Société

Jean-François Reverzy: "La mort d’un avocat et comédien célèbre ; Evocation"

Le Dr Jean-François Reverzy, psychiatre, publie sur Zinfos974 un texte suite au décès de Me Jacques Vergès. Le voici en intégralité:


Jean-François Reverzy: "La mort d’un avocat et comédien célèbre ; Evocation"
Je ne peux pas être ému par la mort de Jacques Vergès, sinon par ce sentiment de tristesse que laisse toujours, la disparition d’un acteur contemporain quel qu’il soit. Notre temps s’enfuit, son paysage se rétrécit. De notre histoire, de la Guerre, les guerres coloniales, de Carlos et de la naissance du terrorisme. D’un certain parcours lié à La Réunion.

Il n’est question ici de profaner l’hommage et la mémoire dus à un mort. Il appartient désormais au Souverain Juge et à ses Anges. Paix à son âme !

Par contre, dans le grand concert d’hommages et de déclarations ostentatoires liées à la célébrité du disparu, bien conforme à un certain culte familial de la personnalité, j’apporterais ici une note personnelle, dissonante sans nul doute. Je n’ai jamais admiré Jacques Vergès, bien avant le procès de Lyon. Je n’aimais pas son style. Trop d’apologie du Mal et de la perversion, de causes douteuses ! Le combat anticolonialiste est vite devenu un poncif éculé, qui au delà des luttes pour l’indépendance, a généré les pires tyrannies en Afrique, en Asie et ailleurs et tant de massacres et de crimes contre l’humanité!... La biographie du personnage n’a pas éveillé non plus en moi de transfert positif. Je préfère de loin celle d’une autre figure, morte dans la misère, il y a deux ans à Saint Leu, le Dr Jeannette Ceccaldi qui a connu les même engagements que les Vergès, mais d’autres aventures combien plus riches et fascinantes.. ! Médecin elle a travaillé, elle Jeannette, pour le bien d’autrui ; ce qui fait la différence. Elle est la mère du célèbre écrivain Michel Houellebecq.

L'avocat suscite l'admiration de ses confrères: C'était sans nul doute après Jacques Isorni, Maurice Garçon et bien d'autres, un Maitre du barreau; mais que restera t’il au final de la pensée de Jacques Vergès ? Sinon une apologie de la Jouissance sans limites et d’un certain histrionisme rhétorique faisant flèche de tout bois.

J’ai entendu son nom la première fois, dans un illustre salon parisien, alors que je vivais alors dans la capitale : Feu mon épouse, Catherine, fréquentait de temps à autre une de ses illustre amies connue au célèbre du collège «Les oiseaux» de Neuilly. Comtesse et riche héritière, elle s’était alliée avec un grand nom de la Noblesse de France. Séparée de son mari, et non conformiste, elle s’affichait avec son amant officiel, un brillant avocat, issu lui même d’une présidence africaine illustre et qui travaillait avec Jacques Vergès. Il y avait ce soir là, autour de la table de ce salon, de jeunes loups, dont un directeur de cabinet  d’un ministre de l’époque. L’avocat africain parlait avec émotion de Jacques Vergès. Plus tard, la conversation des convives masculins dériva sur les bienfaits d’une illustre maison close parisienne fermée depuis bien longtemps. Je fus, il faut le dire, choqué : je découvrais que la politique nationale se discutait paraît il sur les sofas d’un bordel de luxe.

J’ai éprouvé surtout une allergie viscérale (Oui dans les tripes) pour Jacques Vergès à partir du procès de Klaus Barbie. Et pour cause. ! Mon père Jean Reverzy, médecin résistant a connu la Gestapo de Lyon et aurait pu être torturé et déporté comme son compagnon, le Dr Paul Peyssel, envoyé à Mauthausen. Mon père n’échappa à ce destin que grâce à l’aide d’un interprète suisse Gottlieb Fuchs et de mon futur tuteur, membre des FTP et infiltré à la Gestapo de Lyon. Je pense souvent aussi à Aubrac, à Lucie Aubrac et à ma grand mère Nora Mac Namara- Reverzy allant demander comme Lucie Aubrac, la libération de mon père au sinistre Maitre de la Gestapo. Mon cousin Bernard Dorn, qui vivait à Bron fut arrêté et mourut lui, à Bergen Belsen.

