Politique

Le PS est "en train de perdre ce qui lui restait d'âme..."

Le Journal du Dimanche s'est entretenu avec le philosophe Bernard-Henri Lévy sur le malaise qui règne au sein du Parti socialiste. Pour lui, Martine Aubry serait la gardienne d'une "maison morte", vouée à la disparition et à l'échec. Alors que des scissions s'opèrent aussi à l'échelle départementale comme cela est le cas à la Réunion avec la récente création du mouvement d'"Espoir à gauche", le PS apparaît trembler sur ses propres bases après les récents échanges entre Martine Aubry et Emmanuel Valls. Zinfos a sélectionné des extraits de cet entretien exclusif paru dans le JDD.


Le PS est "en train de perdre ce qui lui restait d'âme..."
L'homme de gauche Bernard-Henri Lévy est-il triste quand il regarde le PS ?

"Naturellement, je suis triste. J'ai rarement vu des politiques mettre autant d'énergie à s'autodétruire. Si ça ne concernait qu'eux, ce ne serait pas trop grave. Mais il s'agit de l'alternative à Nicolas Sarkozy, de l'espérance des gens. Or ce PS-là n'incarne plus l'espérance de qui que ce soit. Il ne provoque plus que la colère et l'exaspération.
Générationnellement, on vous aurait attendu chez Cohn-Bendit... Oui, j'aurais pu voter pour Dany. Mais il y avait cette alliance, que je trouvais contre nature, avec l'antilibéral Bové. Donc j'ai voté PS. Mais comme tout le monde: par habitude, sans y croire, et en ayant le sentiment qu'on essayait de réanimer un cadavre..."

Ce "grand cadavre à la renverse" ?

"Exactement. Le livre a deux ans. Mais la situation ne s'est, en deux ans, pas arrangée. Le cadavre, toujours. Mais en décomposition. Exactement la situation décrite par Sartre dans la préface à Aden Arabie à laquelle j'avais emprunté mon titre."

C'est morbide !

"Non. C'est juste la situation. Car à quoi bon se voiler la face? On est à la fin d'un cycle. Le PS est dans la situation du PC de la fin des années 1970, quand la désintégration s'amorçait et qu'on tentait de la conjurer par des formules incantatoires sur - déjà - la "refondation", la "rénovation"."

Et Martine Aubry joue le rôle de Georges Marchais ?

"Aubry est sûrement quelqu'un de très bien. Mais il ne s'agit plus, à ce stade, des qualités de tel ou tel. Elle est dans le rôle de gardien de la maison morte et elle n'y peut rien. Les mots, d'ailleurs, disent tout. On parle du "rappel à l'ordre" de Manuel Valls. Rappel à l'ordre... Le socialisme termine en caporalisation..."

Donc, le PS va mourir ?

"Non. Il est mort. Personne, ou presque, n'ose le dire. Mais tout le monde, ou presque, le sait. Il est comme le cycliste d'Alfred Jarry qui pédalait alors qu'il était déjà mort. Ou comme le chevalier d'Italo Calvino dont l'armure était vide. Il est mort."

Et vous vous en réjouissez ?

"Je pense surtout qu'il faut dire les choses. Que cela plaise ou non, il faut les dire, en prendre acte, dresser l'acte de décès - et faire sauter cette chape de plomb qui empêche de penser, d'imaginer, de respirer et, évidemment, de reconstruire. Il y a une figure de la gauche morale dont vos jeunes lecteurs ont peut-être oublié le nom. C'est Maurice Clavel. Il disait, jadis: pour vaincre la droite, il faut d'abord briser la gauche. On en est là.
Pour beaucoup de gens, le PS est quand même le parti qui les protège, qui administre les régions...
C'est vrai. Et il vaut mieux, c'est évident, que les régions soient bien gérées, et par des militants qui protègent les faibles plutôt que par des darwiniens. Mais la politique, ce n'est pas que cela. C'est aussi la volonté de changer, un peu, le monde. Or, de cette volonté, il n'y a plus trace chez les rhinocéros d'un Parti qui ne semble là que pour gérer, outre vos régions, ce qu'Hannah Arendt appelait "la déréliction du politique"."

