Economie

L'incendie du Maïdo a aussi mis à terre l'exploitation en bois de l'ONF

Un autre drame s'est joué dans l'incendie des hauts de l'Ouest, non visible de la population et donc moins connu. Aux côtés des hectares de forêt naturelle, l'ONF gère des parcelles de forêts dites "d'exploitation". Des forêts de cryptomérias et de tamarins des hauts qui viendront à manquer sur le marché de la filière bois péi.


L'incendie du Maïdo a aussi mis à terre l'exploitation en bois de l'ONF
 
L'heure du bilan commence à sonner. Par-delà les moyens humains et matériels qui compteront forcément dans la balance, un autre aspect de l'incendie du Maïdo reste en retrait : l'exploitation en bois de l'ONF. Des pans de forêts traversersés eux-aussi par les flammes. Si l'incendie fera croire pendant les prochains mois à une surabondance de bois à disposition, le pire est à craindre "sur le long terme", annonce aujourd'hui l'Office national des forêts. Le temps que la forêt se régénère. Mais attention, pour du tamarin à terme, il faudra attendre au moins... 80 ans.

58 hectares de cryptomérias ont été parcourus par le feu. 58 hectares sur 500. Pour le tamarin des hauts, les chiffres pleurent. Un peu plus d'un tiers de cette ressource a été touché. 527 hectares brûlés sur les 1.475 que compte la zone d'exploitation de l'ONF, située de part et d'autre de la route forestière des Tamarins et de la route forestière du Timour.

Ce bilan, dressé au 10 novembre et qui correspond d'ailleurs à la date d'arrêt de la progression du feu en sous-sol, est un bilan qui préserve l'essentiel pour le crypto, mais que dire du tamarin des hauts.

Le cryptoméria n'était d'ailleurs plus en odeur de sainteté. "Nous écartons de plus en plus le crypto de nos exploitations", reconnaît Pierre Sigala, responsable territorial Ouest et secteur Mafate à l'ONF. "Nous n'irons pas jusqu'à arrêter le cryptoméria à 100% car dans des zones précises, délicates d'accès, il valorise les lieux", admet-il toutefois.

Le temps d'une vie humaine pour un tamarin

Mais les regards se tournent vers le roi des forêts des sommets de l'Ouest : le tamarin des hauts. La mise à mort a eu lieu. Pierre Sigala rappelle l'extrême fragilité de cette espèce. "Le tamarin a une croissance forte au départ puis décline au fil des ans. Il faut un minimum de 40 ans pour qu'il soit consistant mais bien 80 ans pour qu'il y ait une première éclaircie", explique-t-il. Autrement dit, il faut bien ce délai d'une vie humaine pour que le bois soit plein et à forte valeur auprès d'un ébéniste.

La course contre la montre a d'ailleurs débuté. "Il faut dégager au plus vite les bois calcinés. Le degré d'atteinte de ces derniers dépendra de leur utilisation future par les artisans du bois. Si on attend trop longtemps, la dessiccation s'opère, le tronc se sèche et il va se fendre. Il doit être coupé au plus vite", précise Pierre Sigala. "Vite", dans le jargon des spécialistes de la forêt, cela se compte en années. "On est parti pour un peu plus d'un an, rien qu'à retirer tous ces troncs traversés par le feu", annonce le responsable territorial.

A la Réunion, la filière bois se joue à quelques acteurs. "L'ONF sous-traite la coupe de ce bois qui sera livré principalement à Sciages de Bourbon. D'autres petites unités sont également demandeuses, pour la production de bardeaux ou de copeaux pour poullaillers", explique-t-il. C'est le cas pour le cryptoméria.

"Il va nous en manquer"

En ligne de compte, l'opération s'équilibre pour l'établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) que constitue le statut de l'ONF. "On ne gagne pas mais on ne perd pas non plus (d'argent, ndlr) sur l'exploitation du bois, poursuit Pierre Sigala. C'est une mission que l'Etat nous donne". Il n'est donc pas ici question de recherche de rentabilité absolue.

Pourtant, de l'impact de l'incendie naîtra une crispation sur l'approvisionnement en bois de la filière. A court terme, et devant l'abondance, "nous serons obligés de vendre à un prix moindre". Le jeu normal de l'offre et de la demande. Le pire se jouera dans quelques années. Une fois terminée l'évacuation des bois brûlés et valorisables, les 20 prochaines années vont être compliquées. "Là, il va nous en manquer. Au lieu de meubles d'oeuvre, des meubles créoles classiques, la filière devra se contenter de pièces de seconde qualité", précise-t-il. Là où les particules d'un mobilier classique pouvait se construire d'un seul tenant, ies artisans du bois devront se contenter de plusieurs pièces.  

Après 2010 déjà, (presque) tout est à recommencer pour les agents de l'ONF
Après 2010 déjà, (presque) tout est à recommencer pour les agents de l'ONF
Vendredi 25 Novembre 2011 - 14:33
ludovic.grondin@zinfos974.com
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1.Posté par noe le 25/11/2011 18:58
Les bois précieux pourront se reposer ...plus de coupes à l'aveuglette !

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