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Rutile esclave à Bourbon est un livre que j'ai eu énormément de plaisir à
lire sous plusieurs angles différents. En plus ce fut un honneur de lire l'ouvrage de quelqu'un que j'apprécie en tant que collègue enseignant pour son côté sociable et modeste mais surtout volontaire et passionné. Je pense que Rutile n'est que le début
d'une grande épopée ou d'une grande aventure littéraire...que la plume de l'auteur confirmera à l'avenir... et je l'encourage fortement à le faire.
On peut décerner à mon cher collègue Fred Mussard les titres non seulement de romancier car son livre se lit bien, est écrit dans un style limpide et est destiné à un
large public, mais aussi et surtout d'historien des mentalités, de peintre et de philosophe.
D'abord, historien des mentalités car derrière le roman éponyme Rutile
apparaissent en filigrane la vie quotidienne, la vie sociale et économique, les moeurs des habitants de toute une époque, les relations entre esclaves et colons, les
inégalités sociales, la condition féminine chez les colons mais aussi chez les esclaves, les classes sociales, la nourriture des maîtres et celle des esclaves, les
hiérarchies, le côté spectaculaire de la justice, la labeur dans les champs, les rapports
entre dominants et les dominés, le rappel de la première abolition de l'esclavage par Baco et Burnel, l'attaque anglaise à Sainte-Rose et des prolepses sur la deuxième
abolition, les différents noms portés par l'île Bourbon... Bref, tout y est et tout devrait y être dans ce livre vivant. Les indices spatio-temporels et les références nombreuses présents au sein de la diégèse (déroulement de l'histoire) nous prouvent que l'auteur
s'est suffisamment documenté pour écrire un roman historique qui se base sur des données scientifiques, des traces historiques tout en faisant preuve d'un certain doute méthodique.
Ensuite, sa démarche est foncièrement celle d'un peintre qui brosse le tableau
d'une société qui vit, qui grouille et qui bouge à l'intérieur de la propriété ou de la concession. En peignant cette société il met la pendule à l'heure et va à contresens des idées reçus sur le marronnage ou sur le rôle de l'Eglise vis-à-vis de l'esclavage.
L'auteur nous donne une vision globale de la société bourbonnaise avec des zooms sur certains points où tout n'est pas beau mais où tout n'est pas diabolique dans la fin
du XVIIIème et la première moitié du XIXème siècle. Comme partout il s'agit d'une société inégalitaire mais composée de gens vertueux et de gens mauvais. Ce n'est pas rose tous les jours mais ce n'est pas noir tout le temps ! Lors de la lecture de ce livre je voyais défiler les images mouvantes d'un homme qui vit dans une société inégalitaire et qui prend petit à petit conscience de sa rude condition.
Enfin Rutile est aussi un message, et peut être considéré comme un traité sur la tolérance et sur l'amitié entre les peuples, blancs ou noirs, puissants ou misérables.
L'idée de la philosophie des Lumières est présente dans ce livre qui est un livre sur le droit au respect, à la justice et à la liberté sous ses différentes formes. Rutile a réalisé
avec un demi siècle d’avance le rêve de nombreux esclaves : celui de retrouver la liberté, celui d'être maître de son corps et de son âme, celui de connaître une autre vie à travers l'ascension sociale, celui d'être dignement reconnu comme étant un humain tout simplement, celui de pouvoir s'exprimer à travers l'écriture et la lecture et celui
de pouvoir transmettre ses émotions en toute liberté sans être l'objet d'un jugement ou d'un regard. Rutile n'est pas un esclave comme les autres car loin d'être un objet muet, il pense, il pense à son existence, se soucie de ses racines, réfléchi et a un
esprit critique, fait preuve d'une révolte latente, mais son histoire ressemble à celle des milliers d'autres esclaves coupés de leurs racines africaine ou malgaches et qui
se font une raison de vivre à Bourbon.
Ce livre m'a rappelé une série télé vue dans mon enfance, qui s'intitulait Bonne Espérance. L'histoire se passe en Afrique du Sud au sein d'une concession. Le Maître a eu un enfant avec sa maîtresse qui était noire. Les filles légitimes du maître
n'acceptaient pas leur demi-frère de couleur alors que c'était le seul qui pouvait une fois devenu adulte défendre l'héritage de son père génétique c'est à dire le maître...
Rutile est une histoire qui commence dans une Afrique lointaine présente dans les pensées de chaque esclave mais voisine dans les moeurs et les coutumes.
