Politique

Le sous-préfet de St-Pierre se livre sans détour sur son expérience réunionnaise

Le sous-préfet de Saint-Pierre, Jean-Luc Lhemanne, quitte ses fonctions dans 15 jours. Il dresse un bilan de ces trois années passées à la Réunion tout en laissant, et c'est rare venant du corps préfectoral, le langage diplomatique de côté. L'humour en plus. Interview.


Jean-Luc Lhemanne a été nommé préfet hors-cadre
Jean-Luc Lhemanne a été nommé préfet hors-cadre
Quel bilan tirez-vous de vos trois années passées dans le Sud ? Diriez-vous que par rapport à la préfecture de Saint-Denis, vous êtes plutôt épargné ?
Le Sud a été peu épargné au début de mon arrivée puisque j'ai eu neuf manifestations avec la loi sur les retraites. Déjà ça a mis un peu d'ambiance, ça m'a permis de revenir sur le front du métier car ça impliquait à la fois une discussion à caractère social mais aussi des questions d'ordre privé. Bon, ça ne s'est pas trop mal passé, je n'en garde pas un si mauvais souvenir. C'était comme pour me dire bonjour (sourire). J'avais quitté le métier pendant trois ans en étant à Paris, je suis vite rentré dans le bain.

Votre précédent poste ne s'inscrivait donc pas dans la préfectorale ?
J'étais à Bercy, auprès du ministre du Budget. J'avais fait trois ans à Bercy et je préférais retrouver mon métier outre-mer puisque j'avais déjà été en poste à Mayotte. C'était mon premier poste de sous-préfet, entre 1998 et fin 2000. Et puis j'avais été, entre 2003 et 2005, en poste en Nouvelle-Calédonie (Commissaire délégué de la République, ndlr).

Quelle image pensez-vous laisser aux élus du bassin Sud ?
Je vais peut-être pratiquer la langue de bois mais il faut leur poser la question. Ecoutez, j'ai eu des relations fortes et très personnelles avec chacun des maires, députés ou sénateurs. Actuellement, je ne trahis pas un secret mais je suis en tournée des communes où chacun m'invite gentiment pour me dire au revoir. Il paraît que c'est assez rare, je l'apprécie beaucoup en tout cas.

Vous ne l'aviez pas retrouvée ailleurs cette forme de proximité ?
Je l'avais rencontrée sur d'autres postes quand j'étais en Seine-Saint-Denis. J'avais aussi rencontré une grande chaleur de la part des maires qui font d'ailleurs un métier très difficile, tous partis politiques confondus. Être maire en Seine-Saint-Denis, je vous jure que ce n'est pas facile. Et puis aussi dans un cadre plus rural lorsque j'étais en poste en Picardie où j'avais rencontré les maires du Nord de la France. Et dans le Nord de la France, il y a une chaleur humaine qui est très attachante. Donc, j'ai eu de la chance dans mes postes. Je n'ai jamais eu de difficultés dans mes relations avec les élus. C'est peut-être ma nature aussi qui a fait ça, je ne sais pas…

Avez-vous le sentiment que le préfet et les sous-préfets sont plus sollicités ici qu'en métropole ?
Oui bien sûr. Beaucoup de choses reviennent effectivement à l'Etat. La décentralisation, elle existe comme ailleurs mais c'est vrai que l'Etat garde ici une aura tout à fait particulière. Donc, ça nous donne une responsabilité tout aussi particulière, même si formellement, ce n'est pas de notre compétence. En tout cas, ça nous oblige, souvent, à jouer les intermédiaires en tant que médiateur.

Justement, un jour de conflit à la Cilam, vous aviez haussé le ton de façon très énergique face à un éleveur qui vous coupait la parole. Votre intervention avait surpris. Personne n'avait vu un représentant de l'Etat réagir ainsi. Le regrettez-vous ?
Ah non pas du tout. A des moments, il faut y aller. Là, il y avait un risque très grave d'ordre public. Quand vous avez un risque d'affrontement aussi fort entre deux catégories socio-professionnelles, le devoir du représentant de l'Etat c'est de calmer le jeu et de le faire avec ses forces - la police nationale - mais aussi son pouvoir de conviction. Ca a évité un affrontement, c'est déjà pas mal !

