuis sa première apparition . Il faut savoir que la FDJ a mis hors champ la REUNION pour le tirage , les bulletins validés ne sont pas prises en compte lors du tirage et puis l' électronique ne laisse peu de chance de gagner et pas équitable dans les 10 pays participants . Une loterie doit être les mêmes modalités !

3.Posté par noe le 18/07/2011 17:59
Il faut savoir ne mettre que les bons numéros et là , on est sûr de gagner ...Beaucoup de gens mettent n'importe quels n° ...pas bon ...
Et puis tous les gagnants ont tenté leur chance en mettant une bougie à la Vierge Noire ...

4.Posté par noe222222222222222222 le 18/07/2011 18:53
Pour gagner il faut jouer et pour jouer il faut avoir gagné !!! Et c'est en essayant encore et encore que le gagnant apprend à gagner ...Et bien sûr , il est bien des choses qui ne paraissent impossibles que tant qu'on ne les a pas tentées....n'est-ce pas ?


5.Posté par Des millions de cons le 18/07/2011 19:32
L'Euromillions, c'est de l'arnaque d'État légale pour les cons.

6.Posté par martignoni le 18/07/2011 19:46

Chance de gagner à Euromillions, affaire Riblet, aléatoire prépondérant, financement et instrumentalisation du jeu pathologie maladie : la Française des jeux se croit tout permis et se permet tout


LE DOUBLE JEU DE LA FRANCAISE DES JEUX : UN JEU DANGEREUX


Jean-Pierre G. Martignoni-Hutin (sociologue)


La Française des jeux finance ses ennemis, les anti-jeu de la doxa du jeu pathologie maladie - notamment le centre du jeu excessif de Nantes dirigé par JL Vénisse - pour mieux les contrôler mais dans le même temps se lance dans une course effrénée à la croissance, jamais vue depuis sa création. La politique éthique mise en œuvre par Christophe Blanchard Dignac (PDG de la Française des jeux) a pour conséquence en réalité - sous couvert d’une lutte contre le jeu excessif et le jeu de mineur - de produire plus de jeu. Habile stratège - mais certains pourraient considérer cela comme de la duplicité - le patron de la FDJ a profité du débat sur le jeu pathologique, de l’inquiétude des pouvoirs publics en matière de santé publique, de la loi sur les jeux en ligne, non pour mettre la pédale douce en matière de développement mais au contraire, pour accélérer sa croissance tout azimut par une incitation au jeu accrue. La politique de jeu responsable mis en œuvre par la Française des jeux va produire en final du jeu excessif… Les meilleures preuves de cette démonstration se situent dans les résultats de l’opérateur de loteries. En pleine crise économique il surperforme (+5,5 % en 2010) en dépassant pour la première fois la barre symbolique des 10 milliards. Dans le même temps la société dirigée par Christophe Blanchard Dignac a l’audace - ils se croient tout permis et ils se permettent tout - de lancer en juin 2011 « une campagne nationale contre l’addiction au jeu » ! Au même moment Jean Luc Vénisse (financé à hauteur de 2 millions d’euros par la FDJ) associé aux addictologues M. Reynaud et A . Belkacem sortent un fascicule : « Du plaisir du jeu au jeu pathologique, IOO questions pour mieux gérer la maladie» Et Michel Reynaud d’affirmer dans France Soir du 6 juin 2011 que « de tous les opérateurs la Française des jeux est celui qui en fait le plus pour le contrôle et la prévention du jeu excessif. La boucle est bouclée. La collusion d’intérets marche à fond pour les deux parties en présence. Dernières précisions qui montre le vrai visage de la Française des jeux : l’inflation et les chances de gagner. L’opérateur historique profite du lancement de nouvelles formules, de nouveaux jeux, pour augmenter fortement ses prix et diminuer tout aussi fortement l’espèrance statistique qui permet de décrocher la cagnotte. Ils se croient tout permis et ils se permettent tout. Ainsi en 2008 le Loto passe de 1,2 euros à 2 euros ( soit une augmentation de 67 % !!) et l’espèrance statistique évolue d’une chance sur I4 millions à une chance sur I9 millions. Pour le nouvel Euro Millions sorti en mai 2011 la FDJ a fait encore plus fort. La probabilité de trouver les 7 bons numéros passe d’une chance sur 75 millions à une chance sur 116 millions ! La politique mise en œuvre par la Française des jeux n’a donc rien à voir avec une politique des jeux raisonnable, modérée et qui respecte sa clientèle. Elle apparaît au contraire comme une politique anti consumériste de rentabilité accrue, qui abuse de sa position dominante et son monopole. Elle agit de plus en plus comme un Etat ludique dans l’Etat Croupier peu soucieuse en réalité de l’intérêt général et des Français qui jouent. Le PDG de la Française des jeux fait jouer à une société qui ne lui appartient pas, un double jeu très dangereux qui risque à terme d’énerver Nicolas Sarkozy, à l’origine de la politique jeu responsable quand il était Ministre de l’Intérieur. Cette duplicité risque également d’irriter fortement Bruxelles et la Cour de justice Européenne.

Quant à la récente affaire d’Euro Millions qui voit une joueuse (Laure Meilheureux) déposer plainte contre la FDJ auprès de la Commission Européenne, elle dévoile aussi beaucoup du vrai visage de la Française des jeux. Si le journal le Parisien se fourvoie quand il précise que « les chances de gagner ne sont pas les mêmes selon les pays », on peut en effet s’interroger pour savoir pourquoi c’est en France que le nombre de combinaisons possible en jeux multiples pour Euromillions est le plus bas ( 378 pour 756 euros, alors qu’un joueur espagnol peut jouer 2520 combinaisons en une seule fois pour une mise de 5040 euros). Souhaite t elle vraiment protéger les joueurs comme elle l’affirme : « nous souhaitons compliquer la vie du joueur excessif pour ne pas encourager les abus qui peuvent conduire à des addictions » ou instrumentalise t elle la question du jeu pathologie maladie en essayant d’éliminer les gros joueurs ou les regroupements de joueurs qui voudraient investir ou jouer gros jeu dans Euromillions ? On peut sérieusement s’interroger. Cette histoire rappelle l’affaire des jeux de grattage (découverte aussi par un joueur qui jouait gros jeu Robert Riblet) ou l’on voyait la FDJ inventer un concept inconnu en probabilité ( aléatoire prépondérant) pour contrôler la distribution des gros gains sur tout le territoire. Elle cherche désormais aussi à contrôler la manière de jouer des joueurs. L’ensemble indique que l’opérateur historique plus que jamais se croit tout permis et se permet tout.

© JP G. Martignoni-Hutin, Lyon, France, 173. Juillet 2011



7.Posté par Fab le 18/07/2011 19:52
Je ne gagnerai sûrement jamais mais ça ne m'empêche de continuer à jouer.. 20 € par mois pour espérer gagner des millions, j'estime que ça en vaut la chandelle. C'est sûr que dans tout ça le grand gagnant reste la FDJ donc l'Etat.
Par contre je ne savais pas que les règles n'étaient pas les mêmes dans tous les pays. C'est du n'importe quoi, une honte pour un organisme aussi sérieux que la FDJ..
Post 2, pouvez-vous développer et apporter la preuve du "Il faut savoir que la FDJ a mis hors de champ la REUNION pour le tirage, les bulletins validés ne sont pas prises en compte" ??! Ca a l'air intéressant..

8.Posté par citoyen le 18/07/2011 21:06
pfff n'importe quoi, quand on sait que les gagnants sont souvent avec une mise minime, voire un flash...à 2 balles...

1chance ou 1000 chances sur 100 000 000....: il faut de la chance de cocu! et encore, un cocu chanceux!

9.Posté par sgeg le 18/07/2011 22:10
le dégénéré est totalement " out of space" ...ses posts 3 et 4 ? faut le faire soigner !

10.Posté par TEGO le 18/07/2011 22:28
A 7.Posté par Fab , pour une simple bonne raison dans toutes les combinaison possible et de probabilité la FDJ a l'avantage qu'avant chaque tirage les spécialistes de l'informatique sevrés et payés par la FDJ d'écarter les combinaisons validés par n'importe quel joueur , la FDj sait à l'avance les N° cochés grâce à la validation d'un bulletin de jeu dans un bar tabac ou autres établissements de jeu . Les appareils servant de jeu sont directement connecté à la central de la FDJ . Depuis bien longtemps que ce n'est plus le un tirage avec une main innocente . Par contre avec un appareil informatisé tout est possible . A malin , malin et demi , la FDJ sait parler une machine , l'enjeu est énorme pour l'Etat !

11.Posté par ffilou6 le 19/07/2011 04:06
L'article oublie de mentionner que les heures de dernière limite pour valider sa grille de numeros sont différentes selon les pays, et que la joueuse qui porte plainte demande aussi que le temps entre la dernière heure limite pour jouer une grille et le tirage soit le plus court possible.
Car entre la validation des dernières grilles et le tirage, les ordinateurs ont le temps de calculer les combinaisons les moins achetées...
On n'a toujours pas de preuves réelles que le tirage est en direct, et dans les reportages sur les coulisses, la présence d'huissiers c'est juste pour donner un semblant d'image que c'est contrôlé et vérifié et légal, ce n'est que de la communication... Et il est très facile de truquer et modifier le tirage, notamment par l'utilisation des plans de cameras: comment peut-on vérifier qu'il s'agit de la même machine qui secoue et délivre des boules, lorsque la machine est filmée dans son ensemble, puis lorsqu'il y a un zoom ou agrandissement ou focalisation sur le couloir de sortie des boules? Là aussi, ce n'est que de la communication par l'image...

12.Posté par noe974 le 19/07/2011 07:41
Pour gagner , il suffit d'aller voir des marabouts genre Mme Soleil ..Ces gens sont extra-lucides , ils voient tout et tout les voient ...Il y a aussi les "prêtres malgaches" qui officient bien ...Et puis St Expédit ou les Vierges, Noire , au Parasol ...apès une bonne prière , la Madonne peut vous donner les n° qu'il faut cocher ...et vous serez ce chanceux sur 17000000 qui empochera le grelot !

13.Posté par François le Français le 19/07/2011 16:51
les français sont nuls en tout de tout façon !

14.Posté par martignoni le 19/07/2011 20:54

Chance de gagner à Euromillions, affaire Riblet, aléatoire prépondérant, financement et instrumentalisation du jeu pathologie maladie, incitation au jeu accrue…


LA FRANCAISE DES JEUX SE CROIT TOUT PERMIS...ET ELLE SE PERMET TOUT


Jean-Pierre G. Martignoni-Hutin (sociologue)


La récente affaire d’Euro Millions, qui voit une joueuse (Laure Meilheureux) déposer plainte contre la Française des jeux auprès de la Commission Européenne, dévoile beaucoup du vrai visage de la FDJ. Si le journal le Parisien se fourvoie, quand il précise que « les chances de gagner ne sont pas les mêmes selon les pays », on peut s’interroger pour savoir pourquoi la FDJ limite le nombre de combinaisons possible en jeux multiples d’Euromillions à 378 (pour 756 euros) alors qu’un joueur espagnol peut jouer 2520 combinaisons en une seule fois ( pour 5040 euros). La FDJ souhaite t elle vraiment protéger les joueurs comme elle l’affirme : « nous souhaitons compliquer la vie du joueur excessif pour ne pas encourager les abus qui peuvent conduire à des addictions » ou instrumentalise t elle la question du jeu pathologie maladie pour éliminer les gros joueurs - ou les regroupements de joueurs - qui voudraient jouer gros jeu à Euromillions ? On peut sérieusement s’interroger.

Certes, certains seront choqués d’apprendre que des Français engagent (souhaitent engager) autant d’argent dans Euromillions . Mais après tout c’est leur choix. Arrêtons de tout moraliser par une politique du care hypocrite et envahissante. Les Français ont plus besoin de millions que de conseils (sic) Par ailleurs, à qui la faute ? Les discours des pompiers pyromanes, ça commence à bien faire. Les pactoles de plus en plus faramineux d’Euromillions attisent les convoitises des Français et des Européens qui peuvent percevoir ces jeux comme une forme de placement, certes à très haut risque, mais une forme de placement tout de même. Comme ils pensent - ont ils complètement tort ? - qu’on ne prête qu’aux riches, ils expérimentent cette maxime dans la sphère ludique. Les logiques internes à la praxis ludique indiquent que ça n’a rien d’absurde.

A ceux qui voudraient jouer comme les Espagnols, la FDJ – cynique - indique « qu’ils peuvent toujours cocher 1260 grilles simples à 2 euros » ! Totalement absurde, car bien entendu strictement impossible à réaliser matériellement. L’opérateur se moque de sa clientèle. Il y a bien inégalité d’accès au jeu selon le pays ou l’on habite. De fait, la FDJ empêche sa clientèle de jouer gros jeu à Euromillions alors que les Espagnols nous l’avons vu, mais aussi dans une moindre mesure les Belges (1260 combinaisons possibles pour 2520 euros) et les Portugais ( 756 combinaisons possibles pour 1512 euros) peuvent le faire. C’est très curieux. Visiblement l’opérateur n’aime pas les gros joueurs ou les joueurs qui se regroupent pour jouer… forcément plus gros que s’ils jouaient individuellement. Bizarre. Si c’est par soucis de protéger le joueur, et si cela fait partie d’une politique de jeu responsable, que diable l’opérateur historique ne l’a t il pas annoncé avant, haut et fort !Pourquoi ce silence radio. C’est la suspicion légitime d’une joueuse qui a dévoilé l’affaire, une fois de plus ( voir ci après l’affaire Riblet/aléatoire prépondérant) A suivre car en l’absence d’autorité de régulation pour les jeux en dur, en attendant qu’un véritable observatoire scientifique des jeux se mettent au travail pour informer le Comite Consultatif présidé par F. Trucy, la vigilance est de mise. L’absence historique de transparence de la FDJ, son double langage, sa main mise sur les médias et les agences de presse ( voir ci après) autorise une suspicion légitime.

Cette histoire rappelle en outre l’affaire des jeux de grattage (dévoilée par un joueur qui jouait lui aussi gros jeu, Robert Riblet) ou l’on voyait la FDJ inventer un concept - totalement inconnu en probabilité – d’aléatoire prépondérant, pour contrôler la distribution des gros gains de manière homogène sur tout le territoire. Bref la FDJ manipulait avec machiavélisme le hasard et continue certainement à le faire en toute impunité. Elle cherche désormais visiblement à contrôler aussi la manière de jouer des joueurs. L’ensemble indique que l’opérateur historique plus que jamais se croit tout permis et se permet tout.

Sa politique en matière de jeu responsable est particulièrement représentative de cette omnipuissance. La Française des jeux finance ses ennemis, les anti-jeu de la doxa du jeu pathologie maladie - notamment le centre du jeu excessif de Nantes dirigé par JL Vénisse - pour mieux les contrôler, mais dans le même temps se lance dans une course effrénée à la croissance, jamais vue depuis sa création. La politique éthique mise en œuvre par Christophe Blanchard Dignac (PDG de la Française des jeux) a pour conséquence en réalité - sous couvert d’une lutte contre le jeu excessif et le jeu de mineur - de produire plus de jeu. Habile stratège - mais certains pourraient considérer cela comme de la duplicité - le patron de la FDJ a profité du débat sur le jeu pathologique, de l’inquiétude des pouvoirs publics en matière de santé publique, de la loi sur les jeux en ligne, non pour mettre la pédale douce en matière de développement mais au contraire pour accélérer fortement sa croissance par une incitation au jeu accrue. La politique jeu responsable mis en œuvre par la Française des jeux, va produire en final du jeu excessif… Les meilleures preuves de cette démonstration se situent dans les résultats de l’opérateur. En pleine crise économique il surperforme (+5,5 % en 2010) en dépassant pour la première fois la barre symbolique des 10 milliards. L’incitation au jeu est tel que la FDJ a pu être « gênée par son succès » d’après France Soir. C’est en effet dans l’ordre des possibles.

Pour allumer des contre feux vis à vis de cette incitation au jeu accrue, la FDJ pousse le bouchon de plus en plus loin dans le domaine du jeu responsable. La société dirigée par Christophe Blanchard Dignac a l’audace - ils se croient tout permis et ils se permettent tout - de lancer en juin 2011 « une campagne nationale contre l’addiction au jeu » Au même moment comme par hasard, Jean Luc Vénisse (CRJE, Nantes) financé à hauteur de 2 millions d’euros par la FDJ (mais il est vrai que le site du CRJE est très discret sur ce financement) associé aux addictologues M. Reynaud et A . Belkacem sortent un fascicule : « Du plaisir du jeu au jeu pathologique, IOO questions pour mieux gérer la maladie» Et Michel Reynaud d’affirmer dans France Soir du 6 juin 2011, après sans doute plusieurs mois d’études de terrain ( !) et d’études comparatives ( !!), que « de tous les opérateurs la Française des jeux est celui qui en fait le plus pour le contrôle et la prévention du jeu excessif. » La boucle est bouclée. La collusion d’intérets marche à fond pour les deux parties. Plus c’est gros, plus ça marche. En cherchant bien on apprend que ce livre est publié et distribué via un mécénat …de la Française des jeux. Mais bien entendu la plupart des médias n’ont pas repris ce détail.

Autres informations, qui montrent une nouvelle fois le vrai visage de la Française des jeux : l’inflation de ses produits et les chances de gagner. L’opérateur historique profite du lancement de nouvelles formules ou de nouveaux jeux, pour augmenter fortement ses prix et diminuer tout aussi fortement, l’espèrance statistique qui permet de décrocher la cagnotte. Ils se croient tout permis et ils se permettent tout. Ainsi en 2008 le Loto passe de 1,2 euros à 2 euros - soit une augmentation de 67 % - et l’espèrance statistique évolue d’une chance sur I4 millions à une chance sur I9 millions. Pour le nouvel Euro Millions sorti en mai 2011, la FDJ fait encore plus fort. La probabilité de trouver les 7 bons numéros passe d’une chance sur 75 millions, à une chance sur 116 millions.

La politique mise en œuvre par la Française des jeux n’a donc rien à voir avec une politique des jeux raisonnable, modérée et qui respecte sa clientèle. Elle apparaît au contraire comme une politique anti consumériste de rentabilité accrue, qui abuse de sa position dominante et de son monopole. Elle agit de plus en plus comme un Etat ludique dans l’Etat Croupier peu soucieuse en réalité de l’intérêt général et des Français qui jouent. Le PDG de la Française des jeux fait jouer - à une société qui ne lui appartient pas - un double jeu très dangereux , qui risque à terme d’énerver Nicolas Sarkozy. Cette duplicité risque également d’irriter Bruxelles et la Cour de justice Européenne.

Certes certains pourront considérer que le PDG de la FDJ – responsable mais pas coupable - n’est après tout qu’un grand commis de l’Etat qui fait très bien son travail et remplit avec zèle les caisses du Trésor Public. Reste à savoir de quelle marge de manœuvre CB Dignac dispose et si elle n’a pas été trop grande justement et cela depuis des années. Reste à savoir si la politique des jeux de la France doit se décider à Bercy ou à Boulogne (siège de la FDJ). Reste à savoir si les excès de zèle du patron de la FDJ, sa politique expansionniste, sa boulimie et surtout sa duplicité, ne sont pas en contradiction en réalité avec la Politique des jeux responsable affichée par le gouvernement depuis quelques années, et inaugurée par Nicolas Sarkozy avec les casinos quand il était Ministre de l’Intérieur.



© JP G. Martignoni-Hutin, Lyon, France, 174. Juillet 2011



15.Posté par polo974 le 21/07/2011 13:54
En fait, ce sont le français qui ont plus de chance de moins perdre . . .

Elle n'a qu'à remplir 13 ou 14 grilles pour claquer son fric (ou m'envoyer l'argent).

