Culture

L'histoire de Sarda Garriga


Selon David Huet, écrivain réunionnais et président de l’association  "Les amis de Sarda Garriga", rien ne prédestinait Sarda Garriga à mettre en application le décret de l’abolition de l’esclavage.
Fils de Berger, le châtelain chez qui son père était employé s’est pris d’amitié pour lui et lui a payé ses études. Il a été au lycée de Perpignan. Né en pays Catalan, Sarda Garriga était épris de liberté. C’est ce qui l'a prédisposé à devenir en quelque sorte un révolutionnaire.
Juste avant de décéder, son bienfaiteur le désigne en tant légataire universel. C’est ce qui le  décide à monter à Paris. C’est d’ailleurs  à Paris que se développent à l’époque les plus grandes idées philosophiques.
Sarda Garriga prenait plaisir à fréquenter des associations philanthropiques et humanistes, ce qui lui permettait d’aborder les thèmes des droits de l’homme et de la liberté. Il avait pour idée de devenir un grand fonctionnaire.
Et c’est lors d’une réunion à une association nommé Les amis de la liberté, dans laquelle il était membre, que son ami Arago, rencontré pendant ses études, lui fait part d’un décret voté par son frère et préparé par Victor Schœlcher, pour libérer les esclaves à La Réunion. Mais il lui fallait quelqu’un pour promulguer ce décret…
"66.000 esclaves attendent d’être libérés" lui dit Arago. C’est le mot "libéré" qui a d’abord sonné à son oreille. Il ne le savait pas encore, mais son engagement pour cette cause allait marquer le début de son destin.
Ce décret ne faisait pas l’affaire de tous les colons de La Réunion. Dès qu’ils ont appris la nouvelle, quelques uns d’entre eux sont montés à Paris, afin de faire part à Sarda Garriga  de leurs craintes d’être massacré par les esclaves une fois libre, et de voir leurs plantations et habitations disparaitre dans les flammes. Ce derniers les tranquillise, en leur assurant qu'il allait veiller personnellement à ce qu’il n’y ait pas de débordement au moment de l’application du décret. "Je suis nommé pour cela, et tout va bien se passer", précisa l’homme d’Etat.
Pendant les 140 jours de traversée des mers jusqu’à l'isle Bourbon, Sarda Garriga a longuement réfléchi sur la façon dont il allait devoir agir pour que tout se passe dans la sérénité. Il savait qu’à Haïti et au Brésil, une telle mesure avait tournée au vinaigre… Il y avait eu des révoltes, et beaucoup de sang avait coulé.
Sarda Garriga arriva à La Réunion le vendredi 13 octobre 1848, mais il ne débarquera que le lendemain. Le Gouverneur et les opposants à la fin de l'esclavage l’attendaient.
Le lendemain fut le jour de la première publication du Journal Officiel de La Réunion, dans lequel étaient traités tous les problèmes liés à l’esclavage et au colonialisme.
Les grands propriétaires s’opposaient toujours au décret, jusqu’à ce qu’ils apprennent que l’Etat français accordait 700 frs de l’époque par tête d’esclave. Pour certains, cela faisait beaucoup d’argent… (ces rentes sur l’Etat étant excédentaires, le surplus a constitué le capital initial pour la création de la Banque de la Réunion).
Certes, les propriétaires ont été dédommagés, mais qui allait couper la canne? Et qui allait entretenir les champs? Sarda Garriga leur a répondu que les anciens esclaves continueraient à le faire, mais contre une rémunération. "L’argent que l’Etat français vous a donné servira à les payer". La manœuvre était judicieuse, et les colons ont accepté le principe.
Le 20 décembre 1848, 21 coups de cannons ont été tirés de l’hôtel du Gouverneur (généralement le salut réservé aux têtes couronnées). La liberté méritait bien cela…
Les esclaves ont été rassemblés sur la place. Ils ont dansé pour fêter l’événement. La nuit tombée, ils sont tous rentrés chez eux, et se sont remis au travail à l’aube. Un seule journée de liesse et l’abolition de l’esclavage était proclamée.
Bien évidemment, cela n’a pas satisfait tout le monde. Certains esclaves pensaient ne plus avoir à travailler. "La liberté élève le travail au niveau d’un devoir" a répliqué Sarda Garriga. "Vous devez travailler, et ce qui ne le feront pas seront punis".
Cette dernière phrase a fait dire à certains que Sarda Garriga n’a pas donné la liberté. Mais la liberté était traduite par un travail rémunéré, et par le fait que chacun puisse choisir son maître. C’était également la possibilité pour eux d’aller rejoindre leurs proches. Sarda Garriga avait donc bien mené sa barque, et il était devenu en quelque sorte le Gouverneur…
La situation est restée stable un an. Mais les "grands de l’époque ", n’ayant pas beaucoup de reconnaissance, l’ont limogé. Il a reçu une lettre lui précisant qu’il devait retourner en métropole.
Lorsqu’il rentre à Paris, aucun poste ni aucune mission ne l’attendait… Il fut considéré comme un traitre. Il n’y avait donc plus de place pour lui.
Sarda Garriga s’est donc retrouvé dans la misère. Il a cependant été soutenu par des écrivains et par Hubert de Lisle qui deviendra par la suite gouverneur. C’est de cette manière qu’il a attiré la grâce de Napoléon III qui l'a investi d’une nouvelle mission: intégrer dans la population guyannaise ceux qui étaient sortis du bagne. Mais ce fut un échec car les Guyannais n’ont pas été d’accord.
Suite à ce revers, Sarda Garriga fut à nouveau destitué. Il s’est donc une fois de plus retrouvé à Paris, encore une fois sans le sous. Lorsqu’Hubert de Lisle apprend cette nouvelle destitution, il fait faire une souscription qui rapporte 30.000 frs, puis fait voter au Conseil général une subvention de 3.600 frs pour aider Sarda Garriga.
Ce dernier avait effectivement bénéficié d’une certaine reconnaissance de l’île Bourbon. Il a essayé d’employer au mieux cet argent, mais il finit quand même ruiné, et mourra peu de temps après d’une crise cardiaque, le 8 septembre 1877 à Mesnil-sur-l'Estrée dans l'Eure.
Une pièce lui  a été consacré à la mairie de la commune. Elle existe encore aujourd’hui.
Samedi 20 Décembre 2008 - 08:14
Karine Maillot
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1.Posté par coolcool le 20/12/2008 09:02
Le village de Sarda Garriga se trouve à côté de la ville de Rivesaltes, non loin de Perpignan. Je crois que c'est Estagel.
Il est vrai que nous avons des quartiers qui s'appellent Sarda Garriga, mais je suis bien certain que si vous demandez à la plupart des Catalans qui il est, personne ou pas grand monde ne saura. Par contre, Arago est très connu, comme le maréchal Joffre qui est de Rivesaltes et qui a sa statue sur la place.
Comme quoi les Catalans sont des êtres libres.

