Société

Illettrisme : La Poste accompagne ses usagers


Illettrisme : La Poste accompagne ses usagers

Du 8 au 12 septembre, les journées nationales de l'illettrisme mettent en avant les différentes actions de lutte contre cette situation malheureusement très courante à La Réunion. La première a avoir été présentée est celle mise en place depuis 2010 par La Poste.


Lors des jours de fortes affluences, 16 médiateurs sociaux de l'AREP (Association Réunionnaise d'Education Populaire) se mettent à disposition des usagers en difficulté afin de les guider et de les accompagner dans leurs démarches administratives. D'autres structures comme la CAF ou les points d'accueils EDF font  aussi appel aux services de l'AREP. Pour l'heure, 24 bureaux de postes sont concernés et déjà 18.000 personnes ont été guidées par ces intervenants.

 

Les principaux objectifs du partenariat entre le l'ANLCI (Agence Nationale de Lutte contre l'Illettrisme), l'AREP et la Poste sont : une meilleure maîtrise des automates, servir d'appui pour compléter les document et inciter ces usagers à se rendre dans des centres d'apprentissages pour qu'ils "se remettent à l'écriture et à la lecture" à l'aide de formations gratuites. Une demande "pas facile", mais que le contexte du bureau de poste rend possible.


"Une entreprise de proximité par excellence"
 

La Poste étant "un lieu de forte affluence quotidienne" et "réseau de proximité par excellence" les usagers en difficulté ou en situation d'illettrisme seraient plus aptes à se laisser guider par les médiateurs. "Le facteur connaît souvent tous les gens du quartier où il effectue sa distribution par exemple. Aujourd'hui encore, certains disent qu'ils lisent le courrier pour des riverains" explique Yves Zoogones, directeur de l'AREP. La Poste est donc une entreprise toute désignée pour toucher le plus grand nombre.

 

"La plupart des usagers reviennent chaque mois dans le même bureau de poste. Le lieu, les intervenants, c'est un ensemble qui inspire confiance" soutient Brigitte Dulull représentant la poste. "Une relation d'adulte à adulte se créé, il n'y a rien de scolaire dans l'apprentissage mais bien un accompagnement humain" affirme-t-elle.

 

D'autant plus que certains sont déjà passés par l'école et souffrent de difficultés. "Ceux-ci ont subi l'échec de l'apprentissage à l'école, c'est alors plus compliqué de les motiver à prendre des cours" souligne Paul Soupe chargé de mission régional de l'ANLCI et responsable de la MAPLCI.

 

Cet accompagnement sur le terrain est "exemplaire" d'après lui, car "La Réunion est unique en son genre sur le plan des actions menées à La Poste. Au niveau national, cela n'existe pas encore et les homologues métropolitains comptent suivre le même chemin que nous".

 

Véritable "fléau" selon Ronan Boillot, Sous-Préfet à la Cohésion Sociale et à la Jeunesse, l'illettrisme "touche tout le monde". C'est pourquoi "ce travail de proximité est toujours un plus, il correspond et parle aux gens tandis que la formation n'est pas suffisante" selon lui.


La recette de Vieux Momon
 

Alain, Miclo Joseph et Marie Claire sont passés par ces formations financées par la Région et le gouvernement. Depuis ils ont écrit un livre de recettes créoles en 3 mois, publié par les éditions Poisson Rouge. Ces trois Réunionnais ont chacun leur histoire, qu'ils racontent d'ailleurs de manière touchante au début de l'ouvrage. 

 

Alain tout d'abord, a quitté l'école à 13 ans, "ça n'a pas marché pour moi" dit-il simplement. Alors que l'illettrisme "est une réelle souffrance" il a su trouver sa motivation après une interview télévisée de Paul Soupe suppliant les personnes dans son cas de "ne pas accepter leur sort" .