Donc, pour vous, il faut achever le Parti socialiste ?
 
"Il faut accélérer le mouvement, oui, sûrement. Dissoudre. En finir, le plus vite possible maintenant, avec ce grand corps malade qui ne paraît ironiquement occupé, comme le prolétariat de jadis, qu'à "se nier en tant que tel"."

Et comment le dissoudre ?

"L'histoire, disait Marx, a plus d'imagination que les hommes. Donc tous les scénarios sont possibles. Tous. La seule chose sûre c'est que ce Parti qui fut celui de Blum et de Jaurès est en train de perdre ce qui lui restait d'âme - et doit disparaître."

Et quid de ces leaders qui ne pensent plus qu'à eux-mêmes et à leur carrière ?

"Ce n'est pas ce qui choque le plus. A la limite même, ce choc des ego a au moins pour vertu de faire éclater les contradictions qui, seules, génèrent le débat. La politique, c'est aussi des corps. Des mémoires, des idées - mais incarnées. Ce qui tue le PS ce n'est pas l'excès, mais le défaut de guerre intestine. Nicolas Sarkozy dit que le PS ne disparaîtra pas... Quelle cruauté !"

Parce qu'il porte une responsabilité dans la situation?

"Qu'il en tire parti, c'est évident. Mais il faut arrêter de chercher la paille dans l'oeil du voisin quand on a une poutre dans le sien. Ce n'est pas parce que Sarkozy débauche des socialistes que le socialisme se meurt. C'est parce que le socialisme se meurt que Sarkozy peut débaucher."

La question du nom, socialiste, est importante ?

"Evidemment. N'importe quel nominaliste vous le dira: un nom, c'est plus qu'un nom. Et, sur ce point, Valls a raison: il faut, de toute urgence, changer ce nom."

Juste le nom?

"Le nom dit le reste. Mal nommer les choses, disait Camus, c'est ajouter à la misère du monde. Mieux les nommer c'est, à l'inverse, diminuer la confusion, renouer avec l'essentiel. Or c'est quoi, l'essentiel? Trois grands refus, qu'il faut penser ensemble, non contradictoirement, car ils sont l'identité même de la gauche. L'antifascisme. L'anticolonialisme. L'antitotalitarisme."

L'idée de primaires, pour désigner le candidat?

"Sans les primaires, jamais Obama n'aurait été désigné. Sans des primaires à la française, sans une vaste consultation ouverte, populaire, jamais ne s'enclenchera le processus aboutissant à ce nouveau parti de gauche qui rompra avec la machine à perdre."

Vous avez été le conseiller de Ségolène Royal. Elle aurait pu sauver le PS?

"Ou peut-être, au contraire, le PS n'aurait-il pas survécu à sa victoire."

Et Valls?

"Il fait partie, comme Royal, comme Strauss-Kahn, comme d'autres, de ceux qui peuvent être à l'origine du big bang et reconstruire sur les ruines.
Valls revendique la fin du PS, mais il est dans la machine depuis si longtemps... Royal, Strauss-Kahn ont été ministres sous Mitterrand... Peu importe. Il y a un vieux machin qui s'appelle la dialectique et qui a la bonne habitude de faire ses enfants dans le dos des acteurs de l'Histoire. Eh bien la dialectique, en la circonstance, est à l'oeuvre. La gauche de demain, la gauche moderne et réinventée, est encore invisible - mais elle est là."

