Blog de Pierrot

La Réunion, terre de cavale...

Mardi 28 Avril 2009 - 15:04

Le Préfet l'a dit hier, en conférence de presse : L'administration pénitentiaire a décidé de ne pas mettre de filets anti-hélicoptères à la prison de Domenjod car elle a pensé qu'étant sur une île, il serait difficile à des évadés d'aller dans un autre pays et que les forces de l'ordre ne mettraient pas beaucoup de temps à leur mettre la main dessus.
La personne qui a pris cette décision ignore apparemment la longue tradition de cavales qui marque l'histoire de notre île...


Certains n'hésitent pas à faire remonter cette facilité à s'enfuir et à disparaître pendant de longues périodes aux "Marrons", ces esclaves qui n'hésitaient pas à fuir les plantations pour se réfugier dans les hauts. Le marronnage a été particulièrement actif au 18ème siècle après l'introduction massive d'esclaves pour permettre la culture du café. Entre 1730 et 1770, le marronnage a connu un tel degré d'intensité qu'il a représenté un danger pour les colons qui ont du s'organiser militairement et mener une véritable guérilla contre leurs esclaves qui refusaient la servitude. Le nombre de marrons s'est élevé "à plus de 500" en 1741, soit près de 6 % de la population de l'Ile.

Une des plus célèbres cavales du 20ème siècle a, sans conteste, été celle de Paul Vergès. Le 17 mars 1964, le leader du PCR entre en clandestinité. Sa cavale va durer 28 mois, ridiculisant la police et le pouvoir. Il souhaitait ainsi protester contre une condamnation à 3 mois de prison pour diffamation et contre des poursuites engagées par le gouvernement pour atteinte à l'intégrité du territoire, devant la Cour de Sûreté de l'État. Les poursuites étaient basées sur une quarantaine d'articles de presse s'échelonnant sur plus de quatre ans, de mai 1959 à juillet 1963. Paul Vergès ne réapparaitra que le 29 juillet 1966, après vingt-huit mois de cavale. Du fait d'une loi d'amnistie, il n'était plus inculpé à ce moment que "d'atteinte à l'intégrité du territoire". Après sa constitution comme prisonnier, il est transféré en métropole où il a bénéficié d'une ordonnance de non-lieu de la part de la Cour de Sûreté de l'État.

Son fils Pierre a suivi l'exemple de son père. Mais si Paul s'était enfui pour protester contre des attaques politiques, Pierre s'est lui enfui pour échapper à une condamnation dans une vulgaire affaire de droit commun. Il reste détenteur du titre de la plus longue cavale politico-judiciaire de l'île avec une durée de plus de 1375 jours suite à sa condamnation dans le dossier dit de "l'endiguement de la Rivière des Galets", un marché de 170 millions de francs. On lui reprochait, ainsi qu'à Alain Payet (aujourd'hui DGS à la mairie de Saint-Paul) d'avoir fait entrer au SIVOMR les représentants de l'entreprise Dumez, et d'y avoir ouvert "en misouk" les plis des entreprises concurrentes afin de modifier leur offre en la revoyant à la baisse et ainsi obtenir le marché.

Dans le même registre, Eric Boyer a pris la fuite pour échapper à une condamnation par la Cour d'Assises dans l'affaire dite de "la billeterie unique". Il était à l'époque sénateur, mais surtout président du Conseil général et avait, à ce titre, négocié un marché de 17 millions pour l'informatisation des titres de transport dans le département. L'appel d'offres avait été truqué contre versement de 3 millions de pots-de-vin, qui avaient transité par l'île de Jersey... Eric Boyer avait alors lui aussi pris la fuite et avait disparu pendant quelques semaines. Il avait finalement été condamné par la Cour d'Assises et le Conseil constitutionnel l'avait destitué de son mandat de sénateur le 20 janvier 1996.

De nombreux autres criminels, auteurs de crimes de sang, ont également pris le "maquis". Tout le monde a encore en mémoire la cavale de Casanova Agamemnon qui, durant près de trois mois, de février à mai 1986, avait mis toutes les polices de l’île sur les dents après avoir tué son frère. Tout comme celle de Raphaël Paya...

Un point commun à toutes ces cavales : tous leurs auteurs ont ou fini par se rendre, ou été arrêtés par les forces de l'ordre...
Pierrot Dupuy
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1.Posté par Pierre Dupuy Junior le 28/04/2009 15:11

L'administration pénitentiaire a décidé de ne pas mettre de filets anti-hélicoptères à la prison de Domenjod car elle a pensé qu'étant sur une île, il serait difficile à des évadés d'aller dans un autre pays et que les forces de l'ordre ne mettraient pas beaucoup de temps à leur mettre la main dessus.


A ce compte là, pourquoi faire des prisons? Mettez les en liberté surveillée!

2.Posté par thierry le 28/04/2009 16:03

intéressant ce détail de la bio de Popaul...C'est carrément un spécialiste des condamnations annulées.

Pierrot, pourquoi tu rajoutes pas ça à sa bio wikipedia ?

3.Posté par Gérard Maillot le 29/04/2009 18:37

"La Réunion, terre de cavale... "

je vais être méchant...Je vais m'abstenir de commenter!
Vivement demain...Non?

4.Posté par ti baba le 04/05/2009 21:15

Des sirènes à 21H15 à la grande montée ! Encore un coup de Juliano ?

5.Posté par thierry le 05/05/2009 08:33

non ti baba, c'est les flics qui allaient se foutre sur la gueule avec les garde chiourme.

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