Gérard Ethève a-t-il raison ?
Puisque Pierrot fait état de notre combat partagé pour que l’aérien soit une activité économique au service d’elle-même certes mais aussi au service de l’intérêt général d’une population insulaire captive, à 10.000 km de sa métropole, je pense nécessaire d’apporter quelques précisions sur la nature même de ce combat qui concerne une gouvernance et non pas l’ensemble des personnels qui constituent une entreprise dont tous les Réunionnais peuvent être fiers de la relative réussite, surtout en ces temps de crise.
Il est une évidence indéniable : il n’y a pas de transportés sans transporteurs ! Mais l’inverse est vrai aussi : il n’y a pas de transporteurs sans transportés. Qui sont ces transportés ? Ce sont les 820.000 Réunionnais vivant dans l’île, les 200.000 Réunionnais émigrés et les 300 à 320.000 touristes, parmi lesquels des Réunionnais émigrés "vacanciers" vers leur île et les touristes dits "affinitaires". D’octobre 2009 à octobre 2010, sur les 440.000 passagers ayant transité entre la métropole et la Réunion ( chiffres de la CCIR que chacun peut consulter par internet ), entre 120 à 140.000 passagers ont quitté l’île, et parmi ceux-ci certains une multitude de fois, ce qui réduit le nombre effectif de Réunionnais ayant voyagé vers la métropole ou l’Europe. Trop de Réunionnais oublient que l’aéroport de Gillot ne connaît que quelques heures d’activité intense, les 3 ou 4 vols longs courriers arrivés du matin et les 3 ou 4 vols longs courriers de départ du soir. Contrairement aux aéroports des grandes destinations touristiques insulaires lointaines, tels Bali, Hawaï, et tant d’autres qui reçoivent des dizaines de compagnies en provenance du monde entier, notre île est limitée à 3 compagnies en rentes de situation très protégées et en provenance d’une seule origine, la France. L’ouverture récente de la Nouvelle-Calédonie et de l’Australie n’apporte pratiquement pas de touristes, donc peu d’essor à l’économie touristique réunionnaise. Pourquoi une telle situation ? Trop longtemps sous la coupe du monopole de la compagnie nationale Air France dont la problématique prioritaire était sa rentabilité économique et non pas le développement de la Réunion, les politiques réunionnais ont souhaité se doter, comme nos voisins mauriciens d’une compagnie locale, Air Austral. Dès son origine, cette compagnie privée, a surtout mobilisé des fonds publics via une Société d’Economie Mixte, la SEMATRA, les particuliers réunionnais, même riches, ne souhaitant pas prendre le risque financier d’une telle initiative économique. Profiteur malin, Gérard Ethève a su s’approprier "le manche à balai" de cette entreprise qu’il a, au fil des ans, faite pratiquement sienne en y mettant bien peu d’argent personnel, au service prioritaire de sa famille, des politiques (gauche et droite) et de ses dalons. Ainsi, au lieu d’être avant tout au service de l’intérêt général des Réunionnais, donc de la mobilité aérienne du plus grand nombre, locaux et touristes, cette compagnie a soumis à son essor et à la prospérité de ses dirigeants, la population réunionnaise. Les intérêts privés de quelques uns ont subordonné l’intérêt général de tous ! Mais n’est-ce aujourd’hui pas le cas de la France elle-même où l’intérêt général des 60 millions de Français est subordonné aux intérêts privés des plus riches, si bien représentés par le président actuel, Sarkozy ? La gouvernance de cette entreprise, qui a visé et vise à satisfaire en premier lieu et dans une très grande opacité les intérêts de ses dirigeants et des politiques qui en étaient et en sont les principaux actionnaires, ne pouvait tolérer aucune contestation, d’où les nombreux licenciements, souvent condamnés par la Justice, des courageux personnels qui osaient la contester. Si le souci de pérennité et de viabilité est de rigueur dans toute entreprise, le profit, qui prenait le pas sur la sécurité, a souvent été la règle au sein de cette compagnie. Le récent licenciement d’un Commandant de Bord soucieux de sa vie et de celle de ses passagers, dans le strict respect de la législation et des règles en vigueur ( ce n’est pas le premier ), en a été une confirmation supplémentaire. L’inquiétant dans cette affaire a été le silence assourdissant de nos politiques, actionnaires en notre nom, mais aussi celui de l’Aviation Civile locale pourtant en charge de l’application de la législation en vigueur, la Réunion étant la France et l’Europe. L’article de Pierrot, sur le licenciement, contestable ou non, d’un syndicaliste CFDT, ne saurait ni minimiser, ni occulter et encore moins absoudre les réalités de la gouvernance autoritaire, népotique et dangereuse de Gérard Ethève ! Antoine Franco Mardi 4 Janvier 2011 - 09:46
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