 

Miclo Joseph lui, est le cuisinier derrière les recettes du livre. Dès l'âge de 15 ans, il travaille comme cuisinier pâtissier en ne sachant ni lire ni écrire, deux compétences que son père juge réservées "à ceux qui veulent faire professeurs". "Mes parents ne travaillaient pas, c'est moi qui ramenait l'argent à la maison et qui nourrissait la famille" explique-t-il. Ce Réunionnais de 67 ans n'arrêtait pas de se répéter qu'il fallait qu'il apprenne à lire "avant de mourir".

 

Aujourd'hui il n'a "plus honte" lorsqu'il entre dans un bureau et estime par dessus tout qu'il "sait plein de choses". "Toutes ces années, j'ai acquis beaucoup de savoir faire et j'ai la capacité, comme les diplômés, de les transmettre" soutient-il. Après avoir validé ses acquis et appris à écrire, il se sent prêt à "enseigner son expérience aux jeunes ou aux amateurs de cuisine."

 

Pour sa part, Marie-Claire n'est allée à l'école que de 8 à 14 ans, elle aurait vraiment aimé continuer les cours mais faute de moyens elle s'est mise à la couture. Pourtant, elle n'a jamais cessé de vouloir lire, "je m'entrainais sur tous les papiers que je pouvais trouver" raconte cette septuagénaire. Sensibilisée aux formations, tout comme Alain, au bureau de poste du Chaudron, elle certifie que ça l'a "réveillé".

 

Comme ces trois Réunionnais, depuis 2011, 165 usagers de La Poste ont intégré les formations de l'AREP après une orientation dans un bureau. 


Vers une ouverture numérique
 

Parce que "La Poste évolue, les clients doivent pouvoir suivre le développement, notamment l'utilisation automates" de plus en plus présents dans les postes selon Brigitte Dalull. Dans le futur, les acteurs de la lutte contre l'illettrisme espèrent limiter la "fracture numérique" présente chez beaucoup de Réunionnais. Dès cette année, un premier atelier a été mis en place pour apprendre aux clients de La Poste à gérer un compte ou à se servir d'un tableur. Tous ces exercices ont été fait "directement sur tablette" car "souvent ils ne maîtrisent pas l'équipement numérique qu'ils ont chez eux", alors "ils doivent se l'approprier" assure Yves Zoogones.

 

De son côté Marie-Claire a déjà appris à écrire sur un téléphone mais compte bien aller plus loin, elle s'est achetée un ordinateur personnel et s'entraîne dessus quand elle en a le temps. Mais ce n'est pas tout, elle projette aussi d'écrire seule un deuxième livre racontant l'histoire d'elle-même et son fils handicapé. 


Les auteurs du livre "La recette de Vieux Momon"
Les auteurs du livre "La recette de Vieux Momon"
Lundi 8 Septembre 2014 - 16:34
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1.Posté par noe le 08/09/2014 17:45
Rien est perdu , il faut tj y croire ...
L'espoir ! tj l'espoir !

« La raison est le plus grand cadeau que l’on ait reçu, et il est le plus sous-utilisé. » [David Baird]

2.Posté par citoyen le 09/09/2014 08:54
Il y avait l'ARCA, les élus l'ont éliminée; il y avait l'arfuts et ses travailleuses familiales - spécialistes du social qui animaient les sessions d'alphabétisation auprès de la population indigente, la nassima l'a supprimée. Cette situation de désastre découle uniquement de l'incompétence des zélus véreux de ce département qui ne s'intéressent que des revenus que leur rapporte leurs mandats. Tant que la population n'aura pas compris que la seule issue est de les éliminer de la gestion catastrophique où ces défroqués sont les seuls auteurs; il n'y aura jamais d'évolution positive

3.Posté par Dolly Prane le 09/09/2014 11:26
"La Poste accompagne ses usagers"

Ce ne sont pas des usagers au sens socialo-syndicaliste du terme ! Ce sont bien des clients qui paient un service rendu, en monnaie sonnante et trébuchante ! Idem pour les transports et autres services qui n'ont de public que le nom !
"Le service public n'est pas au service du public, mais payé par le public ! (Anne Roumanoff) ;-)

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