Dimanche 19 Juillet 2009 - 16:30
Ludovic Robert
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1.Posté par kafrine chaudron le 19/07/2009 20:08
oui, en tant que militante, je suis triste!
ici comme en métropole, on en a marre de ces individus carriéristes...qui n'ont qu'un idéal, celui d'être chef!!!
nos électeurs en voyant cela, s'éloignent de nous, ils ne croient plus que ce parti empêtré dans ses querelles intestines puisse agir pour améliorer leur vie! nos électeurs se disent: " je n'ai plus de travail, je n'ai plus de quoi manger à ma faim, je ne sais pas comment payer le loyer....et eux ils passent leur temps à se battre"
c'est triste!
ceux qui accusent à tort ou à raison dans les médias continuent d'achever le Parti! ceux qui croient avoir raison comme ceux qui croient ne pas avoir tort se trompent lourdement en misant sur une victoire aux prochaines élections. car tout le monde sera sanctionné! le mal est fait!!
ici et en métropole, nos électeurs nous ferons payer ce manque de compassion et ce non respect devant leurs difficultés en pleine période de crise! soyons en sûrs!!!

2.Posté par boyer le 19/07/2009 21:37
au sujet de cohn Bendit , on peut signaler ce résumé sur le forum de zinfos974: Les amis d’Europe Ecologie sont aussi les amis de Jean-Louis Borloo

3.Posté par Et ouais... le 19/07/2009 22:39
A la Réunion, faut se poser les bonnes questions : comment Monsieur Annette a t'il pu être tête de liste du PS quand on sait qu'il a été accusé par ses militants d'avoir triché ? Même topo pour imposer Erika aux européennes.

Monsieur Annette traîne un passé sulfureux, fallait s'attendre à quoi avec lui ? Chassez le naturel, il revient au galop... On n'est pas rancunier d'ailleurs puisqu'on l'a même réélu maire, c'est-à-dire au même poste pour lequel il a fait de la détention ferme alors... sourions, tout va bien...

En métropole, chacun se bat pour soi et non plus pour l'ensemble des militants. Vos réflexions sont pleines de pertinence, Kafrine Chaudron et je vous sens très désabusée. Attendons le programme des "sudistes".

4.Posté par saint ex le 20/07/2009 00:27
Kafrine a raison.
Le PS est entrain de s'autodétruire ici comme au niveau national. Depuis 2002, il manque un leader charismatique qui donne une route à suivre. Le congrés de Reims a été l'apologie de l'auto-destruction.
Quand on voit qu'à Aix en Provence, une alliance PS/modem/verts n'a pas réussi à gagner; on peut se dire que c'est le PS qui fait perdre.
Tant de jeunes talentueux politiques en son sein pour voir cette débandade, c'est pitoyable.
Le nom, il faut le changer bien évidemment! Les hommes et les femmes aussi.
Ce parti vivra avec un nouveau nom et UN (ou une) CHEF. Sinon...
Au niveau local, ça va faire mal aussi.
Et dans une démocratie (atchoum...) comme la nôtre, un GRAND et SEUL parti c'est la porte ouverte à toutes les dérives. On en constate déjà les effets.
Alors gens de gauche arretez de vous taper sur la gueule et défendez les idées de gauche et non pas vos petits intêrets politiciens.

5.Posté par Bellou le 20/07/2009 07:17
je n'ai plus de travail, je n'ai plus de quoi manger à ma faim, je ne sais pas comment payer le loyer....
C' est la faute à qui?
Quel rapport avec les socialistes?

6.Posté par JUBILATION 57 le 20/07/2009 11:42
C'est qui celui la BHL!
Ses recommandations, il ferait bien de se les garder!
Le bouffon de la Monarco-République!

7.Posté par dignité le 20/07/2009 22:30
Le leader du PS existe déjà : c'est Ségolène ROYAL. Mais voilà ! ceux qu'on appelle les éléphants ne l'aiment pas et font tout pour lui faire barrage. Ils lui reprochent beaucoup de choses , notamment le fait de ne pas faire partie de l'élite socialiste et d'avoir osé solliciter les suffrages des militants pour représenter le parti à la présidentielle de 2007. Trop nulle et trop conne pour cela. A Reims , elle a remporté le suffrage des militants pour diriger le parti bien qu'elle ait été seule contre tous. Mais voilà , les éléphants ont mis de côté leurs divergences pour former une majorité faite de bric et de broc dans l'unique but de l'écarter. Ces anciens ne respectent plus les militants et décident seuls de ce qu'il faut pour le parti. Il n'y a plus de démocratie interne et tout le monde veut être chef . Résultats: c'est la claque aux élections et ce n'est pas fini , vous verrez aux régionales , tous les autres partis de gauche jusqu'aux écolos vont se repaître du cadavre en faisant tout pour éliminer ce vieux parti sauf...... en poitou-charente, le fief de Marie Ségolène. L'injustice et l'affront de Reims seront enfin réparés.

