S’il est un constat aujourd’hui partagé par l’ensemble de la communauté universitaire, c’est celui du désordre de l’enseignement supérieur engendré par la mise en place à marche forcée de la loi LRU relative aux libertés et responsabilités des universités. A partir du cas singulier qui est le nôtre, notre analyse se veut une contribution aux débats actuels sur les nécessaires changements qu’il convient de faire subir à cette loi.
Dans la situation de l’université à La Réunion, il y a :
- L’histoire : un établissement héritier à la fois des transformations accélérées de la société réunionnaise ces soixante dernières années et du déploiement tardif des lois sur le développement et la démocratisation de l’école dans l’île
- Le contexte : l’insularité, l’étroitesse du territoire, l’éloignement des grands pôles européens, les données démographiques, et le mur du chômage malgré une économie plutôt dynamique.
- Le défi : pour l’université de La Réunion qui fête ses trente ans cette année, c’est sa capacité politique et stratégique à favoriser un développement durable et harmonieux de la société réunionnaise en étant attractive pour les étudiants, localement ou qu’ils viennent de l’extérieur, et créatrice de valeur pour le territoire
Les béances de la loi: les pouvoirs des présidents dont le législateur a fait le choix de ne pas les encadrer au motif qu’il leur est demandé d’agir. C’est à croire qu’il n’y a pas d’exécutif efficace sans restriction des pouvoirs des conseils et sans interdire les différentes instances de jouer le rôle de contre-pouvoir. Résultat : les pratiques mises en œuvre dans de très nombreuses situations ont montré que les inquiétudes formulées dés le départ sur ces aspects se sont hélas révélées prémonitoires.
A l’Université de La Réunion, avec les conflits à répétition, la situation offre un effet loupe des dysfonctionnements dont la loi est porteuse. Le président actuel s’est fait élire en 2008 sur la base d’un programme porteur de certains espoirs suite à une présidence catastrophique de son prédécesseur qui avait dû écourter son mandat. Sitôt élu, le président, s’emparant de tous les pouvoirs, qui lui sont attribués par la Loi LRU, a tôt fait de ranger aux oubliettes son engagement et ses promesses de gouverner autrement dans la concertation et la participation. A la gouvernance collégiale promise s’est rapidement substituée une hyper-présidence qui s’est exprimée dans des décisions contestées qui, relayées par les médias, n’ont pas cessé de défrayer la chronique depuis trois ans. C’est ainsi que malgré l’avis contraire de la communauté, la présidence a restitué des postes d’enseignants et de BIATOSS au ministère tout en se plaignant de ses difficultés à honorer le coût occasionné par l’emploi des contractuels et les heures supplémentaires d’enseignement !
De tels exemples avec des choix incohérents, on pourrait les multiplier. Mentionnons, sans prétendre à l’exhaustivité, les négociations avec le ministère pour le contrat quadriennal, les axes de développement, les rapports avec les collectivités, la politique de recherche ou de l’offre de formation. Faut-il alors s’étonner de la mobilisation exceptionnelle des acteurs économiques et sociaux critiquant les choix opérés ne comprenant pas leur pertinence et leur cohérence, privant de certains diplômes la seule université française de l’océan Indien, et condamnant du même coup de nombreux étudiants à une mobilité forcée vers les universités de métropole ? Comment comprendre que les instances de l’établissement ont pu, pour ces décisions, comme pour de très nombreuses autres, comme la guerre ouverte avec le Conseil régional, ou encore l’incroyable conduite opérée autour du budget RCE 2012, défendu des heures durant par le Président avant, coup de théâtre, qu’il demande à voter contre, au motif que le ministère aurait "humilié" l’établissement, être dans l’incapacité de se faire entendre, face à de tels agissements qui desservent l’université ?
L’explication est sans doute à trouver dans le mode de gouvernance que le président a su imposer au sein de tous les conseils qu’il préside, le plus souvent, en personne, afin de créer les conditions d’une subordination des élus et de sanctions à l’encontre de ceux qui tentent d’exercer pleinement leur mandat. Comment dès lors s’étonner que les collectivités, le monde de l’entreprise, la chancellerie, les parents, tournent actuellement le dos à une université dont le slogan paradoxalement est "l’ouverture aux mondes" ?
Et quand il accapare pour mettre à l’actif de sa présidence, selon une pratique que l’on peut rencontrer, et dont il n’en a pas l’exclusivité, le projet du Centre Hospitalier Universitaire, auquel il est totalement étranger, tant dans ses démarches fondatrices, que dans toutes les actions concertées, portées unanimement, par des enseignants du rang, deux anciens présidents, le CESER, de nombreux élus, surmontant leur positionnement idéologique, des années durant, pour le défendre et le faire aboutir, encore faudrait-il qu’il soit capable de le faire vivre. Mesure-t-il seulement par les effets de sa conduite les coups et le coût portés au CHU, à l’université et au "projet Réunion" ?
Sans doute peut-on y voir là un ensemble de situations qui pour être comprises renvoie à la personnalité de celui qui a réussi à se faire élire à la présidence de l’Université. Néanmoins d’autres éléments méritent également d’être avancés autour de la LRU et de son application, sans que ces deux explications soient exclusives l’une de l’autre. A Saint-Denis de La Réunion, c’est dans le quartier du Chaudron que sont implantés l’administration centrale de l’université et le principal campus, pendant que, sous les fenêtres de l’établissement, le Chaudron s’embrasait, qu’a eu à dire notre Université ?
Donner aux universités une plus grande autonomie certes mais pour qui et pour en faire quoi ? Le moment et l’actualité seront-ils opportuns pour, sur le chantier, se remettre au travail en se donnant comme hypothèse qu’il n’y a pas de transformations possibles sans mobilisation de tous les acteurs, sans capacité à construire des accords et sans vision stratégique ? Espérons-le, pour l’université, certes, mais aussi pour la société.
