Politique

Evaluation des politiques publiques à La Réunion, une utopie ?

Dans son compte-rendu rédigé à l'issue de l'assemblée plénière du 4 mars 2010, le Conseil économique et social de La Réunion préconise un “renforcement des capacités d'évaluation des politiques publiques à La Réunion” et ce “à partir de l'exemple des programmes européens”.


Evaluation des politiques publiques à La Réunion, une utopie ?
Quel élu local serait prêt à dire, à une période définie, quel usage il a fait de l'argent public ? Et à quel stade de la mise en place de son programme ou projet, est-il parvenu ? Aucune collectivité locale n'a adopté cette méthode de travail à ce jour, et rares sont les politiques qui ont cette démarche surtout lorsqu'il s'agit de gros chantiers.

Que ce soit le basculement de l'eau de l'Est vers l'Ouest, le tram-train, la nouvelle route du Littoral, le radier du Ouaki ou le pont de la rivière Saint-Etienne, l'état d'avancée des études techniques ou des travaux, les contribuables continuent à payer à travers les collectivités locales sans qu'ils sachent pourquoi. C'est la plupart du temps la presse qui nous permet, à nous concitoyens, de découvrir ce que certains élus ont fait de notre argent.

Il est vrai qu'avec du recul, une évaluation de la politique publique concernant l'ARAST aurait peut-être permis d'éviter le drame humain qu'ont connu l'année dernière, 1.200 familles et des milliers de personnes âgées. De même qu'une évaluation aurait peut-être permis d'anticiper ou de réduire le surcoût de la route des Tamarins ou de comprendre pourquoi le projet de la MCUR est passé de 60 millions d'euros à plus de 100 millions d'euros.

Il est vrai enfin que l'évaluation de la politique publique peut encore sauver l'ADI et inscrire les missions de l'Agence départementale d'insertion dans l'évolution du RMI vers le RSTA ou le RSA.

“L'évaluation de la politique publique a plusieurs objectifs”, selon le Conseil économique et social de La Réunion. “Celle-ci permet :
   - d'apprécier les impacts réels des politiques sur la population (amélioration de ses conditions de vie : éducation, santé, sécurité, emploi, logement...) ;
   - d'associer et de faire participer les citoyens à l'action publique, de rapprocher l'Administration de ces derniers ;
   - de confronter les démarches et procéder à des comparaisons avec d'autres exercices réalisés dans des conditions présentant des similitudes (au niveau régional, au niveau RUP...) ;
   - de réorienter les fonds, les reconduire ou les renforcer lorsque les objectifs ne sont pas atteints, d'étayer les choix pour la poursuite ou l'arrêt des politiques conduites...”
Mardi 6 Avril 2010 - 09:17
Jismy Ramoudou
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1.Posté par marstercard le 06/04/2010 10:20
"quel élu local serait prêt à dire, à une période définie, quel usage il a fait de l'argent public ? Et à quel stade de la mise en place de son programme ou projet, est-il parvenu ? Aucune collectivité locale a adopté cette méthode de travail à ce jour, et rares sont les politiques qui ont cette démarche surtout lorsqu'il s'agit de gros chantiers. "

Ce n'est pas cela l'évaluation d'une politique politique. Ce que décrit ici M Ramoudou c'est, au mieux, la gestion d'un chantier, d'un projet.
Pour évaluer les politiques publiques il faut d'abord se fixer des critères comme la création d'emplois, les retombées fiscales, etc.. Ensuite se donner des objectifs. M Ramoudou reste le nez au niveau politicien. Ce qu'il décrit se retrouve dans ce que l'on appelle les comptes administratifs. La commission de Bruxelles fait régulièrement une évaluation de ses programmations dans les régions (et donc à La Réunion).
L'évaluation des politiques politiques c'est beaucoup plus complexe.
Cela semble difficile à mettre en place dans les DOM où n'existent pas les instruments adaptés pour cela.
Enfin, pour terminer, il y a un débat à propos de l'évaluation des politiques publiques (y compris donc pour l'Etat). Certains experts font remarquer que cela fait des années qu'on en parle etq ue là où cela existe il n'y a pas d'avancées. Ils font d'autres propositions qu'il serait long de développer ici.

2.Posté par marstercard le 06/04/2010 11:17
Pour aider M Ramoudou à comprendre ce qu’est une « évaluation des politiques publiques » je lui propose de lire la présentation du livre de Bernard PERRET (Editions La Découverte, collection "Repères", Novembre 2001) consacré à ce sujet :
« Selon les termes d’un texte officiel, " l'évaluation d'une politique publique a pour objet d'apprécier l'efficacité de cette politique en comparant ses résultats aux objectifs assignés et aux moyens mis en œuvre " (décret du 18 novembre 1998 créant le Conseil national de l’évaluation). Derrière la clarté de cette définition, on devine la difficulté de l’exercice. L’exigence d’évaluer, peu contestée dans son principe, se heurte aux objectifs flous et contradictoires de l’action publique, à la difficulté de mesurer ses résultats et aux réticences des pouvoirs à se soumettre à ce qui apparaît comme une forme de jugement. Evaluer c’est, pour aller vite, élaborer un " référentiel " - ensemble de critères opératoires et politiquement légitimes de l’efficacité et de la réussite d’une politique -, formuler des questions de recherche adossées à ce référentiel et pertinentes du point de vue de l’action et de la décision et, enfin, y répondre au mieux en puisant de manière pragmatique dans les boites à outils des sciences sociales et du management.
La pratique de l’évaluation inclut des activités techniques d’observation, de mesure et d’analyse, mais elle ne s’y réduit pas. Ce n’est pas une discipline scientifique au sens habituel du terme mais une " activité institutionnelle, qui a vocation à s’intégrer à la gestion publique et au fonctionnement du système politique " [55]. Davantage qu’un outil de connaissance, c’est une démarche guidée par un certain nombre d’exigences et de valeurs : rigueur, impartialité, transparence, souci de tenir compte de la pluralité des points de vue, volonté de faire prévaloir l’intérêt général.
L’évaluation est à la mode, mais qu’en est-il de son développement réel et de ses retombées concrètes ? »