8.Posté par Pierre Dupuy Junior le 21/07/2009 08:07
Ségolène Royal? Patronne du PS? L'avez déjà vu en vrai? L'avez déjà écouté parler dans un meeting? Moi oui... Si elle passe à la direction du Parti, "vous qui entrez ici, abandonnez tout espoir"...

9.Posté par JUBILATION 57 le 21/07/2009 08:08
Je ne suis pas sur que la ségo, fasse encore un tabac en Poitou-Charente. En effet, depuis son épisode judiciaire, pour lequel, elle a été condamné à payer des dommages et intérêts à deux de ses anciennes collaboratrices(ça se comprend ancienne, elles sont passées à l'ennemi).
En Poitou-Charente, il parait qu'elle ne fait plus le beau temps et même à LA ROCHELLE.
Il y en a et de ses amis, qui ont dèja préparé les tracts pour le lui rappeler le moment venu.
Et oui, on ne peut pas foutre la m.... au PS avec ses amis du show-bis et s'attendre à recevoir des tulipes de HOLLANDE.

10.Posté par Cambronne le 21/07/2009 11:02
En bon libéral je vais pas pleurer de voir que nos bolchéviks ont sorti leurs vieux principes de la nuit des long couteaux... j'adore les bonnes sciences fictions du grand soir

Un peu comme le film Culte qui ne prend pas une ride .Alien. Dans l'espace personne ne vous entend crier ...le 8ème passager intempestif du NOSTROMO. j'adore la fin avec la fuite dans les conduits morbides du Nostromo surtout lorsque le compte à rebours lancinant beugle chaque seconde ...d'auto-destruction du vaisseau. ... l’alien symbolise bien le pire de leurs craintes, car il est à lui seul d’abord celui qui abolit toute notion de frontière anti libérale , et il le fait par le biais du corps en ensemble sur le monde actuel .


un peu comme dans le livre de SUN TZU " l'art de la guerre" les points faibles entrainant irrémédiablement l'anéantissement de l'armée ...




11.Posté par Cambronne le 21/07/2009 13:58
9. Posté par JUBILATION 57 le 21/07/2009 08:08


je partage votre vision des choses

12.Posté par nicolas de launay de la perriere le 22/07/2009 01:54
c'est pas une patronne au 35heures dont a besoin le ps, ni d'une ex candidate aux présidentielles.. mais bien d'une arrivée massive de jeunes loups aux dents acérés et lucides sur ce que doit être un front de gauche, uni et sans faille, sans logique personnelle sinon celle de la réussite collective, pour contrer qui vous savez et sa bande de joyeux incompétents...dont la seule rupture correspond à l'affirmation sans honte, d'en profiter un max et d'en faire profiter les copains, au détriment de l'intérêt collectif.

13.Posté par Grrrrrrrrr le 22/07/2009 17:15
Je demande pardon
aux électeurs de gauche pour le ridicule et la honte qui leurs sont infligés par tous ces notables socialistes,
- Soumis à l'ISF et qui n'aiment pas les riches à 4000 euros.
- Pour la carte scolaire, mais envoient leurs enfants dans des écoles privées.
- Parlent de mixité et du vivre ensemble mais habitent les quartiers chics de Paris, loin des banlieues.
- parlent de chômage, de précarité et de pouvoir d'achat mais cumulent des mandats et arborent des signes extérieurs de richesse à 30.000 euros.
Le socialisme en France est un mythe !

14.Posté par Trouillomètre au maximum le 23/07/2009 08:54
"S'il n'y avait pas les socialistes, le socialisme gouvernerait le monde entier"
George Bernard Shaw (1856-1950)

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