16.Posté par Christophe le 30/07/2011 20:25
Tout le monde a les mêmes chances de gagner, et toutes les combinaisons également. Même si on lit le contraire parfois, c'est faux.

Une chose est vraie en revanche : jouer des numéros peu choisis par les joueurs permet de maximiser les gains. En effet lorsqu'ils sortent au tirage, il y a moins de gagnants, donc les gains sont plus élevés.

Comment connaitre les combinaisons les moins jouées ? La communauté met ses efforts en communsur ce site : http://www.onewinner.me (en accès privé pour l'instant. Demandez un code sur le site). Les joueurs déclarent leurs grilles pour vérifier leur originalité, et la communauté découvre ainsi petit à petit les combinaisons les moins jouées. Donc les plus rentables

17.Posté par martignoni le 01/09/2011 13:28

Euromillions, aléatoire prépondérant, financement et instrumentalisation du jeu pathologie maladie, incitation au jeu accrue…


LA FRANCAISE DES JEUX SE CROIT TOUT PERMIS...ET ELLE SE PERMET TOUT


Jean-Pierre G. Martignoni-Hutin (sociologue)


L’affaire d’Euro Millions, qui a vu une joueuse déposer plainte contre la Française des jeux (FDJ) auprès de la Commission Européenne, dévoile beaucoup du vrai visage de l’opérateur historique. Si le journal le Parisien se fourvoie, quand il précise que « les chances de gagner à Euro millions ne sont pas les mêmes selon les pays », on peut s’interroger pour savoir pourquoi la FDJ limite le nombre de combinaisons en jeu multiples à 378 (pour 756 euros) alors qu’un joueur espagnol peut jouer 2520 combinaisons à Euro Millions en une seule fois ( pour 5040 euros). La FDJ souhaite t elle protéger les joueurs comme elle l’affirme : « nous souhaitons compliquer la vie du joueur excessif pour ne pas encourager les abus qui peuvent conduire à des addictions » ou instrumentalise t elle la question du jeu pathologie maladie pour éliminer les gros joueurs ou les regroupements de joueurs qui voudraient jouer gros jeu ? On peut sérieusement s’interroger.

Certes, certains seront choqués d’apprendre que des Français engagent autant d’argent dans Euro Millions. Mais après tout c’est leur choix. Arrêtons de tout moraliser dans une politique du care hypocrite et envahissante. Les Français ont plus besoin de millions que de conseils. Par ailleurs, à qui la faute ? Les discours de pompiers pyromanes, ça commence à bien faire. Ce sont les pactoles de plus en plus faramineux d’Euro Millions et les publicités omniprésentes de la FDJ, qui attisent les convoitises des Français (et des Européens ) qui peuvent percevoir ces jeux comme une forme de placement, certes à très haut risque, mais une forme de placement tout de même. Comme ils pensent qu’on ne prête qu’aux riches, et qu’on ne pardonne qu’aux riches ( cf affaire DSK) ils expérimentent cette maxime dans la sphère ludique. Les logiques internes à la praxis ludique indiquent que ce n’est pas forcément absurde de jouer gros jeu. Mais naturellement on peut gagner Euromillions en jouant… une seule grille à 2 euros.

À ceux qui voudraient jouer comme les Espagnols, la FDJ – cynique - indique « qu’ils peuvent toujours cocher 1260 grilles simples à 2 euros » ! Totalement absurde car strictement impossible à réaliser matériellement. L’opérateur se moque donc de sa clientèle. Il y a bien inégalité d’accès au jeu selon le pays où l’on habite. De fait, la FDJ empêche peu ou prou sa clientèle de jouer gros jeu à Euro millions alors que les Espagnols mais aussi dans une moindre mesure les Belges (1260 combinaisons possibles pour 2520 euros) et les Portugais ( 756 combinaisons possibles pour 1512 euros) peuvent le faire. Visiblement l’opérateur Français n’aime pas les gros joueurs ou les joueurs qui se regroupent pour jouer… forcément plus gros que s’ils jouaient individuellement. Bizarre. Si c’est par soucis de protéger le joueur, et si cela fait partie d’une politique de jeu responsable, que diable la Française des jeux ne l’a t elle pas annoncé avant, haut et fort ! C’est la suspicion légitime d’une joueuse qui a dévoilé l’affaire. A suivre car en l’absence d’autorité de régulation pour les jeux en dur et en attendant qu’un véritable observatoire scientifique des jeux se mettent au travail pour informer le Comite Consultatif présidé par F. Trucy, la vigilance est de mise. L’absence historique de transparence de la FDJ, son double langage, sa main mise sur les médias et les agences de presse autorisent une suspicion légitime.

Cette histoire rappelle l’affaire des jeux de grattage (dévoilée par un joueur qui jouait gros jeu, Robert Riblet) ou l’on voyait la FDJ inventer un concept - totalement inconnu en probabilité – d’aléatoire prépondérant, pour contrôler la distribution des gros gains de manière homogène sur tout le territoire. La FDJ manipulait avec un grand machiavélisme le hasard pour ses jeux de grattage et continue certainement à le faire en toute impunité. Elle cherche visiblement à contrôler la manière de jouer des joueurs. L’ensemble indique que l’opérateur historique plus que jamais se croit tout permis et se permet tout.

Sa politique en matière de jeu responsable est particulièrement représentative de cette omnipuissance. L’opérateur finance curieusement ses ennemis, les anti-jeu de la doxa du jeu pathologie maladie - notamment le centre du jeu excessif de Nantes (CRJE) dirigé par JL Vénisse - pour mieux les contrôler, mais dans le même temps se lance dans une course effrénée à la croissance jamais vue depuis sa création. La politique éthique mise en œuvre par Christophe Blanchard Dignac (PDG de la Française des jeux) a donc pour conséquence en réalité - sous couvert d’une lutte contre le jeu excessif et le jeu de mineur - de produire plus de jeu. Habile stratège - mais certains pourraient considérer cela comme de la duplicité - le patron de la FDJ a profité du débat sur le jeu pathologique, de l’inquiétude des pouvoirs publics en matière de santé publique, de la loi sur les jeux en ligne, non pour mettre la pédale douce en matière de développement mais au contraire pour accélérer fortement sa croissance par une incitation au jeu accrue. En final la politique jeu responsable mis en œuvre par la Française des jeux produire du jeu excessif… Les meilleures preuves de cette démonstration se situent dans les résultats de l’opérateur. En pleine crise économique il surperforme (+5,5 % en 2010) en dépassant pour la première fois la barre symbolique des 10 milliards. L’incitation au jeu est tel que la FDJ est même parfois – en fonction du calendrier politique - « gênée par son succès » comme l’a précisé France-Soir.

Pour allumer des contre feux vis-à-vis de cette incitation au jeu accrue, la FDJ pousse le bouchon de plus en plus loin dans le domaine du jeu responsable. La société dirigée par Christophe Blanchard Dignac a l’audace - ils se croient tout permis et ils se permettent tout - de lancer en juin 2011 « une campagne nationale contre l’addiction au jeu » Au même moment comme par hasard, Jean Luc Vénisse financé à hauteur de 2 millions d’euros par la FDJ (le site du CRJE est très discret sur ce financement) associé aux addictologues M. Reynaud et A . Belkacem sortent un fascicule : « Du plaisir du jeu au jeu pathologique, 100 questions pour mieux gérer la maladie» Et Michel Reynaud d’affirmer dans France-Soir du 6 juin 2011, après sans doute plusieurs mois d’études de terrain et d’études comparatives, que « de tous les opérateurs la Française des jeux est celui qui en fait le plus pour le contrôle et la prévention du jeu excessif. » La boucle est bouclée. La collusion d’intérêts marche à fond pour les deux parties. Plus c’est gros, plus ça marche. En cherchant bien on apprend que ce livre est publié et distribué via un mécénat …de la Française des jeux. La plupart des médias n’ont pas repris ce détail.

Comme le Centre du jeu excessif de Nantes a beaucoup d’argent, il faut bien qu’il le dépense. Il a lancé un enquête pour passer les « joueurs compulsifs à la loupe « . Marc Valleur, qui fait pourtant parti de l’Observatoire des jeux, participe à cette étude financée par la FDJ. Curieusement le CRJE semblent avoir du mal a recruté des joueurs compulsifs alors qu’ils affirment par ailleurs (dans une belle fourchette scientifique qui ressemble à un râteau) qu’il y aurait entre « 600 OOO et 1,8 million de joueurs pathologiques ! » Nous aurons l’occasion de revenir sur cette étude qui se déroule sur 5 ans. Mais en attendant nous invitons le lecteur à prendre connaissance des conditions méthodologiques fixées par le CRJE de Nantes : « Le CRJE recherche des joueurs à Paris et Colombes. Les conditions : avoir entre 18 et 65 ans, jouer au moins une fois par an, avoir joué l’année écoulée et … (la ça devient cocasse NDLR) « avoir l’impression de perdre le contrôle sur la pratique du jeu » Comme il n’est pas certain que ce protocole très scientifique ( sic) attire les joueurs le CRJE ajoute : « La participation a l’étude est indemnisée »

Autres informations, qui montrent une nouvelle fois le vrai visage de la Française des jeux : l’inflation de ses produits et les chances de gagner. L’opérateur historique profite du lancement de nouvelles formules ou de nouveaux jeux, pour augmenter fortement ses prix et diminuer tout aussi fortement, l’espérance-statistique qui permet de décrocher la cagnotte. Sur ce registre également FDJ se croit tout permis et elle se permet tout. Ainsi en 2008 le Loto passe de 1,2 euros à 2 euros. Une augmentation de 67 %. L’espérance-statistique de gagner évolue d’une chance sur I4 millions à une chance sur I9 millions. Pour le nouvel Euro Millions sorti en mai 2011, la FDJ fait encore plus fort. La probabilité de trouver les 7 bons numéros passe d’une chance sur 75 millions, à une chance sur 116 millions ! L’opérateur historique n’a pas eu le culot de dire que c’était pour lutter contre le jeu excessif qu’il changeait les règles. Il a insisté sur le pactole qui augmentait

En final chacun en conviendra la politique mise en œuvre par la Française des jeux n’a donc rien à voir avec une politique des jeux raisonnable, modérée et qui respecte sa clientèle. Elle apparaît au contraire comme une politique anti-consumériste de rentabilité accrue, qui abuse de sa position dominante et de son monopole. La FDJ agit de plus en plus comme un Etat ludique dans l’Etat Croupier, peu soucieuse en réalité de l’intérêt général et des Français qui jouent. Le PDG de la Française des jeux fait jouer - à une société qui ne lui appartient pas - un dangereux double jeu, qui risque à terme d’énerver le Président de la République et l’opinion. Cette duplicité risque également d’irriter Bruxelles et la Cour de justice Européenne. Certes, certains pourront considérer que Christophe Blanchard Dignac – responsable mais pas coupable - n’est après tout qu’un grand commis de l’Etat qui fait très bien son travail et remplit avec zèle les caisses du Trésor. Reste à savoir de quelle marge de manœuvre il dispose et si cette liberté n’est pas trop grande justement. Reste à savoir en outre si la politique des jeux de la France doit se décider à Bercy ou à Boulogne (siège de la FDJ). Reste à savoir si les excès de zèle du patron de la FDJ, sa politique expansionniste, sa boulimie et surtout sa duplicité, ne sont pas en réalité en contradiction avec la Politique des jeux responsable affichée par le gouvernement depuis quelques années, et inaugurée par Nicolas Sarkozy avec les casinos quand il était Ministre de l’Intérieur.

Dum félis dormit mus gaudet et exsilit antro*



© JP G. Martignoni-Hutin, Lyon, France, 175. Septembre 2011

* : Quand le chat dort, la souris en profite et sort du trou. Ce proverbe médiéval signifie que lorsque les chats ne sont pas là, les souris dansent. C’est à dire que lorsque les responsables font défaut, leurs subordonnés prennent toutes les libertés et la situation tourne rapidement à l’anarchie la plus totale

18.Posté par martignoni le 08/09/2011 20:44


Gambling France

Jeux en ligne : trop de réglementation tue la réglementation
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Jean-Pierre G. Martignoni-Hutin (sociologue)


Après les 21 propositions ( dont certaines antinomiques) du rapport Lamour/Filippetti et en attendant celui – le plus attendu - du Sénateur Trucy qui ne manquera d’en contenir un grand nombre, l’Arjel vient de publier pas moins de 65 « recommandations » à l’adresse du gouvernement pour qu’il modifie (améliore ?) la règlementation en matière de jeux en ligne. Ca commence à faire beaucoup ! D’autant que le lobby des jeux on line - l’AFJEL - n’a pas manqué dans son Livre Blanc d’en faire également.

Certes nous avons souligné dans plusieurs contributions - la France n’étant pas une République bananière - que les débats, rapports sénatoriaux, parlementaires sont indispensables pour aboutir à un consensus en matière de politique des jeux et afin de démentir le sous-titre du I° opus de François Trucy ( l’Etat Croupier le parlement croupion ?). Mais il est nécessaire de rappeler une évidence. Dans le secteur du gambling comme dans d’autres secteurs - trop de réglementation peut tuer la réglementation et même tuer le secteur censé être règlementé.

Le problème c’est que le consensus obtenu en 2010 ne provenait pas de recherches (scientifiques) ni même d’expertises (technocratiques) objectives mais était avant tout le fruit « d’arbitrages » subjectifs souvent politiques (aussi bien vis à vis de l’opposition, de l’opinion qu’au sein même de la Majorité) - véritables quadratures de cercle improbables. Le concept « d’ouverture maitrisée » illustre la symbolique sémantique de cette contradiction générique, tant il est vrai que la loi sur les jeux en ligne a pu apparaître légitimement, sous de nombreux aspects, comme une « fermeture maitrisée ». Cette ambivalence frisait l’antinomie, d’ou l’activisme actuel pour modifier la loi avant la clause de revoyure.

La fiscalité – un mal français ? - constitue sans doute la principale pierre d’achoppement du dossier qui, dès le départ, a fragilisé artificiellement la loi sur les jeux en ligne. Nonobstant les nombreuses contraintes techniques ( onéreuses et compliquées pour les opérateurs ) et alors que personne ne savait si le gambling virtuel constituait un nouvel eldorado ludique, on a vu la représentation nationale rivaliser pour fiscaliser joyeusement ce nouveau secteur. La gauche prohibitionniste, dans une belle contradiction démagogique dont elle a le secret, faisant naturellement de la surenchère en la matière. Noble volonté de l’esprit public de ne pas déshabiller Christophe et Philippe ( respectivement Christophe Blanchard Dignac PDG de la FDJ et Philippe Germond PDG du PMU) au profit de Stéphane ( Courbit) ou de Nicolas (Béraud) tout en déjouant la rumeur complotiste anti Nicolas (Sarkozy) des « amis du Fouquet’s ? Réflexe ancestral d’un Etat Croupier soucieux avant tout de remplir les caisses de Bercy quoi qu’il arrive et en oubliant la corrélation du couplet croissance/fiscalité ? Les raisons de ce fiscalisme préventiste sont nombreuses et n’ont pas été avouées franchement, outre le fait qu’il est toujours facile de se donner bonne conscience en taxant un secteur de l’économie du vice considéré comme une vache à lait. Résultat des courses, à force de traire la vache par anticipation et avant même que celle ci n’ait prouvé ses qualités de bonne laitière, après un an d’exploitation des jeux en ligne, cette boulimie fiscale a fait long feu. Toutes les recommandations actuelles visent à revoir fortement à la baisse la fiscalité des jeux en ligne. Pléthoriques, loin d’être homogènes, ces propositions risquent d’entrainer de longs débats d’apothicaires, outre le fait que certains ne manqueront pas d’accuser le gouvernement d’avoir cédé au lobby des opérateurs.


La situation en matière de TRJ (taux de retour aux joueurs) est du même tonneau. Sans même s’interroger une fois sur le fait qu’après tout, dans une économie libérale, il n’aurait pas été absurde d’imaginer, d’expérimenter une totale liberté en matière de TRJ qui aurait permis une véritable concurrence, le développement du secteur, une lutte efficace contre les sites illégaux…. un TRJ maximal parfaitement subjectif, correspondant à l’idéologie d’une économie dirigiste, a été imposé arbitrairement ( 85%). On a même vu à l’époque l’ex Ministre du Budget ( E. Woerth) - pas plus spécialiste du gambling et de l’addiction qu’il ne l’était du prix d’un hippodrome (sic) , instrumentaliser la question du jeu pathologie maladie pour justifier ce TRJ particulièrement pingre. A l’époque nous avons vivement condamné cette intrumentalisation, pourtant repris pro domo par les responsables du dossier, les médias et agences de presse , la doxa du jeu pathologie maladie et certains opérateurs dont la FDJ. Pour redistribuer le moins possible aux joueurs le consensus était unanime. Scandaleux. Seul le sénateur Trucy ( c’est tout a son honneur car par ailleurs il est un chaud partisan du jeu responsable et la protection des joueurs) a mis un bémol à cette causalité improbable imposée par le soldat Woerth = TRJ élevé égal forcément addiction et addiction élevée. Bercy dans le même temps, mettant son véto pour empêcher les contrats de recherches susceptibles d’informer les pouvoirs publics et l’Arjel sur cette question et sur d’autres.


Nous n’avons pris que ces deux exemples mais il y en aurait de nombreux autres qui sont liés, par exemple la base sur laquelle doivent être imposés les jeux en ligne. Les décideurs et régulateurs semblent aujourd’hui découvrir que c’est naturellement le PBJ qu’il faut taxer et non le volume d’affaire ( les mises}. Certes gouverner c’est prévoir et on pourrait facilement accuser les pouvoirs publics et les différents acteurs en charge du dossier d’être de très mauvais prospectivistes, de ne pas savoir. Nous n’aurons pas la naïveté d’accuser le gouvernement et les acteurs du champ d’incompétence. Ils savaient. Les choix effectués proviennent des trop fameux arbitrages déjà cités et non d’ignorances, même si l’absence de recherches, la difficulté de mettre en place en place le CCJ et l’observatoire des jeux ( la curieuse tentative de déstabilisation de F. Trucy), le fait que cet Observatoire ressemble pour l’instant plus à une Commission dominée par la doxa du jeu pathologie maladie et des associations familiales, qu’à un Observatoire scientifique des jeux, ont sans doute contribué à aveugler les décideurs du champ, sur de nombreux aspects du dossier (TRJ, fiscalité… ». De la même manière nous n’aurons pas l’outrecuidance d’accuser l’Arjel qui ne fait qu’appliquer avec zèle une régulation décidée par ailleurs. Nous poserons simplement différentes questions qui nous paraissent fondamentales, à l’ensemble des protagonistes du secteur :

➢ L’industrie des jeux de hasard et d’argent est elle compatible avec la notion de jeu responsable, de lutte contre le jeu excessif ? En voulant courir deux ou trois lièvres à la fois, le gouvernement n’a t il pas joué un double jeu un peu hypocrite ( que la FDJ a poussé à l’extrème dans une belle duplicité, incitation au jeu accrue financement de la doxa du jeu pathologie maladie pour mieux la controler) qui l’oblige aujourd’hui à revoir sérieusement sa copie ?

➢ N’est il pas grand temps que les pouvoirs publics mettent sérieusement de la recherche et de l’expertise dans leur politique des jeux afin de que le CCJ puissent émettre des propositions au gouvernement basées sur des faits objectifs et non des arbitrages subjectifs. Cette rupture permettra en outre de lutter contre les différents lobbys ( doxa du jeu pathologie, association, opérateur privés… et publics Française des jeux en tête !) qui confondent leur propres intérêts à l’intérêt général et afin de mettre en œuvre une politique des jeux nationale cohérente, ambitieuse, qui n’ait pas peur de son ombre, mais sache bien entendu étudier toutes les conséquences ( positives et négatives) du gambling en ligne et en dur et celles de la socialisation ludique contemporaine, avant de prendre des décisions ?