Jean-Luc Lhemanne évoque des "relations fortes" avec les élus du sud
Jean-Luc Lhemanne évoque des "relations fortes" avec les élus du sud
Vous portez un regard aussi très tranché sur le tout-voiture qui paralyse les routes de la Réunion…
Le point noir c'est l'alcool au volant, ce sont les accidents de voitures, ce sont les familles endeuillées. Alors, est-ce que c'est pire qu'en métropole ? Oui, c'est un peu moins bon qu'en métropole. Est-ce qu'en métropole, on a un attachement aussi viscéral à la culture de la voiture : non ! Parce que ça reste quand même majoritairement un moyen de transport pour l'essentiel des gens. Ici, c'est plus que ça. C'est une vraie passion. Il faut le dire : le parc automobile est extrêmement moderne, extrêmement neuf et forcément ça peut développer un certain nombre de comportements dont on voit les conséquences, hélas, tout au long de l'année et les week-end. Alors, ce ne sont pas seulement les quatre roues mais aussi les deux roues puisqu'on a vraiment beaucoup de morts sur la route les concernant. Je vais vous faire une confidence que vous ne répéterez pas (sur un ton amusé). J'avais une moto 125 depuis très longtemps et puis je me suis dit que j'allais profiter de mon séjour ici pour essayer de faire autre chose, pour me changer les idées. Eh bien cette autre chose pour moi - là où d'autres font du sport par exemple - ça a été de passer mon permis moto et donc j'ai pu, en allant dans une auto-école avec les jeunes qui passaient les épreuves, voir de l'intérieur - ils ne savaient pas qui j'étais - quelle était la mentalité des jeunes face à la moto. Là je parle véritablement d'expérience et pas que d'une impression. Même sur les plateaux de travail, on sentait bien chez certains qu'ils avaient envie d'en découdre, si je puis dire. De mon côté, j'ai eu du mal à l'avoir parce qu'à mon âge c'est plus difficile qu'à 18 ou 19 ans. Mais j'ai fini par l'avoir. Voilà comment je passais mes samedi, à prendre des cours en auto-école.

Votre expérience des outre mer et maintenant de la Réunion vous permet d'entrevoir quelle vision pour ces territoires ? Doivent-ils s'inscrire dans un développement endogène cher à un ancien président ou peuvent-ils encore compter toujours autant sur la mère patrie, avec l'état actuel des finances ?
De toute façon, compter sur la mère-patrie, ça sera une réalité pendant quelques années encore. Mais c'est tout à fait légitime qu'on se prépare à un rééquilibrage. Je pense que l'on a plein d'atouts, notamment dans le domaine énergétique, et puis on garde toujours une agriculture qui tient debout. Les campagnes de canne à sucre restent importantes. Sur la protection de la nature, on est en train de boucler, y compris dans le Sud, les plans d'assainissement. Je me suis beaucoup préoccupé des questions d'eau et de sécheresse car c'est la base de toute économie. Et là on est dans une phase où les choses vont peut-être se rééquilibrer.

Paris vous donne-t-elle des indications sur votre prochaine mission ou c'est les vacances ?
Je suis en poste à la Réunion jusqu'à la fin du mois. J'ai obtenu le grade de préfet hors-cadre. Le ministre de l'Intérieur décidera de mon avenir. Au 2 août, si on me dit que j'ai une mission, je l'accomplirai. Si on me donne des vacances, je les prendrai (rires).
Jeudi 11 Juillet 2013 - 11:20
ludovic.grondin@zinfos974.com
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1.Posté par R I P O S T E le 11/07/2013 11:36
Jean-Luc Lehmann a été nommé préfet hors-cadre , on retiendra le " taisez vous " lors d'une manifestation . Pour le rest li bat' un kré quiconque pleura sur son départ !

2.Posté par Citoyens de St-Pierre le 11/07/2013 12:53
Eh bin, il part en ayant obtenu ce qu'il voulait ! Il faut dire qu'il a tout fait pour ne pas contrer les seigneurs locaux! Donc il a laissé faire toutes les magouilles… Les citoyens du Sud ne risquent pas de regretter son départ! Le front de mer de St-Pierre ne voit plus les patrouilles passer la nuit, alors qu’il le sait très bien que c’est devenu un point ‘chaud’ ! Il a prétendu avoir mis des caméras de vidéo-surveillance, mais toutes les nuits il y a des bagarres de soulards aux sorties des nombreuses boîtes de nuit, mais JAMAIS d’intervention ! les ivrognes repartent au volant de leurs voitures… Lui il a réussi à préparer sa retraite dorée, aux frais des contribuables! Alors, bon débarras ! Et qu’ENFIN on le remplace par quelqu’un de compétent.