A ce propos je voudrais dire que beaucoup de Réunionnais actuels veulent faire passer sous silence cet héritage africain ou malgache par ignorance ou parce qu'ils en ont
honte... ? Et Fred Mussard a le mérite d'apporter un éclairage intéressant sur les origines des Réunionnais. L'auteur n'a pas laissé dans l'ombre non plus l'histoire
régionale et ces clins d'oeil sur Madagascar et les échanges culturels existant entre Bourbon et Madagascar sont visibles à travers le vocabulaire dont les traces existent
encore de nos jours dans la langue créole ou la toponymie. La description de certains
lieux nous plonge dans les paysages paradisiaques naturels de la Réunion d'antan que le bétonnage massif, la fumée des voitures et les infrastructures ont tendance à
gommer.
Ce livre retrace la mémoire de milliers de gens qui sont morts sans
connaître la liberté. De nombreux thèmes ont été abordés : la vie quotidienne à la concession, les travaux, les origines des esclaves, la vie sur les négriers en plein
canal de Mozambique et l'océan Indien, la rencontre amoureuse et la naissance des premiers sentiments, le marronnage, le rôle des prêtres...
En amont, roman historique écrit par un auteur passionné, Rutile est une oeuvre de fiction très bien conçue, fruit d'un travail laborieux, concis et réfléchi.
Mais Rutile est aussi en aval, un bon outil que les instituteurs, les professeurs de Lettres et
d'Histoire pourront utiliser notamment dans le cadre de l'interdisciplinarité et de la pluridisciplinarité chère à l'Ecole républicaine.
L'élève comme l'enseignant y prendront un certain plaisir... et le lecteur passionné de Littérature et d'Histoire que je suis encourage encore une fois mon cher collègue
Fred Mussard à écrire encore et encore pour continuer à construire et à compléter le puzzle encore en chantier de l'Histoire réunionnaise, mais aussi de l'Histoire
régionale.
La Réunion n'a que 300 ans d'histoire mais les coulisses de cette histoire riche en anecdotes sont remplies de mensonges historiques et de vérités romanesques
qui méritent que la plume de l'historien et du romancier, mais aussi celle du géographe, de l'anthropologue, de l'ethnologue et du sociologue s'intéresse à elle pour enlever la poussière qui s'y est
incrustée..
.
Pour qu'écrire et enseigner restent toujours un plaisir pour nous tous !
Article rédigé par Tamim KARIMBHAY professeur, historien et romancier auteur d'une monographie culturelle et historique d’un espace culturel et touristique insulaire dans l’océan Indien et le canal du Mozambique : Nosy-Bé : Âme malgache, Coeur français et du roman autobiographique et géopolitique : un hypertexte polyvalent et visionnaire : Année 2043 : Autopsie D’une Mémoire à contre courant.
le 14 octobre 2012.
lire sous plusieurs angles différents. En plus ce fut un honneur de lire l'ouvrage de quelqu'un que j'apprécie en tant que collègue enseignant pour son côté sociable et modeste mais surtout volontaire et passionné. Je pense que Rutile n'est que le début
d'une grande épopée ou d'une grande aventure littéraire...que la plume de l'auteur confirmera à l'avenir... et je l'encourage fortement à le faire.
On peut décerner à mon cher collègue Fred Mussard les titres non seulement de romancier car son livre se lit bien, est écrit dans un style limpide et est destiné à un
large public, mais aussi et surtout d'historien des mentalités, de peintre et de philosophe.
D'abord, historien des mentalités car derrière le roman éponyme Rutile
apparaissent en filigrane la vie quotidienne, la vie sociale et économique, les moeurs des habitants de toute une époque, les relations entre esclaves et colons, les
inégalités sociales, la condition féminine chez les colons mais aussi chez les esclaves, les classes sociales, la nourriture des maîtres et celle des esclaves, les
hiérarchies, le côté spectaculaire de la justice, la labeur dans les champs, les rapports
entre dominants et les dominés, le rappel de la première abolition de l'esclavage par Baco et Burnel, l'attaque anglaise à Sainte-Rose et des prolepses sur la deuxième
abolition, les différents noms portés par l'île Bourbon... Bref, tout y est et tout devrait y être dans ce livre vivant. Les indices spatio-temporels et les références nombreuses présents au sein de la diégèse (déroulement de l'histoire) nous prouvent que l'auteur
s'est suffisamment documenté pour écrire un roman historique qui se base sur des données scientifiques, des traces historiques tout en faisant preuve d'un certain doute méthodique.
Ensuite, sa démarche est foncièrement celle d'un peintre qui brosse le tableau
d'une société qui vit, qui grouille et qui bouge à l'intérieur de la propriété ou de la concession. En peignant cette société il met la pendule à l'heure et va à contresens des idées reçus sur le marronnage ou sur le rôle de l'Eglise vis-à-vis de l'esclavage.
L'auteur nous donne une vision globale de la société bourbonnaise avec des zooms sur certains points où tout n'est pas beau mais où tout n'est pas diabolique dans la fin
du XVIIIème et la première moitié du XIXème siècle. Comme partout il s'agit d'une société inégalitaire mais composée de gens vertueux et de gens mauvais. Ce n'est pas rose tous les jours mais ce n'est pas noir tout le temps ! Lors de la lecture de ce livre je voyais défiler les images mouvantes d'un homme qui vit dans une société inégalitaire et qui prend petit à petit conscience de sa rude condition.