➢ N’est il pas grand temps de réintroduire les millions joueurs – acteurs principaux qui financent entièrement cette industrie qui sans eux n’existerait pas – dans la Politique des jeux de la France. Ils connaissent mieux les jeux que la plupart des membres de la doxa du jeu pathologie maladie

➢ Le dernier questionnement est sans doute le plus important : est ce véritablement le rôle de l’Etat et à fortiori le rôle du régulateur (cf les propositions de l’Arjel) de vouloir réguler économiquement le marché des jeux dans une économie de marché, en jouant notamment sur la fiscalité, le TRJ… ? Est-ce le rôle de l’Etat et à fortiori celle du régulateur de rendre « plus attractifs les jeux en ligne », comme viennent de l’affirmer certains responsables, ou celui des opérateurs ? N’est-il pas urgent que l’Etat redéfinisse les rôles, missions et compétences de chacun des acteurs du gambling, pour clarifier un dossier qui se complexifie sans cesse.

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Avant d’aller plus loin tête baissée, nous pensons nécessaire que les protagonistes et décideurs du secteur s’interrogent à nouveau fondamentalement sur ces différents questionnements, ( déjà soulevées par les sociologues et les économistes dans certains colloques) (1) et publications (2) par exemple à travers des Etats Généraux des jeux en dur et en ligne. Car en l’absence de débats de fond la pléthore des propositions et recommandations pour amender la réglementation sur les jeux en ligne apparaitront in fine forcément comme des « injonctions contradictoires » inachevées, susceptibles de mécontenter tout le monde et de ne rien régler sur le long terme.


© JP G. Martignoni-Hutin, Lyon, France, 176. Septembre 2011

(1) Martignoni, J.-P. (2010). » L’industrie des jeux de hasard et d’argent est-elle compatible avec les notions de jeu responsable et de développement durable? Intérêts, contradictions et enjeux. »(pp 226-232) Sophie Massin : l’ethique dans l’industrie du jeu : quels enjeux et quelle crédibilité ?(213-226)In C. Dunand, M. Rihs-Middel, & O. Simon (Eds.), Prévenir le jeu excessif dans une société addictive : D’une approche bio-pscho-sociale à la définition d’une politique de santé publique, Genève : Éditions Médecine & Hygiène., 2010
(2) Martignoni, J-P (2011) , « De la révolution machines à sous à la politique jeu responsable en passant par la légalisation des jeux en ligne : une sociologie du gambling contemporain », Pouvoirs n° 139, Les jeux d’argent, 51-64, Editions du Seuil ( à paraître novembre 2011)


19.Posté par martignoni le 15/09/2011 13:45
Gambling France

Gain record de 160 millions pour Euromillions : Décryptage


UN TRES GROS GAGNANT …DES MILLIONS DE PERDANTS


Jean-Pierre G. Martignoni-Hutin (sociologue)




Nous aurions pu intituler cet article Un riche ….des millions de pauvres, tant il est vrai que le pactole décroché le 13 septembre par un joueur du Calvados (1) peut être considéré comme scandaleux, voir indécent. Peur d’apparaître une nouvelle fois comme un sociologue provocateur du coté du Palais de Luxembourg (siège du Sénat) ou du coté de la rue Leblanc (siège de l’Arjel), volonté consensuelle de retourner sa veste… jamais du bon coté. D’autres raisons plus prosaïques et plus rationnelles expliquent la sobriété tautologique du titre de cette contribution.

➢ D’une part nous avons toujours refusé les analyses néomaxistes simplistes du gambling et du fait social qu’il représente - le jeu comme opium du peuple - résumé dans la formule latine Panem et circenses ( du pain et des jeux) (2). Ces analyses idéologiques, reprises par certains économistes à travers la théorie de la pauvreté ( plus on est pauvre plus on joue) sont pour partie réductrices. Si une corrélation existe entre le niveau de richesse et le fait de jouer aux jeux de hasard, elle reste à étudier de manière fine et ne constitue en aucune manière un rapport de causalité. Si le joueur joue toujours pour l’argent, il ne joue pas que pour l’argent. Si l’argent, la volonté de sortir de sa condition sociale, d’améliorer l’ordinaire sont les motivations premières des gamblers, une kyrielle d’autres raisons existent. Par ailleurs de multiples indicateurs et variables sociologiques rendent compte des raisons, des conditions et conditionnements, des représentations et croyances, qui expliquent pourquoi ça joue, pourquoi certains jouent et d’autres pas. Si l’analyse néo-marxiste stricto sensu est fallacieuse nous verrons néanmoins en fin d’article que les jeux ( et notamment ici les jeux d’argent et la politique des jeux) donnent certainement à voir sur notre société , ses inégalités, son fonctionnement. Une sociologie critique du gambling est nécessaire sans forcément qu’elle soit progressiste ou a visée idéologique.

➢ D’autre part nous pensons que le titre de cette contribution, malgré son aspect tautologique, donne à voir la politique des jeux menée par la Française des jeux notamment à travers Euromillions dont la France détient le record de gagnants de premier rang (65) suivi de l’Espagne (55) et pointe à la première place des ventes (21,9%)
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Rappelons tout d’abord que la FDJ met en avant depuis quelques années ( avec une accélération depuis la loi sur les jeux en ligne) une politique de jeu responsable - hypocrite et paradoxale - que nous avons plusieurs fois dénoncée. Elle finance et instrumentalise la doxa du jeu pathologie maladie, notamment du coté du centre du jeu excessif (CRJE) de Nantes. Le Conflit d’intérêts est patent, scandaleux. La société dirigée par Christophe Blanchard Dignac a même eu l’audace de lancer en juin 2011 « une campagne nationale contre l’addiction au jeu » Au même moment Jean Luc Vénisse financé à hauteur de 2 millions d’euros par la FDJ (le site du CRJE est très discret sur ce financement) associé aux addictologues M. Reynaud et A . Belkacem sortent un fascicule : « Du plaisir du jeu au jeu pathologique, 100 questions pour mieux gérer la maladie» Et Michel Reynaud d’affirmer dans France-Soir du 6 juin 2011, que « de tous les opérateurs la Française des jeux est celui qui en fait le plus pour le contrôle et la prévention du jeu excessif. ». En cherchant bien on apprend que ce livre est publié et distribué via un mécénat …de la Française des jeux. La plupart des médias n’ont pas repris ce détail. Dans le même temps la Française des jeux mène un activisme commercial forcené, une incitation au jeu accrue, jamais vu chez l’opérateur historique dirigé par Christophe Blanchard Dignac

Mais c’est pas suffisant comme la FDJ se croit tout permis, elle se permet tout. Il y a par exemple l’affaire Riblet/jeux de grattage ou l’opérateur invente un concept totalement fallacieux en probabilité d’aléatoire prépondérant, pour masquer le fait qu’elle manipule le hasard en toute impunité pour des raisons commerciales. Plus récemment - et ce sera le centre de notre réflexion dans cet article et ce qui explique le titre de cette contribution, il y a eu un changement de règlement d’Euromillions après celui du loto (3) . La probabilité de trouver les 7 bons numéros est passée d’une chance sur 75 millions, à une chance sur 116 millions ! L’opérateur historique n’a pas eu le culot de dire que c’était pour lutter contre le jeu excessif qu’il changeait les règles. Il a insisté sur le pactole qui augmentait. Et en effet comme on peut le constater il augmente.

La duplicité est totale, la FDJ gagne à tout les coups et de quelle manière. Comme les chances de gagner diminuent fortement, le gros gain tombe moins souvent comme chacun a pu le constater ces derniers mois et augmente sans cesse. La super cagnotte d’euromillions n’était pas tombée depuis le 29 juillet. Cela permet à l’opérateur public de communiquer en permanence sur ce pactole digne de Crésus. Les multiples communiqués de la FDJ sur Euromillions sont repris systématiquement par les agences de presse, médias, télévisions. Agences de presse notamment , presse régionale (qui reprend systématiquement pro domo les dépêches d’agence) participent donc fortement au prosélytisme ludique de la FDJ et en constitue même le fer de lance. Que seraient les multiples communiqués de la FDJ sans les agences de presse ? Ces messages sur les produits et résultats de la FDJ apparaissent comme des messages naturels , informatifs et neutres alors que les publicités (souvent nunuches et bébêtes de la FDJ : devenez plus riche que riche) peuvent lasser l’opinion.

Les pléthoriques communiqués de presse de la FDJ constituent des vecteurs stratégiques de l’expansionnisme commerciale de la FDJ car ils sont repris systématiquement et avec complaisance par les agences de presse et la presse régionale et nationale. L’ensemble du système (parfaitement rodé ) crée gratuitement pour la FDJ un buzz permanent qui lui permet par saturation de contrôler peu ou prou le champ médiatique en permanence sur la question du jeu.

Les voix qui critiquent ou même simplement interrogent et souhaitent débattre de la politique des jeux de la FDJ sont inexistantes et quand – rarement - elles apparaissent ( par exemple sur internet) elles disparaissent dans le flot informatif et propagandiste de la FDJ ou dans l’obsolescence du net. Autre conséquence , comme les élus ( les gros gagnants) sont plus rares et toujours plus riches, la presse les cherchent et les traquent. La FDJ, machiavélique la aussi, diffuse les informations qu’elle possède ( région, localité et bureau de validation..) ce qui entraine une nouvelle médiatisation gratuite. Si le gagnant se fait ensuite connaître la FDJ bénéficiera la aussi d’une très bonne publicité qui constitue une incitation au jeu exceptionnelle.


Alors ne soyons pas étonné qu’avec une telle politique qui aboutit à des pactoles qui peuvent apparaître indécents en période crise que des voix s’élèvent, au sein meme de la majorité. Eric Straumann ( député UMP du haut Rhin) a écrit à Christophe Blanchard Dignac (4) pour que les gains d’Euro millions soient plafonnés et mieux répartis.

Certes certains pourraient rétorquer à ce député du Haut Rhin : de quoi je m’e mêle. Il y a un Comité Consultatif du jeu et même un Observatoire des jeux a même de travailler sur ces questions et de faire des propositions. En attendant que ces deux organismes - tardivement mis en place - fonctionnent ce député s’exprime et la FDJ fait ce qu’elle veut. Certes , certains pourraient reprocher à Eric Straumann sa grande naïveté : écrire au PDG de la FDJ alors que la politique stratégique de Christophe Blanchard Dignac est parfaitement voulue, concertée, orchestrée par lui même. Mais nous n’aurons pas cette outrecuidance car « la proposition choc » du député n’a rien de moralisatrice. Elle donne à voir sur la politique des jeux voulu par CB Dignac dont on a de plus en plus de mal à penser qu’elle puisse se décider sans l’aval de Bercy. Ceci dit c’est le grand mystère. La politique des jeux de la FDJ se décide t elle à Boulogne ou à Bercy ? La politique des jeux de la FDJ est elle en harmonie avec la politique des jeux voulue par le gouvernement ? On peut s’interroger.

Que donne à voir cette politique. Une hiérarchie fortement inégalitaire. Un très gros gagnant d’un coté – l’élu de la chance - des millions de perdants de l’autre. Et plus le gagnant est gros, plus les perdants sont nombreux, plus les gains intermédiaires sont réduits ( d’ou la proposition du député visant à une meilleure répartition des gains). Certes, c’est le principe des jeux de hasard. Les perdants cotisent pour les gagnants et c’est comme ça que ça marche. Les joueurs acceptent le principe générique de cet impôt volontaire. Mais de là à pervertir ce principe (préjudiciable à la quasi totalité des joueurs sauf un ou deux gros gagnants) pour exploiter encore davantage la Poule aux œufs d’or il y a un grand pas que la FDJ et son PDG n’aurait pas du franchir, surtout quand on est un monopole public qui soit disant défend l’intérêt général et promeut une politique de jeu responsable voulue par Nicolas Sarkozy et mise en musique par François Baroin.

Sans tomber dans le syndrome anti sarkoziste des « amis du Fouquet’s, nous pensons également, qu’on le veuille ou non , que ça plaise ou non, que – sociologiquement, politiquement - cette politique des jeux voulue par la FDJ, son contexte, donne à voir sur notre société. Au travaillez plus pour gagnez plus sarkozien on pourrait aisément substituer un jouer plus pour gagner plus qui peut apparaître contradictoire ( politiquement, économiquement, culturellement, moralement…) à une opinion qui subit chômage, précarité, petits boulots, paupérisation accrue. Egalement au niveau de l’argent, des revenus , des inégalités financières et patrimoniales qui gangrènent notre pays et sont loin d’assurer une croissance qui serait si nécessaire en période de crise. Le parallèle facile, apparaît néanmoins légitime. D’un coté un gros gagnant à euromillions…des millions de perdants, d’un autre coté quelques centaines de grosses fortunes auxquelles il faut ajouter quelques milliers de hauts fonctionnaires, stars et fous du roi ( sportifs, acteurs, comédiens, journalistes, écrivains, présentateurs TV….) qui se partagent argent, notoriété et privilège - à droite comme à gauche - et de l’autre des millions de Français qui vivent mal et s’apprêtent à payer une trilogie fiscale ( impôt sur le revenu, foncier, taxe d’habitation) qui - comme les gros gains d’Euromillions - ne cesse d’augmenter. La revue Challenges ne s’y est pas trompée. Elle a immédiatement calculé que le « Normand » qui vient de gagner à Euromillions devenait la 247° fortune française. (5), loin derrière Bernard Arnault (LVMH), Gérard Mulliez (Auchan), Liliane Bettencourt (L’Oréal)….

Plus que jamais, comme le pensait Roger Caillois, le jeu donne à voir sur notre société beaucoup plus que le jeu lui même. Il est donc grand temps que les Français soient remis au centre de la Politique Des Jeux et au centre de la Politique tout court. – ils constituent le premier parti de France - afin que l’ensemble de ces politiques profite au plus grand nombre et non simplement à quelques privilégiés et gros gagnants.

© Jean-Pierre G. Martignoni-Hutin, Lyon, France, 177. Septembre 2011




(1) « Gain record à l’Euromillions : 162 millions pour un joueur du Calvados « ( Le Parisien.fr du 14-9-2011)
(2) Cette expression est empruntée au poète Juvénal qui regrettait que le peuple romain se soit à ce point affaibli qu’il ne désirait plus que du pain et des jeux. L’expression décrit également une méthode politique, basée sur la démagogie et qui fait du peuple un rassemblement de sujets ignorants ou incapables de penser par eux-mêmes qu’il suffirait de nourrir et de divertir ( source Renzo Tozi , Dictionnaire des sentences latines et grecques, Ed. Jérome Million 2010, 192-193)
(3) En 2008 le Loto passe de 1,2 euros à 2 euros. Une augmentation de 67 % ! L’espérance-statistique de gagner évolue d’une chance sur I4 millions à une chance sur I9 millions.
(4) « La proposition choc d’un député UMP » ( Le Parisien.fr du 9-9-2011)
(5) « Un Normand gagne à l’Euromillions et devient la 247° fortune française « ( Challenges.fr du 14-9-2011)

20.Posté par martignoni le 21/09/2011 21:18
Gambling France :Questions /Réponses
Alors que l’Observatoire des drogues vient de publier une étude sur l’addiction au jeu qui pose problème et avant la clause de revoyure et les propositions du sénateur Trucy qui seront connues prochainement, questions réponses sur les jeux en ligne, le jeu pathologique, excessif, compulsif, addictif….

LE JEU N’EST PAS UNE MALADIE
jeu pathologique/ jeu excessif/ jeu compulsif: attention aux idées reçues… et aux conflits d’intérêts
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Jean-Pierre Martignon-Hutin ,sociologue


1. Les sites de paris en ligne sont-ils dangereux?


Pas plus que les autres jeux d’argent. Après la roulette, les machines à sous, le Rapido, les jeux de grattage, les jeux en ligne sont présentés comme les nouveaux démons de l’enfer du jeu, par la doxa du jeu pathologie maladie. En réalité le jeu et son support sont neutres. Le jeu n’est pas une maladie. Le joueur est responsable. Le joueur est un sujet social. En assimilant le jeu à une pathologie on déresponsabilise les joueurs. Sans joueur, pas de jeu. C’est le joueur qui donne sens au jeu comme l’a démontré le philosophe Jacques Henriot. Les pratiques ludiques excessives ne viennent pas du jeu lui-même ou de son support mais de la biographie, de l’histoire du joueur et de nombreux autres éléments ( socialisation ludique primaire, rapport à l’argent , croyances, culture ludique familiale…). Le joueur est un sujet social. Par contre bien entendu le jeu peut mettre en lumière, voire exacerber, des problèmes sociaux ou personnels, financiers ou conjugaux par exemple.
Le jeu donne à voir sur notre société mais il est illusoire et réducteur de traiter les problèmes sociaux en médicalisant le jeu et les pratiques ludiques de nos contemporains comme le souhaite la doxa du jeu pathologie maladie


2. Vous refusez de parler de joueur pathologique...

Le terme jeu problématique épistémologiquement est plus neutre et évite d’associer le jeu à une pathologie sans pour autant nier le « problème ». Lors de l’expertise Inserm on a beaucoup bataillé avec la doxa sur cette terminologie. Je conteste la doxa scientiste du jeu pathologie maladie fortement en conflit d’intérêts dans cette affaire. Les études sur le jeu excessif (souvent contradictoires) prétendent qu'il y aurait entre 1 et 3% de joueurs addicts. Comme par hasard l’Observatoire des drogues tombe dans cette fourchette, mais dans le bas de cette fourchette pour ne pas trop gêner les opérateurs et notamment la FDJ. Drôle de fourchette en réalité qui varie du simple au triple et permet toutes les manipulations. Sommes-nous ici dans la rigueur scientifique ou dans le lobbying. Plus globalement dans notre société du care ( soin mutuel), certains médicalisent des pratiques sociales et culturelles notamment quand elles sont excessives, pour donner bonne conscience aux autorités et aux opérateurs mais aussi pour faire de l’argent ( le business du jeu compulsif). Cette collusion d’intérêts est hypocrite et scandaleuse. C’est l’ensemble des causes et conséquences ( positives et négatives) du gambling qu’il faut étudier sans a-priori. C’est à l’Observatoire des jeux de faire ce travail et non à l’Observatoire des drogues.


Plusieurs millions d’euros versés au centre de Nantes par la Française des jeux en pleine expertise Inserm, légion d’honneur accroché par Eric Woerth à Marmottan au bon moment, étude de l’Observatoire des drogues qui sort au bon moment mais n’intègre pas les jeux en ligne et accouche d’une souris ( même JF Lamour dans son dernier rapport a reconnu les lacunes de cette étude de 8 pages avant même sa publication ). Tout cela n’est pas très net. Ca sent à plein nez le conflit d’intérets, l’instrumentalisation, la manipulation. La politique des jeux de la France, le secteur économique concerné, l’intérêt général et les joueurs méritent de notre point de vue un autre traitement.


3. L'approche médicale pour parler du jeu et de son environnement ne convient pas?

Il manque une approche socio-antropologique, économique, historique...du gambling. Une approche pluridisciplinaire du jeu, qui est une passion humaine ancestrale, un fait social et culturel. Il y a danger à aborder ces jeux à travers la problématique de l’addiction, car une fois acceptée comme entité morbide individualisée, les jeux de hasard sont analysés comme des formes plus ou moins graves de jeu pathologique. Par ailleurs historiquement il faut savoir que le jeu pathologique est un construit social qui vient, pour la période contemporaine, du lobby des psychiatres américains et de certaines associations.