Au nom de tous ceux là, des enfants d’Yzieu et de tant d’autres, de tout le peuple des déportés et des Martyrs, nous ne pouvons que considérer quelque part - à titre symbolique - comme des complices de ces crimes, ceux qui n’ont pas hésiter à défendre les bourreaux. ! Barbie représente pour moi l’abjection. Alors un défenseur de Barbie ne peut qu’être souillé à mes yeux, par la même abjection ! On se souvient de cette plaidoirie malhonnête et écoeurante ou Jacques Vergès produisit un amalgame douteux entre les crimes nazis et ceux de la colonisation européenne en Afrique. Poirot Delpech avait d’ailleurs décrit avec brio le personnage et sa plaidoirie dans un ouvrage émouvant. Certes, Jacques Vergés était avant tout porté par la Philautie mégalomane, par l’amour infini de lui même. Hystérique à sa manière, il aimait séduire. Il existe une séduction du mal et de la perversion. C’était un bon comédien et il l’a prouvé sur la scène. Que d’amies de mon entourage (politiquement de droite, d’extrême droite ou d’extrême gauche)  m’ont fait part de leur fascination pour le personnage. ; prêtes, selon leurs dires, à tomber à tous moments dans ses bras, si l’occasion se présentait.

Il était sans doute meilleur dans les causes plus modestes comme la défense de Claude Sigala. Cet animateur de lieux de vie pour enfants dans l’Hérault que nous avions à l’époque beaucoup soutenu, était devenu la cible d’un jeune juge d’instruction, aux dents longues, C Salzmann et retrouvé incarcéré à La Santé, accusé de pédophilie. Cette affaire était  surtout politique et mettait en cause des proches du gouvernement de François Mitterrand dont Jean Claude Rosensweig, juge des enfants à Bobigny. Jacques Vergès, dans une des coups d'éclat dont il avait le secret, n’a pas hésiter alors parait il, à reproduire et faire distribuer boulevard du palais à Paris, aux passants, le dossier d’instruction. Sigala a bénéficié d’un non lieu.

Il m’est arriver de rencontrer l’illustre avocat qui s’était déplacé à La Réunion à l’occasion de la rocambolesque affaire d’Eric Boyer. Le président du Conseil général, inculpé,  avait voulu imiter Paul Vergès dans un pseudo marronnage. Il avait accepter finalement de se rendre et une négociation avait convenu alors d’une orientation vers un service médical spécialisé. Choisi comme expert en raison de mon indépendance d’esprit, j’avais rencontré le futur prévenu dans les locaux de Champfleury. Le soir de cette affaire, une réunion avait eu lieu dans le cabinet de l’avocate d’Eric Boyer. Jacques Vergès était déplacé de Paris et assistait à La Réunion. Je fus surpris de sa présentation : un petit homme, à la mine chafouine et aux allures phobiques, mal à son aise, loin du personnage campé par les médias.

Défenseur de Milosevic, Jacques Vergès était soutenu par les nationalistes serbes. L’église Orthodoxe serbe, politiquement l’une des plus «orthodoxes» (au sens ou on l’entend dans le judaïsme) d’Europe possède un sanctuaire non loin de son hôtel particulier rue du Simplon. Certains descendants de l’illustre avocat, seraient, paraît il devenus des fidèles.

Les clefs du personnage et de ses engagements sont sans doute à chercher du coté de son complexe d’Oedipe ; de sa naissance en Indochine et de la figure de son père Raymond Vergès. Ce dernier a commis sous un pseudonyme plusieurs romans Dont Boscot sous officier et assassin, que Grand Océan a réédité en 1996. Il raconte l’histoire d’un sous officier, marié à une jeune indochinoise Tithanh’, qui sera violée par le supérieur de Boscot, le lieutenant Duflor de Labratte, aristocrate brutal et méprisant. Boscot le tue et s’enfuit vers la Chine et finit par se suicider au moment ou il va être capturé. Ce roman colonial, mettrait il en scène un roman familial ? Raymond Vergés, le fondateur de la dynastie, fut un médecin de santé publique engagé mais respectueux de La République, humaniste, franc maçon, il fut l’un des pères de la départementalisation de la vieille colonie. Ses descendants, n’ont ils chacun à sa manière repris ce message ou s’y être opposé, pour s’affirmer autrement et du coté de Tithanh' ?
Lundi 19 Août 2013 - 14:34
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1.Posté par bonnemémoire le 19/08/2013 18:26
Les textes du docteur Reverzy n'ont jamais été ma tasse de thé , et nombreuses de ces déclarations non plus d'ailleurs , mais là je dois dire que je ne peux qu'approuver.
Comme quoi il ne faut jamais écarter l'idée que certains personnages peuvent toujours nous surprendre. Et en bien.