Enfin Rutile est aussi un message, et peut être considéré comme un traité sur la tolérance et sur l'amitié entre les peuples, blancs ou noirs, puissants ou misérables.
L'idée de la philosophie des Lumières est présente dans ce livre qui est un livre sur le droit au respect, à la justice et à la liberté sous ses différentes formes. Rutile a réalisé
avec un demi siècle d’avance le rêve de nombreux esclaves : celui de retrouver la liberté, celui d'être maître de son corps et de son âme, celui de connaître une autre vie à travers l'ascension sociale, celui d'être dignement reconnu comme étant un humain tout simplement, celui de pouvoir s'exprimer à travers l'écriture et la lecture et celui
de pouvoir transmettre ses émotions en toute liberté sans être l'objet d'un jugement ou d'un regard. Rutile n'est pas un esclave comme les autres car loin d'être un objet muet, il pense, il pense à son existence, se soucie de ses racines, réfléchi et a un
esprit critique, fait preuve d'une révolte latente, mais son histoire ressemble à celle des milliers d'autres esclaves coupés de leurs racines africaine ou malgaches et qui
se font une raison de vivre à Bourbon.
Ce livre m'a rappelé une série télé vue dans mon enfance, qui s'intitulait Bonne Espérance. L'histoire se passe en Afrique du Sud au sein d'une concession. Le Maître a eu un enfant avec sa maîtresse qui était noire. Les filles légitimes du maître
n'acceptaient pas leur demi-frère de couleur alors que c'était le seul qui pouvait une fois devenu adulte défendre l'héritage de son père génétique c'est à dire le maître...
Rutile est une histoire qui commence dans une Afrique lointaine présente dans les pensées de chaque esclave mais voisine dans les moeurs et les coutumes.
A ce propos je voudrais dire que beaucoup de Réunionnais actuels veulent faire passer sous silence cet héritage africain ou malgache par ignorance ou parce qu'ils en ont
honte... ? Et Fred Mussard a le mérite d'apporter un éclairage intéressant sur les origines des Réunionnais. L'auteur n'a pas laissé dans l'ombre non plus l'histoire
régionale et ces clins d'oeil sur Madagascar et les échanges culturels existant entre Bourbon et Madagascar sont visibles à travers le vocabulaire dont les traces existent
encore de nos jours dans la langue créole ou la toponymie. La description de certains
lieux nous plonge dans les paysages paradisiaques naturels de la Réunion d'antan que le bétonnage massif, la fumée des voitures et les infrastructures ont tendance à
gommer.
Ce livre retrace la mémoire de milliers de gens qui sont morts sans
connaître la liberté. De nombreux thèmes ont été abordés : la vie quotidienne à la concession, les travaux, les origines des esclaves, la vie sur les négriers en plein
canal de Mozambique et l'océan Indien, la rencontre amoureuse et la naissance des premiers sentiments, le marronnage, le rôle des prêtres...
En amont, roman historique écrit par un auteur passionné, Rutile est une oeuvre de fiction très bien conçue, fruit d'un travail laborieux, concis et réfléchi.
Mais Rutile est aussi en aval, un bon outil que les instituteurs, les professeurs de Lettres et
d'Histoire pourront utiliser notamment dans le cadre de l'interdisciplinarité et de la pluridisciplinarité chère à l'Ecole républicaine.
L'élève comme l'enseignant y prendront un certain plaisir... et le lecteur passionné de Littérature et d'Histoire que je suis encourage encore une fois mon cher collègue
Fred Mussard à écrire encore et encore pour continuer à construire et à compléter le puzzle encore en chantier de l'Histoire réunionnaise, mais aussi de l'Histoire
régionale.
La Réunion n'a que 300 ans d'histoire mais les coulisses de cette histoire riche en anecdotes sont remplies de mensonges historiques et de vérités romanesques
qui méritent que la plume de l'historien et du romancier, mais aussi celle du géographe, de l'anthropologue, de l'ethnologue et du sociologue s'intéresse à elle pour enlever la poussière qui s'y est
incrustée..
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Pour qu'écrire et enseigner restent toujours un plaisir pour nous tous !
Article rédigé par Tamim KARIMBHAY professeur, historien et romancier auteur d'une monographie culturelle et historique d’un espace culturel et touristique insulaire dans l’océan Indien et le canal du Mozambique : Nosy-Bé : Âme malgache, Coeur français et du roman autobiographique et géopolitique : un hypertexte polyvalent et visionnaire : Année 2043 : Autopsie D’une Mémoire à contre courant.
le 14 octobre 2012.

