4. Mais vous ne pouvez pas contester qu'il y a des personnes chez qui le jeu pose problème?

On enfonce des portes ouvertes c’est une évidence que toute pratique excessive « peut » être dangereuse….. dans le jeu comme ailleurs et effectivement des sujet joueurs jouent beaucoup. Encore faudrait il définir cette excessivité. Il ne suffit pas de demander naïvement à un joueur ( à fortiori par téléphone ! ) combien il joue ( comme vient de le faire l’Observatoire des drogues à travers le baromètre santé de la DGS ) pour le savoir. Par ailleurs :
- rien ne prouve que le jeu lui-même soit la cause originelle de cette excessivité
- rien n’indique que l’excessivité soit forcément synonyme de pathologie.
Par ailleurs je conteste avec d’autres chercheurs internationaux, la vision d’un joueur désocialisé, forcément seul devant sa machine à sous ou son ordinateur, pour flamber en ligne dans une posture onanistique. Dans les casinos socialités et sociabilités sont nombreuses. On peut facilement engager la conversation, faire des rencontres. Idem pour les jeux d’argent sur Internet ou de nombreux sites existent autour du poker.



5. Précédemment, il fallait se déplacer dans des casinos ou au café pour jouer à des jeux d'argent. Avec Internet, les tentations vont être à portée de main, directement au domicile des joueurs...

Arrêtons à nouveau d’enfoncer des portes ouvertes, permanence et proximité sont les principes d’Internet! C’est pour ça que ça marche et c’est pour ça qu’on a fait une loi sur les jeux en ligne. La légalisation des jeux en ligne va réduire la distance entre le jeu et le joueur et cela va faciliter la vie des joueurs qui ne souhaitent pas ou ne peuvent pas se déplacer. Bien entendu il faut faire de l’information prévention, notamment en direction des mineurs et des personnes vulnérables. Mais avant de mettre en œuvre des mesures par trop liberticides, il faut prendre le temps de faire des études sociologiques sur les pratiques ludiques des internautes et la socialisation ludique contemporaine. C’est au Comite Consultatif des jeux (CCJ) et à l’Observatoire des jeux de faire cela de manière sereine et non à l’Observatoire des drogues, qui a d’autres chats à fouetter en matière de toxicomanie et qui en outre n’a aucune compétence en matière de gambling. Pas besoin de construire une usine à gaz, comme actuellement, ou la doxa du jeu pathologie maladie et les opérateurs de jeu (notamment la Française des jeux) verrouillent en réalité le dossier pour contrôler entièrement l’information médiatique et scientifique sur le jeu. 


6. Les casinos et opérateurs en ligne font-ils assez de prévention?

Il y a déjà pas mal de prévention, notamment dans les casinos en dur, sur les sites , mais est-ce vraiment aux opérateurs de faire de la prévention et surtout de mesurer l'impact de leur activité comme le fait actuellement la Française des jeux en finançant les études du centre du jeu excessif de Nantes et celles de Lejoyeux. Le conflit d'intérêt est grossier. Plus globalement cela vaut aussi pour l'Etat Croupier qui ne pourra pas éternellement exploiter le gambling et établir les règles en matière de responsabilité, de protection, de taux de redistribution

(TRJ) Par manque d’étude impartiale le TRJ a été dès le départ instrumentalisé par Eric Woerth vis à vis de la problématique de l’addiction et maintenant comme les jeux en ligne marchent moins que prévu, les responsables du dossier retournent leur veste et veulent augmenter le TRJ. Ce n’est pas une politique des jeux cohérente. C’est une politique courtermiste, girouette, qui favorise instrumentalisation, conflit d’intérets, lobbying. Il faut développer la recherche sur le jeu en France et ce n’est pas à L’observatoire des drogues de le faire et encore moins à la FDJ via le centre du jeu excessif de Nantes avec la caution scientifique de Marmottan. Ce n’est pas à ceux qui veulent soigner les joueurs, former des thérapeutes spécialisés, de mesurer le jeu problématique. Ils sont forcément en conflit d’interets et n’ont pas du tout intérêt en réalité à ce que le jeu excessif disparaisse, bien au contraire. C’est le principe même de l’usine à gaz. Certes les opérateurs – et notamment la FDJ - croit contrôler la situation. Un jour ils s’en mordront les doigts. Attention à l’effet boomerang.

7. Que préconisez-vous alors pour limiter les risques?

Il faut les mesurer avant de les limiter. Par ailleurs il faut favoriser la concurrence et développer un consumérisme ludique. Je préconise la création d'une autorité de régulation unique et indépendante ( qui intégrerait l’Arjel) , à l'image de l'Autorité des marchés financiers (AMF). Il faut éviter les doublons , travailler conjointement sur les jeux en ligne et les jeux en dur. Pour l’aspect recherche/expertise il faut faire fonctionner l’observatoire au service de cette autorité. Actuellement ce n’est qu’une commission dominée en outre par la doxa du jeu pathologie maladie et certaines associations familiales. C’est pas sérieux. La doxa du jeu pathologie maladie et la FDJ font tout en réalité pour qu’un véritable Observatoire des jeux d’argent scientifique ne soit pas installé, cela bousculerait leurs petits arrangements entre amis et leur business respectif. La clause de revoyure doit être l’occasion de faire évoluer la situation dans un sens favorable à l’intérêt général.

© 
JP Martignoni-Hutin , Lyon (France), 179, septembre 2011

21.Posté par martignoni le 26/09/2011 16:21
Gambling France


JEUX DE HASARD ET D’ARGENT : comprendre, prévenir, soigner


Alors que l’Observatoire des drogues vient de publier une étude sur l’addiction au jeu qui pose problème sur de nombreux aspects ( scientifique, épistémologique, méthodologique…) et avant la clause de revoyure et les propositions du sénateur Trucy qui seront connues très prochainement et qui ne manqueront d’aborder la question du jeu responsable et ces différents objets ( taux de redistribution, information,prévention, fiscalité des jeux, recherche sur le jeu, conflit d’interets….) nous voudrions signaler un intéressant ouvrage sur ces problématiques.
« Jeux de hasard, jeux d’argent : comprendre, prévenir, soigner » (Paris, L’Harmattan, Questions Contemporaines, septembre 2011, 133 pages, 13,5 euros)
Très pertinent ce petit livre( issu d’un colloque organisé par l’association Le Pelican de Chambéry) n’hésite pas à réinterroger la notion de jeu excessif, à questionner la doxa du jeu pathologie maladie, à interpeller la Française des jeux et les opérateurs, tout en apportant des témoignages et des expériences utiles au débat.

Jean-Pierre G. Martignon-Hutin ,sociologue, 180, septembre 2011

Pour se procurer ce livre =
Michel BOULANGER

22.Posté par martignoni le 28/09/2011 17:18
GAMBLING INTERNATIONAL


Le Québec vient d’installer une Chaire de recherche sur le jeu responsable :

Recherches sur le jeu, jeu pathologique, Observatoire des jeux…quelques mots sur la situation en France et au Québec



Jean-Pierre G. Martignoni-Hutin (sociologue)



En France depuis quelques années, la Française Des Jeux (FDJ) finance ses « ennemis » - les anti-jeu de la doxa du jeu pathologie maladie - notamment le centre du jeu excessif de Nantes (CRJE) dirigé par JL Vénisse - pour mieux les contrôler. Dans le même temps l’opérateur historique se lance dans une course effrénée à la croissance, jamais vue depuis sa création. Sous couvert d’une lutte contre le jeu excessif et le jeu de mineur, la « politique éthique » mise en œuvre par Christophe Blanchard Dignac (PDG de la Française des jeux) a donc pour conséquence en réalité de produire plus de jeu. Habile stratège - mais certains pourraient considérer cela comme de la duplicité - le patron de la FDJ a profité du débat sur le jeu pathologique, de l’inquiétude des pouvoirs publics en matière de santé publique, de la loi sur les jeux en ligne - autorisés en France depuis mai 2010 - non pour mettre la pédale douce en matière de développement, mais au contraire pour accélérer fortement son volume d’affaire par une incitation au jeu accrue. Si l’on est y regarde bien – et c’est le rôle du sociologue de le faire - la duperie est totale, car en final la politique de jeu responsable mis en œuvre par la Française des jeux va produire du jeu excessif. Les meilleures preuves de cette démonstration se situent dans les résultats de l’opérateur. En pleine crise économique il surperforme (+5,5 % en 2010) en dépassant pour la première fois les 10 milliards d’euros. L’incitation au jeu est telle que la FDJ est même parfois – en fonction du calendrier politique et du calendrier de la politique des jeux - « gênée par son succès ». L’expression est du quotidien France-Soir qui d’après des sources internes à la FDJ pense que la barre symbolique des 10 milliards aurait été atteinte en 2009 et non en 2010.

Pour allumer des contre feux vis-à-vis de cet activisme commercial & marketing, la FDJ pousse le bouchon de plus en plus loin dans le domaine du jeu responsable. La société dirigée par Christophe Blanchard Dignac a l’audace - ils se croient tout permis et ils se permettent tout - de lancer en juin 2011 « une campagne nationale contre l’addiction au jeu (1) » Au même moment comme par hasard, Jean Luc Vénisse - financé à hauteur de 2 millions d’euros par la FDJ, le site du CRJE est très discret sur ce financement - associé aux addictologues M. Reynaud et A . Belkacem sortent un fascicule : « Du plaisir du jeu au jeu pathologique, 100 questions pour mieux gérer la maladie» Et Michel Reynaud d’affirmer dans France-Soir du 6 juin 2011, après sans doute plusieurs mois d’études de terrain et d’études comparatives ( !) : « de tous les opérateurs la Française des jeux est celui qui en fait le plus pour le contrôle et la prévention du jeu excessif. » La boucle est bouclée. La collusion d’intérêts marche à fond pour les deux parties. Plus c’est gros, plus ça marche. En cherchant bien, on apprend que ce livre est publié et distribué via un mécénat de la Française des jeux, mais plupart des médias qui accueillent souvent les publicités de la FDJ n’ont pas repris ce « détail ».

Comme le Centre de Nantes a beaucoup d’argent, il faut bien qu’il le dépense. Il a lancé un enquête pour passer les « joueurs compulsifs à la loupe (2) « . Marc Valleur ( directeur du centre Marmottan) alors qu’il est membre de l’Observatoire des jeux, participe à cette étude financée par la FDJ. Curieusement le CRJE semble avoir du mal a recruté des joueurs compulsifs, alors qu’il affirme par ailleurs - dans une belle fourchette scientifique qui ressemble à un râteau - qu’il y aurait en France entre « 600 OOO et 1,8 million de joueurs pathologiques ! » Nous aurons l’occasion de revenir sur cette étude qui se déroule sur 5 ans. Mais en attendant nous invitons les internautes du Québec et les opérateurs de jeux, à prendre connaissance des conditions méthodologiques fixées par le centre de Nantes, autoproclamé centre de Référence sur le jeu excessif : « Le CRJE recherche des joueurs à Paris et Colombes. Les conditions : avoir entre 18 et 65 ans, jouer au moins une fois par an, avoir joué l’année écoulée et « avoir l’impression de perdre le contrôle sur la pratique du jeu (3)» Mais comme il n’est pas certain que ce protocole très scientifique (sic) attire les joueurs malgré la rigueur épistémologique de cette méthodologie, le CRJE ajoute : « La participation a l’étude est indemnisée »

Nous le constatons, malgré certaines avancées ( rapports Trucy, débats parlementaires, loi sur les jeux en ligne…), la France est tombée progressivement – comme nous l’avions annoncé il y a quelques années - dans le « syndrome québécois, c’est à dire le « syndrome Ladouceur/Loto Québec ». La différence c’est que le Québec a su sortir progressivement de ce système, avec comme point d’orgue dernièrement l’installation d’une Chaire de recherche sur le jeu responsable qui sera gérée par le Fond de recherche sur la société et la culture (FQRSC). C’est une avancée considérable. Pour avoir été plusieurs fois – gracieusement – « expert externe » pour le compte du FQRSC, nous pensons que cet organisme à toutes les qualités requises pour superviser des recherches scientifiques indépendantes sur le gambling à condition qu’il ne soit pas dominé par la doxa du jeu pathologie maladie et soit pluridisciplinaire. Pour rester sur le chemin de crête de la neutralité scientifique, c’est l’ensemble des causes et conséquences du gambling qu’il faut analyser et pas seulement la question du jeu problématique, qualifié un peu vite de jeu pathologique. Alors bien sur on peut s’interroger pour savoir – comme l’a fait dernièrement Alain Dubois dans le quotidrn Le Devoir (4) - qui finance cette chaire ? Mais l’essentiel nous semble t il c’est que cette Chaire soit indépendante scientifiquement. En France nous sommes loin pour l’instant d’une telle évolution. Certes un Observatoire des jeux a enfin été installé grâce au Sénateur Trucy après des années d’attente. Mais il est dominé par la doxa du jeu pathologique maladie, quelques associations et personnalités placées. Il ressemble plus à une Commission qu’à un Observatoire scientifique du gambling à la hauteur de ses multiples missions. Certes le sénateur Trucy rédige actuellement un ultime rapport dans le cadre de la clause de revoyure qui comportera certainement de nombreuses propositions dont certaines pourraient concernées la recherche et l’Observatoire des jeux.

Souhaitons qu’à cette occasion la France sache s’inspirer de l’évolution de la situation en matière de recherche sur le jeu au Québec, justement pour éviter les errements qu’a connu la Nouvelle France pendant des années à cause du « système » Ladouceur/Loto Québec, qui entre parenthèse aura surtout profité à Robert Ladouceur et à la doxa du jeu pathologie maladie dans son ensemble, qu’à la Politique des jeux de ce pays. Nous avons ici un désaccord fondamental avec « l’ami Alain Dubois » (porte parole infatigable de la coalation EmJeu que nous respectons par ailleurs car il est ouvert au dialogue et surtout accepte le débat sans censure) Nous pensons qu’une véritable Politique Des Jeux responsable - réaliste et pérenne - doit défendre l’intérêt général, abandonner l’idéologie du care chère à la doxa du jeu pathologie maladie et aux anti – jeux. La sociologie du gambling que nous pratiquons depuis 20 ans au contact des joueurs et des opérateurs indique qu’une telle politique - qui ne signifie pas autorégulation - ne saurait se faire in fine contre l’industrie des jeux, contre les joueurs. Sinon à terme, un tel procès ne pourrait que réactiver l’idée de prohibition.



© JP G. Martignoni-Hutin, Lyon, France, 183. Le devoir –Québec - Canada. Septembre 2011

1. (1) « La Française des jeux lance une grande campagne contre l’addiction…à ses propres jeux » (Francesoir.fr du 6 juin 2011)
2. (2) « Les joueurs compulsifs à la loupe « (europe1.fr du 12 juillet 2011)
3. (3) « Avec le jeu la prudence est de mise « (20minutes.fr du 11 juillet 2011)
4. (4) Alain Dubois, Jeux d’argent et de hasard, Une chaire ou un Observatoire des jeux ? ( Le Devoir.com , 26 septembre 2011)

23.Posté par martignoni le 10/10/2011 20:20
Gambling France : paris hippiques


« VA COMPRENDRE CHARLES ! »(*) : Le PMU dépassera pour la première fois en 2011 la barre des 10 milliards d’enjeux, dont 1 milliard sur internet


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Jean-Pierre G. Martignoni-Hutin ( sociologue)

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• Philippe Germond (PDG du PMU) peut se réjouir. La société qu’il dirige dépassera les 10 milliards d’euros cette année, si la tendance observée depuis 9 mois se poursuit. « Le PMU confirme au troisième trimestre la bonne croissance des paris hippiques et le succès de sa diversification » (1)
• Il faut dire que le pari mutuel urbain – 11 200 points de vente - a considérablement augmenté son offre et pratique « un marketing offensif » comme il le précise lui-même (2) Par ailleurs le nombre de courses a augmenté : pas moins de 1044 réunions hippiques en 2011, contre 978 l’année précédente. Dans la course événement l’argent joué se répartit désormais entre 12 jeux différents : quinté, quarté, tiercé, multi, 2 sur 4, simple gagnant et placé, couplé gagnant et placé, couplé ordre, trio, trio ordre ! Faites vos jeux, rien ne va plus, ça commence à faire beaucoup. A tel point que certains tirent la sonnette d’alarme, comme Eric Hintermann, Pdt de l’association nationale des turfistes (ANT) : « le turfiste ne sait plus sur quel cheval jouer, ni sur quelle réunion miser « (3)
• Il faut préciser également que le PMU ( deuxième opérateur mondial de paris hippiques) offre des pactoles dignes de Crésus. La cagnotte du Quinté Plus (la fameuse Tirelire) atteint actuellement 10,5 millions d’euros et augmente de 50 000 euros tous les jours. ( NB : Cette tirelire historique du PMU est tombée samedi 7 octobre, le lendemain de la rédaction de cet article). Ce cercle ludique vertueux du big win stimule les turfistes aguerris mais aussi les néophytes qui grâce à la formule Spot à 2 euros peuvent connaître les frissons du jeu, sans rien connaître au monde de cheval. Cette croissance (+7,7%) est d’autant plus spectaculaire qu’elle se réalise tous canaux confondus et que le réseau des nombreux point de vente n’est pas en reste ( +3,2%).
• Le problème ( social, politique…) c’est que cette croissance – P. Germond parle de « vraie dynamique – se fait sur fond de crise économique accrue. Ce « jouer plus pour gagner plus » déjà exploité avec succès par Christophe Blanchard-Dignac ( PDG de la Française des jeux) risque à terme de court-circuiter le - désormais célèbre - slogan présidentielle basé sur le labeur : « travailler plus pour gagner plus ». Cette offre qui augmente sans cesse, notamment du côté des deux opérateurs historiques, peut être objectivement considérée comme une incitation au jeu accru, en contradiction avec la politique de jeu responsable prônée par ailleurs par les pouvoirs publics. La clause de revoyure et la publication prochaine du rapport Trucy doit être l’occasion de relancer le débat sur l’économie des jeux dans son ensemble pour savoir si l’offre de jeux doit être totalement libre dans une économie de marché, ou si elle doit être régulée.
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• En attendant le PMU fait ses comptes et ils sont bons, notamment en matière de jeux en ligne. « La barre du milliard d’euros est déjà dépassée » (4) . Sur 9 mois , la croissance est spectaculaire pour les paris sportifs (42%) et pour le poker (23%). Les enjeux internet tous métiers confondus ont augmenté de 52,1 %.
• Si tout reste à faire en matière de sociologie des joueurs en ligne les statistiques de l’Arjel (5) permettent de dresser le profil sommaire des turfistes et d’apprécier le poids que représentent les courses dans les jeux d’argent sur internet.
• En nombre de comptes/joueurs ( moins de 150 OOO) les paris hippiques arrivent en deuxième position du gambling virtuel, loin derrière le poker cependant ( plus de 300 000). Mais la moyenne hebdomadaire de dépense des turfistes (125 euros) est supérieure à celle des paris sportifs (110 euros) et à celle du poker ( 80 euros). C’est un succès pour le monde des courses et la filière cheval. La progression du nombre de comptes joueurs turfistes actifs dessine une courbe ascendante, régulière et progressive. On reconnaît là, la constance du turfiste qui, quand il s’engage dans son « travail ludique » et dans l’aventure ludique du turf ( faire son papier, spectacle des courses, parier…), le fait généralement dans la durée. Même si un plus haut semble avoir été atteint en février 2011 rien n’indique que la légère décroissance observable depuis perdurera. Habitué depuis des lustres à jouer par minitel, téléphone, télé interactive… , de nombreux turfistes ont trouvé naturellement le chemin de l’internet ludique. En outre l’offre du PMU sur les mobiles a été enrichie et est désormais disponible sur l’ensemble des terminaux, smartphones et tablettes. La montée progressive de la courbe du nombre de compte joueurs actifs paris hippiques, soulignent en final leur passion assumée pour le turf. Il suffit d’ouvrir une fois Paris Turf - qui a désormais un concurrent Geny Courses - , pour comprendre quel labyrinthe ludique elles constituent.

