Sport

Jeunes footballeurs africains : Une forme d'esclavage moderne

Beaucoup de jeunes africains rêvent de devenir Didier Drogba ou Samuel Eto'o. Beaucoup rêvent de jouer un jour dans un grand club européen, à l'image de leurs idoles. Si les postulants sont nombreux à rêver d'une autre vie, les bonnes places sont rares et les désillusions très courantes. Certains profitent honteusement de cette situation, les clubs européens mais aussi les intermédiaires sans scrupule qui y voient une façon de gagner facilement de l'argent. Tour d'horizon de cette nouvelle forme d'esclavagisme à l'occasion de la commémoration de l'abolition de l'esclavage en France ce 10 mai.


Jeunes footballeurs africains : Une forme d'esclavage moderne

"Le sport professionnel est, par nature, une industrie de main d’œuvre et la délocalisation des talents s’y développe avec une rare facilité".
C'est ainsi que l’inspecteur des finances Jean-Pierre Denis a résumé la situation du sport en 2003 dans un rapport commandité par le ministre de l'époque, Jean-François Lamour.

Déjà, la situation des jeunes joueurs africains était bien connue des instances du football et notamment de la FIFA. Dès 2003, Laurent Dennemont, un Réunionnais installé à Bruxelles, avait d'ailleurs longuement travaillé sur la problématique des flux migratoires dans le football. Son travail recensait notamment les nombreuses sollicitations des jeunes africains que reçoivent quotidiennement les agents de joueurs licenciés par la FIFA, notamment en France. De la même manière, les intermédiaires "véreux" (appelés "scouts") et non-officiels contactent également des agents français pour les convaincre de faire venir des jeunes joueurs africains qu'ils ont soi-disant "repérés". Nous publions ci-dessous quelques exemples de ces sollicitations que reçoivent les agents français et européens plus généralement.

Si beaucoup de jeunes africains rêvent de jouer dans un grand club à l'image de Georges Weah, Samuel Eto'o, Mickael Essien ou Didier Drogba, les désillusions sont très nombreuses, l'immense majorité échoue. La plupart du temps, les jeunes sont victimes d'un système frauduleux qui leur fait miroiter une carrière glorieuse. L'unique objectif de ces intermédiaires est mercantile, ils cherchent à fournir l'industrie du football européen. Certes, certains réussissent mais combien se retrouvent en Europe dans une situation précaire, sans argent, sans papier et sans billet retour. Parfois mineurs, ils se retrouvent livrés à eux-mêmes, dans la rue en situation de clandestinité, loin de leurs rêves de millions.

Jeunes footballeurs africains : Une forme d'esclavage moderne
Une lente et laborieuse prise de conscience

Depuis peu de temps, un livre et un film sont sortis sur ce sujet, laissant pensé qu'une lente et laborieuse prise de conscience fait son chemin. Dernièrement, en mai 2010, l'ancien athlète française Maryse Éwanjé-Épée a publié un livre enquête "Négriers du foot". Elle y évoque la traite des jeunes footballeurs originaires d’Afrique et notamment la situation des centaines de joueurs qui débarquent chaque mois en Europe. Selon elle, les jeunes sont confrontés aux trafic d’identités, au chantage, certains disparaissent, "le phénomène a bouleversé la vie de milliers de familles (...) un exilé africain sur mille, en moyenne, fait carrière dans le football. Les autres finissent dans les statistiques des associations comme Foot Solidaire ou Manifootball, qui recensent plus de 200 cas de maltraitance et d’escroquerie chaque année".

Aucun pays européen n'est épargné par le phénomène, on recensait des milliers "d'enfants-foot" en Italie en 1999 et plusieurs centaines en France, sans papier et donc mineur en situation de clandestinité.

Jeunes footballeurs africains : Une forme d'esclavage moderne
700.000 jeunes "testés..."


Le 9 mars 2011, le parlement européen a également organisé une table ronde sur la protection des jeunes joueurs africains et un film vient de sortir ce mois-ci sur le sujet. Réalisé par la française Pascale lamche, "Blacks Diamond" est un documentaire qui lève le voile sur le trafic humain autour des jeunes prodiges du ballon rond en Afrique de l'Ouest. Le film évoque la situation d'ASPIRE, une entreprise qui "teste" chaque année près de 700.000 jeunes d'une quinzaine de pays d'Afrique. Pour participer au programme les jeunes investissent parfois toutes les économies d'une famille pour pouvoir faire partie de l'aventure.

Sollicitations-type de joueurs africains contactant des agents européens (L. Dennemont)
Sollicitations-type de joueurs africains contactant des agents européens (L. Dennemont)

Sollicitations-type de scouts proposant des joueurs africains pour l’Europe
Sollicitations-type de scouts proposant des joueurs africains pour l’Europe
Mardi 10 Mai 2011 - 17:53
Lilian Cornu
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