Raoul Lucas, Administrateur de l’Université de La Réunion
Dans la situation de l’université à La Réunion, il y a :
- L’histoire : un établissement héritier à la fois des transformations accélérées de la société réunionnaise ces soixante dernières années et du déploiement tardif des lois sur le développement et la démocratisation de l’école dans l’île
- Le contexte : l’insularité, l’étroitesse du territoire, l’éloignement des grands pôles européens, les données démographiques, et le mur du chômage malgré une économie plutôt dynamique.
- Le défi : pour l’université de La Réunion qui fête ses trente ans cette année, c’est sa capacité politique et stratégique à favoriser un développement durable et harmonieux de la société réunionnaise en étant attractive pour les étudiants, localement ou qu’ils viennent de l’extérieur, et créatrice de valeur pour le territoire
Les béances de la loi: les pouvoirs des présidents dont le législateur a fait le choix de ne pas les encadrer au motif qu’il leur est demandé d’agir. C’est à croire qu’il n’y a pas d’exécutif efficace sans restriction des pouvoirs des conseils et sans interdire les différentes instances de jouer le rôle de contre-pouvoir. Résultat : les pratiques mises en œuvre dans de très nombreuses situations ont montré que les inquiétudes formulées dés le départ sur ces aspects se sont hélas révélées prémonitoires.
A l’Université de La Réunion, avec les conflits à répétition, la situation offre un effet loupe des dysfonctionnements dont la loi est porteuse. Le président actuel s’est fait élire en 2008 sur la base d’un programme porteur de certains espoirs suite à une présidence catastrophique de son prédécesseur qui avait dû écourter son mandat. Sitôt élu, le président, s’emparant de tous les pouvoirs, qui lui sont attribués par la Loi LRU, a tôt fait de ranger aux oubliettes son engagement et ses promesses de gouverner autrement dans la concertation et la participation. A la gouvernance collégiale promise s’est rapidement substituée une hyper-présidence qui s’est exprimée dans des décisions contestées qui, relayées par les médias, n’ont pas cessé de défrayer la chronique depuis trois ans. C’est ainsi que malgré l’avis contraire de la communauté, la présidence a restitué des postes d’enseignants et de BIATOSS au ministère tout en se plaignant de ses difficultés à honorer le coût occasionné par l’emploi des contractuels et les heures supplémentaires d’enseignement !
De tels exemples avec des choix incohérents, on pourrait les multiplier. Mentionnons, sans prétendre à l’exhaustivité, les négociations avec le ministère pour le contrat quadriennal, les axes de développement, les rapports avec les collectivités, la politique de recherche ou de l’offre de formation. Faut-il alors s’étonner de la mobilisation exceptionnelle des acteurs économiques et sociaux critiquant les choix opérés ne comprenant pas leur pertinence et leur cohérence, privant de certains diplômes la seule université française de l’océan Indien, et condamnant du même coup de nombreux étudiants à une mobilité forcée vers les universités de métropole ? Comment comprendre que les instances de l’établissement ont pu, pour ces décisions, comme pour de très nombreuses autres, comme la guerre ouverte avec le Conseil régional, ou encore l’incroyable conduite opérée autour du budget RCE 2012, défendu des heures durant par le Président avant, coup de théâtre, qu’il demande à voter contre, au motif que le ministère aurait "humilié" l’établissement, être dans l’incapacité de se faire entendre, face à de tels agissements qui desservent l’université ?
L’explication est sans doute à trouver dans le mode de gouvernance que le président a su imposer au sein de tous les conseils qu’il préside, le plus souvent, en personne, afin de créer les conditions d’une subordination des élus et de sanctions à l’encontre de ceux qui tentent d’exercer pleinement leur mandat. Comment dès lors s’étonner que les collectivités, le monde de l’entreprise, la chancellerie, les parents, tournent actuellement le dos à une université dont le slogan paradoxalement est "l’ouverture aux mondes" ?
Et quand il accapare pour mettre à l’actif de sa présidence, selon une pratique que l’on peut rencontrer, et dont il n’en a pas l’exclusivité, le projet du Centre Hospitalier Universitaire, auquel il est totalement étranger, tant dans ses démarches fondatrices, que dans toutes les actions concertées, portées unanimement, par des enseignants du rang, deux anciens présidents, le CESER, de nombreux élus, surmontant leur positionnement idéologique, des années durant, pour le défendre et le faire aboutir, encore faudrait-il qu’il soit capable de le faire vivre. Mesure-t-il seulement par les effets de sa conduite les coups et le coût portés au CHU, à l’université et au "projet Réunion" ?
Sans doute peut-on y voir là un ensemble de situations qui pour être comprises renvoie à la personnalité de celui qui a réussi à se faire élire à la présidence de l’Université. Néanmoins d’autres éléments méritent également d’être avancés autour de la LRU et de son application, sans que ces deux explications soient exclusives l’une de l’autre. A Saint-Denis de La Réunion, c’est dans le quartier du Chaudron que sont implantés l’administration centrale de l’université et le principal campus, pendant que, sous les fenêtres de l’établissement, le Chaudron s’embrasait, qu’a eu à dire notre Université ?
Donner aux universités une plus grande autonomie certes mais pour qui et pour en faire quoi ? Le moment et l’actualité seront-ils opportuns pour, sur le chantier, se remettre au travail en se donnant comme hypothèse qu’il n’y a pas de transformations possibles sans mobilisation de tous les acteurs, sans capacité à construire des accords et sans vision stratégique ? Espérons-le, pour l’université, certes, mais aussi pour la société.
Raoul Lucas, Administrateur de l’Université de La Réunion
