2.Posté par RIVIERE le 20/12/2008 21:12
Mon cher David, tu n'aurais jamais du parler de la souscription de 30000 francs et encore moins de la subvention de 3600 francs votée pr le Conseil Général de l'époque pour aider Sarda Garriga . Cela risque de donner des idées à certains... J'ose espérer que le Conseil Général ne va pas s'en inspirer pour accorder une subvention à ceux, de nos élus, qui ont perdu leur mandat récemment. Ce serait un comble!

3.Posté par looping974 le 21/12/2008 17:52
un petit coup de propre sur sa stèle n'aurait pas nuit à la commémoration

4.Posté par jihelge le 22/12/2008 17:32
J'aime bien l'expression : "...prenait plaisir à fréquenter des associations philanthropiques et humanistes"
Elle est jolie. ;-)

Arago, Sarda Garriga, Shoelcher, Baudin et tant d'autres Francs Maçons qui comme eux constituaient le gouvernement provisoire de 1848 ont permis à notre République de reconquérir le terrain perdu sur le chemin de la bétise et de la honte qu'un petit corse ambitieux (et talentueux) avait remis en cause dès 1802 (parce que sa mère était très croyante et sa femme très.... békée, avec beaucoup d'esclaves).
Enfin un combat d'intelligence et d'humanisme qui reconquit ce que l'empire avait supprimé et qui nous donnera toutes les bases Républicaine de notre Etat.

Le combat de la République fut surtout celui de ce gouvernement de 1848 qui apporta la lumière dans le coeur d'un seul peuple de citoyens liberés de leurs chaines, égaux entre eux et pouvant vivre enfin en frères (mais les rancoeurs sont longues à se tairent, tant chez les "notables", les éclésiastes, et même les ex-esclaves).
Nota : la devise "liberté, égalité, fraternité" a été adoptée pour la première fois par le gouvernement de la seconde république le 27 février 1848.

Effectivement il manque de stèles (propres et entretenues) et de monuments à la gloire de Schoelcher, Sarda Garriga et quelques autres.

C'est la "fet kaf" certes, mais c'est surtout la fête de la liberté, la fête de la fin de la bétise élevée au rang de principe, la fête de la fin d'une certaine exploitation de l'homme sous la très haute bénédiction d'un clergé trop impliqué dans les affaires de l'Etat, trop conciliant et ayant décrété l'absence d'ame aux "noirs" en autorisant de fait le commerce. (rappel c'est l'abbé Henri Grégoire qui était à l'initiative de la première abolition par la révolution en 1794).

C'est la fête de la lumière, de l'humanisme alors il ne faut hésiter à participer et à fêter un si beau jour pour tous.

5.Posté par DISTRI-AF le 09/11/2010 08:42
Bonjour,
Sarda Garriga est né à Pézilla La Rivière non loin de Rivesaltes. Sur ses terres natales les vignerons de Pezilla lui rendent hommage par des cuvées d'exceptions en Muscat de Rivesaltes et Rivesaltes Vieux (Hors d'Age) qui sont des collectors. Ces vins ne sont produit que pour La Réunion et sont, je le répète, d'une superbe qualité. A l'approche des fêtes c'est un excellent cadeau qui ravira celui qui en sera honoré.
Ces vins, et d'autres vins et Champagnes, sont en vente par la société Distri-AF établi à La Possession, vous pouvez me contacter au 0692 69 18 60. Possibilité de dégustation pour des groupes de 10 personnes ou de remises pour achats groupés et quantitatifs.
Je me bat pour honorer cet hommage, je compte sur vous pour y être sensible et ouvert. Pour ceux qui aiment les vins moelleux et liquoreux, vous ne serez pas déçu.
Respectueusement.

6.Posté par bonnenfant - Sarda-garriga le 04/01/2011 13:07
Je suis le descendant de Sarda-Garriga, l'histoire de cet aïeul telle qu'elle fut racontée dans ma famille est sensiblement différente de celle narrèe dans cet article, On racontait en famille qu'il y avait un lien de sang entre Joseph Bonaparte et le futur libérateur des esclaves.Les relations qu'il a entretenu avec Napoléon lll ont été, aprés son retour, privilègiées. Il n'est pas mort ruiné, il a épousé Paule Laudin du Mouvoir. Ses descendants sont enterrés à Bar sur seine dans un caveau classé monument historique. La dernière personne à y être enseveli fut mon grand père, Paul Sarda- Garriga , une "figure" du socialisme, proche de Jaurès.Il a eu deux filles, le nom est donc en train de disparaître.

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