3.Posté par .DENTS DE LA MER.!! le 11/07/2013 14:22
exact citoyens de st pir il même laissé construire les bunkers côté mer en parfaite harmonie avec le gérant de cette commune..??? un vrai gâchis écologique !!!.

4.Posté par fl le 11/07/2013 14:24
encore un qui aborde surtout pas les problèmes des gens pour les quels il est payé grassement et sans ce serrer la ceinture LOGEMENT DE FONCTIONS , SUR PRIME , VOITURE DE FONCTION , ETC ETC ETC et il faudrait les croire pauvre choux engraissé a la sueur des productifs qui eux font tourner cette planète et au SMIC car dans notre société il vaut mieux faire de la politique quand ton est incompétent c'est moins fatigant que d'aller couper de la canne à 15 euro la tonne !!! alors les régulateurs je passe ou pas ???

5.Posté par mwa la pa di le 11/07/2013 15:10
Voilà un sous pref qui apprécié les élus qui s'assoient sur la loi....

6.Posté par Glandeur de Première. le 11/07/2013 16:12
Moi je pense comme Citoyens de St-Pierre

7.Posté par Carlo antinoe le 11/07/2013 21:09
Moi je dis que vous êtes tous des vieux grincheux jamais content !

8.Posté par David Asmodee le 11/07/2013 21:29
Est-ce qu'en métropole, on a un attachement aussi viscéral à la culture de la voiture : non ! Parce que ça reste quand même majoritairement un moyen de transport pour l'essentiel des gens. Ici, c'est plus que ça. C'est une vraie passion.


Comme quoi. On peut être préfet et sortir des âneries.

Non. On n'a pas d'attachement viscéral à la culture de la voiture. On n'a pas le choix. Il n'y a pas de transport en commun.
Combien de fois Monsieur le Préfet a-t-il utilisé notre superbe réseau d'autocars et de trains ?


Et malgré l'absence de transports en commun, le taux d'équipement des ménages en auto à la Réunion est largement inférieur à celui de la métropole.
Il suffit de regarder les chiffres de l'INSEE.

Mais les idées reçues, combinées au mépris des grands chefs blancs, ont la vie dure.

Cadeau :
http://www.dailymotion.com/video/x1msqk_tuning-keke_auto#.Ud7rdxaC6Qs

9.Posté par Nono le 12/07/2013 09:36
Certains n'aiment pas entendre des vérités bien assénées on dirait... Ce monsieur a fait ce qu'il faut à la CILAM, n'en déplaise aux pauvres petits créoles brimés par le méchant patron blanc.

10.Posté par un serviteur des politiciens locaux sans détours le 12/07/2013 09:39
Voilà un sous prefet hautain, désagréable et impoli avec les petites gens (mais caressant les "gros"), et qui fait son auto promotion en faisant croire qu'il est comme n'importe quel Reunionnais parce qu'il a passé son permis moto. Quelle escroquerie!
Rarement St Pierre n'aura eu un sous prefet aussi copain avec les petits rois politiciens du coin et aussi peu intéressé aux difficultés de la population. Saint Pierre n'a cessé de faire l'actualité en mal mais surtout ce sous prefet a tout fait pour eviter les vagues (pas bon pour sa "grande" carrière et sa retraite dorée) et pour eviter de vexer le senateur ump et le deputé ps.
En résumé, voilà un agent de l'état qui a oublié son devoir, servir le peuple et non servir les politiciens locaux. Difficile de faire pire, donc vivement un nouveau sous prefet plus à l'écoute du peuple.

11.Posté par ZembroKaf le 12/07/2013 10:42
ça sert encore à quelque chose un sous préfet ???

12.Posté par Aurore LAGARDERE le 12/07/2013 13:43
moi aussi je pense comme citoyen de St Pierre

13.Posté par David Asmodee le 14/07/2013 09:03
Insee
http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?reg_id=24&ref_id=18030

"Le parc automobile de La Réunion compte 328 700 voitures particulières au 1er janvier 2010. Le parc automobile réunionnais reste moins important qu'au niveau national, malgré l'impression de saturation du réseau routier : il y a en moyenne 40 voitures pour 100 habitants à La Réunion contre 50 voitures pour 100 habitants sur l'ensemble de la France."

14.Posté par Pierre du site licenciementpourfautegrave.fr le 31/07/2014 20:07
Le sous-préfet ne nous dit pas ce qu'il pense des licenciements pour faute grave sur l'ile.

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