Par ailleurs le nombre de passages pour ce texte montre qu'il y a chez les lecteurs un intérêt réel pour chercher à comprendre ce personnage , peu satisfaits des déclarations ostentatoires faites par nos élus de tous bords ceux la-mêmes qui comprennent à des dires récents de Paul Vergès un très grand nombre d'illettrés.
Ceci explique cela , donc n'attendons pas qu'ils lisent ce qui se publie sur ce site depuis le décès de Jacques Vergès. Et pourtant s'ils veulent sortir de leur illettrisme ils seraient bien inspirer de faire l'effort de venir apprendre à lire sur zinfos!
Et pour finir mon propos que ces lecteurs viennent "chez " zinfos chercher cette information qu'ils ne trouvent pas ailleurs et que des auteurs choisissent Zinfos pour publier leurs analyses je dis alors bravo !

2.Posté par UN SIMPLE CITOYEN LAMDA le 19/08/2013 18:52
MERCI DOCTEUR JEAN-FRANÇOIS REVERZY POUR CE TÉMOIGNAGE QUI CONFORTE MON JUGEMENT SUR CE PERSONNAGE QUI AVAIT ,SELON SES PROPRES PAROLES , "LE CULTE DE LUI-MÊME " !
Avocat mondain , trés médiatique , manipulateur , cynique , pourvu d'un égo surdimensionné , il aimait "la bonne chère",les "havanes" , les vins fins et prestigieux ! Rien à voir avec le défenseur traditionnel des démunis et des exploités qu'on pourrait imaginer ! Comme vous le dites si bien ," le combat révolutionnaire est devenu un poncif éculé" et cela depuis longtemps! Mais "nos révolutionnaires" locaux ou nationaux continuent de brandir ce slogan qui convainc de moins en moins de citoyens !!! Les deux "frères Vergés" ont été deux personnages trés imbus d'eux-mêmes, profondément imprégnés de l'idéologie marxiste léniniste et stalinienne ...Ils ont réussi grâce à une imposture incroyable qui a duré plus de 50 ans !!!!

3.Posté par Citoyens du Sud le 19/08/2013 21:49
Je ne connais pas ce Dr Reverzy, mais le Jacques Vergès je l’avais vu à Paris, lors d’un de ses ‘spectacles’, où il tenait son auditoire en face de lui bien silencieux. Il faut dire qu’il savait discourir. Mais de là à vouloir se retrouver dans ses bras… !! Désolée pour les simples d’esprit et nympho de tout genre! Son côté narcissique à l’extrême était plus que manifeste, et laissait deviner tout le déséqui-libre psychique dont il souffrait par ailleurs. A Paris je n’ai vu personne en admiration devant le personnage, alors qu’ici je vois des courtisans de tous bords en faire l’éloge !! J’aimerais qu’on me dise en quoi ce petit bonhomme tout bouffi par son égo laissera des traces dans l’histoire notre société ?? ce ne sera sûrement pas une fierté pour l’avenir…

4.Posté par DR ANONYME le 20/08/2013 12:01
Je cite sur un point mon confrère REVERZY : « Le Dr Jeannette Ceccaldi …. a connu les mêmes engagements que les Vergès, mais d’autres aventures combien plus riches et fascinantes ! »

Mon vécu à CILAOS. Oui, elle est bien la mère du célèbre écrivain Michel Houellebecq mais après des aventures assez fascinantes qu’il est bon, ici, de rappeler, à savoir le refus de l'avortement comme Jeannette VERMEESCH le préconisait et l’imposait à MAURICE THOREZ, SG du PCF (Témoignage de JEAN THOREZ).

Aventures. Mais que faire d’une grossesse accidentelle en dehors d’un avortement quand on est médecin ? Concernant Jeannette CECCALDI et MICHEL HOULLEBECQ, lire, de cet auteur, PARTICULES ELEMENTAIRES où on verra clairement que JC a fait ce que JEAN JACQUES, l'auteur de L'EMILE, a fait de ses propres enfants.

Posez-vous la question. D'où vient ce nom flamand MICHEL HOULLEBECQ avec une mère corse et un père inconnu probablement savoyard ? De la famille de son père adoptif : le Dr V, un médecin flamand exerçant à CILAOS.

5.Posté par J-L Gajac le 20/08/2013 12:42
Reverzy, un pâle clone de Jacques Vergès ?