• L’indicateur de supervision du régulateur permet également de dresser une « typologie sociologique sommaire » des turfistes en fonction de leurs caractéristiques ( âge, genre) et vis-à-vis des autres gamblers on line =

➢ La population qui joue aux paris sportifs en ligne apparaît nettement plus jeune ( 70 % ont moins de 35 ans dont 41% de 18-20 ) que celles des turfistes ( 26 % seulement ont moins de 35 ans) . ( voir tableau A ci dessous) A contrario les turfistes sont essentiellement des adultes matures (74% de 35 ans et plus) dont une population de 65 ans et plus non négligeable ( 9%) Les joueurs les plus âgés ( 55 ans et plus) qui s’adonnent au gambling sur internet, pèsent pour 27 % en matière de paris hippique, alors qu’ils relèvent de l’épiphénomène pour le poker et les paris sportifs : 4%, dont 1% seulement pour les plus de 65 ans.

Tableau A
Tranches d’âge Jeux de cercle, poker Paris hippiques Paris sportifs total
18-24 25 9 41 100%
25-34 43 17 29 100%
35-54 28 47 26 100%
55-64 3 18 3 100%
65 ans et plus 1 9 1 100%
total 100% 100% 100%


➢ Les paris hippiques ( y compris quand ils s’exercent via le web) semblent conserver l’image d’un jeu réservé à une population mature, à des initiés qui ont accumulé expériences, connaissances et compétences en matière de turf au cours de leur « carrière » de joueurs, et notamment les 35-54 ans. (47%) Si elle possède un revers de médaille ( les jeunes adultes sont peu attirés par les paris hippiques y compris quand ils s’exercent en ligne : 9%), cette image a l’énorme avantage d’attirer une forte population de seniors - les 55 ans et plus - qui ne semble pas effrayer par la modernité des paris hippiques sur internet, alors que cette même catégorie fuit pour l’instant d’une manière assez radicale le poker et les paris sportifs. Le fait que les populations turfistes soient plus âgées que les autres populations joueuses, ne signifie donc pas qu’elle soient rétrogrades en matière d’évolution technologique. En final les paris hippiques – un jeu qui a une longue histoire – semblent posséder une base économique, financière, culturelle, sociologique plus solide que les paris sportifs, activité ludique relativement récente qui a en outre connu de nombreux soubresauts quand la Française des jeux a commencé à les exploiter. Cette base structurelle bien ancrée dans la culture populaire, expliquerait « l’homogénéité progressive tranquille de la courbe des comptes joueurs actifs hippiques », alors que celle des paris sportifs constitue une succession de montagnes russes… qui donne mal au cœur à certains opérateurs, au point que certains ont déjà jeté l’éponge.(TF1/Eurosportbet)

➢ Le genre apparaît comme une variable très discriminante pour les jeux en ligne. Les jeux d’argent en ligne sont très majoritairement pratiqués par les hommes (88%) La gente féminine participe très peu pour l’instant au gambling virtuel (12 %). Elle est nettement sous représentée, par rapport au poids qu’elle occupe dans la société française (51,4%). Pour les paris hippiques même si la tendance globale est similaire (81% d’hommes) ( tableau B ci-dessous ) le « deuxième sexe » apparait largement représenté ( 19 % de femmes). Si le monde du cheval, la filière et pout tout dire le PMU - qui bataille depuis des années sur ces deux questions : âge et genre - ne semble pas avoir complètement réussi complètement à rajeunir sa clientèle, pour atteindre « l’identité d’une marque populaire transgénérationnelle » ( l’expression est de Benoit Cornu directeur de la communication du PMU (6) il semble par contre avoir réussi le pari de la féminiser davantage. Ces chiffres reflètent cette féminisation accrue, qui profite à l’ensemble des opérateurs hippiques et pas seulement au PMU. Traditionnellement associé au Bar PMU, univers masculin populaire de riches sociabilités interlopes mais aussi de fortes promiscuités longtemps enfumés et parfois alcoolisées, les paris hippiques à domicile sur internet ont visiblement attiré les femmes, davantage en tout cas que le poker et les paris sportifs virtuels.

Tableau B

genre homme femme total
Jeux de cercle poker 91 9 100%
Paris sportifs 92 8 100%
Paris hippiques 81 19 100%

➢ La dernière information donnée par l’indicateur de supervision concerne « l’argent du jeu », la distribution des mises engagées . L’enseignement principal apparaît assez remarquable : 76 % des mises sont jouées par 10 % des joueurs, aussi bien pour le poker que pour les paris sportifs. Plus spectaculaire encore : 1% des joueurs génèrent 51 % des mises pour ces deux types de jeu. Même réduite à cette dichotomie primaire et binaire, l’information apparaît importante. Le marché des paris en ligne est extrêmement concentré.

➢ Un calcul secondaire permet de connaître la moyenne jouée « par trimestre » en prenant la base de « plus ou moins 1OO euros » pour les paris sportifs, hippiques et les tournois de poker. Deux catégories se dégagent
• une première catégorie de joueurs composée de deux populations. Une population majoritaire( entre 61 et 70 %) qui joue moins de 1OO euros par trimestre, une deuxième non négligeable ( de 35 à 39 %) qui engage 100 euros et plus dans les paris sportifs ou dans les tournois de poker
• une deuxième catégorie qui à l’inverse est composée d’une population de turfistes en ligne qui jouent majoritairement (54%) plus de 100 euros par trimestre


Type de jeux Pourcentage de joueurs misant moins de 100 euros par trimestre Pourcentage de joueurs misant plus de 100 euros total
Paris sportifs 61 39 100%
Paris hippiques 46 54 100%
Poker ( tournois) 65 35 100%
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Ces quelques éléments - loin d’être exhaustifs - confirment qu’une sociologie du gambling virtuel est nécessaire. Elle informerait objectivement les différents acteurs du champ et éviterait bien des instrumentalisations. Il convient une nouvelle fois de rappeler aux pouvoirs publics que c’est à l’ARJEL et Observatoire des jeux (ODJ) de réaliser ce travail de recherche et sans doute pas à l’Observatoire de lutte contre la toxicomanie, ou à la doxa du jeu pathologie en conflits d’intérêts dans cette affaire. Charles et les 6,5 millions de turfistes ne comprendraient pas que le Pouvoir (7), qui cherche plus que jamais à se rapprocher du Peuple et à le représenter, assimile leurs passions ordinaires (8) pour le jeu - ici pour les courses - à une drogue. La profession – ici le PMU/PMH et l’ensemble du secteur et de la filière cheval - ne comprendrait pas que leur métier soit associée au cartel de Medellin et que la culture du turf soit associée à une pathologie.

© JP Martignoni , Lyon, France, octobre 2011, 185.



(*)Phrase célèbre d’André Pousse ( décédé en 2005) comédien qui symbolisait bien le coté populaire du monde des courses. Phrase culte prononcée par André Pousse en réponse à Guy Marchand dans une publicité pour le Pari Mutuel Urbain des années 1990. Le slogan de cette publicité était « Avec le PMU, aujourd'hui on joue comme on aime », et ces acteurs français (incarnant des parieurs chevronnés) s'étonnaient que les nouveaux joueurs gagnent, alors que ces derniers basaient leurs jeux sur le nom des chevaux, leurs dates de naissances et autres détails sans rapport avec la course. Dans la publicité télévisée, elles jouent au hasard, […], les hommes sont sur l’hippodrome et se gaussent gentiment des femmes qui jouent leur date de naissance mais gagnent néanmoins : va comprendre Charles ! — (Jean-Pierre Martignoni-Hutin, Faites vos jeux : essai sociologique sur le joueur et l’attitude ludique, L’Harmattan1993, p.159)



Notes

(1) « Le PMU confirme au troisième trimestre la bonne croissance des paris hippiques et le succès de sa diversification » Communiqué de presse du PMU, 5 octobre 2011, 2 pages
(2) Communiqué de presse du PMU, 5 octobre 2011, ibidem
(3) Isabelle Toussaint : « hippisme trop de courses tue les courses ? ( Dépêche APF du 12 mars 2011)
(4) Christophe Palierse , Le PMU dépasse le milliard sur internet « (Les Echos du 6 octobre 2011)
(5) « Indicateurs de supervision : données trimestrielles « ( Arjel, 11 avril 2011, 8 pages)
(6) « Benoit Cornu, l’ouverture des paris en ligne a créé pour le PMU une opportunité de renouvellement « ( Igamingfrance.com , 20/10/2010)
(7) À paraître en novembre dans la revue Pouvoirs : JP Martignoni :« Une sociologie du gambling contemporain » ( Pouvoirs n°139, Les jeux d’argent, novembre 2011, 51-64)
(8) A lire ou à relire : C. Bromberger, Passions ordinaires, Bayard Editions, 1998, JP Martignoni : “Jeux, joueurs, espaces de jeu : le Course par Course du P.M.U.“ (Ethnologie Française n° 4, octobre, décembre 1992, 472-489) JP Martignoni : "Le Turfiste" (Les Cahiers de l'Imaginaire n°9, 1993, 59-90) JP Martignoni : « Jeux, joueurs, espaces de jeu : l'exemple des paris hippiques « (Migrants Formation n°96, Mars 1994, 103-116)


24.Posté par martignoni le 02/11/2011 20:44


LES TROIS PARADOXES DE LA POLITIQUE DES JEUX FRANCAISE


Jean-Pierre G. Martignoni-Hutin ( sociologue)

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Sauf quand tombe un pactole de 162 millions (Euro Millions), une tirelire à 10 ( Quinté+), que la Française Des Jeux cherche un joueur étourdi qui a oublié de venir retirer un gain de 8 millions (Loto) ou qu’un casse vide les caisses d’un casino, les jeux de hasard font rarement la Une de l’actualité des grands médias. Il faut dire que ce secteur sensible – le gambling - n’a rien de stratégique, même s’il pèse d’un poids certain au niveau économique, fiscal, sociologique. La clause de revoyure de la loi sur les jeux en ligne, qui arrive à échéance le 13 novembre, doit être l’occasion pour le gouvernement de faire le point sur sa Politique Des Jeux, et doit permettre aux autre acteurs du champ de débattre sur les multiples enjeux de cette politique, comme le fera la prochaine livraison de la revue Pouvoirs (1)

Comme l’ont précisé différents rapports récents (2) - et notamment celui du Sénateur François Trucy (3) - il s’agissait davantage par cette législation, de réguler une activité illégale existante, que de libéraliser de manière sauvage la totalité du marché ludique. C’est désormais chose faite. Les joueurs internautes peuvent maintenant - dans la légalité - jouer au poker en ligne, parier sur les courses hippiques ou de nombreux sports, tout en étant « presque » certains de ne pas se faire duper sur des sites mafieux. L’affaire Full Tilt Poker – une salle de poker en ligne accusée par la justice Américaine d’être une chaîne de Ponzi – indique en effet que la surveillance des opérateurs virtuels ne constitue pas une mesure liberticide, mais favorise au contraire le gambling virtuel, tout en défendant les intérêts des joueurs pour éviter qu’ils ne se fassent pigeonner.

La « modernisation » de la Politique Des Jeux de la France, inaugurée par Nicolas Sarkozy avec les casinos quand il était Ministre de l’intérieur et qui a abouti à cette fameuse loi du 12 mai 2010, apparait donc un succès, quoiqu’en disent ses détracteurs. L’accusation des « amis du Fouquet’s » - vs jeux d’argent - a fait long feu. Si certains « amis du Président » ont « profité » de cette loi dite « d’ouverture maitrisée à la concurrence », les deux opérateurs historiques (FDJ et PMU) sont loin d’avoir été lésés, bien au contraire. C’est en réalité de manière certaine ( et le dernier rapport du Ministre du Budget en témoigne fortement ) (6) un double intérêt national - public et privé - et la volonté de se mettre à jour vis-à-vis des directives et injonctions européennes, qui ont prévalu dans les choix gouvernementaux, après de nombreux arbitrages, un gros travail parlementaire et sénatorial, ensemble qui souligne que la France n’est pas une République Des Jeux… bananière.

Néanmoins, pour passer d’une politique d’intérêt national – qui peut paraître protectionniste et contradictoire à certains égards – à une politique d’intérêt général, trois paradoxes devront un jour ou l’autre être levés. Cette rupture permettra d’aboutir à une Politique des jeux « pacifiée » qui, sans oublier son devoir de responsabilité, soit ambitieuse et n’ait pas peur de son ombre.

➢ Le premier paradoxe c’est celui bien connu d’Etat Croupier. Chacun le reconnaît le gambling qui traîne une symbolique sulfureuse ancienne liée à son histoire, doit être contrôlé, surveillé, réglementé pour éviter toute tricherie et de nombreux autres dérives ( blanchiment…). C’est ce que fait l’Arjel pour les jeux en ligne, la Police des jeux pour les casinos et les courses… Le problème quand l’Etat est croupier c’est, d’une part que la réglementation peut être perçu comme de l’auto régulation, d’autre part que les règles ne sont pas les mêmes pour tout le monde. L’autorité publique peut avoir tendance à privilégier l’opérateur dont il est l’actionnaire majoritaire. L’opérateur historique de son coté va avoir tendance à faire comme bon lui semble. Par ailleurs, plusieurs autres volets de la politique des jeux vont avoir du mal à être mise en place de manière cohérente et crédible, à cause de cette double casquette portée par l’Etat.

➢ C’est le cas par exemple de la politique de jeu responsable qui entraîne un deuxième paradoxe. Dans le cadre du projet de loi sur les jeux en ligne, les pouvoirs publics ont fortement accentué leur politique de jeu responsable (information/ prévention, numéro vert, lutte contre le jeu excessif, le jeu des mineurs, les interdits de jeu….) Soucieux de santé publique, et afin de répondre aux attentes européennes de protection des joueurs, ce concept de jeu éthique a néanmoins été fortement instrumentalisé par certains professionnels de l’addiction - en conflits d’intérêts dans cette affaire - qui constituent une doxa scientiste fortement contestable et fortement contestée par les autres chercheurs en sciences sociales ( sociologues, économistes, historiens…). Passion ordinaire, pratique sociale et culturelle, le jeu est un Fait Social avant d’être une maladie. Par ailleurs cette politique de jeu responsable apparaît rapidement en contradiction avec la libéralisation partielle des jeux en ligne, nonobstant la croissance accrue des jeux en dur opérée par la FDJ et le PMU ces dernières années, avec une forte accélération ces derniers mois. Ce paradoxe a été souligné avec vigueur par l’autorité de la concurrence dans son Avis du 20 janvier 2011, « Ainsi, la lutte contre l’addiction au jeu entraîne nécessairement la recherche d’une limitation de la consommation, et partant, de l’offre de jeux, alors que le droit de la concurrence vise à stimuler la concurrence pour améliorer les conditions de vente d’un produit ou service et en faciliter l’accès le plus large possible au consommateur ».

➢ Dernier paradoxe celui d’un libéralisme ludique qui – contradictoirement - serait principalement basé sur la réglementation et la fiscalité. A cause des deux paradoxes cités avant, l’autorité publique et la représentation nationale ont crû bon de manière préventive, de fortement réglementer et fiscaliser les jeux en ligne. Chacun à rajoutant une couche au cours de la navette parlementaire, comme si la classe politique voulait se donner bonne conscience, comme si l’Etat voulait sécuriser sa fiscalité. La critique de la réglementation est bien connue, elle n’a jamais été démentie : trop de réglementation peut tuer la réglementation et peut même tuer le business, notamment quand il est en cours d’installation comme c’est le cas pour les jeux en ligne. Idem en matière de fiscalité. Conscient de cette réalité, et face aux résultats financiers moins bons qu’attendus, les responsables du dossier veulent désormais « rendre plus attractifs » les jeux en ligne en jouant notamment sur une baisse de la fiscalité, mesure revendiquée et soutenue par les professionnels du secteur. Ce à quoi Valérie Pégresse, vient de répondre que face à un dossier aussi complexe et qui met en cause la fiscalité des jeux en dur, la définition du PBJ… il fallait mener « un travail complémentaire approfondie » (4) qui vient d’être confié à Jean François Lamour. Au delà de son aspect technique très complexe, une question simple doit être posée : « dans une économie de marché l’économie d’un marché » - ici le marché ludique sur internet - doit-elle être régie par la fiscalité, la réglementation ou en laissant jouer la libre concurrence, la loi de l’offre et de la demande. Cette problématique de la régulation économique, abordée lors du colloque organisé par Nicolas About ( sénateur des Yvelines) en avril 2010 (5), la classe politique dans son ensemble devra un jour y répondre franchement.


Il y a sans doute plusieurs chemins pour aboutir à une bonne sécurité des jeux en ligne et à une « saine » fiscalité qui n’entrave pas le commerce du jeu virtuel ou en dur. Assurément, à cause de son orientation et des 49 recommandations qu’il contient, le « rapport d’évaluation » que vient de remettre la Ministre du Budget au Gouvernement (6) va fortement relancer le débat et faire couler beaucoup d’encre. Souhaitons cependant que les décideurs politiques en charge du dossier trouvent rapidement leur chemin de Damas, pour ne pas que l’aventure ludique des jeux en ligne se transforme en chemin de Croix liberticide. L’ensemble des acteurs du secteur devraient aborder ces différents registres de manière sereine, car le succès des jeux de hasard en ligne, comme celui des jeux d’argent en dur, dépendra largement de l’environnement macro économique. Par ailleurs les protagonistes du champ concerné ont un intérêt commun. Ils souhaitent tous - comme les joueurs qui s’engagent dans l’aventure ludique - « remplir leur bougette »(7).



© JP Martignoni , Lyon, France, octobre 2011, 188.


Notes
(1)Pouvoirs (revue française d’études constitutionnelles et politiques), n°139, Les jeux d’argent ( à paraître en novembre 2011)
(2) Celui d’Aurélie FILIPPETTI et de Jean-François LAMOUR, celui de l’Afjel (Association Française du jeu en ligne) , celui de l’Arjel ( Autorité de régulation des jeux en ligne)
(3)Rapport d’information n°17 , Sénat, 12 Octobre 2011, 315 pages
(4) « Taxation des jeux en ligne : pas de réforme, mais une mission à M. Lamour « ( message AFP du 21 octobre 2011
(5)« Quelle place, quel rôle pour les nouveaux entrants ? « , 2° assises du jeu de hasard et d’argent, Paris, Palais du Luxembourg, 20 avril 2010.
(6) « Ouverture à la concurrence et à la régulation du secteur des jeux d’argent et de hasard en ligne » (Rapport d’évaluation du Gouvernement , loi n° 2010-476 du 12 mai 2010, octobre 2011, 71 pages)
(7) Ancien mot de la langue française qui désignait une bourse ou un coffre ou l’on met de l’or. Après avoir voyagé notamment en Angleterre, ce mot nous est revenu sous le terme Budget.