3.Posté par gabrielle garouste le 06/04/2010 13:00
J'ai du mal à comprendre qu'on puisse confondre "politique publique" et "basculement de l'eau de l'Est vers l'Ouest," "tram-train", "nouvelle route du Littoral", "radier du Ouaki" "pont de la rivière Saint-Etienne", "état d'avancée des études techniques ou des travaux".
Une "politique publique" est plus large.
Si l'on prend le cas de la Réunion cela pourrait signifier: défiscalisation, lutte contre l'illettrisme, dispositif régional d'aides aux entreprises, politique de la ville etc. Il ne s'agit pas seulement de voir si on a gaspillé ou pas l'argent public mais surtout de vérifier si les moyens mis en oeuvre -pas seulement des financements- ont permis d'atteindre les objectifs qu'ont s'est fixé. PAr exemple: la défiscalisation a-t-elle permis un développement des investissements? Les exonérations de charge ont-elles développé l'emploi? La politique de continuité territoriale a-t-elle fait baisser de 30% le prix des billets(objectif fixé par Mme Girardin)? etc, etc.
je regrette qu'un journaliste aussi aguerrie que Jimy Ramoudou nous entraîne vers d'autres considérations.

4.Posté par p gonthier le 06/04/2010 16:26
DE toute évidence l'auteur de cet article a confondu l'évaluation du bien fondé d'une politique publique -son efficacité- avec quelques éléments épars et disparatres relevant de l'exécution de politiques.

5.Posté par amed le 06/04/2010 19:04
On pourrait faire aussi une "évaluation" des infos (conneries) que les médias publient à longueur d'année.......
lol !

6.Posté par citoyen le 06/04/2010 20:35
1 - Si je suis d'accord que politiques publiques et chantiers sont différents, pourquoi opposer ces 2 notions comme si c'était incompatible (les posts 1 à 3 donnent cette impression)?

2 - Selon Mastercard (post 1):

"L'évaluation des politiques politiques c'est beaucoup plus complexe.
Cela semble difficile à mettre en place dans les DOM où n'existent pas les instruments adaptés pour cela.
"

Donc Jismy a raison de parler d'évaluation de chantiers et projets?


4 - Mastercard dit également (il a raison, là n'est pas le problème):

" Pour évaluer les politiques publiques il faut d'abord se fixer des critères comme la création d'emplois, les retombées fiscales, etc.. Ensuite se donner des objectifs. M Ramoudou reste le nez au niveau politicien. Ce qu'il décrit se retrouve dans ce que l'on appelle les comptes administratifs. La commission de Bruxelles fait régulièrement une évaluation de ses programmations dans les régions (et donc à La Réunion). "

Mais pense-t-il que les citoyens lambda vont aller chercher, lire, comprendre, analyser des comptes administratifs, budget, etc...

Tout le monde n'est pas analyste administratif, économique ou financier et n'a pas la possibilité d'accéder à ces infos...


3 - Je pense plutôt, comme Jismy Ramoudou qu'au contraire, ce qui intéresse l'administré et électeur de base, c'est de savoir si tel ou tel chantier a atteint ses objectifs (financiers, sociaux, économiques, environnementaux, culturels...) et s'il les atteint. C'est déjà plus à sa portée. Encore faut-il au départ bien les préciser et les définir, avant tout vote.....

Cela est certainement aussi plus "cernable" que des "politiques publiques" qui vont se décliner en grandes problématiques un peu trop générales et qu'il sera peut-être bien difficile d'évaluer. Vu notamment les interactions entre collectivités, et d'autres facteurs externes (conjoncture, ...).

Ex. L'illétrisme: si on peut faire des statistiques, comment évaluer et sur la base de quels critères des actions publiques?

Commençons par du concret.... Mieux vaut tenir que courir...

C'est en tous cas ce qu'on en conclut du post 1 et 2 (Mastercard), alors que le post 3 fait une critique sur la confusion politiques publiques/chantier-projet... sans rien dire d'autre... (hélas, car on semble avoir affaire à des gens qui connaissent plus ou moins le sujet, ce qui n'est pas du tout mon cas).


4 - Personnellement je suis pour que, au niveau de chaque collectivité, on puisse connaître et évaluer :

- les politiques menées: emploi, logement, illétrisme, productions, transports, environnement, urbanisation....

- les chantiers ou projets précis au regard de divers critères ou de pourquoi pas de ces politiques: emploi, logement, illétrisme, productions, transports, environnement, urbanisation....

Car au lieu de voter, payer et basta (bilan positif ou négatif, tout le monde ne le sait pas), l'évaluation permet de mesurer enfin les objectifs à atteindre et l'efficacité des actions et financements publics..

Si cela rend l'action publique plus performante et intelligente, qui s'en plaindra?

7.Posté par nicolas de launay de la perriere le 06/04/2010 22:32
depuis de bien nombreuses années, le CESR cherche à appréhender l'efficacité des politiques régionales en matière d'emploi..

8.Posté par à point nommé le 07/04/2010 19:27
dans le cadre de l'organisation qu'il a dévoilé ce jour
le pdt de la région a annoncé qu'il ferait chaque année un suivi et une évaluation de son projet devant les citoyens

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