Je pense tout d'abord que le Dr Reverzy qui se targue d'être écrivain, aurait à minima dû relire sont texte avant de le publier.
En effet, pour la forme du texte, les fautes d'accord sont énormes, il y a au moins 4 participes passés qu'il a traités en er (Vergès n'a pas hésiter - il avait accepter, etc ...), des fautes d'accord (Jeannette Ceccaldi qui a connu les même engagements) un Dont Boscot au lieu d'un dont Boscot, et d'autres grossièretés dans la forme, impardonnables pour un "écrivain", des phrases mal construites (ex : "Ses descendants, n’ont ils chacun à sa manière repris ce message ou s’y être opposé" ?), etc ...

Mais celà n'est rien à côté des révélations sur ses pensées intimes que nous fait sur le fond cet homme qui semble se complaire à montrer " qu'il sait " par l'étalage narcissique de sa propre histoire familiale. Un peu comme si le fait d' avoir côtoyé de près des victimes du nazisme puis fréquenté les salons parisiens suffisait à valider et à légitimer sa pensée. Mon cousin, mon père, ma tata, ma grand mère ... Moi j'ai le droit de parler et de descendre Vergès, je suis du côté des victimes ... Un peu primaire pour un psy, comme analyse, non ?

Il a été choqué deux fois, le pauvre homme, la première par le principe de l'idée même que Barbie ait pu obtenir une défense ! Même s'il mêle le "symbolique" à ce jugement crétin, bien ancré pourtant dans le réel et dans l'imaginaire et absolument pas dans le symbolique, sur la complicité du défenseur avec les crimes de son client, Reverzy occulte avec une mauvaise foi absolue la stratégie de Vergès qui était avant tout de profiter de la tribune du procès de Barbie pour mettre en accusation connexe nos gouvernants bien propres sur eux qui ont massacré tant de gens dès la chute du Nazisme et ensuite utilisé les Barbie et consorts afin d'encadrer des escadrons de la mort en Amérique du Sud notamment. La France était à la pointe en matière de formation à la torture.

Ce monsieur Reverzy ose dénier le droit aux millions de morts de toutes les colonisations d'être comparés aux millions de morts du Nazisme ! Son révisionnisme sur les crimes des colonisations est abject. On retrouve là tout le combat de récupération de l'Holocauste pour le confisquer au profit d'une idéologie angélique de victoire des forces du Bien contre celles du Mal. En 1945, la hyène Nazie étant écrasée, circulez, il n'y a plus rien à voir, faites la fête, bons français !
Il oublie , le Reverzy qu'après un échec et Mat la partie recommence au gré des joueurs et que le jeu de la cruauté ne finit jamais. Non, la bête immonde n'est pas morte en 1945 !
Reverzy minimise de façon cynique, à la Vergès dirais-je, les centaines de milliers de cadavres civils d'Hiroshima ou à Dresdes le 13 février 45, les 20 à 30 000 algériens, femmes et enfants compris, précipités dans les gorges de Kherrata à Sétif qui rougissaient du sang des martyrs algériens en Mai 1945, les coups de canonnière du Dugay-Trouin contre des villages, l'Indochine, et des centaines de milliers de gens torturés, parqués, disparus, mutilés aux quatre coins du Globe, alors que tout le monde se frottait les mains de la disparition de la "bête" immonde en Europe. Commençait alors la litanie des crimes tout aussi abominables que Vergès dénonçait à sa façon.

Il a aussi été choqué que la politique se déciderait sur les sofas des bordels de Paris ! Quelle outrance, il s'agit là d'un effet de manches, cher à Vergès que le Reverzy lui emprunte par mimétisme, pour se hausser au niveau du défunt et tenter de le dépasser.

Bref, je pourrais déblatérer moi aussi des heures sur ce que m'inspire Reverzy. Je le connaissais mal, maintenant je le connais mieux et je n'ai plus envie de perdre mon temps à le lire. Les "grands hommes" sont très souvent décevants lorsqu'on rentre dans leur sphère intime. Après tout, ils ne sont que des hommes, on l'oublie trop souvent , à leur faire des éloges funèbres en les enterrant derrière des murs dont les briques ne sont que des assemblages de fantasmes et de flatteries.

6.Posté par Arlette kanongev le 05/08/2016 22:21 (depuis mobile)
Bonjour

7.Posté par Marry le 07/12/2016 16:11
Lorsqu'on a des problèmes avec la justice, notamment condamné pour un abus de faiblesse, on essaie de se faire oublier, non ?

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