25.Posté par martignoni le 22/09/2015 18:16
ARJEL : Etude sur les joueurs en ligne (turfistes, parieurs sportifs, joueurs de poker)

LE DESSOUS DES CARTES

« Etude sur les joueurs de sites agrées de jeu en ligne en France réalisée par Jean-Pierre MARTIGNONI, sociologue. Cette étude reflète les analyses et opinions de l’auteur et ne saurait être associées à celles de l’ARJEL »


Jean-Pierre G. MARTIGNONI-HUTIN
( sociologue)


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Après plus de 15 mois de réflexion (!) le Président de l’ Autorité de Régulation des Jeux en Ligne (ARJEL) - Charles Coppolani – a donc finalement interdit que l’étude « ETHNOSOCIOLOGIE DES JEUX DE HASARD ET D’ARGENT EN LIGNE : POKER, PARIS HIPPIQUES, PARIS SPORTIFS » ( VOLET 1 ETUDE QUANTI, 66 PAGES) soit publiée sur le site de l’Autorité de régulation. Sociologue, spécialisé sur des jeux de hasard et de l’industrie des jeux d’argent (gambling et e.gambling), chargé d’étude et salarié à l’ARJEL depuis décembre 2011 nous avons condamné cette décision - communiqué de presse du 24 juillet 2015 (1) - que nous considérons peu ou prou comme une censure qui ne veut pas dire son nom.
Cette recherche approfondie, basée sur un vaste échantillon représentatif de la population des joueurs en ligne extrait du frontal de l’ARJEL (turfistes, parieurs sportifs, joueurs de poker) , comportait :
• un important volet quantitatif : sondage en ligne auto administré sur une population de 4145 joueurs
• un axe qualitatif très significatif :185 entretiens de joueurs réalisés au siège de l’ARJEL à Paris (en face à face ou par téléphone) qui représentaient des dizaines d’heures d’enregistrement

L’étude quanti était reproductible, les chiffres précis. Les règles de la méthode avaient été appliquées, le souci méthodologique et épistémologique constant. Nous avions par exemple purifié le questionnement (questions ouvertes, neutralité du vocabulaire..) afin ne pas surdéterminer les réponses d’un sujet sensible et complexe. Toutes les étapes (échantillon, pré enquête, test, questionnaire, redressement…) avaient été validées par nos responsables hiérarchiques, des « pointures » de l’ARJEL qui ont le sens de l’Etat et des affaires publiques. Il s’agissait d’offrir des pistes de réflexion, d’interpréter des statistiques, en restant au plus près des pratiques ludiques numériques observées et des représentations. Nous avons systématiquement utilisé des marqueurs de précaution (souvent, majoritairement…) afin de moduler les analyses et éviter la surinterprétation.
Mais bien évidemment, comme dans tout travail intellectuel, il y avait un style, une écriture, des couleurs…une objectalité pour parler comme feu l’ethnologue Pierre Sansot. Comme l’a rappelé récemment le sociologue Jean Louis Fabiani, « les sciences sociales sont des sciences narratives, un article de sciences sociale n’est pas un article de physique, on produit des récits »(2) Cette étude contrastait forcément un peu vis à vis des livraisons habituelles de l’ARJEL, notamment les trimestriels, mais elle était complémentaire. Elle s’inscrivait sur un autre registre intellectuel et scientifique, qui correspondait à notre fonction à l’ARJEL comme sociologue.

Le volet 1 de cette recherche (étude quanti), que l’actuel Président de l’ARJEL a interdit de mettre en ligne sur le site de l’autorité de régulation, avait en outre reçu l’aval pour publication de Jean-François VILLOTE avant son départ. Ce qui n’est pas la moindre des choses vu la rigueur de l’ancien Président de l’ARJEL qui aurait mis son veto si cette publication n’avait présenté aucun intérêt pour la puissance publique, les opérateurs, les joueurs et les observateurs du champ ludique. Cette étude représentait la suite logique de la recherche exploratoire publiée sur le site de l’ARJEL (« Sociologie des joueurs en ligne », mars 2013, 14 pages) que JF Vilotte présentait de la manière suivante dans l’avant propos : « Au delà de la publication trimestrielle par l’ARJEL des éléments sur le comportement des joueurs il a semblé utile d’engager une étude plus complète sur la sociologie du jeu en ligne. L’ARJEL, afin d’assurer une totale transparence du marché et d’adapter les outils de régulation à ses évolutions poursuivra ces études sociologiques. (…) D’ores et déjà (…) les données recueillies permettent de mieux connaître le marché des jeux en ligne, les motivations et les comportements des joueuses et des joueurs. L’Arjel a souhaité que ces informations puissent être partagées en toute transparence ( ibid page 2)

Le volet 2 (étude quali : ethno-sociologique des joueurs en ligne : poker, paris hippiques, paris sportifs, 300 pages) était en cours de rédaction et devait être publié en 2015. Mais l’enquête n’était pas terminée et des entretiens complémentaires étaient programmées, notamment au domicile des joueurs. C. Coppolani a mis son véto. L’ensemble du processus de recherche a donc subi un cout d’arrêt fatal à cause de cette longue réflexion du Président de l’ARJEL nonobstant le fait que, dès son arrivée Rue Leblanc (le siège de l’ARJEL à Paris dans le 15° arrondissement) M. Coppolani a programmé notre licenciement sans indemnité, après un CDD d’agent public de l’Etat commencé en 2011 et renouvelé sept fois…

Nous condamnons vivement l’ensemble de ces décisions et interdictions, même si cela n’a pas représenté pour nous – hélas - une totale surprise. Nous avions annoncé dès janvier 2014 en interne à l’Arjel et en externe auprès de collègues chercheurs à Lyon ou à Paris que :
• que nous serions débarqué à cause de l’arrivée de M. Coppolani
• que ’étude ne serait pas publiée car le nouveau Président de l’ARJEL nommé par le gouvernement était aussi, dans une belle confusion des genres, Président de l’Observatoire des jeux (ODJ) dont nous étions – ironie de l’Histoire - le Président fondateur
• que cet Observatoire était très activiste depuis plusieurs mois (voir encadré) pour enfoncer le clou en matière de pathologie du jeu
• que la nomination de M. Coppolani était très politique,
• qu’il y avait un historique lourd en matière de recherche sur le gambling et d’instrumentalisation de cette recherche (par exemple l’expertise Inserm)
• que le dossier (politique des jeux, politique en matière de recherche sur les jeux d’argent) était sensible et que Bercy semblait désormais vouloir tout contrôler
• qu’au final nous serions « victime » collatérale de la démission inattendue de JF Vilotte

(*) L’Observatoire des jeux (ODJ) que nous avons crée avec deux psychiatres (Marc Valleur et Christian Bucher) et un avocat Matthieu Vincent, mais dont nous avons été -d’après le sénateur François Trucy qui a désormais quitté le Palais du Luxembourg ( ) - exclu par un mystérieux cabinet, est dominé, depuis son installation, par la doxa du jeu pathologie maladie. L’ODJ multiplie depuis deux ans des publications (scientifiques ?) loin d’être neutres : « Poker en ligne et addiction », «Taux de retour aux joueurs (TRJ) et addiction » etc… Certaines, très « approximatives », ont même entrainé un communiqué immédiat de l’ARJEL. Voilà par exemple comment JM Costes (membre de l’ODJ et ancien directeur de l’Observatoire des drogues) résumait sur le site de l’ODJ (hébergé par Bercy !) l’étude « TRJ et addiction »: « la littérature scientifique n’apporte pas de preuves définitives sur le lien existant entre TRJ élevé et addiction, non parce que ce lien est inexistant mais parce que sa mise en évidence est très difficile, voire impossible à démontrer sur le plan méthodologique. L’argument de l’absence de démonstration scientifique formelle ne permet pas néanmoins de remettre en cause la possible existence de ce lien. » !! ( in« Taux de retour au joueur (TRJ), addiction et blanchiment », Observatoire des jeux (ODJ), mai 2012.)
Face à ce tels propos, publiés sur le site de Bercy, une seule conclusion s’impose : REDUCTIO AD ABSURDUM*

* Expression latine à propos d’une personne qui conduit un raisonnement jusqu’à ses plus extrêmes conséquences, y compris absurdes et contradictoires, en allant jusqu’à démontrer la fausseté, voire la ridicule inconsistance, des hypothèses sur lesquelles il repose.

Malgré ce contexte nous avons ensuite ( après consultation en interne à l’ARJEL et auprès de collègues universitaires) tout tenté, pendant des mois, pour trouver une solution positive avec le Président de l’ARJEL, basée sur le bon sens, le sens de l’intérêt général et de l’intérêt scientifique. En vain. Mutisme, indifférence, silence, ostracisme.
Certes, sociologue spécialisé sur le champ ludique des jeux d’argent, et ayant écrits de multiples articles sur la question de la Politique Des Jeux(PDJ) et de la politique en matière de recherches sur le jeu, nous comprenons les raisons politiques court terme de ces décisions mais nous les condamnons. Il est clair que la visite de Christian Eckert à l’Arjel en avril 2015, l’ouverture du site Evalujeu, constituent le point d’orgue d’une Politique Des Jeux « dite » de jeu responsable, qui met systématiquement en avant l’addiction, le jeu excessif, le jeu pathologique…. Publier sur le site de l’ARJEL une vaste étude représentative qui remet objectivement en cause cette vision réductrice du e. gambling, cela aurait fait tâche, cela aurait suscité le débat.
Car cette politique de « jeu responsable », engagée depuis longtemps par l’Etat, Bercy et la FDJ, apparait en réalité très contradictoire. Se situant entre injonction paradoxale, principe de précaution exacerbée, conflits d’intérêts et instrumentalisation réciproque (entre l’Etat Croupier, la doxa du jeu pathologie maladie, le business du jeu compulsif), cette politique des jeux a déjà été fortement critiquée aussi bien politiquement, économiquement que scientifiquement et pas seulement par nous. Aymeric Brody, dans un article « Pour une approche du gambling en termes de jeu »publié dans la dernière livraison de la revue numérique Sciences du jeu (3,2015, « Questionner les jeux d’argent et de hasard ) résume bien une partie de ces critiques ( confer note 3)

Cette politique des jeux d’argent et cette politique en matière de recherches sur les jeux de hasard ne concerne pas que la France. A terme la Commission Européenne – pour ne parler que d’elle - ne sera pas dupe. Elle a financé une recherche (« Gambling in Europe » menée par le Professeur Rebecca Cassidy) dans le cadre du projet GAMSOC dont les résultats vont dans le sens de ces critiques. Le rapport du projet, intitulé «Fair Game: producing gambling research», conclut notamment :« les recherches sur les jeux de hasard sont souvent limitées dans leurs objectifs et tendent à se restreindre aux personnes pour qui les jeux d'argent sont devenus une obsession pathologique. Le financement est souvent proposé en soutien de recherches sur les personnes pour qui ces jeux sont devenus (…) une addiction, au lieu de porter sur les implications sociales et culturelles »
Dans ce contexte il était stratégiquement pertinent – outre l’intérêt scientifique et historique - non pas d’interdire mais au contraire :
• de publier sur le site de l’ARJEL, le volet quantitatif de cette étude et ensuite l’important volet qualitatif qui devait « éclairer » de multiples façons la réalité contemporaine des jeux d’argent en ligne et l’impact sur le joueur et la « famille entourage » qui se situe aux antipodes de la vision réductrice véhiculée par la doxa du jeu pathologie maladie.
• de nous laisser terminer l’enquête qualitative dans de bonnes conditions. Mais là également, contre toute attente le Président de l’ARJEL a interdit que nous réalisions l’enquête complémentaire prévue au domicile des joueurs, fruit d’un long travail d’approche et de mise en confiance avec les e.gamblers et alors que nous avions les autorisations de la CNIL. Cette décision a été pour nous particulièrement consternante, des mois de travail annulés par la volonté d’un seul homme.

L’ARJEL ( l’Etat, le gouvernement) aurait eu une longueur d’avance avec cette enquête « à domicile », particulièrement pertinente pour des jeux d’argent digitaux, qui se déroulent souvent à la maison dans l’univers privé domestique, dernière terra incognita des sociologues. En outre nous étions au diapason de la volonté du gouvernement : de mesurer objectivement l’impact des jeux d’argent en ligne dans la vie des familles concernés, d’analyser les recompositions et synergies ludiques suscitées par la légalisation du ludique numérique depuis 2010 ; au delà des gesticulations, postures et des impostures scientifiques, imposées par la doxa du jeu pathologie maladie et le business du jeu compulsif qui, en réalité, prend en otage l’Etat Croupier dans cette affaire.

Nous avons trouvé le veto du Président de l’ARJEL sur ce registre très curieux, comme ensuite sa demande insistante, si l’étude quanti était publiée sur le site ARJEL ( car au début il était d’accord avec des modifications mineures) qu’elle le soit en précisant : « étude réalisée par JP Martignoni avec la collaboration de l’ARJEL » alors que nous étions salarié à l’ARJEL depuis 2011 et que l’étude était le fruit d’un travail collectif.

Au final nous ne pouvons que condamner l’ensemble du processus que M. Coppolani a coordonné très doucement…mais très surement. Mais pour éviter tout ressentiment, et bien montrer que nous n’en faisons pas une affaire de personnes, nous voudrions remercier le Président « actuel » de l’ARJEL :
• d’avoir prolongé notre contrat de quelques mois pour tenir compte d’un drame familial intervenu en 2013 (mort de notre cher fils Jacques en pleine santé à l’âge de 20 ans)
• de ne pas avoir complètement censuré cette étude, comme il aurait pu le faire contractuellement, et d’autoriser sa publication sous certaines conditions ( encadré ci dessous)

Nous prenons acte que le Président actuel de l’Arjel ( nous le citons) n’a pas « voulu interdire » complètement la publication de l’étude concernée sous réserve ( nous le citons à nouveau) « que l’ARJEL n’y soit en aucune manière associée et à condition que figure en première page la mention : Etude sur les joueurs de sites agrées de jeu en ligne en France réalisée par Jean-Pierre MARTIGNONI, sociologue. Cette étude reflète les analyses et opinions de l’auteur et ne saurait être associées à celles de l’ARJEL »

Pour conclure, même si nous avons beaucoup investi à l’ARJEL depuis 5 ans au détriment de notre carrière intellectuelle et de notre visibilité ( en tant qu’agent public de l’Etat nous étions tenus au devoir de réserve), même si pour la première fois de notre trajectoire nous avons subi une censure alors que notre patron c’était L’Etat finalement, nous serons beau joueur, à défaut d’être le gagnant de cette pitoyable affaire. Car d’une certaine manière nous retrouvons, grâce à « l’actuel » Président de l’ARJEL – Charles Coppolani - notre LIBERTE de chercheur, qui, dans une belle ironie, rejoint la première motivation des joueurs online….

Quand on demande aux e.gamblers « pourquoi ils jouent » dans une question stratégiquement ouverte par soucis épistémologique, ils répondent en effet majoritairement : facilité, rapidité, simplicité.. LIBERTE. Cette phrase résume bien finalement, la modernité numérique et la philosophie des jeux d’argent digitaux ( poker, paris hippiques, paris sportifs) pratiqués à la maison dans l’espace privé domestique ou de manière nomade, comme la phrase d’Aragon – « Que le hasard vous serve mais préparez vous à l’accueillir », (titre d’un de nos livres (4) ) synthétisait bien la logique ludico-existentielle des machines à sous.

C’est peut être ces mots - et notamment le plus beau d’entre eux LIBERTE - que, dans ce domaine comme dans de nombreux autres, ceux qui croient servir ceux qui nous gouvernent ne souhaitaient pas lire sur le site officiel de l’ARJEL.



Jean-Pierre G. MARTIGNONI-HUTIN
• Sociologue
• Chercheur associé au Centre Max Weber ( CMW- Université Lumière – Lyon 2)
• Membre de la Commission National des Sanctions (CNS- Paris Bercy)
© Lyon le 17 septembre 2015

contact : Jean-pierre.martignoni@univ-lyon2.fr

NB : outre les participants au débat sur poker académie ( voir note 1 ci dessous) nous souhaitons remercier les nombreuses personnes ( hommes politiques, collègues universitaires, joueurs) qui nous ont apporté leur soutien suite à notre communiqué de juillet 2015. Nous publions ci dessous un extrait de ces soutiens envoyés par les joueurs :

1. Gilles X : C'est fort dommage de ne pas pouvoir rendre public le résultat de plusieurs années de travail, d'autant plus que cette étude avait l'air vraiment intéressante et poussait beaucoup plus loin la réflexion que la plupart des QCM que l'on reçoit d'habitude, se cantonnant à savoir si l'on est addict aux jeux...Pour cela, recevez tout mon soutien
2. Gérard X : « c'est l'habitude en prenant des fonctions de démolir le travail du prédécesseur, je peux regretter d'avoir consacré du temps pour un dossier enterré, par contre je ne regrette pas mes contacts avec vous, empreints d'une grande courtoisie, d'une grande connaissance sociale et d'un grand professionnalisme merci de votre implication avec coeur dans cette action »
3. Bernard X : « je peux vous dire que je suis choqué de cette décision de la part du nouveau Président de l'ARJEL, un travail de longue haleine comme celui que vous meniez sur le sujet concerné devait être mené à son terme et rendu public, de multiples enseignements pouvant en être tirés. Ces personnes qui sont nommés et qui, par le fait du prince, décide purement et simplement d'annihiler une telle étude ne sont pas dignes de respect. Il y a un mépris de votre personne, de votre travail, de votre expertise; un mépris, également, de toutes les personnes à qui vous vous adressiez et qui (je suppose) n'ont jamais rechigné à accepter les entretiens, pensant servir un sujet de société non négligeable »
4. Eric X : « Je ne peux que regretter très vivement ce revirement de l'ARJEL...Je transmets ce communiqué de presse à la communauté de "Poker académie" auquel j'appartiens »
5. Bruno X : « Bonjour Monsieur,Je suis tout autant scandalisé que vous par la situation. Je vous avais parlé à demi-mots des problèmes que rencontrent les jeux sociaux en ligne. Ces problèmes, qui engagent la responsabilité morale, politique et pénale des sites ainsi que de l'organisme de régulation, sont bien trop graves pour qu'une étude telle que la vôtre puisse être publiée. Je ne suis donc finalement pas vraiment surpris de son interdiction par étouffement. Le contraire aurait été bien trop dangereux pour les dirigeants de l'Arjel ainsi que pour tout les hauts fonctionnaires et politiques qui sont mouillés dans ce montage. Le refus de votre étude pourrait bien constituer l'élément déclencheur d'un scandale politico-administratif qui s'étendrait bien au-delà de nos frontières. Je tiens seulement à vous prévenir que vous allez vous heurter à des personnes très puissantes qui ne reculeront devant rien pour vous faire taire.
6. Thierry : « Je déplore comme vous cette décision, j'ai eu plaisir à m'entretenir régulièrement avec vous »
7. Michel X : « Difficile de comprendre les intentions de l’ARJE »
8. Bernard X : « On assiste de plus en plus à ces excès d'autorité, et à des prises de décision insuffisamment réfléchies. La compétence des décideurs n'est manifestement pas analysée comme il se devrait. Les erreurs de jugement se multiplient de façon inquiétante, et on en voit hélas les résultats désastreux, qui s'accumulent dans une indifférence générale ».
9. Tangui X : « quel dommage »
10. Marc X : « Je suis aussi désolé que vous »
11. Olivier X : « je suis désolé de la tournure prise pour votre étude qui m'intéressait beaucoup ».
12. Bernard X : je suis désole de cette situation. Vous faisiez un travail important et avec attention. En espérant que cette étude puisse un jour voir le jour
13. Samuel X : « Je retiendrai la courtoisie et le professionnalisme avec lequel vous avez diligenté cette mission. Je garde un excellent souvenir de nos relations et suis certain que ces qualités ne sauraient vous quitter lors de vos prochaines missions

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Notes :

