L’Éperon d’un propriétaire à l’autreSur les hauteurs de la ville de Saint-Paul se trouve les vestiges de l’usine sucrière de l’Eperon. La cour et les locaux de cette sucrerie sont aujourd’hui occupés par un village artisanal qui a restauré les lieux en respectant au mieux la structure des bâtiments.
L’histoire de la propriété de L’Éperon est particulière. En effet, elle a connu un grand nombre de propriétaires, les uns laissant assez rapidement la place aux autres.
C’est Auber qui est bénéficiaire de la première attribution de concession des terres situées sur la rive Nord de la Ravine Saint-Gilles en 1704. Ce n’est qu’en 1833 que Laffon Trousail y implante la première fabrique à sucre. Ce premier moulin tourne grâce à la force hydraulique apportée par les pompes à eau installée dans la ravine proche et plus précisément dans le Bassin-Bleu. Le canal d’alimentation en eau (photo1) est construit en pierres de basalte liées entres elles par un argamasse.
Méthode de construction courante à l’époque, le ciment se faisait par un savant mélange de chaux, de sucre et de pierres.
Au fil des années, les terres du domaine s’étendent grâce à deux moyens. Le premier est parce qu'à chaque mise en vente de terres voisines, les propriétaires de L’Eperon s’en portent acquéreur. Le deuxième moyen est le fait que les héritiers Trousail, Gruchet, Maunier et Carron se marient entre eux. C’est aussi par ce biais que Fabert en devient propriétaire avant de laisser l'usine et l'habitation à Boisselet. Dr Quentin Gayet, régisseur de l’usine, rachète tout en 1858 à cet acheteur domicilié en France.
Toute l’habitation de l’Eperon est revendue à Médéric Longuet. C’est ce dernier qui construit en 1861, l’usine telle qu’elle se présente aujourd’hui (photo). Des murs en pierres de taille aux angles des bâtiments et des murs épais en moellons. La cheminée carrée à la base s’élève à l’extrême Sud de l’Etablissement. Une machine à vapeur Five Lille Cail, dernier cri est installée. Cependant, au loin sur la colline, sur le ciel se détache la cheminée de la sucrerie de Mme Desbassayns, pionnière en la matière, qui lui mène une concurrence tenace comme le fait Vue Belle en activité depuis 1865.
La maison du directeur est juste en amont des magasins et le la distillerie. Les maisons des employés faites d’épais murs de pierres (photo) elles aussi, se pressent le long du canal d’alimentation en eau. Les ouvriers, les manœuvres et journaliers, la plupart du temps engagés indiens ou malgaches, vivent vers Saint-Gilles les Hauts.
Plusieurs facteurs surviennent alors. La construction d’autres unités sucrières comme celle des Filaos, la maladie de la canne, la crise sucrière et surtout la mauvaise gestion de Longuet propulsent encore une fois l’usine et l’habitation de l’Eperon sur le marché.
Sous séquestre judiciaire, depuis 1868, l’Union des Planteurs regroupant Paul de Villèle, Edouard Lautret, Romain Montrose et Joseph Martin, s’en porte acquéreur en 1885. Cette société anonyme est dissoute. En 1898, les nouveaux propriétaires sont les frères Martin (Joseph, Léonce et Villefeu).
En 1920, le nouvel acheteur de L’Eperon est la société d’Anatole Hugot. Lorsque l’usine de Mme Desbassayns arrête de fonctionner, la société anonyme de l’Eperon prend possession du domaine de Fleurimont, mais également de ceux de Bernica et de Grand-Fond (Route du Théatre) (photo).
L’usine de l’Eperon ne se limite pas à la seule fabrication du sucre. En plus, elle passe à d’autres activités comme celle de la torréfaction du café, du thé ou encore à la distillation du géranium. L’usine, endommagée par le cyclone de 1932, ferme ses portes deux ans plus tard, alors que Emile Hugot (fils d’Anatole Hugot) en est le directeur. Les cannes de l’immense habitation sont orientées vers l’usine de Savanna située en contrebas dans la plaine de Saint-Paul.
En 1948, les Sucreries de Bourbon dont le PDG est Emile Hugot achètent l’Etablissement. L’habitation de L’Eperon se trouvent peu à peu rongée par l’augmentation de la population dans la zone. En 1999, des artistes et des artisans s'installent dans les locaux de l’usine qui se transforme en village artisanal.
Sources :
Le Patrimoine Des Communes De La Réunion Collectif - Auteur : Collectif Editeur : Flohic - Collection : Le Patrimoine Des Communes De France Parution : 21/11/2000 J-F Géraud , Wetzell : une révolution sucrière oubliée à la Réunion, Revue historique des Mascareignes n° 1 AHOI/ Archives départementales de la Réunion 1998. FUMA Sudel, Une colonie île à sucre-économie de La Réunion au XIXème siècle, La Réunion, Océan éditions,1989. Samedi 14 Novembre 2009 - 08:00
Sabine Thirel
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