(1) « Le Président de l’Autorité de régulation des jeux d’argent - Charles Coppolani - en ligne interdit qu’une étude sociologique sur les joueurs en ligne soit publiée sur le site de l’ARJEL » (24 juillet 2015, 1 page). Ce communiqué de presse a été envoyé à l’AFP qui très curieusement n’a pas donné aucune suite. Il a été publié notamment sur lescasinos.org du 24 juillet 2015 et sur poker-académie avec différentes réactions de joueurs: :http://www.poker-academie.com/forum/poker-business/900566-arjel-une-etude-sur-le-poker-et-les-jeux-en-ligne-qui-tombe-a-l-eau.html#
(2)Jean Louis Fabiani, sociologue EHESS , « la sociologie par les textes » Sciences humaines n°273 septembre 2015, 28-31)
(3) Extraits de l’article d’Aymeric Brody : Pour une approche du gambling en termes de jeu ( in Sciences du jeu. 3,2015, « Questionner les jeux d’argent et de hasard »)
[Perspectives critiques )
• ( Certains sociologues) remettent « en cause la « doxa du jeu pathologique » (Martignoni-Hutin, 2011), n’hésitant pas à parler d’une « pathologisation » (Suissa, 2005) pour rendre compte du discours médical à l’égard du jeu. Suivant cette perspective critique, il conviendrait d’analyser la construction sociale du « jeu pathologique » en réinscrivant l’histoire du concept dans un processus plus vaste de « médicalisation » et de contrôle des comportements déviants aux États-Unis (Conrad & Schneider, 1980 ; Rosecrance, 1985) et à travers le monde (Suissa, 2008).
• Ce faisant, on comprend mieux comment le discours des psychiatres américains s’est imposé à partir des années 1980 pour faire du jeu pathologique un problème médical (Castellani, 2000), avant d’être reconnu comme un problème sanitaire et social dans les années 1990-2000 (Suissa, 2003, 2006 ; Mangel, 2009). En parlant de pathologisation ou de médicalisation, il s’agit non seulement de décrire ce processus qui préside à la reconnaissance du jeu pathologique comme une maladie ou un problème de santé publique, mais aussi de souligner cette tendance générale à penser le jeu – y compris celui des « joueurs sociaux » – en termes de pathologie.
• Selon l’INSERM (2008 : 38) qui se réfère notamment aux travaux de Suissa : « L’usage même de ce terme – pathologie/maladie – relève d’une idéologie de la médicalisation, en tant que modalité de contrôle social dans la gestion des rapports sociaux de déviance. » Face à cette idéologie dominante, le sociologue s’efforcera de déconstruire les catégories d’usage en matière de gambling pour redéfinir les termes du débat scientifique.
• Tel est précisément l’enjeu d’un article dans lequel Jean-Pierre Martignoni-Hutin pose la question suivante : « Que peut apporter la sociologie dans le débat sur le jeu compulsif ? » (Martignoni-Hutin, 2005) La réponse du sociologue se situe à plusieurs niveaux : une fois le travail de déconstruction engagé sur le plan épistémologique et conceptuelle, la sociologie interviendrait dans le débat scientifique pour reformuler le problème, discuter les études sur le sujet et réaliser de nouvelles enquêtes.
• Dans un texte plus récent, Martignoni-Hutin (2011) pose finalement les jalons d’une « sociologie du gambling contemporain » qui ne soit pas focalisée sur la dimension pathologique du jeu, considérant « qu’il y a danger à aborder les jeux d’argent à travers la problématique de l’addiction, car une fois acceptés comme entité morbide individualisée, ces jeux sont analysés comme des formes plus ou moins aiguës de jeu pathologique. » (Martignoni-Hutin, 2011 : 59).
• Si un Observatoire des jeux (ODJ) a depuis vu le jour en France, force est de constater que celui-ci s’intéresse davantage aux conséquences du jeu sur un plan sanitaire (…) qu’à la « socialisation ludique » des joueurs. En France comme ailleurs, le prisme du jeu pathologique continue d’orienter le regard des chercheurs vers des considérations psychologiques, médicales ou sanitaires.
• Analysant les titres et les résumés des articles scientifiques publiés dans le Journal of Gambling Studies, Brian Castellani (2000 : 51-52) observe ainsi dans le contexte anglophone une surreprésentation des travaux renvoyant le jeu pathologique au « modèle médical ». Non seulement la psychopathologie du jeu – entendue au sens large – domine par la place qu’elle occupe dans la littérature scientifique internationale, mais elle domine également en imposant ses catégories aux autres approches disciplinaires du gambling. Relevons par exemple que, si l’approche sociologique tend à aborder le jeu pathologique comme un « problème social » (Suissa, 2013), c’est toujours d’un problème de jeu dont il est question.
• Quelque part, la sociologie du gambling que Martignoni-Hutin appelle de ses vœux serait elle-même victime de la « doxa » dès lors que, pour entrer dans le débat scientifique, elle doit réinvestir les thèmes et les termes de la psychopathologie du jeu. Même s’il cherche à la déconstruire, le sociologue reconnaîtra implicitement cette frontière entre le normal et le pathologique dont il sait qu’elle résulte d’une « construction sociale » (Martignoni-Hutin, 2005 : 59).
• Certes, il est difficile d’imaginer aujourd’hui une étude du gambling qui ne se réfère pas, d’une manière ou d’une autre, au cadre épistémologique et conceptuel de la psychopathologie du jeu, mais faut-il pour autant reprendre les termes du débat sur le jeu compulsif – surtout quand on sait le poids des mots dans ce type de controverse disciplinaire ?
• S’il n’est pas question de déclencher une « guerre des disciplines » (Martignoni-Hutin, 2005 : 57), doit-on pour autant céder les armes ? Comme Martignoni-Hutin, nous pensons qu’un travail de déconstruction est nécessaire, de la même manière qu’il nous paraît indispensable de reconstruire un cadre épistémologique et conceptuel qui, dans la mesure du possible, ne soit pas soumis à une conception psychopathologique du jeu. (…)
comprendre (sans juger) ce rapport que le joueur entretient avec son jeu : l’exemple du hasard
• Si la psychologie cognitivo-comportementale a tendance à considérer que celui qui cherche à contrôler le hasard par ses décisions se berce d’illusions et risque la dépendance (voir Barrault & Varescon, 2012), nous pensons quant à nous que le joueur a de bonnes raisons de croire en ses chances – sinon il y a fort à parier qu’il ne jouerait pas.

• Certes, son comportement à l’intérieur du jeu n’est peut-être pas conforme à la « morale mathématique » (Martignoni-Hutin, 2000 : 167) dont se réclament certains psychologues mais, comme l’observe finement Martignoni-Hutin à propos des machines à sous : « Il y a chez le joueur un sens ludique – véritable sens pratique – adapté aux vicissitudes du jeu et aux caprices du hasard. » (Martignoni-Hutin, 2000 : 164).

• Pour comprendre (sans juger) ce rapport que le joueur entretient avec son jeu, il s’agirait d’appréhender chacune de ses décisions non comme une « illusion de contrôle » (Langer, 1975) mais comme une forme d’engagement – y compris monétaire – dans la pratique du jeu (illusio).

• C’est à cette condition que la pratique des jeux de hasard et d’argent prendra tout son sens ludique et qu’il deviendra possible d’éclairer sous un nouveau jour le comportement du joueur à l’intérieur du jeu. C’est en tout cas l’objectif de ce troisième numéro de la revue Sciences du jeu. (3,2015, « Questionner les jeux d’argent et de hasard »)

(4) : " Ethnosociologie des machines à sous : que le hasard vous serve mais préparez-vous à l'accueillir " (Paris , L'Harmattan, mai 2000, collection Logiques Sociales, 220 p.)


26.Posté par martignoni le 30/12/2015 13:54


Nouveau jeu de grattage de la FDJ pour les fêtes de fin d’année

FAITES VOS JEUX AVEC « FAITES VOS VŒUX »

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Jean-Pierre G. MARTIGNONI-HUTIN
Sociologue

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Dans un contexte islamo-fasciste, un monde meilleur en 2016 ?

Après avoir sorti en octobre 2015 un nouveau Banco à 1 euro pour adoucir « la rentrée » des Français (1), après avoir lancé en décembre - suite aux attentats islamo-nazis de Paris - un jeu écolo, qui se nommait - ironie dramatique de l’Histoire - « Solidaires pour un monde meilleur »(2) , pour soutenir l’ ONG WWF dans le contexte de la COP 21 - la Française des jeux (FDJ) commercialise pour les fêtes - sous sa bannière Illiko qui fédère depuis 2012 l’ensemble de ses loteries instantanées ( 3) - un nouveau jeu de grattage de circonstance : « Faites Vos vœux ». Il coûte 3 euros et permet, en cas de très bonne Fortune, d’en gagner 30 000 (4), avec de nombreux gains intermédiaires :
• 104 000 lots de 3 euros
• 240 OOO lots de 6 euros
• 125 000 lots de 9 euros
• 50 050 lots de 20 euros
• 200 lots de 100 euros
• 2 lots de 1000 euros

La FDJ poursuit sa tradition d’accompagner les grands évènements de l’année et notamment le plus symbolique d’entre eux : le jour de l’an. Les éditions antérieures se nommaient : « 2010 Une année en Or » « 2011 Année de Rêve » « 2012 Année de Richesse »(5), « 2013 Année de la Chance » « Joyeuses Fêtes », « Happy 2014 »(6).

Espérances pour la nouvelle année

Passons rapidement sur le nom du jeu – Faites vos vœux - qui détourne la célèbre formule des croupiers de casino Messieurs Faites vos jeux, sentence qui accompagne les différentes phases de la Roulette : « Faites vos jeux » (début des mises, après paiement des gains de la précédente), « Les jeux sont faits » (lancement de la bille)« Rien ne va plus » (fin des mises, la sortie du numéro gagnant étant imminente).

Au delà de ce détournement de bon aloi, le dernier né des gratteux (7) de la société dirigée par Stéphane Pallez (8) qui a succédé à Christophe Blanchard Dignac en 2014, exploite les traditionnels « voeux de fin d’année » que les Français se « souhaitent » à partir du 31 décembre à minuit et dans les jours et semaines qui suivent. Toutes les illustrations présentes sur le ticket (feux d’artifice, cadeaux…) font référence à cette tradition synonyme de fêtes (9) et « d’espérances » pour la nouvelle année et cela dans de multiples domaines de la vie sociale et personnelle.

Déesse Fortuna, Roue de la Fortune

Cela prend la forme d’une Grande Roue (manège que l’on trouve désormais pendant les fêtes dans certaines grandes agglomérations : Paris, Lyon… ) qui comporte 12 segments qu’il faut gratter = Santé ; Fortune ; Réussite ; Amour ; Bonheur ; Prospérité ; Amitiés ; Sérénité ; Succès ; Voyages ; Rencontres ; Chance. Mais il est clair, vu la teneur de ces vœux, que cette roue n’est pas un simple manège forain. Elle symbolise déesse Fortuna (11) cette divinité italique allégorique du hasard, de la chance dont les nombreuses représentations ont comme attributs principaux « la roue, la sphère », mais également le gouvernail, la proue de navire, la corne d'abondance. Comme l’a montré le sociologue E. Durkheim dans son analyse du fait totémique et religieux « beaucoup des conduites sociales s’adressent non pas tant aux choses elles-mêmes qu’aux symboles des choses » (12). Avec ce jeu, la FDJ se rapproche des croyances des Français qui à l’occasion de la nouvelle année émettront des vœux (pour eux ou leurs proches) en demandant à la Divinité d’intercéder en faveur de ces vœux, perpétuant un historique superstitieux païen et religieux profondément ancré dans la culture sociétés humaines.

Santé, argent, amour, travail…

Comme c’est une sphère, il n’y a pas de hiérarchie dans ces vœux, mais on trouve dans le haut de la roue des souhaits, qui sont généralement prioritaires dans les vœux de fin d’année : on souhaite avant toute chose d’être en bonne santé ; d’avoir de l’argent, de la chance, réussir dans sa vie professionnelle en période de chômage ; donner ou recevoir de l’amour, avoir des coups de foudre, faire des rencontres notamment amoureuses. En bas de la roue on trouve des vœux secondaires mais importants : le célèbre diptyque bonheur, prospérité mais également le fait de voyager, d’avoir du succès, de tisser des amitiés, d’avoir de la sérénité… pour affronter l’année nouvelle.

Comme d’habitude le verso de chaque ticket, donne différentes informations règlementaires (n° d’émission, tableau des lots, date limite de paiement, service client, phrase d’information prévention « rester maître du jeu ! Fixez vos limites, interdiction aux moins de 18 ans….). La doxa du jeu pathologie maladie, les associations familiales rigoristes, d’autres entités de protection des joueurs (toutes financées par l’Etat Croupier) n’ont pas encore réussi à imposer ces formules sur le recto des tickets, pas plus qu’elles n’ont réussi pour l’instant à imposer des tickets de grattage « neutres » comme l’a fait le lobby anti tabac avec le paquet de cigarettes neutre. (13)

Vertus thérapeutiques

Au final, mine de rien, ces petits tickets qui font rêver sont bien pensés - par la cellule « innovation » de la FDJ (14) - et ont sans doute des vertus thérapeutiques étant donné la puissance psychologique des prophéties auto réalisatrices. On parle beaucoup de pathologie du jeu, souvent de manière automatique, répétitive, voire mensongère et ubuesque (15). On ferait peut-être mieux de s’intéresser aux vertus ludico-thérapeutiques du jeu en général et des jeux d’argent en particulier en ayant une démarche socio anthropologique, au lieu « d’interdire » les études qui dévoilent objectivement les fonctions sociales et culturelles des jeux de hasard en ligne ou en dur (16) ou d’avoir honte - dans une politique des jeux pour le moins contradictoire et hypocrite - d’exploiter l’impôt ludique, le seul impôt démocratique volontaire ou personne n’est obligé de cotiser ( 17).

Lucri bonus est odoer ex re/ qualibet

La Française des jeux, qui a une actualité ludique dynamique dans son plan stratégique en dur ou numérique (18), continue, que ça plaise ou non, d’accompagner - la vie de millions de Français. L’opérateur historique des loteries, après avoir invité en mai 2015 nos concitoyens à faire leur miel avec le jeu à gratter « Miel d’or » (19), leur propose en cette fin d’année ce jeu basé sur des vœux positifs pour l’année 2016. Assurément vu les multiples difficultés (20) que rencontrent les Français et les autres catégories de populations qui vivent sur notre territoire dans un contexte post attentats islamo-fascistes et face à un gouvernement impuissant plusieurs fois désavoué par le peuple dans les urnes, les vœux de cette année - qui bénéficie d’une météo clémente mais bizarre - revêtiront sans doute une tonalité particulière et boosteront peut-être les ventes de ces petits bouts de carton et autres loteries qui font un peu rêver nos concitoyens. Comme le gouvernement socialiste a scandaleusement sanctionné les Français qui épargnent sagement sur leur Livret A (21), ils seront certainement nombreux, en 2016, à se lancer dans l’aventure ludique des jeux d’argent en appliquant l’adage de Juvénal (22) Lucri bonus est odoer ex re/ qualibet (Le parfum du gain est délicieux quelle que soit son origine) (23) Une façon de tenter d’améliorer l’ordinaire…. avec les risques que cela comporte.

Bonne année et bonne santé à vous et à votre famille ; bonne chance à tous dans votre vie et dans vos jeux…mais surtout souhaitons que les gouvernants de toutes les cultures et de toutes les religions travaillent à un monde meilleur en 2016…après avoir éradiquer les nazis islamistes qui sèment la terreur.



© JPG. MARTIGNONI-HUTIN, Chercheur associé au Centre Max Weber, Université Lumière Lyon 2, décembre 2015, Lyon (France)


Notes

1. Confer notre article : « Nouveau Banco à 1 euro, RELAX MAX, RAOUL COOL…La rentrée ludique anti stress de la Française des jeux » ( 5 pages,15 notes, octobre 2015, publié sur lescasinos.org du 14 octobre 2015)
2. Confer notre article : « Après les attentats islamo-fascistes de Paris du vendredi 13 novembre 2015 et au moment où se réunit la COP 21 = « SOLIDAIRES » : le nouveau jeu de grattage de la Française des Jeux : « POUR UN MONDE MEILLEUR » » (3 pages, 11 notes, novembre 2015, publié sur lescasinos.org du 24/11/2015)
3. Confer notre article : « Illiko ça banque illico ? : La Française des jeux lance une nouvelle marque ombrelle - Illiko - pour promouvoir ses jeux instantanés, fidéliser sa clientèle, trouver de nouveaux joueurs (mai 2012, 6 pages) publié sur lescasinos.org du 2 mai 2012
4. Pour 2 millions de tickets il y a « seulement » deux tickets gagnants à 30 000 euros !
5. Confer notre article : « 2012 ANNEE DE RICHESSE : un nouveau jeu de grattage de la Française des jeux à la symbolique forte par temps de crise « (février 2012, 3 pages, publié en France sur les casinos.org du 10 février 2012 et au Canada sur jeuenligne.ca du 24 février 2012)
6. Confer la présentation de Cyrille Geiger ( buraliste à Paris) : « FDJ® lance « Faites Vos Vœux », l’édition 2015 de son traditionnel jeu à gratter de fin d’année »( 17 décembre 2015) qui précise que ce jeu est « un rendez-vous attendu des détaillants ». Sur ce registre du réseau FDJ confer également : « Buralistes/FDJ : Faites vos vœux, l’édition 2015 du jeu de fin d’année (Le Monde du tabac du 18 décembre 2015)
7. Nom charmant des jeux de grattage chez nos cousins Québécois, confer 3 articles dans lesquels cet idiome est employé : Loto-Québec n'est pas une vache à lait ( Le journal de Québec du 9 juillet 2015) Loto-Québec: Déclarer ses gains au Salon de jeux ( Le journal de Québec du 17 septembre 2015) Loto-Québec : des baisses partout, sauf aux salons de jeu (Le Journal de Montréal-6 juil. 2015) Rappelons que les jeux de grattage de la FDJ sont curieusement fabriqués à Montréal ( confer l’article « votre billet à gratter vient du Canada » www.lavenir.net du 3 juin 2010)
8. Voir le portait de Stephane Pallez dans les Echos.fr du 12 février 2015.
9. Confer l’article de Metronews du 17/12/2015 : « Faites vos voeux : voici le nouveau jeu à gratter spécial fêtes »
10. La FDJ a ajouté - un 2° jeu nommé « Bonus » ( une pastille couleur or au milieu de la roue) qui permet également de gagner.
11. Le nom Fortuna dérive du latin fors qui signifie « sort ». Fortuna est identifiée à Isis
(Reine mythique et déesse de l’Egypte antique) et à Tyché (divinité tutélaire de la fortune, de la prospérité, de la destinée dans la mythologie grecque)
12. Raymond Aron, Les étapes de la pensée sociologique, Paris, Gallimard, 1967 , page 357
13. Confer : «Tabac : Des milliers de buralistes contre le paquet neutre » (Ouest France du 2 novembre 2015) ; « Tabac : le paquet neutre pourrait coûter très cher à l’Etat « ( Le Point du 22 juillet 2015)
14. « Leur boulot : créer des jeux à gratter » par Vincent Montgaillard (Le Parisien du 7 octobre 2015)
15. Voilà par exemple comment JM Costes (ex directeur limogé de l’Observatoire des drogues) désormais secrétaire de l’Observatoire des jeux (ODJ) résumait sur le site de l’ODJ hébergé par Bercy, l’étude « TRJ et addiction »: « la littérature scientifique n’apporte pas de preuves définitives sur le lien existant entre TRJ élevé et addiction, non parce que ce lien est inexistant mais parce que sa mise en évidence est très difficile, voire impossible à démontrer sur le plan méthodologique. L’argument de l’absence de démonstration scientifique formelle ne permet pas néanmoins de remettre en cause la possible existence de ce lien. » ( in« Taux de retour au joueur (TRJ), addiction et blanchiment », Observatoire des jeux (ODJ), mai 2012.) Face à ce tels propos, une seule conclusion s’impose : REDUCTIO AD ABSURDUM* (* Expression latine à propos d’une personne qui conduit un raisonnement jusqu’à ses plus extrêmes conséquences, y compris absurdes et contradictoires, en allant jusqu’à démontrer la fausseté, voire la ridicule inconsistance, des hypothèses sur lesquelles il repose.)
16. Confer : «Le Président de l’Autorité de régulation des jeux d’argent - Charles Coppolani - en ligne interdit qu’une étude sociologique sur les joueurs en ligne soit publiée sur le site de l’ARJEL » (COMMUNIQUE DE PRESSE 24 juillet 2015, 1 page, publié sur lescasinos.org du 24 juillet 2015 et sur poker-academie avec différentes réactions de joueurs: :http://www.poker-academie.com/forum/poker-business/900566-arjel-une-etude-sur-le-poker-et-les-jeux-en-ligne-qui-tombe-a-l-eau.html#) 2 = « ARJEL : Etude sur les joueurs en ligne (turfistes, parieurs sportifs, joueurs de poker : « LE DESSOUS DES CARTES » ( article, 8 pages, septembre 2015 (publié sur lescasinos.org du 17 septembre 2015)
17. Confer : notre article à paraître = « Les jeux d’argent : un impôt démocratique dont « l’Etat Croupier » ne devrait pas avoir honte (5 pages, janvier 2016).
18. « Comment la FDJ veut rajeunir sa clientèle » (France tv info du 7/IO/2015) « La FDJ mise sur le numérique pour séduire les jeunes adultes » ( La Tribune.fr du 7/IO/2015) « Pour gagner de nouveaux clients la Française des jeux mise sur le numérique ( La croix du 7/IO/2015) « FDJ : chance au tirage, au grattage…et au numérique « (le bien public.com du 8/IO/2015).
19. « Apiculture ludique : la FDJ invite les Français à faire leur miel : « DU MIEL ET DES ABEILLES : Miel d’Or, nouveau jeu à gratter de la Française des jeux » (26 mai 2015, 4 pages, 13 notes, publié sur lescasinos.org du 27/5, CBnews du 2/6).
20. Chômage endémique, délinquance galopante, baisse du pouvoir d’achat, matraquage fiscal national, impôts locaux moyennageux et confiscatoires, scandales multiples jamais punis au plus haut sommet de l’Etat ( affaire DSK, affaire Jérôme Cahuzac, ministre délégué au budget, affaire Aquilino Morelle …)
Sur l’augmentation confiscatoire permanente des impots locux (taxe foncière taxe d’habitation) Confer = « La taxe foncière explose, Bercy dédramatise » (Midi libre 24 septembre 2015) « La taxe foncière a bondi de 150 % dans 600 communes » (RTL.fr du 22 sept 2015), « L’explosion des taxes foncières embarasse le gouvernement « ( Le Figaro du 24 spt 2015) « Quand la taxe foncière passe de 134 euros à 18 OOO euros » ( Le Monde du 5 octobre 2015)

21 : Christian Noyer (l’ancien directeur de la Banque de France) a précisé dans la presse ( notamment dans les Echos.fr du 6 mai 2015 : « Livret A, la mise en garde de la Banque de France ») que le taux du livret A à 1% était « trop élevé » ! et « constituait une anomalie dans la zone euro » Les « patrons » du Crédit agricole et de le Société générale ont jugé eux aussi début mai que la rémunération du livret A était « trop » élevée. Rappelons que 5000 euros placés sur un livret A pendant un an rapportent seulement 50 euros…. à condition de laisser cette somme une année pleine sans jamais rien retirer ; « La collecte du livret A retombe dans le rouge en avril » ( Les Echos du 22 mai 2015)

A cause de ce taux la décollecte du livret A a été de 6,13 milliards en 2014 et de 1, 89 milliards depuis le début de l’année 2015 ( l’Express , l’Expansion.fr du 21 mai 2015 : « Rémunéré à 1%, le livret A continue de se vider ») . Confer également sur ce scandaleux dossier de l’épargne populaire = « Le livret réglementé a perdu 440 millions d’euros de dépots au cours du mois de mai 2015 « (Les Echos du 24 juin 2015) « Livret A : le désamour des épargnants devrait durer : le livret d’épargne a perdu 120 millions de dépots au mois de juin » ( Les Echos 22 juillet 2015).

Dans d’ancienne études (qui mériteraient d’être actualisées) nous avons montré l’étroite corrélation qu’il y avait entre l’épargne et le fait de jouer à des jeux d’argent. Ainsi les Corses sont les français qui jouent le plus et épargnent le moins, à contrario les auvergnais sont les français qui épargnent le plus et jouent le moins. " Faites vos jeux: notes historiques et statistiques sur les jeux de hasard et d'argent contemporains" ( Regards Sociologiques n° 8, 1994, 57-75.)

Grace à Christian Noyer et au gouvernement socialiste le taux du livret A est désormais à 0,75% du jamais vu , ce qui peut inviter les Français à jouer.

22 : Poète satirique latin de la fin du I° siècle et du début du II° siècle après Jésus-Christ. Il est l'auteur de seize œuvres poétiques rassemblées dans un livre unique : Les Satires

23 : Renzo Tosi : « Dictionnaire des sentences latines et grecques « (Edi. Jérome Million, 2010,1789 pages) sentence 1779, page 1300



27.Posté par martignoni le 24/11/2016 18:14

ARJEL, JEU & CANNABIS : l’imposture intellectuelle de Terra Nova

Jean-Pierre G. MARTIGNONI-HUTIN*



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Certains addictologues et certains lobbies, qui bataillent depuis des lustres pour dépénaliser les drogues - notamment la marijuana - ne manquent pas d’air. Ils viennent de lancer l’idée saugrenue de « légaliser le cannabis de la même façon que les jeux d’argent en ligne » (1) en créant une autorité de régulation. Terra Nova, un think-tank proche du Parti socialiste a publié une contribution très engagée, que nous éviterons de qualifier d’étude « scientifique » par précaution épistémologique: « Contrôler le marché légalisé du cannabis en France : L’EXEMPLE FONDATEUR DE L’ARJEL « (2) On ne voit pas très bien le rapport entre l’Autorité des Jeux en Ligne - qui régule le poker, les paris hippiques et sportifs - et le cannabis. L’ARJEL - présidée par Jean François Vilotte (2010-2014) et ensuite par Charles Coppolani - apparaît ici sciemment instrumentalisée. Sortir une énième étude sur les « vertus » du chanvre et « l’urgence » à le dépénaliser, cela n’aurait pas fait trois lignes dans les journaux. Associer cette propagande à l’institution de la rue Leblanc ( siège de l’ARJEL à Paris dans le 15°) cela fait tout de suite plus sérieux, d’autant que l’autorité de régulation vient de publier son rapport d’activité 2015-2016 (3).
L’imposture intellectuelle apparaît grossière. Pas certain cependant que l’ARJEL, son Président, ses personnels, apprécient cette instrumentalisation; pas sur que les joueurs acceptent que leur activité ludique digitale - et l’instance chargée de réguler le e.gambling - soit associée au haschich. Souhaitons que les opérateurs de jeux en ligne montent au créneau pour dénoncer cette instrumentalisation de leur autorité de tutelle. Souhaitons également que les opérateurs de jeux en dur se mobilisent par solidarité et pour signaler que « l’économie des jeux de hasard et d’argent » n’a rien à voir avec le cannabis.
Ca fait bien d’être pour la dépénalisation du cannabis
Effet dépêche AFP oblige, la plupart des journaux se contentent de reprendre pro domo les arguments de ce groupe de pression - qui se qualifie lui même de « progressiste « (4) - sans émettre la moindre critique, bien au contraire. « Et si c’était la bonne idée » s’interroge Eric Favereau dans Libération dans un article ou le titre comporte un jeu de mots à la Libé d’une banalité affligeante (5) Et si c’était « un nouveau débouché à l’agriculture française ? » questionne L’Express (6), tentant de nous faire croire que pour les agriculteurs français « le bonheur serait dans l’Herbe » comme « l’amour est dans le pré »
Dans ce domaine comme dans d’autres, le consensus totalitaire du politiquement correct contemporain a envahi depuis longtemps une bonne partie des organes de presse. Terra Nova jouent sur la lâcheté et la bobo-attitude des médias parisiens. Ca fait bien d’être pour la dépénalisation du cannabis, pour les salles de shoot… La pensée critique peu ou prou disparaît malgré le travail de « résistance » effectué par certains journalistes et certains intellectuels, par exemple Régis Debray sur France Culture

Jean Marie Leguen
Heureusement dans cette affaire, tous les médias ne cèdent pas au laxisme et à la démagogie ambiante. Plusieurs magazines réputés pour leur sérieux – par exemple le Point - soulignent « le parallèle audacieux de Terra Nova : cannabis et jeux en ligne » (7) En ce qui nous concerne, nous qualifierons ce parallèle de fallacieux, voire de tendancieux, c’est à dire qu’il utilise une argumentation qui n'est pas objective et manifeste insidieusement une tendance idéologique, un parti pris. Que le Parti socialiste (avec Jean Marie Leguen monté au créneau sur BFMTV en avril 2016 pour plaider la légalisation de cette drogue) veuille faire du cannabis « un enjeu de 2017 » (8) pour racoler les jeunes électeurs et amadouer les écologistes, c’est sont affaire. Mais qu’il laisse les jeux d’argent, l’ARJEL et les joueurs tranquilles.
Cette étude en réalité, ressemble à une très contestable « pétition de principe » - en latin scolastique petitio principii - qui nomme un raisonnement fallacieux dans lequel on suppose dans les prémisses la proposition qu'on doit prouver. Dès lors, la conclusion de la pétition de principe se confond avec tout ou partie des prémisses. Cette « pétition » est signée Jean Michel Costes, C. Ben Lakhdar (économiste, cnrs Lille) aidés par S. Karsenty (cnrs, Nantes) Mon Dieu CNRS, que n’écrit-on pas en ton nom.
Jean Michel Costes
Démographe (donc spécialiste des drogues !) JM Costes n’est pas totalement inconnu. Ancien responsable de l’Observatoire Français des drogues et toxicomanies (OFDT) il a été licencié en 2011. Il se permettait d’émettre des tribunes en faveur des salles de shoot contre l’avis de son directeur Etienne Apaire, responsable de la MILDT (Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie) devenue en 2014 la MILDECA (Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues Et les Conduites Addictives). Mais la République n’est pas toujours rancunière avec ceux qui violent les règles éthiques et déontologiques… quand ils possèdent peut être par ailleurs des appuis politiques. JM Costes a été nommé responsable des études à l’Observatoire des jeux (ODJ) dont le Président était jusqu’à une date récente… Charles Coppolani, l’actuel président de l’ARJEL. Le monde est petit mais les ambitions sont grandes. JM Costes mène depuis quelques mois à l’ARJEL un sondage sur l’addiction aux jeux en ligne.
L’Académie Nationale de Médecine et l’Académie Nationale de la Pharmacie contre la dépénalisation du cannabis

Ces partisans obsessionnels de la dépénalisation du « H » et des opiacés soutiennent contre toute attente, dans une logique qui défie la raison, que c’est en favorisant la commercialisation du cannabis qu’on en diminuera sa consommation, tout en éradiquant la délinquance et autres règlements de compte liés au commerce de la came… pas seulement à Marseille.
Remarquons au passage que ces spécialistes ne proposent pas les mêmes solutions selon les produits. Pour les drogues (douce et dures) il faut dépénaliser, libéraliser et même distribuer gratuitement - au frais du contribuable (9) - subutex (10), méthadone (11), devenus l’objet d’un important et scandaleux trafic. Pour les autres addictions (alcool, tabac et jeux d’argent désormais) il faut limiter, interdire, fiscaliser, restreindre toujours plus. Ces « scientifiques », citoyens adultes responsables, qui veulent faciliter l’achat du cannabis chez les jeunes, ne disent pas un mot des recommandations des autorités médicales et notamment celles de l’Académie Nationale de Médecine (12) fortement opposée à cette dépénalisation du shit, comme l’est également l’Académie Nationale de la Pharmacie (13). Ces organismes observent « que dans les pays ayant légalisé l’usage du cannabis, le constat est le suivant
 banalisation du produit et augmentation du nombre de nouveaux usagers (aux États-Unis, la comparaison inter-états indique que la prévalence d’usage est plus importante dans les états ayant légalisé que dans les autres) ;
 augmentation du nombre de personnes dépendantes ;
 accès plus facile à des variétés nouvelles et plus concentrées en principe actif (THC) ;
 augmentation du risque de passage à d’autres drogues dures ;
 explosion de l’auto culture
 augmentation du nombre d’hospitalisations pour intoxications aiguës et chroniques ;
 augmentation du nombre de cas d’ingestion accidentelle de cannabis par des enfants ;
 augmentation du nombre d’accidents de la route liés au cannabis. « (14)
Cette France là, nous n’en voulons pas.

Mais ne soyons pas dupe, ces apprentis sorciers qui veulent au forceps faciliter la propagation du chichon, ne sont pas de doux rêveurs. Ils savent tout cela. S’ils jouent aux pompiers pyromanes c’est dans une stratégie à double impact. Ils défendent des intérêts professionnels, personnels, idéologiques et financiers et se moquent bien en réalité de santé publique, contrairement à ce qu’ils affirment. Nous reviendrons dans de prochaines contributions sur toutes ces questions qui concernent en réalité la Politique : Politique Des Jeux, Politique de lutte contre les drogues. Si, par la volonté du Peuple, la débâcle socialiste se confirme lors des prochaines échéances électorales, il faudra revoir sérieusement ces politiques, comme le souhaite certainement une grande majorité de Français.
Certes en tant que sociologue spécialisé sur les jeux de hasard et d’argent (JHA) certains pourront considérer que les drogues, le H, le pétard et autre shit, « cela ne nous regarde pas ». Mais nous sommes aussi citoyen.
Cette France ou « un adolescent sur deux fume du cannabis (cela signifie que 15% d’entre-eux vont devenir accro » (15) d’après le chercheur Pier Vincenzo Piazza) (16)
Cette France ou l’on a inauguré officiellement le 11 octobre 2016, la première de shoot dans le quartier de la gare du Nord à Paris (17)
Cette France là, nous n’en voulons pas.
Nous avons d’autres ambitions, d’autres desseins pour notre « douce France »

Jean-Pierre MARTIGNONI.

Trois ajouts en forme de post scriptum :
1/ L’addiction (notamment au cannabis) on peut « en sortir » comme l’explique Marc Valleur (avec qui nous avons fondé l’Observatoire des jeux il y a bien longtemps !!) dans un chat publié récemment dans Psychologies.com (18).
2/ La consommation de drogue et de cannabis chez les jeunes n’est pas une fatalité comme l’indique les résultats de l’enquête internationale ESPAD 2015 ( 19 ) Si l’usage du cannabis concernerait ( le conditionnel est de rigueur car on peut en épistémologue s’interroger sur la qualité scientifique d’une étude quanti sur la drogue à partir d’un questionnaire auto administré en direction de jeunes populations sur un sujet sensible, transgressif et certainement encore tabou) 44% des lycéens consommeraient du cannabis en 2015, contre 49% en 2011. Mais ce taux tombe à 17% à 16 ans. Curieux. Le cannabis comme rite de passage éphémère et non comme addiction, on peut s’interroger
3/ Sur la politique de la méthadone et du subutex, la dépénalisation des drogues et du cannabis lire le texte de Christian Bucher, (psychiatre, avec qui nous avons fondé l’observatoire des jeux il y a bien longtemps !!) « Politique de la méthadone ? (20) où il dit notamment :
a/ : s’agissant du social, faire l’impasse sur le détournement de méthadone, voire le trafic, à partir de prescriptions médicales en les tenant pour négligeables dans le cadre de la politique dite « de réduction des risques » nous semble déjà… risqué… pour les patients en premier lieu.
b/ citant Alexandre Adler (21): « une dépénalisation serait « vécue par des âmes faibles comme un encouragement à aller sans cesse plus loin ».


© jean-pierre martignoni-hutin, lyon, France, octobre 2016

Notes
1. « Terra Nova propose de légaliser le cannabis de la même façon que les jeux d’argent en ligne »Bérénice Rebufa. konbini.com (4/IO/2016)
2. « Contrôler le marché légalisé du cannabis en France : L’EXEMPLE FONDATEUR DE L’ARJEL (Terra Nova, 4 octobre 2016, 24 pages)
3. ARJEL, rapport d’activité 2015-2016, 53 pages (22 septembre 2016)
4. « Terra Nova la fondation progressiste » lit-on sur son site internet
5. Eric Favereau « Cannabis : l’ébauche d’un plant : Un rapport publié ce mardi par le think tank Terra Nova propose la création d’une autorité de régulation, comme cela s’est fait avec les jeux en ligne, et préconise une dépénalisation. »(Libération 4 octobre 2016)
6. La légalisation du cannabis, "un nouveau débouché à l'agriculture française"? (L’express, 4/IO/2016)
7. Cannabis et jeux en ligne : le parallèle audacieux de Terra Nova (Le Point, 4/IO/2016)
8. « Le PS veut faire du cannabis un enjeu de 2017 » (Anne Rovan, 12/4/2016, La Figaro)
9. La lutte contre la toxicomanie coute chaque année 1,5 milliards d’euros (chiffre cité par le chercheur de l’Inserm Pier Vincenzo Piazza dans le Point du 7 avril 2016 page 83)
10. extrait de sciences et avenir : « quels sont les effets du subutex » (27/2/2015): « Le subutex comme la méthadone sont devenus l’objet d’un important trafic sans pour autant réduire le commerce « traditionnel » de l’héroïne : « Le Subutex, d'abord autorisé sur prescription médicale comme substitut à l'héroïne pour accompagner le sevrage des toxicomanes, pose de plus en plus un problème tant sur le plan de la santé publique que par rapport au trafic dont il est devenu l'objet. C'est ainsi qu'à l'île Maurice à la fin du mois de janvier 2015, une française a été condamnée à 20 ans d'emprisonnement pour possession de 1613 cachets de Subutex. "Le comprimé de Subutex s’achète entre 2 et 3 euros sur ordonnance en pharmacie. Il se revend environ 5 euros dans les rues de Paris et jusqu’à 100 en Géorgie", explique le lieutenant-colonel André Brothier, de l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants.
11. Sur la méthadone lire l’article de Christian Bucher : « Politique de la méthadone « (La revue lacanienne 2010/1 (n°6) et celui d’Alexandre Adler : « la drogue et la politique « (Le Figaro du 9 février 2008
12. Légalisation du cannabis l’académie de médecine a déjà dit non « (5/IO/2016, feminactu.com)
13. « L'Académie nationale de pharmacie s'oppose à la dépénalisation du cannabis » (9 mais 2016, topsante.com)
14. « DÉPÉNALISATION DU CANNABIS : L’ACADÉMIE DIT NON, PREUVES À L’APPUI ! (communiqué de l’académie nationale de pharmacie 25 avril 2016)
15. « le chercheur qui défie les lois de l’addiction « (le Point du 7 avril 2016
16. Le professeur Piazza dirige le neurocentre Magendie de l’INSERM à Bordeaux Il a réalisé une thèse en I988 dans les laboratoires du professeur Michel Le Moal
17. « salle de consommation à moindre risque : lancement de l’expérimentation à Paris « (flash info MILDECA du 11/IO/2016
18. « Comment sortir d'une addiction ? « (Psychologies.com du 7/10/2016)
19. Les drogues durant les années lycées, publication des premiers résultats de l’enquête ESPAD 2015 « (Flash info MILDCA du 20/9/2016
20. Bucher Christian, « Politique de la méthadone ? », La revue lacanienne 1/2010 (n° 6)
21. Alexandre Adler : « la drogue et la politique « (Le Figaro du 9 février 2008


22. Salle de consommation à moindre risque : lancement de l’expérimentation à Paris
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Ben Lakhdar, Jean-Michel Costes, le 04(*)


• Sociologue - Chargé d’étude
• Chercheur associé au Centre Max Weber ( CMW équipe TIPO, Université Lyon 2)
• Autorité de Régulation des Jeux en Ligne
 (ARJEL) (2011-2015)

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